‹ Collection complette des œuvres de VoltaireChapitre 50 sur 89 · VINGT-SIXIÈME EMPEREUR · texte numérisé non relu

VINGT-SIXIÈME EMPEREUR

OTh on vaincu , abandonné de tout le monde , fe retire à Brunfvick , où on le laifle en paix parce qu'il n'eft plus à craindre. Il n'eft pas dépoffédé , mais il eft outlié. On dit qu'il devient dévot : reflburce des malheureux & paflion des efprits faibles. Sa pénitence était , à ce qu'on prétend , de fe taire fouler aux pieds par fes valets de cuifine , comme Ci les coups de pied d'un marmiton expiaient les fautes des princes. Mais doit-on croire ces inepties écrites par des moines *

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Frédéric H , empereur par la victoire de Bovines , fe fait partout reconnaître.

Pendant les troubles de l'Allemagne, on a vu que les Danois avaient conquis beaucoup de terres vers l'Elbe , au nord & à l!orient. Frédéric II commença par abandonner ces terres par un traité. Hambourg s'y trouvait comprife. Mais comme à la première opcafion on revient contre un traité onéreux , il profite d'une petite guerre que le nouveau comte palatin du Rhin frère d'Othon , faifait aux Danois ; il reçoit Hambourg (bus fa protection j il la rend enfuite : honteux commencement d'un règne illuftre.

Second couronnement de l'empereur à Aix-la-Chapellè. II dépolTede le comte palatin , & le Palatinat retourne à la maifon de Baviere-Vitelsbach.

Nouvelle croifade. L'empereur prend la croix : il falait qu'il doutât encor de fa puhTance, puifau'il promet au pape Innocent III , de ne point réunir Naples & Sicile à l'empire , & de les donner à Ion fils dès qu'il aura été facré à Rome.

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Frédéric II refte en Allemagne avec fa. croix , & a plus de defTeins fur l'Italie que fur la raleftine. Il difait hautement que la vraie terre de promiflion était Naples & Sicile , & non pa^

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les déferts & les cavernes de Judée. La croifade eft en vaîn prêchée à tous les rois. 11 n'y a cette fois qu'André II, roi des Hongrais , qui parte. Ce peuple qui à peine était chrétien , prend la croix contre les mufulmans quon nomme infidèles.

Les Allemands croifés n'en partent pas moins , fous divers chefs , par terre & par mer. La flotte des Pays-Bas, arrêtée par les vents contraires , fournit encor aux croifés l'occafion d'employer utilement leurs armes vers rEfpagne. Ils fe joignent aux Portugais , & battent les Maures. On pouvait pouriuivre cette victoire , & délivrer enfin l'Efpagne entière : le pape Honorius III , fucceffeur d'Innocent , ne veut pas le permettre. Les papes commandaient aux croifés comme aux milices de Dieu -y mais ils ne pouvaient que les envoyer en Orient. On ne gouverne les hommes que fuivant leurs préjugés} & ces foldats des papes n'eulîent point obéi ailleurs.

Frédéric II avait grande raifon de n'être point du voyage. Les villes d'Italie, & furtout Milan, refufaientde reconnaître un fouverain , qui maître de l'Allemagne & de Naples , pouvait affervir toute l'Italie. Elles tenaient encor le parti d'Othon IV , qui vivait obfcurément- dans un coin de l'Allemagne. Le reconnaître pour empereur, c'était en effet être entièrement libres.

Othon meurt auprès de Brunfvick } & la Lombardie n'a plus de prétexte.

Grande diète à Francfort , où Frédéric II fait élire roi des Romains fon fils Henri , âgé de neuf ans , né de Confiance d'Aragon. Toutes ces diètes fe tenaient en plein champ , comme aujourd'hui encor en Pologne.

L'empereur renonce au droit de la jouifiance du mobilier des évêques défunts , & des revenus pendant la vacance. C'eft ce qu'en France on appelle la régale. Il renonce au droit de juriftfi&ion dans les villes épifcopales où l'empereur fe trouvera ,

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fans y tenir fa cour. Prefque tous les premiers aftes de ce prince font des renonciations.

Il va en Italie chercher cet empire que Frédéric Barberouflè n'avait pu faifir. Milan d'abord lui ferme fes portes comme à un petit-fils de Barberouflë , dont les Milanais détectaient la mémoire. Il fouflre -cet affront , & va fe faire couronner à Rome. Honorius III exige d'abord que l'empereur lui confirme la poifeffion où il ell de plufieurs terres de la comtefle Mathilde. Frédéric y ajoute encor le territoire de Fondi. Le pape veut qu'il renouvelle le ferment d'aller à la Terrefainte, & l'empereur fait ce ferment. Après quoi il eft couronné avec toutes les cérémonies humbles ou humiliantes de fes prédécefleurs. Il fignale encor fon couronnement par des édits fanglants contre les hérétiques. Ce n'elr pas qu'on en connût alors en Allemagne, où régnait l'ignorance avec le courage & le trouble. Mais l'inquilinon venait d'être établie à l'occalîon des Albigeois ; & l'empereur , pour plaire au pape , fit ces édits cruels , par lefquels les enfants des hérétiques font exclus de la fuecefïïon de leurs pères.

Ces loix confirmées par le pape , étaient vifiblement diftées pour juftifter le raviffement des biens ôtés par l'égliie & par les armes à la maifon de Touloufe dans la guerre des Albigeois. Les comtes de Touloufe avaient beaucoup de fiefs de l'empire. Frédéric voulait donc abfolument complaire au pape. De telle* loix n'étaient ni de fon âge , ni de fon cara&ère. Auraient-elles été de fon chancelier Pierre Defvignes , tant aceufé d'avoir fait le prétendu livre des Trois impojtcurs , ou du moins d'avoir eu des fentiments que le titre du livre fuppofe ?

Dans ces années, Frédéric II fait des chofesplus dignes de mémoire. Il embellit Naples , il l'agrandit , il la fait la métropole du royaume , & elle devient bientôt la ville la plus peuplée de l'Italie. Il y avait encor beaucoup de Sarrafins en Sicile , & fouvent ils prenaient les armes i il les tranfporte à Lucera dans la Pouille. Çefk ce qui donna à cette ville le nom <U

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JLuctra ou Nocera depagani ; car on défienait du nom de païens les Sarrafins & les Turcs , foit excès d ignorance , fort excès de haine i & ces peuples en voyant nos croix & nos images, nous appelaient idolâtres.

L'académie ou I'univerfité de Naples eft établie & -florif- * fante. On y enlèigne les loix -, & peu-à-peu les loix lombardes cédèrent au droit romain.

Il paraît que le deflein de Frédéric II était de relier dans l'Italie. On s'attache au pays où l'on eft né , & qu'on embellit } & çe pays était le plus beau de l'Europe. Il paffe auinze ans fans aller en Allemagne. Pourquoi eût-il tant flatté les papes , tant ménagé les villes d'Italie , s'il n'avait conçu l'idée d établir enfin à Rome le ûége de l'empire ? N'était-ce pas le feul moyen de fortir de cette fituation équivoque où étaient les empereurs ? Situation devenue encor plus embarraflante depuis que l'em» pereur était à la fois roi de Naples & vafïal du St. Siège , & depuis qu'il avait promis de féparer Naples & Sicile de l'em^ pire ? Tout ce chaos eût été enfin débrouillé fi l'empereur eût .été le maître de l'Italie. Mais la deftinée en ordonna autrement,

U paraît auffi que le grand delTein du pape était de fe débarrafler de Frédéric , & de l'envoyer dans la Terre-fainte. Pour y réuffir , il lui avait fait époufer après la mort de Confiance d'Aragon , une des héritières prétendues du royaume de Jéru»falem , perdu depuis longtems. Jean de Brienne qui prenait ce vain titre de roi de Jérufalem , fondé fur la prétentoin de fa mère , donna fa fille Jolanda ou Violanta à Frédéric , avec Jérufalem pour dot, c'eft-à-dire avec prefque rien. Et Frédéric l'époufa parce que le pape le voulait , & qu'elle était jbelle. I«es rois de Sicile ont toujours pris le titre de roi de Jérufalem depuis ce tems-là. Frédéric ne s'empreflait pas d'aller conquérir la dot de fa femme , <jui ne confiftait que dans des prétentions fur un peu de terrain maritime refte encor aux chrétiens dans la Syrie.

Pendant les années précédentes & dans les fuivantes, le ^eune Henri fils de l'empereur eft toujours en Allemagne. Une grande révolution arriye en Dannemarçk & dans toutes les

provinces

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provinces qui bordent la mer Baltique. Le roi Danois Valdemar s'était emparé de ces provinces , où habitaient les Slaves occidentaux , les Vandales; de Hamboutg à Dantzick, & de Dantzick à Revel , tout reconnauTait Valdemar.

Un comte de Shverin dans le Melkelbourg , devenu vatfal de ce roi, forme le deffein d'enlever Valdemar & le prince héréditaire fon fils. Il l'exécute dans une partie de charte le 23 Mai 1123.

Le roi de Dannemarck prifonnier , implore Honorius III. Ce pape ordonne au comte de Shverin & aux autres feigneurs Allemands qui étaient de l'entreprife , de remettre en liberté le roi & Ton fils. Les papes prétendaient avoir donné la couronne de Dannemarck , comme celles de Hongrie , de Pologne, de Bohême. Les empereurs prétendaient auffi les avoir données. Les papes & les céfars qui n'étaient pas maîtres dans Rome , fe difoutaient toujours le droit de faire des rois au bout de l'Europe. On n'eut aucun égard aux ordres d'Honorius. Les chevaliers de l'ordre teutonique fe joignent à l'évêque de Riga en Livonie , & fe rendent maîtres d'une partie des côtes de la mer Baltique.

Lubeck , Hambourg , reprennent leur liberté & leurs droits. Valdemar & fon fils , dépouillés de prefque tout ce qu'Us avaient dans ces pays , ne font mis en liberté qu'en payant une grofTe rançon.

On voit ici une nouvelle puhTance s'établir infenfiblement. C'eft cet ordre teutonique \ il a déjà un grand-maître , il a des fiefs en Allemagne , & il conquiert des terres vers la mer Baltique.

Ce grand-maître de l'ordre teutonique follicite en Allemagne de nouveaux fecours pour la Paleltine. Le pape Honorius prefle en Italie l'empereur d'en fortir au plus vite & d'aller accomplir fon vœu en Syrie. Il faut obferver qu'alors il y avait une trêve de neuf ans entre le fultan d'Egypte & les croifés. Frédéric II n'avait donc point de voeu à remplir. Il promet d'entretenir des chevaliers en Paleftine , & n'eft point excommunié. Il devait s'établir en Lombardie & enfuiteà Roraer Annales de l'Empire* A a

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plutôt qu'à Jérufalem. Les villes lombardes avaient eu le tems de s'affocier ; on leur donnait le titre de villes confédérées ; Milan & Bologne étaient à la tête -, on ne les regardait plus comme fu jettes, mais comme vaflales de l'empire. Frédéric II voulait au moins les attacher à lui : & cela était difficile. Il indique une diète à Crémone , & y appelle tous les feigneurs Italiens & Allemands.

Le pape qui craint que l'empereur ne prenne trop d'autorité dans cette diète , lui lufcite des affaires à Naples. Il nomme à cinq évêchés vacants dans ce royaume fans confulter Frédéric -, il empêche plufieurs villes , plulieurs feigneurs , de venir à l'aflemblée de Crémone \ il foutient les aroits des villes aflbciées , & fe rend le défenfeur de la liberté italique.

Beau triomphe du pape Honorius III. L'empereur ayant mis Milan au ban de l'empire , ayant transféré à Naples l'univerfité de Bologne , prend le pape pour juge. Toutes les villes fe foumettent à fa décifion. Lé pape , arbitre entre l'empereur & l'Italie, donne fon arrêt.' Nous ordonnons, dit-il, que l'empereur oublie fon reffentiment contre toutes les villes , & nous ordonnons que les villes fournirent & entretiennent quatre cents chevaliers pour le fecours de la Terre-fainte pendant deux ans. C'était parler dignement à la fois en fouverain & en pontife.

Ayant ainfi jugé l'Italie & l'empereur, il juge Valdemar , roi de Danemarck , qui avait fait ferment de payer aux feigneurs Allemands le refte de fa rançon , & de ne jamais reprendre ce qu'il avait cédé. Le pape le relevé d'un ferment fait en prifon & par force. Valdemar rentre dans le Holftein , mais il eft battu. Le feigneur de Lunebourg & de Brunfvick fon neveu , qui combat pour lui , eft fait prifonnier. Il n'eft élargi qu'en cédant quelques terres. Toutes ces expéditions font toujours des guerres civiles. L'Allemagne alors eft quelque tems tranquille.

Honorius III étant mort, & Grégoire IX frère d'Innocent III lui ayant fuccédé, la politique du pontificat fut la même :

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mais l'humeur du nouveau pontife fut plus altière : il prefle la croifade & le départ tant promis de Frédéric II : il falait envoyer ce prince à Jérufalem pour l'empêcher d'aller à Rome. L'efprit du tems faifait regarder le vœu de ce prince comme un devoir inviolable. Sur le premier délai de l'empereur, le pape l'excommunie. Frédéric diflîmule encor fon ref Tentiment ; il s'excufe , il prépare fa flotte , & exige de chaque fief de Naples & de Sicile huit onces d'or pour ion voyage. Les eccléfiaitiques même lui fourniflent de l'argent , malgré la défenfe du Pape. Enfin il s'embarque à Brindilî , mais fans avoir fait lever ion excommunication.

Que fait Grégoire IX pendant que l'empereur va vers la Terre-fainte ? 11 profite Je la. négligence de ce prince à fe faire abfoudre , ou plutôt du mépris qu'il a fait de l'excommunication i & il fe ligue avec les Milanais & les autres villes confédérées , pour lui ravir le royaume de Naples dont on craignait tant l'incorporation avec l'empire.

Renaud , duc de Spolette & vicaire du royaume , prend au pape la marche d'Ancone. Alors le pape fait prêcher une croifade en Italie contré ce même Frédéric il qu'il avait envoyé à la croifade de la Terre-fainte.

Il envoie un ordre au patriarche titulaire de Jérufalem qui réfidait à Ptolémaïs , de ne point reconnoître l'empereur.

Frédéric diflimulant encor , conclut avec le foudan d'Egypte Melecfala, que nous appelions Mélédin, maître de la Syrie, un traité par lequel il paraît que l'objet de la croifade eil rempli. Le fultan lui cède Jérufalem , avec quelques petites villes maritimes dont les chrétiens étaient encor en polFeiîion. Mais c'eft à condition qu'il ne réfidera pas à Jérufalem , que les mofquées bâties dans les faints lieux fubfifteront , qu'il y aura toujours un émir dans la ville. Frédéric palTa pour s'être entendu avec le foudan afin de tromper le pape. Il va à Jérufalem avec une très petite efeorte , il s'y couronne lui-même j aucun prélat ne voulut couronner un excommunié. Il retourne bientôt au royaume de Naples qui exigeait fa préfence.

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Il trouve dans le territoire de Capoue fon beau-père Jean de Brienne à la tête de la croifade papale.

Les croifés du pape o^u'on appellait Guelfes, portaient le figne des deux clefs fur l'épaule. Les croifés de l'empereur qu'on appellait Gibelins , portaient la croix. Les clefs s'enfuirent devant la croix.

Tout était en combufHon en Italie. On avait befoin de la paix j on la fait le 23 Juillet à San Germano. L'empereur n'y gagne que Pabfolution. Il confent que déformais les bénéfices fe donnent par élection en Sicile j qu'aucun clerc dans fes deux royaumes ne puifle être traduit devant un juge laïque » • que tous les biens eccléfiaftiques foient exempts d'impôts-; & enfin il donne de l'argent au pape.

Il paraît jufqu'ici que ce Frédéric II , qu'on a peint comme le plus dangereux des hommes , était le plus patient -, mais on prétend que fon fils était déjà prêt à fe révolter en Allemagne , et c'eft ce qui rendait le p£re fi facile en Italie.

Il eft clair que l'empereur ne reftait fi longtems en Italie que dans le deflein d'y fonder un véritable empire Romain. Maître de Naples & de Sicile , s'il eût pris fur la Lombardie l'autorité des Othons , il était le maître de Rome. C'eft-là fon véritable crime aux yeux des papes > & ces papes qui le pour» fuivirent d'une manière violente, étaient toujours regardés d'une partie de l'Italie comme les foutiens de la nation. Le parti des Guelfes était celui de la liberté. Il eût falu dans ces circonfiances à Frédéric des tréfors , & une grande armée bien difeiplinée & toujours fur pied. Oeft ce qu'il n'eut jamais. Othon IV , bien moins puiflant que lui, avait eu contre le roi de France une armée de près de cent trente mille hommes. Mais il ne la foudoya pas, & c'était un effort paflàger de vaflaux & d'alliés réunis pour un moment- Frédéric pouvait faire marcher fes vaflaux d'Allemagne en

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Italie. On prétend que le pape Grégoire IX prévint ce coup en foulevant le roi des Romains Henri contre fon père ; ainfi que Grégoire VII, Urbain II & Pafcal II avaient armé le* enfants de Henri IV.

Le roi des Romains met d'abord dans fon parti plufieurs villes le long du Rhin & du Danube. Le duc d'Autriche fe déclare en fa faveur. Milan , Bologne , & d'autres villes d'Italie entrent dans ce parti contre l'empereur.

Frédéric II retourne enfin en Allemagne après quinze ans d'abfence. Le marquis de Bade défait les révoltés. Le jeune Henri vient fe jeter aux genoux de fon père à la grande diète de Mayence. C'eft dans ces diètes célèbres , dans ces parlements de princes , préfidés par les empereurs en perfonne r que fe traitent toujours les plus importantes affaires de l'Europe avec la plus grande folemnité. L'empereur dans cette mémorable diète de Mayence dépofe fon fils Henri , roi des Romains , & craignant le fort du faible Louis nommé le débonnaire, & du courageux & trop facile Henri IV , il condamne fon fùV rebelle à une prifon perpétuelle. Il affure dans cette diète le duché de Brunfvick à la maifon Guelfe qui le poflede encor. Il reçoit folemnellement le droit canon publié par Grégoire IX , & il fait publier pour la première fois des décrets de l'empire en langue allemande , quoiqu'il n'aimât pas cette langue & qu'il cultivât la romance , à laquelle fuccéda l'Italienne.

Il charge le roi de Bohême , le duc de Bavière , & quelques évêques ennemis du duc d'Autriche , de faire la guerre à ce duc , comme vaffaux de l'empire , qui en foutiennent les droits contre des rebelles.

Il repaffe en Lombardie, mais avec peu de troupes, & par conféquent n'y peut faire aucune expédition utile. Quelquesvilles , comme Vicence & Vérone , mifes au pillage , le ren^ «lent plus odieux aux Guelfes (ans le rendre plus puùTanu

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Il vient dans l'Autriche défendue par les Hongrois. Il la fubjugue j & fonde une univerfité à Vienne. Cependant les papes ont toujours prétendu qu'il n'appartenait qu'à eux d'ériger des univerfités , fur quoi on leur a appliqué cet ancien mot d'une farçe italienne , parce que tu fais lire & écrire , tu te crois plus favant que moi.

II confirme les privilèges de quelques villes impériales , comme de Ratisbonne & de Strasbourg -, fait reconnaître fon fils Conrad roi des Romains , à la place de Henri j & enfin après ces fuccès en Allemagne, il fe croit aflez fort pour remplir fon grand projet de lubjuguer l'Italie. Il y revole , prena Mantoue, défait l'armée des confédérés.

Le pape qui le voyait alors marcher à grands pas à l'exécution de fon grand deffein , fait une diverfion par les affaires eccléfiafUques ; & fous prétexte que l'empereur faifait juger par des cours laïques les crimes aes clercs , il excite toutç l'églife contre lui ; l'églife excite les peuples,

Frédéric II avait un bâtard nommé Enpus , qu'il avait fait roi de Sardaigne ; autre prétexte pour le pontife qui prétendait que la Sardaigne relevait du bu Siège.

Ce pape était toujours Grégoire IX. Les différents noms des papes ne changent jamais rien aux affaires j c'eft toujours la même auerelle & le même efprit. Grégoire IX excommunie folemnellement l'empereur deux fois pendant la femaine de la paffion. Ils écrivent violemment l'un contre l'autre. Le pape aceufe l'empereur de foutenir que le monde a été trompe par trois impofteurs , Moife , Jesus-Christ & Mahomet. Frédéric appelle Grégoire Ante-Chrijl , Balaam , & prince des ténèbres. Peut-être le pape aceufa fauffement l'empereur , qui de fon côté calomnia le pape. C'eft de cette querelle que naquit ce préjugé qui dure encor , o^ue Frédéric corapofa , ou fit compofer en latin le livre des Trois impofîeurs : on n'avait pas alors affez de feience & de critique pour faire un tel ouvrage. Nous avons depuis peu quelques mauvaifes brochures fur le même.

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fujet , mais perfonne n'a été aflez fot pour les imputer à Frédéric II , ni à fon chancelier Defvignes.

La patience de l'empereur était enfin ponflee à bout, & il fe croyait puuTant. Les dominicains & les francifcains , milices fpirituelles du pape nouvellement établies , font chaffés de Naples & de Sicile. Les bénédictins du Mont-Caflin font chaffés auui , & on n'en laiffe que huit pour faire l'office. On défend fous peine de mort dans les deux royaumes de recevoir des lettres du pape.

Tout cela anime davantage les factions des Guelfes & des Gibelins. Venife & Gènes s'unuTent aux villes de Lombardie. L'empereur marche contre elles. Il eft défait par les Milanais. Ceft la troifieme victoire (ignalée, dans laquelle les Milanais foutiennent leur liberté contre les empereurs.

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