‹ Collection complette des œuvres de VoltaireChapitre 52 sur 89 · VINGT-SEPTIÈME EMPEREUR · texte numérisé non relu

VINGT-SEPTIÈME EMPEREUR

O N peut compter parmi les empereurs Conrad IV , fils de Frédéric II , à plus jufte titre que ceux qu'on place entre les defcendants de Charlemagne , & les Othons. Il avait été couronné deux fois roi des Romains. Il fuccédait à un père refpe&able : & Guillaume , comte de Hollande , fon concurrent , qu'on appellait auffi le roi des prêtres , comme le landgrave de Thuringe , n'avait pour tout droit qu'un ordre du pape , & les fufrrages de quelques évêques.

Conrad efluie d'abord une défaite auprès d'Oppenheim , mais il fe foutient. 11 force fon compétiteur à quitter l'Allemagne. D va à Lyon trouver le pape Innocent IV , qui le confirme roi des Romains, & qui lui promet de lui donner la couronne impériale à Rome.

il était devenu ordinaire de prêcher des croifades contre les princes chrétiens. Le pape en fait prêcher une en Allemagne contre l'empereur Conrad , & une en Italie contre Manfredo ou Mainfroi , bâtard de Frédenc II , fidèle alors à fon frère , & aux dernières volontés de fon père.

Ce Mainfroi , prince de Tarente , gouvernait Naples & Sicile au nom de Conrad. Le pape faifait révolter contre lui Naples & Capoue. Conrad y marche & femble abandonner l'Allemagne à Ion rival Guillaume , pour aller féconder fon frère Mainfroi contre les croifés du pape.

Guillaume de Hollande s'établit pendant ce tems-la en Allemagne. On peut obferver ici une avanture qui prouve combien tous les droits ont été longtems incertains , & les limites confondues. Une çomtefle de Flandre & du Hainaut a une guerre

Conrad IV. 199

avec Jean Davennes fon fils d'un premier lit, pour le droit de fucceflion de ce fils même fur les états de fa mère. On prend St. Louis pour arbitre. Il adjuge le Hainaut à Davennes, & la Flandre au fils du fécond lit. Jean Davennes dit au roi Louis : vous me donne^ le Hainaut gui ne dépend pas de vous , il relevé de Vévêque de Liège , Ù il ejl arrière-fief de l'empire. La Flandre dépend de vous , & vous ne me la donne^ pas.

Il n'était donc pas décidé de qui le Hainaut relevait. La Flandre était encor un autre problème. Tout le pays d'Aloft était fief de l'empire. Tout ce qui était fur l'Efcaut l'était auftî. Mais le refte de la Flandre depuis Gand relevait des rois de France. Cependant Guillaume , en qualité de roi d'Allemagne , met la comtefTe au ban de l'empire, & confifque tout au profit de Jean Davennes en 1252. Cette affaire s'accommoda enfin , mais elle fait voir quels inconvénients la féodalité entraînait» Cétait encor bien pis en Italie , & furtout pour les royaume* de Naples & Sicile*

Ces années qu'on appelle ainfi que les foivantes les années d'interrègne , de conrafion & d'anarchie , font pourtant très dignes aattention*

La maifon de Maurienne & de Savoie qui prend le parti de Guillaume de Hollande , & qui le reconnaît empereur , en reçoit l'inveftiture de Turin , de Montcalier, d'Ivrée , & de plufieurs fiefs qui en font une maifon puiflante.

En Allemagne les villes de Francfort, May ence, Cologne, Vorms, Spire, s'aflbeient pour leur commerce, & pour fe défendre des feigneurs de châteaux qui étaient autant de brigands. Cette union des villes du Rhin eft moins une imitation de la confédération des villes de Lombardie, que des premières villes anféatiques , Lubeck , Hambourg , Brunfvick.

Bientôt la plupart des villes d'Allemagne & de Flandre entrent dans la hanfe. Le principal objet eft d'entretenir des vahTeaux &- des barques à frais communs pour la fiireté du; commerce. Un billet d'une de ces villes eft payé fans difficulté dans les autres. La confiance du négoce s'établit. Des commet;

Conrad IV.

çans font par cette alliance plus de bien à la fociété que n'en avaient fait tant d'empereurs & de papes.

La ville de Lubeck feule eft deja fi puiflante , que dans une guerre intefhne qui furvint au Dannemarck , elle arme

une Sotte.

Tandis que des villes commerçantes procurent ces avantages temporels , les chevaliers de l'ordre teutonique veulent procurer celui du chriltianifme à ces reftes de Vandales qui vivaient dans la Pruffe & aux environs. Ottocare II , roi de Bohême , fe croife avec eux. Le nom d'Ottocare était devenu celui des rois de Bohême depuis qu'ils avaient pris le parti d'Othon IV. Ils battent les païens, les deux chefs des Prufliens reçoivent le batême. Ottocare rebâtit Kcenigsbcrg.

D'autres fcènes s'ouvrent en Italie. Le pape entretient toujours la guerre & veut difpofer du royaume de Naples & Sicile. Mais il ne peut recouvrer fon propre domaine , ni celui de la comteffe Mathilde. On voit toujours les papes puùTants au-dehors par les excommunications qu'ils lancent , par les divifions quils fomentent, très faibles chez eux , & furtout dans Rome.

Les factions des Gibelins & des Guelfes partageaient & défolaient l'Italie. Elles avaient commencé par les querelles des papes & des empereurs} ces noms avaient été partout un mot de ralliement au tems de Frédéric II. Ceux qui prétendaient acquérir des fiefs & des titres que les empereurs donnent, fe déclaraient Gibelins. Les Guelfes paraifîàient plus partifans de la liberté italique. Le parti Guelfe à Rome était à la vérité pour le pape quand il s'agifTait de fe réunir contre l'empereur ; mais ce même parti s'oppofait au pape quand le pontife délivré d'un maître voulait l'être à fon tour. Ces factions fe fubdivifaient encor en plufieurs partis différents , & fervaient d'aliment aux difeordes des villes & des familles. Quelques anciens capitaines de Frédéric II employaient ces noms de fattion qui échauffent les efprits pour attirer du monde fous leurs drapeaux, & autonfaient leurs brigandages du prétexte de foutenir les droits de l'empire. Des brigands oppofés feignaient de fervir le pape qui ne les en chargeait pas , & ravageaient l'Italie en fon nom. Parmi ces brigands qui fe rendirent illustres , il y eut furtout

un

Conrad IV.

un partifan de Frédéric ^1 , nommé Ezzelino , qui fut fur le point de s'établir une grande domination & de changer la face des affaires. Il eft encor fameux par fes ravages ; d'abord il ramaffa quelque butin à la tête d'une troupe de voleurs : avec ce butin il leva une petite armée. Si la fortune l'eût toujours fécondé , il devenait un conquérant. Mais enfin il fut pris dans une embufcade j & Rome qui le craignait , en fut délivrée. Les faftions Guelfe & Gibeline ne s'éteignirent pas avec lui. Elles fubfifterent longtems , & furent violentes , même pendant gue l'Allemagne fans empereur véritable dans l'interrègne qui fuivit la mort de Conrad , ne pouvait plus fervir de prétexte à ces troubles.

Un pape dans ces circonftances avait une place bien difficile à remplir. Obligé par fa qualité d'évêque de prêcher la paix au milieu de la guerre , fe trouvant à la tête du gouvernement romain fans pouvoir parvenir à l'autorité abfolue , ayant à fe défendre des ôibelins , à ménager les Guelfes , craignant furtout une maifon impériale qui poffédait Naples & Sicile * tout était équivoque dans fa fituation. Les papes depuis Grégoire VII, eurent toujours avec les empereurs cette conformité ; les titres de maures du monde oc la puiifance la plus gênée. Et fi on y fait attention, on verra que dès le tems des premiers fuccefleurs de Charleinagne , l'empire & le facetdoce font deux problêmes difficiles à réfoudre.

Conrad tait venir un de fes frères , à qui Frédéric II avait donné le duché diàutriche. Ce jeune prince meurt , & on foupçonne Conrad de l'avoir empoifonné. Car dans ce tems il falait qu'un prince mourût de vieilleffe pour qu'on n'imputât pas fa mort au poifon.

Conrad IV meurt bientôt après , & on accufe Mainfroi de l'avoir fait périr par le même crime.

L'empereur Conrad IV mort à la fleur de fon âge, biffait un enfant , ce malheureux Conradin dont Mainfroi prit la tutelle. Le pape Innocent IV pourfuit fur cet enfant la mémoire de fes j>ères. Ne pouvant s'emparer du royaume de Naples , il l'offre au roi d'Angleterre , il l'offre à un frère de Sl Louis. U meurt au milieu de fes projets dans Naples même que fon Annales de l'Empire, C C

ZOl

Interrègne.

parti avait conquis. On croirait à voir les dernières entreprifes d'Innocent IV, que c'était un guerrier. Non j il paffait pour un profond théologien.

Après la mort de Conrad IV , ce dernier empereur , & non le dernier prince de la maifon de Suabe , il était vraifemblable que le jeune Guillaume de Hollande qui commençait à régner fans contradiéhon en Allemagne, ferait une nouvelle maifon impériale. Ce droit féodal qui a caufé tant de difputes & tant de guerres , le fait armer contre les Frifons. On prétendait u'iis étaient vaflaux des comtes de Hollande & arrière-vaflaux e l'empire $ & les Frifons ne voulaient relever de perfonne. Il marche contr'eux , il y eft tué fur la fin de l'année 1255, ou au commencement de l'autre ; & c'eft-là l'époque de la grande anarchie d'Allemagne.

La même anarchie eit dans Rome , dans la Lombardie , dans le royaume de Naples & de Sicile.

Les Guelfes venaient d'être chufles de Naples par MainfroL Le nouveau pape Alexandre IV mal affermi dans Rome , veut, comme fon prtdéceffeur , ôter Naples & Sicile à la maifon excommuniée de Suabe , & dépouiller à la fois le jeune Con- Tadirfr à qui ce royaume appartient , & Mainfroi qui en eit le tuteur.

Qui pourait croire qu'Alexandre IV fait prêcher en Angleterre une croifade contre Conradin ? & «n'en offrant les états de cet enfant au roi d'Angleterre Henri III , il emprunte au nom même de ce roi Anglais affez d'argent pour lever luimême une armée ? Quelles démarches d'un pontife pour dépouiller un orphelin ! Un légat du pape commande cette armée , qu'on prétend être de près de cinquante mille hommes. L'armée du pape eil battue oc diflipée.

Remarquons encor que le pape Alexandre IV, qui croyait pouvoir fe rendre maître de deux royaumes aux portes de Rome , n'ofe pas rentrer dans cette ville , & fe retire dans Yiterbe. Rome était toujours comme ces villes impériales , qui difputent à leurs archevêques les droits régaliens i comme.

Interrègne.

Cologne , par exemple , dont le gouvernement municipal clt indépendant de l'électeur. Rome relia dans cette fituation équivoque jufqu'au tems d'Alexandre VI.

On veut en Allemagne faire un empereur. Les princes Allemands penfaient alors comme penfent aujourd'hui les palatins de Pologne , ils ne voulaient point un compatriote pour roi. Une faction choilit Alphonfe X roi de Caltille, une autre élit Richard , frère du roi d'Angleterre Henri III. Les deux élus envoient également au pape pour faire confirmer leur élection : le pape n'en confirme aucune. Richard cependant va fe faire couronner à Aix-la-Chapelle le 17 Mai 1157, fans être pour cela .plus obéi en Allemagne.

Alphonfe de Callille fait des aftes de fouverain d'Allemagne à Tolède. Frédéric III , duc de Lorraine , y va recevoir à genoux Pinveftiture de fon duché, & la dignité de grandlériéchal de l'empereur fur les bords du Rhin , avec le droit de mettre le. premier plat fur la table impériale dans les cours plénières.

Tous les hiftoriens d'Allemagne , comme les plus modernes , difent que Richard ne. reparut plus dans l'empire. Mais c'eft qu'ils n'avaient pas connauTance de la chronique d'Angletcire de Thomas Vik. Cette chronique nous apprend aue Richard repaflâ trois fois en Allemagne , qu'il y exerça fes droits d'empereur dans plus d'une occafion , qu'en 1163 il donna l'inveftiture de l'Autriche & de la Stirie à un Ottocare , roi de Bohême , & qu'il fe maria en 1 269 à la fille d'un baron nommée Falkemorit , avec laquelle il retourna à Londres. Ce long inter- . règne dont on parle tant , n'a donc pas véritablement lubfifté. Mais on peut appeller ces années , un tems d'interrègne , puifque Richard était rarement en Allemagne. On ne voit dans ces tems-là en Allemagne que de petites guerres entre de petits fouverains.

Le jeune Conradin était alors élevé en Bavière avec le due titulaire d'Autriche fon coufin, de l'ancienne branche d'Autriche-

i©4 Interrègne.

Bavière, qui ne fubfifte plus. Mainfroi plus ambitieux que fidèle & lafler d'être régent , le tait déclarer roi de Sicile & de Naples.

C'était donner au pape un jufte fujet de chercher à le perdre. Alexandre IV , comme pontife , avait le droit d'excommunier un parjure ; & comme feieneur fuzerain de Naples , le droit de punir un ufurpateur. M;:is il ne pouvait ni comme pape , nLcomme feigneur , ôter au jeune oc innocent Conradin fon héritage.

Mainfroi qui fe croit affermi , infulte aux excommunications & aux entreprises du pape.

Erzelin , autre tyran , dévafte les contrées de la Lombard ie qui tiennent pour les Guelfes & pour le pontife. Enfin , bleffé dans un combat contre les Cr émanais , la terre en eft délivrée.

Depuis 1260 jufqu'à 1166.

Tandis que l'Allemagne eft ou défolée ou languuTante dans fon anarchie, que l'Italie eft partagée en fa&ions, que les guerres civiles troublent l'Angleterre , que St. Louis racheté de fa captivité en Egypte , médite encor une nouvelle croifade qui fut plus malheureufe , s'il eft poffible ; . le St. Siège perlifte toujours dans le deflein d'arracher à Mainfroi Naples & Sicile, de dépouiller à la fois le -tuteur coupable & l'orphelin.

Quelque pape qui foit fur la chaire de St. Pierre , c'eft toujours le même génie , le même mélange de grandeur & de faiblefle , de religion & de crimes. Les Romains ne veulent reconnaître ni l'autorité temporelle des papes, ni avoir d'empereurs. Les papes font à peine loufferts dans Rome , & ils ôtent ou donnent des royaumes. Rome élifait alors un feul fénateur comme protefteur de fa liberté. Mainfroi , -Pierre d'Aragon fon gendre, le Duc d'Anjou Charles frère de St. Louis, briguent tous trois cette dignité , qui était celle de patrice fous un autre nom.

Urbain IV , nouveau pontife , offre à Charles d'Anjou Naples & Sicile , mais il ne veut pas qu'il foit fénateur : ce ferait trop de puiffance.

U propofe à St. Louis d'armer le duc d'Anjou pour lui faire

Ikterre^gke. 205

conquérir le royaume de Naples. St. Louis héfite. C'était manifeftemenf ravir à un pupile 1'néritage de tant d'aïeux qui avaient conquis cet état fur les mufulmans. Le pape calme fes fcrupules. Charles d'Anjou accepte du pape la donation, & fe rair élire fénateur de Rome malgré le pape.

Urbain VI , trop engagé , fait promettre à Charles d'Anjou qu'il renoncera dans cinq ans au titre de fénateur i & comme ce prince doit faire ferment aux Romains pour toute fa vie -f le pape concilie ces deux ferments , & i'ablout de l'un pourvu qu'il lui fafle l'autre.

Il l'oblige aufli de jurer entre les mains de fon légat, (ju'il ne poffédera jamais l'empire avec la couronne de Sicile, Oetait la" loi des papes fes prédécefTeurs ; & cette loi montre combien on avait craint Frédéric,, II.

Le comte d'Anjou promet furtout d'aider le St. Siège à fe remettre en pofTelfion du patrimoine ufurpé par beaucoup de feigneurs, & des terres de la comtefTe Mathilde. Il s'engage à payer par an 8000 onces d'or de tribut ; confentant d'être excommunié fi jamais ce paiement eft différé de deux mois : il jure d'abolir tous les droits que les conquérants Français & les princes de la maifon de Suabe avaient eus fur les eccléfiaftiques , & par-là il renonce à la prérogative finguliére de Sicile.

A ces conditions & à beaucoup d'autres, il s'embarque à Marfeille avec' trente galères , & va recevoir à Rome en Juin

1265 l'inveftiture de Naples & de Sicile qu'on lui vend fi cher. Une bataille dans les plaines de Bénévent le 16 Février

1266 , décide de tout. Mainfroi y périt j là femme, fes enfants fes tréfors font livrés au vainqueur.

Le légat du pape qui était dans l'armée , prive le corps de Mainfroi de la fépulture des chrétiens ; vengeance lâche & mal-adroite qui ne fert qu'à irriter les peuples.

Dès que Charles d'Anjou eft fur' le trône de Sicile r il eft craint du pape & haï de fes fujets. Les confpirations fe forment. Les Gibelins qui partageaient l'Italie , envoient en Bavière folliciter le jeune Conradin de venir prendre l'héritage de fes

206 In terregnë.

pères. Clément IV, fuccefleur d'Urbain, lui défend de paflér en Italie , comme un fouverain donne un ordre à Ton fujet.

Conradin part à l'âge de feize ans avec le duc de Bavière fon oncle , le comte de Tirol , dont il vient d'époufer la fille , & furtout avec le jeune duc d'Autriche fon coulin , qui ti'éftiit pas plus maître de l'Autriche que Conradin ne Tétait de Naplcs. Les excommunications ne leur manquèrent pas. Clément IV , pour leur mieux réfiiter , nomme Charles d'Anjou vicaire impérial en Tofcane : car les papes ofant prétendre qu'ils donnaient l'empire , devaient à plus forte ration en donner le vicariat. La Tofcane , cette province illuftre , devenue libre par fon efprit & par fon courage , était partagée en Guelfes tk en Gibelins; oc par-là les Guelfes y prennent toute l'autorité.

Charles d'Anjou, fénateur de Rome & chef de la Tofcane, en devenait plus redoutable au pape. Mais Conradin l'eût tté davantage.

Tous les cœurs étaient à Conradin ; & par une deftinée fingulière , les Romains & les Mufulmans fe déclarèrent en même tems pour lui. D'un côté l'infant Henri , frère d'Alphonfe X roi de Caltille , vrai chevalier errant , pafle en Italie , & fe fait déclarer fénateur de Rome pour y foutenir les droits de Conradin. De l'autre , un roi de Tunis leur prête de l'argent <k des galères, & tous les Sarrafins qui étaient reftés dans le royaume de Naples prennent les armes en fa faveur.

Conradin eft reçu dans Rome au capitole comme un empereur. Ses calères abordent en Sicile , « prefque toute 4a nation y reçoit les troupes avec joie. Il marche de fuccès en fuccès jufqu'à Aquila dans PAbruxe. Les chevaliers Français aguerris défont entièrement en bataille rangée l'armée de Conradin , compofée à la hâte de plusieurs nations.

Conradin , le duc d'Autriche & Henri de CalHIIe, font faits prifonniers.

Les hiftoriens Villani , Guadelfiero , Fazelli , aflurent- que le pape Clément IV demanda le fupplice de Conradin à Charles d'Anjou. Ce fut fa dernière volonté. Ce pape mourut bientôt après. Charles fait prononcer une fentence de mort par fon protonotaire Robert de Barî, contre les deux princes. Il envoie

prifonnier Henri de Caltille en Provence ; car la Provence lui appartenait du chef -de fa femme.

Le 26 Octobre 1 168 , Conradin & Frédéric d'Autriche font exécutes dans le marché de Naples par la main du bourreau. C'eft le premier exemple d'un pareil attentat contre des têtes couronnées. Conradin avant de recevoir le coup , jeta fon gant- dans l'afiemblée , en priant qu'il fut porté à Pierre d'Aragon fon coufin, gendre de Mainfroi , qui vengera un jour fa mort. Le gant fut ramaffé par le chevalier Truchfés de Valbourg qui exécuta en effet fa volonté. Depuis ce tems la maifon de Valbourg* porte les armes de Conradin , qui font celles de SuaBe. Le jeune duc d'Autriche eit exéÊuté le premier. Conradin qui l'aimait tendrement , ramafle fa tête , 8c reçoit en la baifant le coup de la mort.

On tranche la tête à plufieurs feigneurs fur le même échafaud. Quelque tems après Charles d'Anjou fait périr en pnfon la veuve de Mainfroi avec le fils qui lui refte. Ce qui furprend , c'efl: qu'on ne voit point que St. Louis , frère de Charles d'Anjou , ait jamais fait à ce barbare le moindre reproche de tant d'horreurs. Au contraire , ce fut en faveur de Charles qu'il entreprit en partie fa dernière malheureufe croifade contre le roi de Tunis , protecteur de Conradin. *n

Les petites guerres continuaient toujours entre les feigneurs d'Allemagne. Rodolphe , comte de Habsbourg en Suiife r fe rendait déjà fameux dans ces guerres, & furtout dans celle qu'il fit à l'évêque de Bàle , en faveur de l'abbé de St. Gai. Ceft à ces tems que commencent les traités de confraternité héréditaire entre- les maifons allemandes.. C'ert une donation réciproque de terres d'une maifon à une autre, au dernier furvivant des mâles.

La première de ces confraternités avait été faite dans les dernières années de Frédéric 11 , entre les maifons de Saxe & de Heffe.' .

Les villes anféafiques augmentent dans ces années leurs privilèges & leur puillance. files établiffent des coniuls qui jugent

208 Interrègne.

toutes les affaires du commerce ; car à quel tribunal aurait-on eu alors recours ?

La même néceflité qui fait inventer les confias aux villes marchandes , fait inventer les auflregues aux "autres villes & aux feigneurs , qui ne veulent pas toujours vuider leurs différends par le fer. Ces auflregues font , ou des feigneurs , ou des villes mêmes , que 1 on choifit pour arbitres (ans frais de juftice.

Ces deux établùTements fi heureux & fi fages furent le fruit des malheurs des tems, qui obligeaient d'y avoir recours.

L'Allemagne reirait toujours uns cher1, mais voulait enfin en avoir uft.

Richard d'Angleterre était mort. Alphonfe de CafHlle n'avait phis de parti. Ottocare III , roi de Bohême , duc d'Autriche & de Stirie , fut propofé , & refufa , dit-on , l'empire. Il avait alors une guerre avec Béla , roi de Hongrie, qui lui difputait la Stirie , h Carinthie & la Carniole. On pouvait lui contefter la Stirie dépendante de l'Autriche , mais non la Carinthie & la Carniole , qu'il avait achetées.

La paix fe fit. La Stirie & la Carinthie avec la Carniole relièrent à Ottocare. On ne conçoit pas comment étant fi peinant, il refufa l'empire, lui qui depuis refufa l'hommage à l'empereur. Il eft bien plus vraifemblable qu'on ne voulut pas de lui , par cela même qu'il était trop puifiant.

Page 1