SECOND EMPEREUR
Louis accourt de l'Aquitaine à Aix-la-chapelle , & fe met de plein droit en pofTeffion de l'empire. Il était né en 778 de
Louis le faible.
Charlemagne , & d'une de fes femmes , nommée Hildegarde , fille d'un duc Allemand. On dit qu'il avait de la beauté , de la force, de la famé, de l'adreffe à tous les exercices, qu'il favait le latin & le grec ; mais il était faible , & il fut malheureux. Son empire avait pour bornes au feptentrion la mer Baltique & le Dannemarck , l'Océan au couchant , la Méditerranée & la mer Adriatique & les Pyrénées au midi j à l'orient la Viftule & la TaûTe. Le duc de Bénévent était fon feudataire , & lui payait fept mille écus d'or tous les ans pour fon duché. Cétait une fomme très confidérable alors. Le territoire de Bénévent s'étendait beaucoup plus loin qu'aujourd'hui , & il faifait les bornes des deux empires.
La première chofe que fît Louis , fut de mettre en couvent toutes fes fœurs , & en prifon tous leurs amants : ce qui ne le fit aimer ni dans la famille , ni dans l'état. La féconde , d'augmenter les privilèges de toutes les églifes ; & la troifiéme , d'irriter Bernard , roi d'Italie , fon neveu , qui vint lui prêter ferment de fidélité , & dont il exila les amis.
Etienne IV eft élu évêque de Rome & pape par le peuple romain , fans confulter l'empereur : mais il fait jurer obéhTance & fidélité par le peuple à Louis , & apporte lui-même ce ferment à Rheims. Il y couronne l'empereur & (à femme Irmengarde. Il retourne à Rome au mois d'Octobre , avec un décret aue dorénavant les élections des papes fe feraient en préfence des ambalTadeurs de l'empereur.
Louis affocie à l'empire fon fils airré Lothaire. Cétait bien . fe prefler. Il fait fon fécond fils Pépin , roi d'Aquitaine * & érige la Bavière avec quelques pays voifins, en royaume , pour fon dernier fils Louis. Tous trois font mécontents i Lothaire d'être empereur fans pouvoir : les deux autres d'avoir de fi petits états } & Bernard roi d'Italie , neveu de l'empereur, plus mécontent qu'eux tous~
j6 Louis le faiblé.
L'empereur Louis fe croyait empereur de Rome , & Bernard petit-fils de Charlemagne ne voulait point de maître en Italie. Ii eft évident que Qiarlemagne dans tant de partages , avait agi en père , plus qu'en homme d'état , & qu'il avait préparé des guerres civiles à fa famille. L'empereur & Bernard lèvent des armées l'un contre l'autre. Ils fe rencontrent à Châlonsfur-Saône. Bernard plus ambitieux apparemment que guerrier , perd une partie de fon armée fans combattre. Il fe remet à la clémence de Louis fon oncle. Ce prince fait crever les yeux à Bernard fon neveu , & à fes partifans. L'opération fut mal faite fur Bernard ; il en mourut au bout de trois jours. Cet ufage de crever les yeux aux princes , était fort pratiqué par les empereurs Grecs , ignoré cnez les Califes , & défendu par Charlemagne. Louis était faible & dur -f & on l'a nommé dé» bonnaire.
L'empereur perd fa femme Irmengarde. Il ne (ait s'il fe fera moine , ou s'il fe remariera. Il époufe la fille d'un comte Bavarois , nommée Judith. Il appaife Quelques troubles en Panno-» nie , & tient des diètes à Aix-la-Chapelle.
Ses généraux reprennent la Carniole & la Carinthie fur des barbares qui s'en étaient emparés.
Plufieurs eccléfiaftioues donnent des remords à l'empereur Louis fur le fupplice du roi Bernard fon neveu , & fur la captivité monacale où il avait réduit trois de fes propres frères nommés Drogon , Thierri & Hugues , malgré la parole donnée à Charlemagne d'avoir foin d'eux. Ces eccléfiaftiques avaient raifon. C'eft une confolation 1 jour le genre-humain qu'il y ait partout des hommes qui puiflent au nom de la divinité inf-
r* er des remords aux princes : mais il faudrait s'en tenir-là , ne les pourfuivre , ni les avilir , parce qu'une guerre civile
produit
produit cent fois plus de crimes qu'un prince n'en peut commettre.
Les évêques & les abbés impofent une pénitence publique à l'empereur. Il parait dans lalTemblée d'Atigni couvert d'un cilice. Il donne des évêchés & des abbayes à fes frères , qu'il avait fait moines malgré eux. Il demande pardon à Dleu de la mort de Bernard : cela pouvait fe faire fans le cilice , & fans la pénitence publique qui rendait l'empereur ridicule.
Ce qui était plus dangereux , c'eft que Lothaire était aflbcié à l'empire, cru il fe fanait couronner à Rome par le pape Pafcal , que l'impératrice Judith fa beUe-mere lui donnait un frère , & que les romains n'aimaient ni n'eftimaient l'empereur. Une des grandes fautes de Louis était' de ne point établir le fiege de ion empire à Rome. Le pape Pafcal faifait crever les yeux fans rémiflion à ceux qui prêchaient l'obéifiance aux empereurs , enfuiie il jurait devant Dieu qu'il n'avait point de part à ces exécutions , & l'empereur ne difait mot.
L'impératrice Judith accouche à Compiegne d'un fils qu'on nomme Charles. Lothaire était revenu alors de Rome : l'empereur Louis fon pere exige dé lui un ferment , qu'il confenrira à laûTer donner quelque royaume à cet enfant i efpece dé ferment dont on devait prévoir la violation.
Le pape Pafcal meurt. Les- Romains ne veulent pas l'enterrer. Lothaire de retour à Rome fait informer contre fa mémoire. Le procès' n'jeft; pas pourfiilvi Lothaire comme empereur & fouverain <Je Rome fait, des ordonnances pour protéger les papes j mais dans ces ordonnances mêmes il nomme le pape .avant lui : inattention bien dangereufe.
Le pape Etienne II fait ferment de fidélité aux deux empereurs, mais il y eft dit que c'eft de fon plein gré. Le clergé & le peuple, romain jurent de ne jamais foumrir qu'un pape foit élu ians le confentement de i'empereur. Ils jurent fidélité Annales de tEmpirt. H
jg Lo u is ± e faible
aux feigneurs Louis & Lôthaire : mais ils y ajoutent, faufla foi vromifc au feigncur Pape.
Il fcmble que dans tous les ferments de ce tems-là , il y ait toujours des claufes qui les annullent. Tout annonce la guerre éternelle de l'empire & du facerdoce.
, L'Armorique ou la Bretagne ne voulait pas alors reconnaître l'empire. Ce peuple n'avait d'autre droit , comme tous les hommes , que celui d'être libre -, mais en moins de quarante jours il falut céder au plus fort.
Un Htriolt , duc des Danois , vient à la cour de Louis embraffer la religion chrétienne * mais c'eft qu'il était chaffé de fes états. L'empereur envoie Anfchaire, moine de Corbie , prêcher le chnftianifme dans les déferts où Stockolm eft actuellement bâti. Il fonde l'évêché de Hambourg pour cet Anfchaire, & c'eft de Hambourg que doivent partir des millionnaires pour î^ller convertir le Nord.
La nouvelle Corbie fondée en Veftphalie pour le même ufage. Son abbé, au lieu d'être millionnaire , eft aujourd'hui prince de l'empire.
if 826*..
Pendant que Louis s'occupait a Aix-la-Chapelle des mimons, du nord , As rois maures d'Efpagne envoient des troupes en Aquitaine , & la guerre fe fait vers les Pyrénées entre les mufulmans & les chrétiens : mais elle eft bientôt terminée par un accord.
L'empereur Louis mit tenir des conciles à Mayence y à Paris? & à Touloulè. Il s'ea trouve maL Le concile de Paris lui écrit à .lui & h fon fils Lothaire Nous prions vos excellences de » vous fouvenir , à l'exemple de Conftantin, que les évêques • ont droit de vous i juger , <& que les évê>ques ne peuvent à être jugés par les hommes.» Ils avaient tort Méditer l'exemple, de Conftantin, qui fut toujours le maître abfolu des évéques-* fk qui en châtia un grand nombre*
Louis le f a i s l & 57
Louis donné à fon jeune frk Charies an berceau , ce qu'on nppeliait alors l'Allemagne ; c'eft-à-dire , ce qui eft fitué entre le Mein , le Rlûn , leNecker & le Danube. Il y ajoute la Bourgogne transjurane j c'eit le pays de Genève , de SuuTe & de h Savoie.
Les trois autres enfants de Louis font indignés de ce par» -tage , & excitent d'abord les cris de tout l'empire.
Judith, mère de Charles cet enfant, nouveau, roi d'Altemagne , gouvernait l'empereur fon mari , & était gouvernée par un comte de Barcelone fon amant nommé Bernard , qu'elle avait mis à la tête des affaires* > *
. Tant de faàbkffes forment des faftions. Un abbé «ommé Vala , parent de Louis, commence la. conjuration croûte l'empereur. Les trois enfants de Louis , Lothairc aflbcié par lui à l'empire, Pépin à qui il a donné l'Aquitaine , Louis qui lui doit la Bavière , fe déclarent tous contre leur père.
Un abbé de St. Denis , qui avait à la fois St. Médard de Soifibns, & St. Germain, promet de levée de* troupes pour eux. Les évêques de Vienne , d'Amiens-& de Lyton , déclatent rebelles à Dieu & à Féfibf' ceux qui m fe joindront pas. À €ttx> Ce n'était pas la première fois qu'on avait vu la guerre civile ordonnée au nom de Dieu ; mais c'était la première fois cju'un père avait vu trois entants foulevés à la fois , & dénatures au nom de Dieu. 1. ,
' 'f .ii... «. 'j.i \ . . . . ... 1
Chacun des enfants rebelles a une armée; & le père n*a que peu de troupes , avec lefquelles il fuit d' Aix-la-Chapelle à Boulogne en Picardie. Il pan le mercredi des cendres ; eny ionûance inutile par elfeonéme, devenue éternellement méV morable , parce qu'on lui en ht un crime , comme û c'eûtetp un facrilège.
D'abord un relie de refpeét pour l'autorité paternelle impériale , mêlé avec Ht révolte , fait qu'on écoute Louis U fMe dans