‹ Collection complette des œuvres de VoltaireChapitre 36 sur 89 · IO · texte numérisé non relu

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O N ne peut affez s'étonner du nombre prodigieux de duTer* tarions fur les prétendus fept électeurs qu'on a cru inûHtués dans ce tems-la. Jamais pourtant il n'y eut de plus grande aflemblée que celle où Conrad U fut élu. On fut obligé de la tenir ert plein champ entre Vorms & Mayence. Les ducs de Saxe , de Bohême, ae Bavière , de Carintnie , de la Suabe , de la Franconie , de la haute y de la baffe Lorraine ; un nombre prodigieux de comtes , d'évêques , d'abbés ; tous donnèrent leur voix. Il faut remarquer que les magifrrats des villes y affifterent, mais qu'ils ne donnèrent point leurs fufrrages. On fut campé fix lemaines dans le champ d'éleftion avant de fe déterminer.

Enfin le choix tomba fur Conrad , furnommé/e falique, parce qu'il était né fur la rivière de la Sâle. C'était un feigneur de Franconie , qu'on fait deicendre d'Othon le grand par les femmes. Il y a grande apparence qu'il fut choiii comme le moins dangereux de tous les prétendants» En effet, on ne voit point de grandes villes qui lui appartiennent $ & il n'eft que le chef de puiflànts vaffaux > dont chacun eft auffi fort que lui.

L'Allemagne fe regardait toujours comme le centre de l'empire;. & le nom oVempercur paraiffait confondu avec celui de roi de Germanie. Les Italiens faififlaàent toutes les occafions de (épater «e* deux titres.

Conrad II, dit le saliqvl 115

Les députés des grands fiefs d'Italie vont offrir l'empire à Robert , roi de France ; c'était offrit alors un titre fort vain , & des guerres réelles. Robert le refufe fagement. On s'adrefle à un duc de Guienne , pair de France. Il l'accepte ayant moins à rifquer. Mais le pape Jean XX & l'archevêque de Milan , font venir Conrad le falique en Italie. Il fait auparavant élire & couronner fon fils Henri , roi de Germanie. C'était la coutume alors en France , & partout ailleurs.

Il eft obligé d'afliéger Pavie. Il effuie des fcditions à Ravcnne. Tout empereur Allemand appellé en Italie, y cft toujours mal reçu.

A peine Conrad eft couronné à Home, qu'il n'y eft plus eu (ureté. Il repaffe en Allemagne , & il y trouve un parti contre lui. Ce font-là les caufes de ces fréquents voyages des empereurs.

Henri, duc de Bavière , étant mort, le roi de Hongrie Etienne, parent par fa mère , demande la Bavière , au préjudice du fils du dernier duc ; preuve que les droits du fang n'étaient pas encor bien établis. Et en effet , rien ne l'était. L'empereur donne la Bavière au fils. Le Hongrois veut l'avoir les armes à la main. On fe bat , & on l'appahe. Et après la mort de cet Etienne , l'empereur a le crédit de faire placer fur le trône de Hongrie un parent d'Etienne nommé Pierre : il a de plus le pouvoir de fe faire rendre hommage & de fe faire payer un tribut par ce roi Pierre , que les Hongrois irrités appellerent Pierre C allemand. Les papes qui croyaient toujours avoir érigé la Hongrie en royaume, auraient voulu qu'on ne l'appellât pas Pierre le romain.

Erneft, duc de Suabe , qui avait armé contre l'empereur , eft mis au ban de l'empire. Ban fignifiait d'abord bannière ; enfuite édit , publication -, il fignifia anfîi depuis banniffement. C'eft uq des premiers exemples de cette profeription. La formule était ; nous déclarons ta femme veuve , tes enfants orphelins , & nous t'envoyons au nom du diable aux auatr$ coins au monde.

*i6 Conrad il; dit le s a l î q u e.

On commence alors à connaître des fouverains de Silène , qui ne font fous le joug, ni de la Bohême, ni de la Pologne -, la Pologne fe détache infenfiblement de l'empire , & ne veut plus le reconnaître.

Si l'empire perd un vaffal dans la Pologne , il en acquiert cent dans le royaume de Bourgogne.

Le dernier roi Rodolphe, qui n avait point d'enfants, lahTe en mourant fes états à Conrad le falique. C'étaient très-peu de domaines avec la fupériorité territoriale , ou du moins des prétentions de fupériorité, c'eft-à-dire de fuzeraineté , de domaine fuprême, furies SuhTes, lesGrifons, la Provence, la Franche- Comté , la Savoie , Genève , le Dauphiné. Ceft de-là que les terres au-delà du Rhône font encor appellées terres d'empire. Tous les feigneurs de ces cantons qui relevaient auparavant de Rodolphe , relèvent de l'empereur.

Quelques évêques s'étaient érigés auffi en princes feudataircs. Conrad leur donna à tous les mêmes droits. Les empereurs élevèrent toujours les évêques pour les oppofer aux feigneurs i ils s'en trouvèrent bien quand ces deux corps étaient divifés, & mal quand ils s'unuTaient.

Les fieges de Lyon , de Befanç on , d'Ambrun , de Vienne , de Laufanne, de Genève, de Bâle, de Grenoble, de Valence, de Gap , de Die , furent des fiefs impériaux.

De tous les feudataires de la Bourgogne , un feul jette les fondements dUine puiffance durable. C'eft Humbert aux blanches mains , tige des duc* de Savoie. Il n'avait que la Maurienne, l'empereur lui donne le Chablais , le Valais , & St. Maurice ; ainfi de la Pologne jufqu'à l'Efcaut , & de la Saône au Garillan les empereurs faifaient partout des princes, & fe regardaient comme les feigneurs fuzerains de prefque toute l'Europe.

Depuis 1035 jufqu'à 1039.

. L'Italie encor troublée rappelle encor Conrad. Ce même archevêque de Milan qui avait couronné l'empereur , était pa*

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Conrad II, dit le s a l i q u e. 117

cette raifon-là même contre lui. Ses droits & fes prétentions en avaient augmenté. Conrad le fait arrêter avec trois autres évêques. Il eft enfuité obligé d'afliéger Milan , & il ne peut le prendre. Il y perd une partie de (on armée , & il perd par conféquent tout fon crédit dans Rome.

Il va faire des loix à Bénévent & à Capoue ; mais pendant ce tems les avanturiers Normands y font des conquêtes.

Enfin , il rentre dans Milan par des négociations , & il s'en retourne félon l'ufage ordinaire.

Une maladie le tait mourir à Utrecht le 4 Juin 1039.

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