O T H O N I, DIT LE GRAND
aux alliés. Othon prévient le roi de France : il défait vers le Rhin, auprès de Brifach , les ducs de Franconie & de Lorraine qui font tués.
11 ôte le titre de palatin à la maifon de Franconie. Il en pourvoit la maifon de Bavière : il attache à ce titre des terres & des châteaux. Oeil de-la que fe forme le palatinat du Rhin d'aujourd'hui. C'était d'abord un juge , à prêtent c'eft un prince électeur , un fouverain. Le contraire eft arrivé en France.
Comme les feigneurs des grands fiefs germains avaient appelle le roi de France à leur fecours , les feigneurs de France appellent pareillement Othon. Il pourfuit Louis d'outremer dans toute la Cnampagne. Mais des confpirations le rappellent en Allemagne.
Le doipotifme d'Othon aliénait tellement les efprits , que fon propre frère Henri , duc <\ans une partie de la Lorraine, s'était uni avec plufieurs feigneurs , pour lui ôter le trône & la vie. Il repafle donc en Allemagne , étouffe la confpiration , & pardonne à fon frère, qui apparemment était affez puiflànt pour fe faire pardonner.
11 augmente les privilèges des évêques & des abbés, pour les oppofer aux feigneurs. Il donne à l'évêaue de Trêves le titre de prince & tous les droits régaliens, il donne le duché de Bavière à fon frère Henri qui avait confpiré contre lui , & Tôte aux héritiers naturels. C'eft la plus grande preuve de fon autorité abfolue.
En ce tems la race de Çharlcmagne , qui régnait encor en . France , était dans le dernier aviliilement. On avait cédé en 91 2 la Neuftrie proprement dite , aux Normands , & même la Bretagne, devenue alors arrière-fief de la France.
Hugues , duc de l'ifle de France , du fàng de Charlemagne par les femmes , père de Hugues Capet , gendre en premières noces d'Edouard I , roi d'Angleterre , beau-frère d'Othon par
OTHONl, DIT LE GRAND. 91
un fécond mariage , était un des plus puilTants feigneurs de l'Europe , & le roi de France alors un des plus petits. Ce Hugues avait rappelle Louis d'outremer pour le couronner & pour l'aflervir ; & on l'appellait Hugues le grand , parce qu'il s'était rendu puiflant aux dépens de fon maître.
Il s'était lie avec les Normands , qui avaient fait le malheureux Louis d'outremer prifonnier. Ce roi délivré de prifon , reftait prefque fans villes & fans domaine. Il était aum beaufrère d'Othon , dont il avait époufé la fœur. Il lui demande fa protection, en cédant tous tes droits fur la Lorraine.
Othon marche jufqu'auprès de Paris. Il afliege Rouen ; mais étant abandonné par le comte de Flandre , il s'en retourne dans fes états, après une expédition inutile.
Othon n'ayan- pu battre Hugues le grand , le fait excommunier. Il convoque un concile à Trêves , où un légat du pape
Bononce la fentence , à la requifition de l'aumônier d'Othon. ugues n'en elt pas moins le maître en France. U y avait , comme on a vu , . un margrave à SlerVich dans la Cherfonèfe cimbrique , pour arrêter les courfes des Danois. Ils tuent le margrave. Othon y court en perfonne , reprend la ville , afTure les frontières. Il fait la paix avec le Dannemarck , à condition qu'on y prêchera le chriftianifme.
De-là Othon va tenir un concile auprès de Mayence à Ingelheim. Louis d'outremer , qui n'avait point d'armée , avait demandé au pape Agapet ce concile -t faible relTource contre Hugues le grand.
Des évêques Germains , & Marin le légat du pape , y parurent comme juges , Othon comme protecteur , & Louis roi de France en fuppliant. Le roi Louis y demanda juftice , & dit : « J'ai été reconnu roi par les fufFrages de tous les feigneurs. » Si on prétend que j'aie commis quelque crime qui merire les » traitements que je fouffre , je fuis prêt de m'en purger au ju- » gement du concile , fuivant Tordre d'Othon , ou par un 1» combat fmgulier ».
92 OtïON 1, DIT LE GRAND.
Ce trifte difcours prouve l'uTage des duels, l'état déplorable du roi de France , la puiftance d'Othon , & les élections des rois. Le droit du fang Semblait n'être alors qu'une recommandation pour obtenir des fuffrages. Hugues le grand eft cité à ce vain concile : on fe doute bien qu'il n'y comparut point.
Ce qui neft pas moins prouvé, c'eft que l'empereur regardait tous les rois de l'Europe comme dépendants de fa couronne impériale j c'eft l'ancienne prétention de fa chancellerie -y & on failait valoir cette chimère , quand il Te trouvait quelque malheureux roi aflez faible pour s'y foumettre.
Othon donne Pinveftiture de la Suabe , d'Augsbourg , de Conftance , du Virtemberg à fon fils Ludolphe , Jauf les droits des évêques.
Othon retourne en Bohême , bat le duc Bol , qu'on appelle Boleflas. Le mot de slas chez ces peuples , désignait un chef. C'eft de-là qu'on leur donna d'abord le nom de (laves , & qu'enduite on appella efclaves ceux qui furent conquis par eux. L'empereur confirme le vaflelage de la Bohême , oc y établit la religion chrétienne. Tout ce qui était au-delà , était encor païen , excepté quelques marches de la Germanie. La religion chrétienne exterminée en Syrie où elle était née, & en Afrique où elle s'était transplantée , s'établit encor dans le nord de l'Europe. Othon penfait dès-lors à renouveller l'empire de Charkmaene. Une femme lui en fraya les chemins.
Adélaïde, foeur d'un petit roi de la Bourgogne transjurane, veuve d'un roi ou d'un ufurpateur du royaume d'Italie , opprimée par un autre ufurpateur, Bérenger fécond, aflïégée dans Canoffe , appelle Othon à fon fecours. Il y marche , la délivre ; & étant veut alors , il l'époufe. Il entre dans Pavie en triomphe avec Adélaïde. Mais il fafait du tems & des foins pour affujerrir Je refte du royaume, & furtout Rome, qui ne voulait point de lui.
Il laûTe fon armée à un prince nommé Conrad , qu'il a fait