LOUIS LE FAIBLE
«ne affemblée à Cbmpiegne. II y promet auN roi Pépin fon fusde fe conduire par Ion confeil & par celui des prêtres , & tle faire fa femme religieufe- En attendant qu'on prenne une réfolurion dérifive , Pépin fait crever lc9 yeux, telon la méthode ordinaire , à Bernard cet amant de Judith , laquelle fe •croyait en fureté , & au frère de cet amant*
Les amateurs des recherches de l'antiquité croient que Bernard conferva tes yeux , & que fon frère paya pour lui. La vraie fcience ne confiHe pas à favoir ces choies ; mais à favoir quels ufages barbares régnaient alors , combien, le gouvernement était faible , les nations malheureufes , le clergé puiflant.
Lqthaire arrive d'Italie. Il met l'empereur fon père en prifon entre les mains des moines. Un moine plus adroit que les au> très, nommé Gombaud, fert adroitement l'empereur : il le fait délivrer. Lothaire demande enfin pardon à fon père , à Nimègue. Les trois frères font divifés v & f empereur, à la merci de ceux qui le gouvernent , lahTe tout l'empire dans la confufion.
On aflèmble des diètes, & on lève de toutes parts des ar«mées. L'empire devient une anarchie. Louis de Bavière entre dans te pays nommé Allemagne , & fait fa paix à main armée.
Pepiiî) eft fait prifonnier. Lothaire rentre en grâce , & dans •chaque traité on médite, une révolte nouvelle.
L'impératrice Judith profite d'un moment de bonheur, pour faire dépouiller Pépin du royaume d'Aquitaine & le donner à fon fils Charles , c'eft-à-dire à elle-même fous le nom de fon fils. Si l'empereur Louis le faible n'eût pas donné tant de royaumes, il eût gardé le. fien-.
Lothaire prend le prétexte du détrônement de Pépin fon frère , pour arriver d'Italie avec une armées & avec cette armée ii amène le pape Grégoire IV pour infpirer plus de refpeét & plus de troutle. i ,
Quelques évêques attachés à l'empereur Louis, 6k furrout
Louis le faible. 6ï
les évêques de Germanie , écrivent au pape : Si tu es venu pour excommunier , tu t'en retourneras excommunié. Mais le parti de Lothaire , des autres enfants rebelles & du pape , prévaut. L'armée rebelle & papale s'avance auprès de Bâle contre l'armée impériale. Le pape écrit aux évêques; Sache^ que V autorité de ma chaire efl au dejfus de celle du trône de Louis, Pour le prouver, il négocie avec cet empereur, & le trompe; Le champ où il négocia s'appella le champ du menfonge. Il féduit les officiers & les foldats de l'empereur. Ce malheureux père fe rend à Lothaire & à Louis de Bavière , fes enfants rebelles , à cette feule condition qu'on ne crèvera pas les yeux àfa femme , & à fon fils Charles , qui étaient avec lui.
Il faut remarquer que ce champ du menfonge où le pape ufa de tant de perfidie envers l'empereur, eft auprès de Rouffac dans la haute Alface , à quelques lieues de Bâle : il a confervé le nom de champ du menfonge. Si nos campagnes avaient été désignées par les crûmes qui s'y font commis, la terre entière ferait un monument de fcélératefTe.
Le rebelle Lothaire envoie fa belle-mère Judith prifonnière à Tortone* fon père dans l'abbaye de St. Médard, & fon frère Charles dans le monaftère de Prum. Il aflemble une diète à Compiegne , & de-là à SoifTons.
Un archevêque de Rheims nommé Ebbon , tiré de la con-' dition fervile malgré les loix , élevé à cette dignité par Louismême , dépofe fon fouver-ain & fon bienfaiteur. On fait com-; paraître le monarque devant ce prélat , entouré de trente évoques , de chanoines , de moines , dans Téglife de Notre-Dame de SoifTons. Lothaire fon fils efl préfent à l'humiliation de fon père; On fait étendre un cilice devant l'autel. L'archevêque ordonne à l'empereur d'ôter fon baudrier , fon épée , fon habit, 8c de fe profterner fur ce cilice. Louis , le vifage contre terre , demande lui-même la pénitence publique , qu'il ne méritait que trop en s'y foumettant. L'archevêque le force de lire à haute voix , la hfte de fes crimes , parmi lefquels il eft fpécifié ou'il avait fait marcher fes troupes le mercredi des cendres ,. ©c indioué un parlement un jeuai faint. On dreffe un procès îtetbaLde toute cette ac)ion, monument encore fubfiftant d'info-
<>* Louis le faible.
lencc & de bafieflè. Dans ce procès verbal on ne daigne pas feulement nommer Louis du nom d'empereur.
Louis le faible relie enfermé un an dans une cellule du couvent de St. Médard de SoilTons , vêtu d'un fac de pénitent , fans domeftiques. Si des prêtres appellés évèques ( fe difant fuccefleurs de Jésus qui n'inftitua jamais d'évêques ) traitaient ainfî leur empereur , leur maître , le fils de Charlemagne , danp quel horrible efclavage n'avaient-ils pas plongé les citoyens ! à quel excès la nature humaine n'était-elle pas dégradée ! mais i & empereurs & peuples , méritaient des fers fi honteux , puis qu'ils s'y foumettaient.
Dans ce tems d'anarchie , les Normands , c'eft-a-dire , ce ramas de Norvégiens , de Suédois , de Danois , de Poméraniens , de Livomens , infeftaient les côtes de l'empire. Ils brûlaient le nouvel évêché de Hambourg : ils faccageaient la Frife , ils faifaient prévoir les malheurs qu'ils devaient caufer un jour : & on ne put les chaffer qu'avec de l'argent , ce qui les invitait à revenir encore.
Louis , roi de Bavière , Pépin , roi d'Aquitaine, veulent délivrer leur père , parce qu'ils font mécontents de Lothaire leur frère. Lothaire eft forcé d'y confenbr. On réhabilite l'empereur dans St. Denis auprès de Paris. Mais il n'ofe reprendre la couronne qu'après avoir été abfous par les évêques.
Dès qu'il eft abfous , il peut lever des années. Lothaire lut rend fa femme Judith , & fon fils Charles. Une afleinblée à Thionville anathématife celle de SouTons. Il n'en coûte à l'archevêque Ebbon que la perte de fon fiege : encore ne fut-il dépofé crue dans la iâcriftie. L'empereur l'avait été aux pkds de l auteL
Toute cette armée fe pafle en vaines négociations 9 & eft mar- • <juée par des calamités publiques.
Louis le faille. $3
Louis le faible eft malade. Une cornette paraît : Ne manque^ pas , dit l'empereur à fon aftrologue , de me dire ce que cette comète fgnifc. L'aftrologue répondit Qu'elle annonçait la mort d'un grand prince. L'empereur ne clouta pas que ce ne fut la fienne. U fe prépara à la mort , & guérit. Dans la même année la comète eut fon effet fur le roi Pépin fon fils. Ce fut un nouveau fujet de trouble.
, L'empereur Louis n'a plus que deux enfants à craindre au lieu de trois. Louis de Bavière fe révolte encor , & lui demande encor pardon.
Lothaire demande auffi pardon afin d'avoir l'Aquitaine. L'empereur fait un nouveau partage de fes états. Il ôte tout aux enfants de Pépin dernier mort. Il ajoute à l'Italie , que poffédait le rebelle Lothaire , la Bourgogne , Lyon , la Franche- Comté , une partie de la Lorraine , du Palatinat , de Trêves , de Cologne , PAlface, la Franconie , Nuremberg , la Thuringe, la Saxe & la Frife. Il donne à fon bien-aimé Charles , le fik de Judith , tout ce qui eft entre la Loire , le Rhône , la Meufe & l'Océan. U trouve encore par ce partage le fecret de mécontenter fes. enfants & fes petus-erifants. Louis de Bavière arme contre lui.
L'empereur Louis meurt enfin de chagrin. Il fait avant fa mort des préfents à fes enfants. Quelques partifans de Louis de Bavière lui faifant un fcrupule de ce qu'il ne donnait rien à ce fils dénaturé : Je lui pardonne , dit-il , mais qu'il fâche qu'il me fait mourir.
Son teftament vrai ou faux confirme la donation de Pépin & de Charlemagne à Péglife de Rome , laquelle doit tout aux rois des Francs. On eft étonné en lifant la charte appellée Caria divijtonis , qu'il ajoute à ces préfents , la Corfe , la Sardaigne
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& la Sicile. La Sardaigne & la Corfe étaient difputées entre les Mufulmans & quelques avanturiers chrétiens. Ces avanturiers avaient' recours aux papes qui leur donnaient des bulles tk des aumônes. Ils confentaient à relever des papes ; mais alors, pour acquérir ce droit de mouvance , il talait que les
{>apes le demandaient aux empereurs. Refte à favoir h Louis e faible leur céda en effet le domaine fuprême de la Sardaigne & de la Corfe. Pour la Sicile , elle appartenait aux empereurs d'Orient.
Louis expire le io juin 840.