OTHON I, DIT LE GRAND
fon fils Othon , né d'Adélaïde , roi de Germanie à l'âge de fept ans : nouvelle preuve que le droit de fucceflion n'exiftait pas. Il prend la précaution de le faire couronner à Aix-la-Chapelle par les archevêques de Cologne , de Mayence & de Trêves à la fois. L'archevêque de Cologne fait la première fonction. C'était Brunon, frère d'Othon.
Il pafle les Alpes du Tirol ; entre encor dans Pavie , qui eft toujours au premier occupant. Il reçoit à Monza la couronne de Lombardie.
Pendant que Bérenger fuit avec fa famille , Othon marche à Rome ; on lui ouvre les portes. Il fe fait couronner empereur par le jeune Jean XIII , auquel il confirme quelques prétendues donations qu'on difait faites au pontificat par Pépin le bref , par Charlemaene & par Louis le faible. Mais il le fait prêter ferment de fidélité par le pape fur le corps de St. Pierre , qui n'a pas été plus enterré à Rome , que Pépin , Charles & Louis n'ont donné des royaumes aux papes. 11 ordonne qu'il y ait toujours des commuTaires impériaux à Rome.
Cet inftrument écrit en lettres d'or , fouferit par fept évêques d'Allemagne, cinq comtes , deux abbés, & plufieurs prélats Italiens , eft gardé encor au château St. Ange. La date eft du 13 Février 961. On dit que Lothaire , roi de France & Hugues Capet depuis roi , afîifterent à ce couronnement. Les rois de France étaient en effet fi faibles , qu'ils pouvaient fervir d'ornement au facre d'un empereur : mais les noms de Lothaire & de Hugues Capet ne fe trouvent pas dans les fignatures de cet afte , ii on en croit ceux qui en ont tant parlé fans l'avoir vu.
Tout ce qu'on fait alors à Rome concernant les églifes d'Allemagne , c'eft d'ériger Magdebourg en archevêché , Mersbourg en évêché , pour convertir , dit-on , les Slaves , c'eft-à-dire , ces peuples Scythes & Sarmates qui habitaient la Moravie, une partie du Brandebourg , de la Silefie , &c. *
A peine le pape s'était donné un maître , qu'il s'en repentir- Iife ligue avec ce même Bérenger , réfugié chez des mahométans
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cantonnés fur les côtes de Provence. Il foliicite les Hongrois d'entrer en Allemagne j c'eft ce qu'il râlait faire auparavant.
L'empereur Othon, qui a achevé de foumettre la Lombardie , retourne à Rome. Il aflembk un concile. Le pape Jean XII fe cache. On l'accufe en plein concile dans régule de St. Pierre d'avoir joui de plufieurs femmes , & furtout d'une nommée Etiennttte , concubine de fon père j d'avoir fait évéque de Lodi un enfant de dix ans , d'avoir vendu les ordinations & les bénéfices , d'avoir crevé les yeux à fon parrain , d'avoir châtré un cardinal , & enfuite de l'avoir fait mourir } enfin de rte pas croire en Jesus-Christ , & d'avoir invoqué le diable : deux chofes qui fembLent fe contredire.
Ce jeune pontife , qui avait alors vingt-fept ans , parut être dépofé pour fes inceftes & pour fes fcandales , & le fut en enet pour avoir voulu , ainh que tous les Romains , détruire la p milan ce allemande dans Rome.
On élit à là place un nouveau pape nommé Léon VIII. Othon ne peut fe rendre maître de la perfonne de Jean XII , ou s'il le put, il fit une grande faute.
Le nouveau pape Léon VIII , fi l'on en croit le difcours d'Arnoud , évêcrue d'Orléans , n'était ni eccléfianHque , ni mime chrétien.
Jean XII , pape débauché , mais prince entreprenant , ibuléve les Romains du fond de là retraite ; & tandis qu'Othon va faire le fiege de Camerino , le pontife , aidé de fâ maîtrefTe , rentre dans Rome. Il dépofé ion compétiteur , fait couper la main droite au cardinal Jean qui avait écrit la dépofirion contre lui , oppofe concile à concile , & tait ftatuer que jamais l'inférieur ne pour* Sur le rang au fupirieur 7 cela veut dire , que jamais empereur ne poura dépofer un pape. Il fe promet de châtier les Allemands d'Italie ; mais au milieu de ce grand deffein , il eft anaffiné dans les bras d'une de fes maîrreâês.
Il avait tellement animé .les Romains & relevé leur courage,
quils
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ou'ils oferent, même après fa mort , foutenir un fiege , & ne le rendirent à Othon qu'à l'extrémité.
Othon deux fois vainqueur de Rome , fait déclarer dans un concile , qu'à V exemple du bienheureux Adrien , qui donna à Charlemagne le droit d'élire les papes & £invejlir tous les évèques , on donne les mêmes droits à Cempereur Othon. Çe titre qui exifte dans le recueil de Gratien , eft fùfpeét ; mais ce qui ne l'eft pas , c'eft le foin qu'eut l'empereur vi&orieur de fe faire affurer tous fes droits.
Après tant de ferments , il falait que les empereurs réfidaffent à Rome pour les faire garder.
Il retourne en Allemagne. 11 trouve toute la Lorraine (bu* levée contre fon frère Brunon , archevêque de Cologne , qui gouvernait la Lorraine alors. Il eft obligé d'abandonnerTrèves , Metz , Toul , Verdun à leurs évêques. La haute Lorraine pafle dans la main d'un comte de Bar, & c'eft ce feul pays qu'on appelle aujourd'hui toujours Lorraine. Brunon ne le réferve que les provinces du Rhin, de la Meufe , & de PEfcaut. Ce Brunon était un favant aufli détaché de la grandeur , que l'empereur Othon fon frère était ambitieux.
La maifon de Luxembourg prend ce nom du château de Luxembourg , dont un abbé de St. Maximin de Trêves fait un échange avec elle.
Les Polonais commencent à devenir chrétiens.
À peine l'empereur Othon était-il en Allemagne , que les Romains voulurent être libres. Us chaiTent le pape Jean XIII attaché à l'empereur. Le préfet de Rome , les tribuns , le fénat , penfent faire revivre l'ancienne république. Mais ce qui dans un tems eft une entreprife de héros , devient dans d'autres une révolte de féditieux. Othon revole en Italie , fait pendre une partie du fénat. Le préfet de Rome qui avait voulu être un Brutus , fut foueté dans les carefours , promené uu fur un âne , & jeté dans un cachot où il mourut de milere. Ces exécutions ne rendent pas la domination allemande chère aux Italiens, . Annales de fEmpire* N
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ou ' 967.
L'empereur fait venir fon jeune fils Othon à Rome, & l'affacie £ l'empire»
Il négocie avec Nicéphore Phocas , empereur des Grecs , le mariage de fon fils avec la fille de cet empereur. Le grec le trompe. Othon lui prend la Pouille & la Calabre pour dot de la jeune princefle Théophanie qu'il n'a point.
Ceft à cette année que prefque tous les chronologies placent l'aventure d'Othon , archevêque de Mayence , aflîcgé dans une tour au milieu du Rhin par une armée de fouris qui paffent le Rhin à la nage , & viennent Le dévorer. Apparemment que ceux qui chargent encor l'hiftoire de ces inepties , veulent feulement laifler lubfifter ces anciens monuments d'une fuperftition imbécille , pour montrer de quelles ténèbres l'Eutope eft à peine fortie.
, Jean Zimifcès, qui détrône l'empereur Nicéphore, envoie enfin h. princefle Théophanie à Othon pour fon fils -9 tous les auteurs ont écrit qu'Othon , avec cette princefle , eut la Pouille & la Calabre. Le favant & exact Giannone a prouvé que cette riche dot ne fut point donnée.
Othon retourne victorieux dans la Saxe fa patrie.
Le duc de Bohême , vaffal de l'empire , envahit la Moravie r qui devient une annexe de la Bohême.
On établit un évêque de Prague. Ceft le duc de Bohême qui le nomme , & l'archevêque de Mayence qui le facre.
Othon déclare l'archevêque de Mayence, archi-chancelier ck l'empire. Il fait de ce prélat un prince. Il en fait autant de plufieurs- évêques d'Allemagne , & même de quelques moines. Par-là il affaiblit l'autorité impériale chez lui , après l'avoir établie à Rome*
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Ce n'eft que fous Henri IV que l'archevêque de Cologne fut chancelier d'Italie.
C'eft après la mort de Frédéric II , que la dignité de chancelier des Gaules fut attachée à l'évêché de Trêves. Il ne s'agit que d'avoir des forces fuffifantes pour exercer cette charge. .
Du tems d'Othon I, les archevêques de Magdebourg fondaient leur puhTance. Le titre de métropolitains du nord , avec de grandes terres , en devait faire un jour de grands princes.
Othon meurt à Minleben le 7 Mai 973 , avec la gloire d'avoir rétabli l'empire de Charlemagne en Italie. Mais Charles fut le vengeur de Rome i Othon en fut le vainqueur & l'opprefleur * & Ion empire n'eut pas des fondements aufli va/les & auffi fermes que celui de Charlemagne.