‹ Collection Complette Des Œuvres de Mr. de VoltaireChapitre 68 sur 80 · DE LA PREMIERE · texte numérisé non relu

DE LA PREMIERE

n'avait d'autre nom que Coucoupêtre ou Cucnpiètre , comme le dit la fille de l'Empereur Com~ néne , qui vit à " Conifcmtinople cet hermitc. Nous le connaiifons lbus le nom de Yhermite Pierre y ou plutôt Pierre Phermite. Quoi qu'il en foit, ce Picard qui avait toute ^opiniâtreté de fon pais, fut il outré des avanies qu'on lui fit à Jérufalem , en parla à fon retour à Rome d'une manière ii vive , & fit des tableaux il touchans , que le Pape Urbain IL crut cet homme propre à féconder le grand deifein que les Papes avaient depuis longtems d'armer la Chrétienté contre le Mahométifme. Il envoia Pierre de province en province communiquer par fon imagination forte , l'ardeur de fes lèntimens & femer Penthouiiafme.

*°*4« Urbain II. tint enfuite vers Plaifonce un Concile en rafe campagne , où fe trouvèrent plus de trente mille Séculiers ou e les Eccléfiaftiques. On y propofà la manière de venger les Chrétiens. L'Empereur des Grecs Alexis Cornnéne , pére de cette Princeife qui écrivit l'hiitoire de fon tems , envoya à ce Concile des Ambaifadeurs pour demander quelques fecours contre les Mufulmans ; mais ce n'était ni du Pape ni des Italiens qu'il devait 'l'attendre. Les Normands, enlevaient alors Naples & Sicile f x Grecs: & le Pape*, qui voulait être au .îoins Seigneur fuzerain de ces Roïaumes , étant d'ailleurs rival de l'Eglife Gàleque, devenait nécessairement par fon état , Ten^mi déclaré des Empereurs d'Orient, comme il était l'ennemi

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couvert des Empereurs Teutoniques. Le Pape , loin de fecourir les Grecs, voulait foûmettre l'Orient aux Latins.

Au relie le projet d'aller faire la guerre en Paleltine, fut vanté par tous les aliiltans au Concile de Plaifance , & ne fut embralfé par perfonne. Les principaux Seigneurs Italiens avaient chez eux trop d'intérêts à ménager , & ne voulaient point quitter un pais délicieux pour aller fe battre vers l'Arabie pétrée.

On fut donc obligé de tenir un autre Con-io9f cilc à Clcrmont en Auvergne. Le Pape y harangua dans la grande place. On avait pleuré en Italie fur les malheurs des Chrétiens de l'Afie. On s'arma en France. Ce pais était peuplé d'une foule de nouveaux Seigneurs , inquiets , indépendans , aimant la dûTipation & la guerre , plongés pour la plupart dans les crimes que U débauche entraîne , & dans une ignorance qui égalait leurs débauches. Le Pape leur propoiàit la remiiïion de tous leurs péchés , & leur ouvrait le Ciel , en leur impofant pour pénitence de fuivre la plus grande de leurs pallions, de courir au pillage. On prit donc la croix à l'en- VL Les églifes & les cloîtres achetèrent alors à vil prix beaucoup de terres des Seigneurs, qui crurent n'avoir befoin que d'un peu d'argent & de leurs armes pour aller conquérir des Koïaumes en Afie. Godefroy de Bouillon y par exemple, Duc de Brabant, vendit fa terre de Bouillon au Chapitre de Liège , & Stênay à [%* vèque de Verdun. Baudouin , frère de Gode*

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