‹ Collection Complette Des Œuvres de Mr. de VoltaireChapitre 77 sur 80 · LA DERNIERE CROISADE · texte numérisé non relu

LA DERNIERE CROISADE

voiage de St. Louis à Tunis ? Son frère C/.wles d'Anjou Roi de Naples & de Sicile , ambitieux , cruel , intéreifé * faifait fervir la l'implicite héroïque de Louis à Tes detfèins. 11 prétendait que le Roi de Tunis lui devait quelques années de tribut. Il voulait fe rendre maître de ces païs : & St. Louis efpérait , difent tous les Hilloriens ( je ne fais fur quel fondement ) convertir le Roi de Tunis. Etrange manière de gagner ce Mahométan au Chriltianifme î On fait une defcente à main armée dans fes Etats , vers les ruines de Carthage.

Mais bientôt le Roi elt aflîégé lui-même dans fon camp par les Maures réunis. Les mêmes maladies que l'intempérance de fes fujets tranfplantés & le changement de climat avaient attirées dans fon camp en Egypte, défolèrent fon camp de Carthage. Un de fes fils , né à Damiette pendant la captivité , mourut de cette efpèce de * contagion devant Tunis. Enfin le Roi en fut attaqué ; il fe fit étendre fur la cendre, & expira à l'âge de cinquante-cinq ans avec la piété d'un religieux & le courage d'un Grand-Homme. Ce n'eft pas un des moindres exemples des jeux de la fortune , que les ruines de Carthage aient vu mourir un Roi Chrétien qui venait combattre des Mufulmans dans un païs où Didon avait aporté les Dieux des Syriens. A peine eft-il mort que fon frère le Roi de Sicile arrive. On fait la paix avec les Maures, & les débris des Chrétiens font ramenés en Europe.

On ne peut guères compter moins de cent

B b % mille

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mille perfonnes facrifiées dans les deux expédi-» tions de St. Louis: Joignez les cinquante mille qui fui virent Frédéric Barberoujfc , les trois-cent mille de la Croifade de Pht/ippe-Augujte & de Richard , deux cent mille au moins au tems de Jean de Erienne -, comptez les cent foixante mille croifés qui avaient déjà pailë en Afîe , & n'oubliez pas ce qui périt dans l'expédition de Conltantinople & dans les guerres qui fuivirent cette révolution , fans parler de la Croifade du Nord & de celle contre les Albigeois > on trouvera que POrient fut le tombeau de plus de deux millions d'Européans.

Plufieurs pais en furent dépeuplés & apauvris. Le Sire de Joiuville dit expreifément, qu'il * ne voulut pas accompagner Louis à fa féconde Croifade , parce qu'il ne le pouvait , & que la première avait ruiné toute fa Seigneurie.

La rançon de St. Louis avait coûte huit cent mille befons , c'était environ neuf millions de la moiuwic qui court actuellement en 1740. Si des deux millions d'hommes qui moururent dans le Levant , chacun emporta feulement cent francs , ceft encor deux-cent millions de livres qu'il en coûta. Les Génois, les Pifans, & furtout les Vénitiens s'y enrichirent: mais la France, l'Angleterre, l'Allemagne furent épuifées.

On dit que les Rois de France gagnèrent à ces Croilades , parce que St. Louis augmenta lès domaines , en achetant quelques terres des Sei* gneurs ruinés. Mais il ne les accrut ojie pendant

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