‹ Collection complette des œuvres de VoltaireChapitre 19 sur 89 · QUATRIÈME EMPEREUR · texte numérisé non relu

QUATRIÈME EMPEREUR

.Après la mort de ce troiiîeme empereur d'Occident , il s'enlève de nouveaux royaumes en Europe- Louis l'italique , fon fils ainé , refte à Pavie avec le vain titre d'empereur d'Occident. Le fécond fils , nommé Lothaire comme Ton père, a le royaume de Lotharinge appellé enfuite Lorraine : ce royaume s'étendait depuis Genève jufqu'à Strasbourg & jufqu'à l/trecht. Le troifiéme nommé Charles eut la Savoie , le Dauphiné, une partie du Lyonnais , de la Provence & du Languedoc. Cet état compofa le royaume d'Arles , du nom de la capitale , ville autrefois opulente & embellie par les Romains , mais alors petite & pauvre y. ainfi que toutes les villes en-deçà des Alpes. Dans les tems floriflants de la république & des Céfars , les Romains avaient agrandi & décoré les villes au'ils avaient foumifes } mais, rendues à elles-mêmes , ou aux barbares , elles dépérirent toutes atteftant par leurs ruines la fupériorité du génie des Romains» Un barbare nommé Salomon, fe fit bientôt après roi de la Bretagne dont une partie était encore païenne: mais tous ces royaumes tombèrent prefque auffi promptement qu'ils furent élevés.

Louis second. 69

Louis le germanique commence par enlever l'Alface au nouveau roi de Lorraine. Il donne aes privilèges à Strasbourg , ville déjà puiffante , lorfqu'il n'y avait que des bourgades dans cette partie du monde au-delà du Rhin. Les Normands défo- Ient la France. Louis le germanique prend ce tems pour venir accabler fon frère au lieu de le fecourir contre les barbares. Il le défait y ers Orléans. Les évêaues de France ont beau l'excommunier : il veut s'emparer de la France. Des relies de Saxons & d'autres barbares qui fe jettent fur la Germanie , le contraignent de venir défendre fes propres états.

Depuis 858, jufqu'à 86 y.

Louis fécond , fantôme d'empereur en Italie , ne prend point de part à tous ces troubles , laiflê les papes s'affermir , & n'ofe rénaer à Rome.

Charles le chauve de France, & Louis le germanique font la paix, parce qu'ils ne peuvent fe faire la guerre. L'événement de ces tems-là, qui eft le plus demeuré dans la mémoire des hommes , concerne les amours du roi de Lorraine , Lodiaire : ce prince voulut imiter Chariemagne , qui répudiait fes femmes , & époufait fes maîtreûes. Il fait divorce avec fa femme nommée Thietberge , fille d'un feigneur de Bourgogne. Il l'accufe d'adultère. Elle s'avoue coupable. Il époufe fa maîtrefle nommée Valdrade , qui lui avait été auparavant promife pour femme» H obtient qu'on affemble un concile à Aix-la-Chapelle , dans lequel on approuve fon divorce avec Thietberge. Le décret de ce concile eft confirmé dans un autre à Metz , en préfence des légats du pape. Le pape Nicolas I cafle les conciles de Metz & d'Aix-la-Chapelle , & exerce une autorité jufqu'alors inouïe* Il excommunie & dépofe quelques évêques, qui ont pris le

r-ti du roi de Lorraine. Et enfin ce roi fut oÉhgé de quitter femme qu'il aimait , & de reprendre celle qu'il n'aimait pas, II eft à louhaker fans doute qu'il y ait un tribunal facré qui avertiffe les fouverains de leurs devoirs , & les faflè rougir de leurs violences. Mais il paraît que le fecret du lit d'un monarque pouvait n'être pas fournis à un évêque étranger & que:

les orientaux ont toujours eu des uft^es. plus conformes à la nature & plus favorables au repos intérieur des familles , en regardant tous les fruits de l'amour comme légitimes , & en rendant ces amours impénétrables aux yeux du public.

Pendant ce tems les defcendants de Charlemagne font toujours aux prifes les uns contre les autres. Leurs royaumes toujours attaqués par les barbares.

Le jeune Pépin, arrière-petit-fils de Charlemagne , fils de ce Pépin , roi d'Aquitaine dépofé , & mort fans états , ayant quelque tems traîné une vie errante & malheureufe , fe joignit aux Normands , & renonça à la religion chrétienne i il finit par être pris & enfermé dans un couvent où il mourut.

C'eft principalement à cette année qu'en peut fixer le fchifme qui dure encor entre les églifes grecque & romaine. La Germanie ni la France n'y prirent aucun intérêt. Les peuples étaient trop malheureux pour s'occuper de ces difputes , qui font fi interefiantes dans le loifir de la paix.

Charles, roi d'Arles, meurt fans enfants. L'empereur Louis, & Lothaire , partagent fes états.

Ceft la dertinée de lamaifon de Charlemagne, que les enfants s'arment contre leurs pères. Louis le germanique avait deux enfanrs. Louis le plus jeune, mécontent de fon apanage , veut le détrôner. Sa révolte n'aboutit qu'à demander grâce.

Louis , roi de Germanie , bat les Moraves & les Bohèmes par les mains de fes entants. Ce ne font pas là des victoires qui augmentent un état , & qui le fafient fleurir. Ce n'était que repouiTer des fauvages dans leurs montagnes & dans leurs forêts.

L'excommunié roi de Lorraine , va voir le nouveau pape Adrien à Rome , dine avec lui , lui promet de ne plus vivre avec fa maîtreffe $ il meurt à Plaifance à fon retour.

Charles k chauve s'empare de la Lorraine £c même de l!Aifàce,

Louis second. 71

au mépris des droits d'un bâtard de Lothaire , à qui fon père l'avait donnée. Louis le germanique avait pris l'Alface à Lothaire , mais il la rendit } Charles U chauve la prit , & ne la rendit point.

Louis de Germanie veut avoir la Lorraine. Louis d'Italie , empereur , veut lavoir aufli , & met le pape Adrien dans fes intérêts. On n'a égard ni à l'empereur ni au pape. Louis de Germanie , & Charles le chauve , partagent tous les états compris fous le nom de Lorraine en deux parts égales. L'occident eft pour le roi de France , l'orient pour le roi de Germanie. Le pape Adrien menace d'excommunication. On commençait déjà à fe fervir de ces armes. Mais elles turent méprifées. L'empereur d'Italie n'était pas affer puiflant pour les rendre terribles.

Cet empereur d'Italie pouvait à peine prévaloir contre un duc de Bénévent , qui étant à la fois vaflal des empires d'Orient & d'Occident , ne l'était en effet ni de l'un ni de l'autre , & tenait entr'eux la balance égale.

L'empereur Louis fe hazarde d'aller à Bénévent , & le duc le fait mettre en prifon. Ceft précifément l'aventure de Louis XI avec le duc de Bourgogne.

Le pape Jean VIIÏ , fucceffeur d'Adrien II , voyant la fanté de l'empereur Louis II chancelante , promet en fecret la couronne impériale à Charles le chauve , roi de France , & lui vend cette promette. Ceft ce même Jean VIII qui ménagea tant le patriarche Photius, & qui fouffrit qu'on nommât Photius avant lui , dans un concile à Conftantinople.

Les Moraves , les Huns , les Danois continuent d'inquiéter la Germanie i & ce vafte état ne peut encore avoir de bonnes loix.

La France n'était pas plus heureufe. Charles le chauve avait

Louis second.

un fils nommé Carloman , qu'il avait fait tonfurer dans fon enfance , & qu'on avait ordonné diacre malgré lui. Il fe réfugia enfin à Metz dans les états de Louis de Gïermanie Ton oncle. Il lève des troupes ; mais ayant été pris , fon père lui fit crever les yeux , fuivant la nouvelle coutume.

L'empereur Louis H meurt à Milan. Le roi de France Charles U chauve Ton frère pafle les Alpes, ferme les paflàges à fon frère Louis de Germanie , court à Rome , répand de l'argent, fe fait proclamer par le peuple roi des Romains , & couronner par le pape.

Si la loi falique avait été en vigueur dans la maifon de Charlemagne , c était à l'ainé de la maifon de Louis le germanique qu'appartenait l'empire ; mais quelques troupes, de la célérité , de la condefcendance & de l'argent , firent les droits de Charles le chauve. U avilit fa dignité pour en jouir. Le pape Jean VIII donna la couronne en fouverain , le chauve la reçut en vaffal , confefiant qu'il tenait tout du pape , laiûant aux fucceffeurs de ce pontife le pouvoir de conférer l'empire, & promettant d'avoir toujours près de lui un vicaire du faint ûege pour juger toutes les grandes affaires eccléfiaftiques. L'archevêque de Sens fut en cette qualité primat de Gaule & de Germanie : titre devenu inutile.

Certes les papes eurent raifon de fe croire en droit de donner l'empire & même de le vendre , puis qu'on le leur demandait & qu'on l'achetait , & puifque Charlemagne lui-même avait reçu le titre d'empereur du pape Léon III. Mais au/îi on avait taifon de dire que Léon III , en déclarant Charlemagne empereur , l'avait déclaré fon maître ; que ce prince avait pris les droits attachés à fa dignité ; que c'était à fes fuccefTeurs à confirmer les papes , & non à être choifîs par eux. Le tems , l'occafion , Image , la prefcription , la force , font tous les droits.

On a confervé , & on garde peut-être encore à Rome un diplôme de Charles le chauve , dans lequel il confirme les donations de Pépin : mais Othon III déclara que toutes ces donations étaient auiTi faunes que celle de Conftantin,

Page 1