‹ Collection complette des œuvres de VoltaireChapitre 44 sur 89 · VINGT-UNIÈME EMPEREUR · texte numérisé non relu

VINGT-UNIÈME EMPEREUR

JÎEnri, duc de Bavière, furnommé le fuperbe, oui poffédait la Saxe , la Mifnie , la Thuringe , en Italie Vérone oc apolette , & prefque tous les biens de la comtefle Mathilde, feiaifitdes Ornements impériaux ; & crut que là grande puiffance le ferait reconnaître empereur : mais ce rut précisément ce qui lui ôta la couronne.

Tous les feigneurs fe réunifient en faveur de Conrad , le même qui avait difputé l'empire à Lothaire II. Henri de Bavière qui paraiflàit fi puinant , eft le troifiéme de ce nom qui eft mis au ban de l'empire. Il faut qu'il ait été plus imprudent encor que fuperbe , puifqu'étant fi puhTant , il put à peine fe défendre.

Comme le nom de la maifon de ce prince était Guelfe , ceux qui tinrent fon parti furent appellés les Guelfes , & on s'accoutuma à nommer ainfi les ennemis des empereurs.

On donne à Albert d'Anhalt, furnommé l'ours, marquis de Brandebourg , la Saxe qui appartenait aux Guelfes $ on donne la Bavière au marquis d'Autriche. Mais enfin , Albert l'ours ne pouvant fe mettre en pofleffion de la Saxe , on s'accommoae. La Saxe refte à la maifon des Guelfes , la Bavière à celle d'Autriche} tout a changé depuis.

Henri le fuperbe meurt, & laiffe au berceau Henri le lion. Son frère Guelfe foutient la guerre. Roger , roi de Sicile, lui donnait mille marcs d'argent pour la Êure. On voit, qu'à peine

les

Conrad III. 145

les princes Normands font puiflants en Italie, qu'ils fongent à fermer le chemin de Rome aux empereurs par toutes fortes de moyens. Frédéric Barberouffe , neveu de Conrad , & fi célèbre depuis , fe fignale déjà dans cette guerre.

Depuis 11 40 jufqu'à 11 46".

Jamais tems ne parut plus favorable aux empereurs pour venir établir dans Rome cette puiffance qu'ils ambitionnèrent toujours , & qui fut toujours conteftée.

Arnaud de Brefcia , difciple d'Abélard , homme d'enthoufiafme, prêchait dans toute l'Italie contre la puiflance temporelle des papes & du clergé. II perfuadait tous ceux qui avaient intérêt d'être perfuadés , & furtout les Romains.

En 1 1 44 , fous le court pontificat de Lucius II , les Romains veulent encor rétablir l'ancienne république j ils augmentent le fénat , ils élifent patrice un fils de l'anti-pape Pierre de Léon nommé Jourdain, & donnent au patrice le pouvoir tribunitial. Le pape Lucius marche contre eux , & eft tué au pied du capitole.

Cependant Conrad III ne va point en Italie, foit qu'une guerre des Hongrois contre le marquis^'Autriche le retienne , foit aue la paflion épidémique des croilades ait déjà pcuTé jufqu'à lui.

St. Bernard, abbé de Clervaux , ayant prêché la croifade en France, la prêche en Allemagne. Mais en quelle langue prêchait-il donc ? Il n'entendait point le tudefque , il ne pouvait parler latin au peuple. Il y fit beaucoup de miracles. Cela peut être. Mais il ne joignit pas à ces miracles le don de prophétie ; car il annonça de la part de Dieu les plus grands fucces.

L'empereur fe croue à Spirè avec beaucoup de feigneurs.

Conrad III fait les préparatifs de fa croifade dans la diète de Francfort. Il fait avant fon départ couronner fon fils Henri, roi des Romains. On établit le confeil impérial de Rotvell , pour juger les caufes en dernier reffort. Ce confeil était compofé de douie barons. La préfidence fut donnée comme un fief à Annales de l'Empire, T

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la maifon de Schults , c'eft-à-dire , à condition de foi & hommage , & d'une redevance. Ces efpèces de fiefs commençaient à s'introduire.

L'empereur s'embarque fur le Danube avec le célèbre évêque de Freilîngcn, qui a écrit lTiiftoire de ce tems, avec ceux de Ratisbonnc , de PaiTau , de Bâle , de Metz , de Toul. Frédéric BarberoufTe , le marquis d'Autriche , Henri , duc de Bavière , le marquis de Montserrat , font les principaux princes qui l'accompagnent.

Les Allemands étaient les derniers qui venaient à ces expéditions d'abord fi brillantes , & bientôt après fi malheureules. Déjà était érigé le petit royaume de Jérufalem : les états d'Antioche , d'Edefle , de Tripoli , de Syrie s'étaient formés. Il s'était élevé des comtes de Joppé , des marquis de Galilée & de Sidon i mais la plupart de ces conquêtes étaient perdues.

ii 48.

L'intempérance fait périr une partie de l'armée allemande. De -là tous ces bruits que l'empereur Grec a empoifonné les fontaines pour faire périr les croifés.

Conrad & Louis le jeune, roi de France, joignent leurs armées affaiblies vers Laodicée. Après quelques combats contre les Mufuimans , il va en pèlerinage à Jérufalem , au lieu de fe rendre maître de Damas , qu'il aifiége enfuite inutilement. Il s'en retourne prcfque fans armée fur les vaiffeaux de fon beau-frere Manuel Comnène j il aborde dans le golfe de Venife , n'ôfant aller en Italie , encor moins fe préfenter à Rome pous y être couronné.

La perte de toutes ces prodigieu/ês armées de croifés dans les pays où Alexandre avait lubjugué avec quarante mille hommes un empire beaucoup plus puifiànt que celui des Arabes & des Turcs , démontre que dans ces entreprifes des chrétiens il y avait un vice radical qui devait néceflairement les détruire r c'était le gouvernement féodal , l'indépendance des chefs , & par conféquent la défunion , le défordre & l'imprudence.

La feule croifade raifonnable qu'on fit alors, fut celle de quelques feigneurs Flamands & Anglais , mais principalement

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de plufieurs Allemands des bords du Rhin , du Mein & du Vefer»

qui s'embarquèrent pour aller fecourir l'Eipgne toujours envahie par Us Maures. Cétait-là un danger véritable qui demandait des fecours. Et il valait mieux aflifter l'Efpagne contre des ufurpatettrs , que d'aller à Jérusalem , fur laquelle on n'avait aucun droit à prétendre , & où il n'y avait rien à gagner. Les croifés prirent Lisbonne , & la donnèrent au roi Alphonfe.

On en faifait une autre contre les païens du Nord ; car l'efprk du tems chez les chrétiens était d'aller combattre ceuK qui n'étaient pas de leur religion. Les évêques de Magdt bourg, de Halberftad , de Munfter , de Mersbourg , de Brandebourg , plufieurs abbés , animent cette croifade. On marche avec une armée de foixante mille hommes pour aller convertir les Slaves , les habitants de la Poméranie , de la Pruffe & des bords de la mer Baltique. Cette croifade fe fait fans confulter l'empereur, & elle tourne même contre lui.

Henri le lion , duc de Saxe, à qui Conrad avait ôtéla Bavière, était à la tête de la croifade contre les païens ; il les laifTa bientôt en repos, pour attaquer les chréciens & pour reprendre la Bavière.

L'empereur, pour tout fruit de fon voyage en Paleftme,' ne retrouve donc en Allemagne qu'une guerre civile fous le nom de guerre fainte. Il a bien de la peine avec le fecours des Bavarois & du relie de l'Allemagne , à contenir Henri le lion & les Guelfes.

11 fi.

Conrad III meurt à Baraberg le 1 5 Février , fans avoir pu être couronné en Italie, ni lauTer le royaume d'Allemagne a fon fils.

FRÉDÉRIC I, dit BARBEROUSSE,

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