‹ Collection complette des œuvres de VoltaireChapitre 35 sur 89 · QUINZIÈME EMPEREUR · texte numérisé non relu

QUINZIÈME EMPEREUR

IOO3.

A Peine Henri de Bavière eft-il couronné , qu'il fai tdéclarer Herman , duc de Suabe & d'Alface , fon compétiteur , ennemi de l'empire. Il met Strasbourg dans fes intérêts : c'était déjà une ville puiflante. Il ravage la Suabe. Il marche en Saxe * il fe fait prêter ferment par le duc de Saxe, par les archevêques de Magdebourg & de Brème , par les comtes palatins , & même par Boleflas , roi de Pologne. Les Slaves habitants de la Poméranie le reconnurent.

Il époufe Cunégonde , fille du premier comte de Luxembourg. Il parcourt des provinces : il reçoit les hommages des évêques de Liège & de Cambrai , qui lui font ferment à genoux. Enfin le duc de Saxe le reconnaît , & lui prête ferment comme les autres.

Les efforts de la faiblefle italienne contre la domination allemande fe renouvellent fans ceffe. Un marquis d'Ivrée , nommé Ardouin , entreprend de fe faire roi d'Italie. Il fe fait élire par les feigneurs , &c prend le titre de Céfar. Alors les archevêques de Milan commençaient à prétendre , qu'on ne pouvait faire un roi de Lombardie fans leur confentement , comme les papes prétendaient qu'on ne pouvait faire un empereur fans eux. Arnolphe , archevêque de Milan , s'adreffe au roi Henri -y car ce font toujours les Italiens qui appellent les Allemands dont ils ne peuvent fe paffer , & qu'ils ne peuvent fouffrir.

Henri envoie des troupes en Italie fous un Othon , duc de Carinthie. Le roi Ardouin bat ces troupes vers le TiroL L'empereur Henri ne pouvait quitter l'Allemagne , où d'autres troubles, l'arrêtaient.

Le nouveau roi de Pologne chrétien , profite de la faibleflfe <Tun Boleflas , duc de Bohême , fe rend maître de fies états ,

Henri II.

& lui fait crever les yeux , en fe conformant à la méthode des empereurs chrétiens d'Orient & d'Occident. Il prend toute la Bohême , la Mifnie , & la Luface. Henri II le contente de le prier de lui faire hommage des états qu'il a envahis. Le roi de Pologne rit de la demande , & fe licrne contre Henri avec plufieurs princes de l'Allemagne. Henri II fonge donc à conserver l'Allemagne , avant d'aller s'oppofer au nouveau Céfar d'Italie.

lOOf.

II regagne des évêques ; il négocie avec des feigneurs , il levé des milices , il déconcerte la ligue.

Les Hongrois commencent à embrafler le chriftianifme par les foins des millionnaires , qui ne cherchent qu'à étendre leur religion , pendant que les princes ne veulent étendre que leurs états.

Etienne , chef des Hongrois , qui avait époufé la foeur de l'empereur Henri , fe fait chrétien en ce tems-là ; & heureufement pour l'Allemagne , il fait la guerre avec fes Hongrois chrétiens contre les Hongrois idolâtres.

L'églife de Rome qui s'était lauTé prévenir par les empereurs dans la nomination d'un roi de Pologne , prend les devants pour la Hongrie. Le pape Jean XIX donne à Etienne de Hongrie le titre de roi oc d'Apôtre , avec le droit de faire porter la croix devant lui, comme les archevêques : & la Hongrie eft divifée en dix évêchés , beaucoup plus remplis alors d'idolâtres que de chrétiens.

L'archevêque de Milan prefîe Henri II de venir en Italie contre fon roi Ardouin. Henri part pour l'Italie , il pafle par la Bavière. Les états ou le parlement de Bavière y éUfent unduc : Henri de Luxembourg , beau-frère de l'empereur , a tous les fufrrages. Fait important qui montre que les droits des peuples étaient comptés pour quelque chofe.

Henri, avant de paiîèr les Alpes, laifTe Cunégonde fon époufe entre les mains de l'archevêque de Magdebourg. On prétend qu'il avait fait vœu de chafteté avec elle : vœu d'ilnfcécilUté dans un empereur.

A peine eft-il vers Vérone , que le Céfar Ardouin s'enfuit, O»

no Henri IL

voit toujours des rois d'Italie , quand les Allemands n'y font pas ; & dès qu'ils y mettent les pieds , on n'en voit plus.

Henri cft couronné à Pavie. On y confpire contre fa vie. Il étouffe la confpiration ; & après beaucoup de fang répandu , il pardonne.

Il ne va point à Rome -, & félon l'ufage de fes prédéceffeurs , il quitte l'Italie le plutôt qu'il peut.

Ceft toujours le fort des princes Allemands, que des troubles les rappellent chez eux , quand ils pouraient affermir en Italie leur domination. Il va défendre les Bohémiens contre les Polonais. Reçu dans Prague , il donne l'inveftiture du duché de Bohême à Jaromire. il pafîe l'Oder, pourfuit les Polonais jufqùes dans leur pays , & fait la paix avec eux.

Il bâtit Bamberg , & y fonde un évêché ; mais il donne au pape la feigneurie féodale : on dit qu'il fe réferva feulement le droit d'habiter dans le château.

II aflèmble un concile à Francfort fur le Mein , uniquement à l'occafion de ce nouvel évêché de Bamberg, auquel s'oppofàit l'évêque de Vurtzbourg, comme à un démembrement de fon évêché. L'empereur le profterne devant les évêques. On difeute les droits de Bamberg & de Vurtzbourg fans s'accorder.

On commence à entendre parler des Pruffiens , ou des Boruffiens. C'étaient des barbares, qui fe nourrifîàient de fang de cheval. Ils habitaient depuis peu des déferts entre la Pologne & la mer Baltique. On dit qu'ils adoraient des ferpents. Ils pillaient fouvent les terres de la Pologne. II faut bien qu'il y eût enfin quelque chofe à gagner chez eux, puifque les Polonais y allaient auffi faire des incurfîons. Mais dans ces pays fcravages , on envahiflàit des terres ôériles avec la même fureur qu'on ufutpait alors des terres fécondes.

Oikon, duc de kfcaflè Lorraine, le dernier qu'on coimaiffe

Henri II. m

de la race de Charlemagne, étant mort, Henri II donne ce duché à Godefroi , comte des Ardennes. Cette donation caufe des troubles. Le duc de Bavière en profite pour inquiéter Henri , mais il eft chaffé de la Bavière.

Hermann , fils d'Ekard de Thuringe , reçoit de Henri II le marquifat de Mifnie.

Encor des guerres contre la Pologne, Ce n'eft que depuis qu'elle eft feudataire de l'Allemagne, que l'Allemagne a des guerres avec elle.

Glogau exiftait déjà en Siléfie. On l'affiege. Les Siléfiens étaient joints aux Polonais»

Henri , fatigué de tous ces troubles , veut fe faire chanoine de Strasbourg. Il en fait vœu ; & Pour accomplir ce voeu , il fonde un canonicat, dont le poflefleur eft appellé le roi du cheeur. Ayant renoncé à être chanoine, il va combattre les Polonais, & calmer des troubles en Bohême.

On place dans ce tems-là l'avanture de Cuncgonde , qui aceufée d'adultère , après avoir fait vœu de chafteté , montre foa innocence en maniant un fer ardent. Il faut mettre ce conte avec le bûcher de l'impératrice Marie d'Aragon.

Depuis que l'empereur avait quitté l'Italie , Ardouin s'en était refrain , & l'archevêque de Milan ne ceflait de prier Henri II de venir régner.

Henri repaffe les Alpes du Tirol une féconde fois } & les Slaves prennent juftement ce tems-là pour renoncer au peu de chriftianifme qu'ils connauTaient, & pour ravager tout le terri* toire de Hambourg.

Dès que l'empereur eft dans le Véronais , Ardouin prend;

ni H e n r r - I L

la fuite. Les Romains font prêts à recevoir Henri. Il vient à Rome le faire couronner avec Cunégonde. Le pape Benoit VIII change la formule. Il lui demande d'abord hir les degrés de St. Pierre ; voulez-vous garder à moi & à mes fuccejfeurs la fidélité en toute chofe ? C'était une efpéce d'hommage que l'adreffe du pape extorquait de la (implicite de l'empereur.

L'empereur va foumettre la Lombardie. Il paffe par la Bourgogne , va voir l'abbaye de Cluni , & fe fait aflbcier à la communauté. Il paffc enfuite à Verdun , & veut fe faire moine dans l'abbaye de St. Vall. On prétend que l'abbé plus fage que Henri , lui dit ; les moines doivent obéijfance à leur abbé : je vous ordonne de refier empereur.

Ces années ne font remplies que de petites guerres en Bohême & fur les frontières de la Pologne. Toute cette partie de l'Allemagne depuis l'Elbe , eft plus barbare & plus malheureuie que jamais. Tout feigneur qui pouvait-armer quelques payfans ferfs , faifait la guerre à fon voinn : & quand les pouefleurs des grands fiefs avaient eux-mêmes des guerres à foutenir , ils obligeaient leurs vaffaux de biffer là leur querelle, pour revenir les fervir; cela s'appellait le droit de trév

ve.

Comment les empereurs reftaient-ils au milieu de cette barbarie , au lieu d'aller réfider à Rome ? C'eft qu'ils avaient befoin d'être puuTants chez les Allemands , pour être reconnus des Romains.

1019. iozo. ion.

L'autorité de l'empereur était affermie dans la Lombardie par fes lieutenants. Mais les Sarrafins venaient toujours dans la Sicile , dans la Pouille , dans la Calabre , & fe jetèrent cette année fur la Tofcane. Mais leurs incurlions en Italie étaient ièmblablcs à celles des Slaves & des Hongrois en Allemagne. Ils ne pouvaient plus faire de grandes conquêtes , parce qu'en Efpagne ils étaient divifés & affaiblis. Les Grecs poffédaient toujours une grande partie /Je la Pouille & de la Calabre , gouvernées par un catapan. Un Mello , prince de Bari , & un prince de Sàlerne s'élevçrent contre ce catapan.

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'■ C'eft alors que parurent , pour la première fois , ces avanturiers de Normandie , qui fondèrent depuis le royaume de Naples. Ils fervirent Mello contre les Grecs. Le pape Benoît VUI & Mello craignant également les Grecs & les Sarrafins , vont à Bambers demander du fecours à Pempereur. • Henri II confirme les donations de fes prédeceffeurs au ûege de Rome, fe réfervant le pouvoir fouverain. Il confirme un décret fait à Pavie, par lequel les clercs ne doivent avoir ni femmes , ni concubines.

Il falait en Italie s'oppofer aux Grecs & aux Mahométans ; il y va au printems. bon armée eft principalement compofée d'evêques, qui font à la tête de leurs troupes. Ce faint empereur , qui ne permettait pas qu'un fous-diacre eût une femme j permettait que les évêques verfafTent le fang humain. Contra-' dirions trop ordinaires chez les hommes.

Il envoie des troupes vers Capoue & vers la Pouille ; mais* il ne fe rend point maître du pays; 6c c'eft une médiocre con-î quête que de fe faifir d'un abbé du Mont-Caflin déclaré contre lui, & d'en faire élire un autre.

Il repafle bien vîte les Alpes, félon la maxime de fes pré-> décefTeurs , de ne fe pas éloigner longtems de l'Allemagne. H convient avec Robert, roi de France, d'avoir une* entrevue avec lui dans un bateau fur la Meufe , entre Sédan & Moufon. L'empereur prévient le roi de France , & va le trouver dans fon camp avec franchife. C'était plutôt une vifite d'amis qu'une conférence de rois * exemple peu imité.

L'empereur fait enfuite le tour d'une grande partie de l'Allemagne dans une profonde paix , lauTant partout des marques de générofité & de juftice.

if fentait que fa fin approchait , quoiqu'il n'eût que 52 ans?' On a écrit qu'avant fa mort il dit aux: parents de fa femme i vous me Faveç donnée vierge , je vous U rends vierge \ difeours* Annales de C Empire. P

ii4 Henri IL

étrange dans un mari , encor plus dans un mari couronné. Cétait fe déclarer impuiffant ou fanatique. Il meurt le 14 Juillet; fon corps cil porte à Bamberg , fa ville favorite. Les chanoines de Bamberc fe rirent canoniier cent ans après. On ne (ait s'il a mieux figuré fur un autel que fur le trône.

CONRAD II, dit le SALIQUE,

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