LOTHAIRE
sHmiffent par ce fameux ferment , qui eft prefque ie feul monument que nous ayons de la langue romance.
Pro Deo amur & pro chrijiian pohlo , & noflro commun falvament dinfl di in avant , in quant Deos Javir & podir me dunat , 6V.„. On parle encore cette langue chez les Grifons^dans la vallée d'Engadina.
On s'aflemble à Verdun pour un traité de partage entre les trois frères. On fe bat , & on négocie depuis le Rhin julqu'aux Alpes. L'Italie tranquille attend que le fort des armes lui donne un maître.
Pendant que les trois frères déchirent le fèin de l'empire t les Normands continuent à défoler Tes frontières impunément. Les trois frères fîgnent enfin le fameux traité de partage, terminé à Cobientz par cent vingt députés. Lothaire refte empereur. Il pcuTede l'Italie , une partie de la Bourgogne , le cours du Rhin , de l'Efcaut & de la Meufe. Louis de Bavière a tout le refte de la Germanie. Charles furnommé depuis le Chauve , eft roi de France. L'empereur renonce à toute autorité fur fes deux frères. Ainfi il n'eit plus qu'empereur d'Italie , fans être le maître de Rome. Tous les grands officiers & feigneurs des trois royaumes , reconnaiiTent par un a&e autentique le partage des trois frères , & l'hérédité affurée à leurs enfants.
Le pape Sergius II eft élu par le peuple romain , & prend poflemon fans attendre la confirmation de l'empereur Lothaire. Ce prince n'eft pas allez puiflant pour fe venger , mais il l'eft aflez pour envoyer fon fils Louis confirmer à Rome l'élecrion du pape , afin de conferver fon droit , & pour le couronner roi des Lombards ou d'Italie. Il Élit encore- régler à Rome dans une aflemblée d'évêques , que jamais les papes ne pouront être confacrés fans la confirmation des empereurs.
Cependant Louis en Germanie eft obligé de combattre tantôt les Huns, tantôt les Normands, tantôt les Bohèmes. Ces Bohèmes aveclesSiléfiera & lesMoraves étaient des idolâtres barbares quicouraient fur des chrétiens barbare» avec des fuccès divers. Annales de l'Empire, I
„. L'empereur Lothaire & Charles le chauve ont encore plus à fouffrir dans .leurs états. Les provinces depuis les Alpes au Rhin ne favent plus à qui elles doivent obéir.
Il s'élève un parti en faveur d'un fils de ce malheureux Pépin roi d'Aquitaine , que Louis le faible Ton père avait dépouillé. Plufieurs tyrans s'emparent de plufieurs villes. On donne partout de petits combats, dans lefquels il y a toujours des moines , des abbés , des évêques tués les armes à la main. Hugues l'un des bâtards de Charlemagne , forcé à être moine , & depuis abbé de St. Quentin , eft tué devant Touloufe avec l'abbé de Ferrière. Deux évêques y font prifonniers. Les Normands ravagent les cotes de France. Charles le chauve ne s'oppole à eux qu'en s'obligeant à leur payer quatorze mille marcs d'argent , ce qui était encore les inviter à revenir.
. L'empereur Lothaire non moins malheureux , cède la Frife aux Normands à condition d'hommage. Cette funefte coutume d'avoir (es ennemis pour vaflaux , prépare l'établiffement de ces pirates dans la Normandie.
;. Pendant que les Normands ravagent les côtes de la France , les Sarrafms entraient en Italie. Us s'étaient emparés de la Sicile. Ils s'avancent vers Rome par l'embouchure du Tibre. Ils pillent la riche églife de Saint Pierre hors des murs.
Le pape Léon IV prenant dans ces dangers une autorité que les généraux de l'empereur Lothaire paramaient abandonner, fe montra digne , en défendant Rome , d'y commander en lbuv-erain. Il avait . employé les richefTes de l'églife à réparer les murailles , à élever des tours , à tendre des chaînes fur le Tibre. H arma les milices à fes dépens , engagea les habitants de Naples & de Gayette à venir défendre les côtes & le port d'Oftie, fans manquer à la fage précaution de prendre d'eux des otages ; fâchant bien que ceux qui font afTez puiffants pour nous fecousir , le font, aflez pour nous, nuire. Il vifita lui-même tous les poftes, & reçut les Sarraitns à leur defeente, non pas en équipage de guerrier , ainfi qu'en vùl Goûsn , . évêque de Paris ,
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dans Une occafion encore plus prenante , mais comme un pontire qui exhortait un peuple chrétien , & comme un roi qui veillait à la fureté de fes fujets. II était né Romain : on doit répéter ici les paroles qui fe trouvent dans l'Hiftoire générale de refprit & des mœurs des nations : Le courage des premiers âges de la république revivait en lui dans un tems de lâcheté & de corruption , tel qu'un beau monument de l'ancienne Rome , qu'on trouve quelquefois dans les ruines de la nouvelle.
Les Arabes font défaits , & les prifonniers employés à bâtir la nouvelle enceinte autour de St. rierre , & à agrandir la ville qu'ils venaient détruire.
JLothaire fait aflbcier fon fils Louis à fon faible empire. Les Mufulmans font chaiîes de Bénévent , mais ils reftent dans le Garillan & dans la Calabre.
Nouvelles difcordes entre les trois frères, entre les évêques & les feigneurs. Les peuples n'en font que plus malheureux. Quelques éveques francs & germains déd tarent l'empereur Lothaire déchu de l'empire. Ils n'en avaient le droit , ni comme évêques , ni comme Germains & Francs , puis que l'empereur n'était qu'empereur d'Italie. Ce ne fut qu'un attentat inutile. Lothaire fut plus heureux que fon père.
Raccommodement des trois frères. Nouvelles incurfîons de tous les^barbares voifins de la Germanie.
Au milieu de ces horreurs, le miffionnaire Anfchaire , évêque de Hambourg , perfuadeun Eric, chef ou duc ou roi du Dannemarck, de fournir la religion chrétienne dans fes états. Il obtient la même permifîïon en Suède* Les Suédois & les Danois n'en vont pas moins en courte contre les chrétiens.
Dans ces défolations de la France &dela Germanie, dans la faiblefiè de l'Italie menacée par tes Mufulmans , dans le mauvais gouvernement' de Louis d'Italie , fils de Lothaire , livré aux débauches à Pavie , & .mépnfé dans Rome , l'empereur de
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Conftantmople négocie avec le pape pour recouvrer Romer mais cet empereur était Michel , plus débauché encore, & plus méprifé que Louis d'Italie* & tout cela ne contribue qu'à rendre le pape plus puiffant.
L'emperéur Lothaire , qui avait fait moine l'empereur Louis li faible Ton père r fe fait moine à Ton tour , par laffitude des troubles de fin empire , par crainte de la mort , & par fuperftition. Il prend le froc dans l'abbaye de Prum, & meurt imbécille le 28 Septembre, après avoir vécu en tyran , comme le dit .l' Hiftoire générale des maurs & de l'efprit des nations.