QUATORZIÈME EMPEREUR
Comment reconnaître en Allemagne un empereur & un roi de Germanie âgé de dix ans, qui n'avait été reconnu qu'à Vérone , & dont le père venait d'être vaincu par les Sarrafins ? Ce même Henri de Bavière, qui avait difputé la couronne au père , fort de la prifon de Maftricht où il était renfermé } & fous prétexte de lervir de tuteur au jeune empereur Othon III fon petit neveu , qu'on avait ramené en Allemagne , il fe faifit de fa perfonne , & il le conduit à Magdebourg.
L'Allemagne fe divife en deux factions. Henri de Bavière a dans fon parti la Bohême & la Pologne. Mais la plupart des fei^neurs de grands fiefs & des évêques , efpérant être plus maîtres fous û"h prince de dix ans, obligent Henri à mettre le jeune Othon en liberté & à le reconnaître , moyennant quoi on lui rend enfin la Bavière.
Othon III eft donc folemnellement proclamé à Veiflemftadt.
Il eft fervi à dîner par les grands officiers de l'empire. Henri de Bavière fait les fonctions de maître d'hôtel , le comte Palatin de grand échanfon , le duc de Saxe de grand écuyer , le duc de Franconie de grand chambellan. Les ducs de Bohême & de Pologne y affiftent comme grands vaflaux.
L'éducation de l'empereur eft confiée à l'archevêque de Mayence & à l'évêque d'Ildesheim.
rendant ces troubles , le roi de France Lothaire efTaie de reprendre la haute Lorraine. Il fe rendit maître de Verdun.
Après la mort de Lothaire , Verdun eft rendu à l'Allemagne,
Louis V , dernier roi en France de la race de Charlemagne ,
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étant mort après un an de règne , Charles , duc de Lorraine , fon oncle & fon héritier naturel, prétend en vain à la couronne de France. Hugues Capet prouve par 1 adrefle & par la force , que le droit d'élire était alors en vigueur.
L'abbé de Verdun obtient à Cologne la permiflion de ne
}>oint porter l'épée , & de ne point commander en perfonne les bldats qu'il doit , quand l'empereur levé des troupes.
Othon III confirme tous les privilèges des éveques & des abbés. Leur privilège & leur devoir était donc de porter l'épée, puifqu'il falut une difpenfe particulière à cet abbe de Verdun.
Les Danois prennent ce tems pour entrer par l'Elbe & par le Nefer. On commence alors à fentir en Allemagne qu'il faut négocier avec la Suède contre le Dannemarck } & Pévêque de Slefvich eft chargé de cette négociation.
Les Suédois battent les Danois fur mer. Le nord de l'Allemagne refpire.
Le refte de l'Allemagne , ainfi que la France , eft en proie aux guerres particulières des feigneurs; & ces guerres que les fouverains ne peuvent appaifer , montrent qu'us avaient plus de droits que de puiflance. C'était bien pis en Italie.
Le pape Jean XV , fils d'un prêtre , tenait alors le St. Siège , & était favorable à l'empereur. Crefcence nouveau conful, fils du conful Crefcence dont Jean X fut le père , voulait maintenir l'ombre de l'ancienne république ; il avait châtie le pape de Rome. L'impératrice Théophanie, mèred'Othon III, était venue avec des troupes commandées par le marquis de Brandebourg , foutenir dans l'Italie l'autorité impériale.
Pendant que le marquis de Brandebourg eft à Rome, les Slaves s'emparent de fon marquifat.
Depuis 991 jufqu'à 996.
Les Slaves avec un ramas d'autres barbares , afliégent
Magdebourg.
Othom III. 105
Magdeboufg. On les repouflê avec peine. Ils fe retirent dans la Poméranie , & cèdent quelques villages du Brandebourg qui arrondiflent le marquifat.
L'Autriche était alnrs un marqruifat auffi , & non moins malheureux que le Brandebourg , étant frontière des Hongrois.
La mère de l'empereur était revenue d'Italie fans avoir beaucoup remédié aux troubles de ce pays , & était morte à Nimègue. Les villes de Lombardie ne reconnaùTaient point l'empereur.
Othon III levé des troupes , fait le fiege de Milan , s'y fait couronner , fait élire pape Grégoire V fon parent , comme il aurait fait un évêque de Spire , & eft facre dans Rome par fon parent avec la femme l'impératrice Marie , fille de Don Garcie, roi d'Aragon & de, Navarre.
Il eft étrange que des auteurs de nos jours , & Maimbourg & tant d'autres rapportent encor la fable des amours de cette impératrice avec un comte de Modène, & du fupplice de l'amant & de la maîtrefle. On prétend que l'empereur plus irrité contre la maîtrefle que contre l'amant , fit brûler fa femme toute vive , & condamna feulement fon rival à perdre la tête ; que la veuve du comte ayant prouvé l'innocence de fon mari, eut quatre beaux châteaux en dédommagement. Cette fable avait déjà été imaginée fur une Andaberte, femme de l'empereur Louis II. Ce font des romans dont le fage & favant Muratori prouve la faufleté.
L'empereur reconnu à Rome retourne en Allemagne, il trouve les Slaves maîtres de Bernbourg; & ôte à l'archevêquè de Magdebourg le gouvernement de ce pays pour s'être lauTe battre par les Slaves.
Tandis qu'Othon III eft occupé contre les barbares du Nord , le conful Crefcence chafle de Rome Grégoire V, qui va l'excommunier à Pavie ; & Othon repafle en Italie pour le P^ir. . -; / -
Crefcence foutjem un fiege dans Rome i il rend la ville au; Annales de l'Empire. O
Otho» ii r.
bout de quelques jours , & fe retire dans ïe mole d'Adrien appelle alors le mole de Crefcence , & depuis le château Su Argc. 11 y meurt en combattant , (ans qu'on fâche le genre de fa morti mais il femblait mériter le nom de conful qu'il portait. L'empereur prend fa veuve pour maîtreffe , & feu couper la langue & arracher les yeux au pape de la nomination de Crefcence. Mais auffi on dit au'Othon & fa maîtreffe furent pénitence , qu'us allèrent en pèlerinage à un monaftère , qu'ils couchèrent même fur une natte de jonc.
Il fait un décret par lequel les Allemands feuls auront le droit d'élire l'empereur Romain , & les papes feront obligés de le couronner. Grégoire V fon parent , ne manqua pas de {ignée le décret -, & les papes fuivants de le réprouver^
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Othon retourne en Saxe , & paflè en Pologne. Il dorme auduc le titre de roi , mais non à les defeendants. On verra dans h fuite que les empereurs créaient des ducs & des rois à breveta Boleflas reçoit de mi la couronne , fait hommage à l'empire , & s'oblige à une légère redevance annuelle.
Le pape Silveftre II , quelques années après, lui conféra auflî fe titre de roi , prétendant qu'il n'appartenait qu'au pape de le donner. Il eft étrange que des fouverains demandent des titres à d'autres fou verains, mais l'ufage eft le maître de tout. Les hiftoriens difent qu'Othon allant enfuite à Aix-la-Chapelle, fit ouvrir le tombeau de Charlemagne , & qu'on trouva cet empereur encor tout frais , aflis fur un trône d'or , une couronne de pierreries fut la tête , & un grand feeptre d'or à la main. Si on avait enterré ainfi Charlemagne, les Normands qui détruifîrent Aix-la-Chapelle , ne l'auraient pas laiffé fur fon rrône d'or.
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Les Grecs alors abandonnaient le pays de Naples , mais le* - Sarralins y revenaient fouvent. L'empereur repaflé les Alpes
Othon III. tcy
pour arrêter leurs progrès , & ceux des défenfeurs de la liberté italique , plus dangereux que les Sarrafms.
Les Romains afliegent fon palais dans Rome , & tout ce qu'il peut faire , c'elt de s'enruir avec le pape , & avec fa maîtreffe la veuve de Crefcence. Il meurt à Paterno, petite ville de la campagne de Rome , à l'âge de près de trente ans. Plufieurs auteurs difent que fa maitreiie l'empoifonna , parce qu'il n'avait pas voulu la faire impératrice ; d'autres qu'il rut empoifonné par les Romains t qui ne voulaient point d'empereur. Ce fait eil peut-être vrailemblable , mais il n'ell nullement prouvé. Sa mort laiflà plus indécis que jamais ce long combat de la papauté contre l'empire, des Romains contre l'un & l'autre , & de la liberté italienne contre la puiflance allemande. Ceft ce qui tient l'Europe toujours attentive $ c'eftlà le fil qui conduit dans Ée Jabyrinthe de rhiûoire de l'Allemagne.
Ces trois Othons qui ont rétabli l'empire , ont tous trois afiiégé Rome, & y ont fait couler le fang , & Arnould avant eux l'avait faccagée.
îooj.
Othon III ne IakTait point d'enfants. Vingt feigneurs prétendirent à l'empire $ un aes plus puifiants était Henri , duc de Bavière : Je plus opiniâtre de fes rivaux était Ekard , marquis de Thuringe. On aûamne le marquis pour faciliter l'éleftion du Bavarois, qui, à la tête d'une armée, fe &ît facrer à Mayeuce le 49 Juillet.
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