‹ Collection complette des œuvres de VoltaireChapitre 53 sur 89 · RODOLPHE I DE HABSBOURG · texte numérisé non relu

RODOLPHE I DE HABSBOURG

premier empereur de la mai/on £ Autriche , VINGT-HUITIEME EMPEREUR.

ENfin on s'affemble à Francfort pour élire un empereur, & cela fur les lettres de Grégoire X , qui menace d'en.ndminer un. C'était une chofe nouvelle que ce fut un pape qui voulût un empereur.

On

Rodolphe t

On ne propofe dans cette affemblée aucun prince poiTefleur de grands états. Ils étaient trop jaloux les uns des autres. Le comte de Tirol , qui était du nombre des électeurs , indique trois fujets ; un comte de Goritz , feigneur d'un petit pays dans le Frioul, & abfolument inconnu j un Bernard non moins inconnu encor , qui n'avait pour tout bien que des prétentions fur le duché de Carinthie ; & Rodolphe de Habsbourg , capitaine célèbre, & grand maréchal de la cour d'Ottocare, roi de Bohême.

Les électeurs partagés entre ces trois concurrents , s'en rapportent à la déciiîon du comte palatin Louis le févère, duc de Bavière , le même qui avait élevé & fecouru en vain le malheureux Conradin , & Frédéric d'Autriche. C'eft-là le premier exemple d'un pareil arbitrage. Louis de Bavière nomme empereur Rodolphe de Habsbourg.

Le burgrave ou châtelain de Nuremberg en apporte la nouvelle à Rodolphe , qui n'étant plus alors au fervice du roi de Bohême , s'occupait de Tes petites guerres vers Bâle & vers Strasbourg.

Alphoniè de Caftille , & le roi de Bohême proteftent en vain contre l'élection. Cette proteftation d'Ottocare ne prouve pas aflurément qu'il eût refufé la couronne impériale.

Rodolphe était fils d'Albert, comte de Habsbourg enSuùTe. Sa mère était Ulrike de Kybourg, qui avait plufieurs feigneuries en Alface. Il était marié depuis longtems avec Anne de Hceneberg , dont il avait quatre enfants. Son âge était de cinquante-cinq ans & demi , quand il fut élevé à l'empire» Il avait un frère colonel au fervice des Milanais , & un autre chanoine à Bâle. Ses deux frères moururent avant fon élection.

Il eft couronné à Aix-la-Chapelle ; on ignore par quel archevêque. Il eft rapporté que le fceptre impérial , qu'on prétendait être celui de Charlemagne , ne fe trouvant pas , ce défaut de formalité commençait à l'ervir de prétexte à plufieurs feigneurs qui ne voulaient pas lui prêter ferment. Il prit un crucifix : voilà mon fceptre , dit -il , çk tous lui rendirent hommage. Cette feule aétion de fermeté le rendit refpeétable , & le relie de fa conduite le montra digne de l'empire.

Il marie fon fils Albert à la fille du comte de Tirol , feeur utérine de Conradin. Par ce mariage Albert femble acquérir Annales de CEmpire, D d

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des droits fur l'Alface & fur la Suabe , héritage de la maifon du fameux empereur Frtdcnc IL L'Alface était alors partagée entre pluf eurs petits feigneurs. Il falut leur faire la guerre. Il obtint par fa piudence des troupes de l'empire , & fournit tout par la valeur. Un préfet eft nommé pour gouverner l'Alface. Celi ici une des plus importantes époaues pour l'intérieur de l'Allemagne. Les polTeffeurs des terres dans la Suabe & dans l'Alface relevaient de ia maifon impériale de Suabe ; mais après l'extinction de cette maifon dans la perfonne de l'infortuné Conradin , ils ne voulurent phis relever que de l'empire. Voilà la véritable origine de la nobleiTe immédiate. Et voilà pourquoi ©n trouve plus de cette noblefle en Suabe crue dans les autres provinces. L'empereur Rodolphe vint à bout de foumettre les gentilshommes d'Alface , & créa un préfet dans cette province j mais après lui les barons d'Alface redevinrent pour La plupart barons libres & immédiats , fouverains dans leurs petites terres comme les plus grands feigneurs Allemands dans les leurs. C'était dans prefque toute l'Europe l'objet de quiconque pot* fcdait un château.

Trois ambafTadeurs de Rodolphe font ferment de la part au pape Grégoire X dans le coniiitoire. Le pape écrit à Rodolphe : De F avis des cardinaux , nous vous nommons roi des Romains*

Alphonfe X , roi de CalMe , renonce alors à l'empire.

Rodolphe va trouver le pape à Lauianne. D hii promet de hri faire rendre la marche d Ancone , ck les terres de Mathilde. Il promettait ce qu'il ne pouvait tenir. Tout cela était entre les mains des villes & des feigneurs , qui s'en étaient emparés aux dépens du pape & de l'empire. L'Italie était partagée en vingt principautés ou républiques, comme l'ancienne Grèce, mais plus puifTantes. Venife , Gènes & Pife , avaient phis de vahTeaux que l'empereur ne pouvait entretenir d'enfeignes. Florence devenait considérable , & déjà elle était le berceau des beaux arts.

Rodolphe penfe d'abord à l'Allemagne» Le punTant roi de

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Bohême Ottocare III , duc d'Autriche , de Carinthîe & de Carniole , lui refuie l'hommage. Je ne dois rien à Rodolphe, dit-il } je lui ai payé [es gages. Il fe ligue avec la Bavière.

Rodolphe foutient la majefté de Ton rang. Il fait mettre au ban de l'empire ce puiflant Ottocare , & le duc de Bavière Henri qui eft lié avec lui. On donne à l'empereur des troupes, & il va venger les droits de l'empire Allemand.

L'empereur Rodolphe bat , l'un après l'autre , tous ceux qui prennent le parti d'Ottocare , ou qui veulent profiter de cette divifion } le comte de Neubourg , le comte de Fnbourg , & le marquis de Bade, & le comte de Virtemberg, & Henri duc dé Bavière. Il finit tout-d'un-coup cette guerre avec les Bavarois , en mariant une de Tes filles au fils de ce prince , & en recevant quarante mille onces d'or , au lieu de donner une dot à fa fille.

De-la il marche contre Ottocare; il le force de venir à compofition. Le roi de Bohême cède l'Autriche , la Stirie & la Carniole. Il confent de faire un hommage-lice à l'empereur dans l'ille de Camberg au milieu du Danube , fous un pavillon dont les rideaux devaient être fermés , pour lui épargner une mortification publique.

Ortocare s y rend couvert d'or & de pierreries. Rodolphe , par un fafte fupérieur , le reçoit avec l'habit le plus fimple } & au milieu de la cérémonie les rideaux du pavillon tombent , & font voir aux yeux du peuple & des armées qui bordaient le Danube , le fuperbe Ottocare à genoux , tenant ies mains jointes entre les mains de fon vainqueur, qu'il avait fi fbuvent appellé fon maître-d'hôtel , & dont il devenait le grand-échanfon. Ce conte eft accrédité, & il importe peu qu'il foit vrai.

La femme d'Ottocare , princeflè plus altière que fon époux , lui fait tant de reproches de (on hommage rendu , & de la ceffion de fes provinces , que le roi de Bohême recommence la guerre vers l'Autriche.

L'empereur remporte une viftoire complette. Ottocare eft tué dans la bataille le z6 Août. 1-e vainqueur ufe de fk viûoire

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en légidateur. Il laifle la Bohême au fils du vaincu , le jeune Venceflas , & la régence au marquis de Brandebourg.

Rodolphe fait fon entrée à Vienne , & s'établit dans l'Autriche. Louis , duc de Bavière , qui avait plus d'un droit à ce duché , veut remuer pour foutenir ce droit. Rodolphe tombe fur lui avec fes troupes viétorieufes. Alors rien ne réfifte ; & on voit ce prince , que les électeurs avaient appellé à l'empire pour y régner fans pouvoir , devenir en effet le conquérant de l'Allemagne.

Ce maître de l'Allemagne eft bien loin de l'être en Italie* Le pape Nicolas III gagne avec lui fans peine ce long procès, que tant de pontifes ont foutenu contre tant d'empereurs. Rodolphe, par un diplôme du iç Février 1279, cède au St. Siège les terres de la comteffe Mathilde , renonce au droit de fuzeraineté, défavoue fon chancelier qui a reçu l'hommage» Les électeurs approuvent la même année cette ceflion de Rodolphe. Ce prince en abandonnant des droits pour lefquels on avait' fi longtems combattu , ne cédait en effet que le droit de recevoir un hommage de feigneurs qui voulaient à peine le rendre. Cétait tout ce qu'il pouvait alors obtenir en Italie, où l'empire n'était plus rien. Il falait que cette ceffion fut bien peu de chofe , puifque l'empereur n'eut en échange que le titre de fénateur de Kome , & encor ne l'eut-il que pour un an.

Le pape vint à bout de faire ôter cette vaine dignité de fénateur à Charles d'Anjou, roi de Sicile, parce que ce prince ne voulut pas marier fon neveu avec la nièce de ce pontife en difant , que quoiqu'il s'appcllât Orfini f & qu'il eût les pieds, rouges , fon fang n'était pas fait pour Je mêler au fang de France*

Nicolas III ôte encor à Charles d'Anjou le vicariat de l'empire en Tofcane. Ce vicariat n'était plus qu'un nom, & ce nom même ne pouvait fubfifter , depuis qu'il y avait un empereur.

La fituation de Rodolphe en Italie était (a ce que ditGiro-

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lamo Briani ) femblable à celle d'un négociant qui a fait faillite , & dont d'autres marchands partagent les effets.

L'empereur Rodolphe fe raccommode avec Charles de Sicile , par le mariage d'une de fes filles. Il donne cette princeffe , nommée Gémence , à Charles - Martel petit - fils de Charles. Les deux mariés étaient prefque encor au berceau.

Charles, au moyen de ce mariage , obtient de l'empereur l'inverKture des comtés de Provence & de Forcalquier.

Après la mon de Nicolas III , on élit un Français nommé Brion , oui prend le nom de Martin IV. Ce Français fait rendre d'abord la dignité de fénateur au roi de Sicile , & veut lui faire rendre aufli le vicariat de l'empire en Tofcane. Rodolphe parait ne guère s'en embarraffer ; il eft allez occupé en Bohême» Ce pays s'était révolté par la conduite violente du margrave de Brandebourg , qui en était régent ; & d'ailleurs Rodolphe avait plus befom d argent que de titres.

Ces années font mémorables par la fameulè confpiration de* vêpres italiennes. Jean de Procida , gentilhomme de Salerne r riche , & qui malgré fon état exerçait la profeffion de médecin: & de jurifconfulte , fut l'auteur de cette compiratron, qui femblait û oppofée à fon genre de vie. C'était un Gibelin paflionnément attaché à la mémoire de Frédéric II , & à la maifort de Suabe. Il avait été plufieurs fois en Aragon auprès de la reine Confiance , fille de Mainfroi. Il brûlait de venger le fang crue Charles d'Anjou avait fait répandre ; mais ne pouvant rien dans le royaume de Napies , que Charles contenait par fa préfence & par la terreur , il trama fon complot dans la Sicile gouvernée par des Provençaux prus déteftés que leur maître , ce moins puûTants.

Le projet de Charles d'Anjou était la conquête de Conûan~ tinople. Un des grands fruits des croifades de l'Occident, avait été de prendre l'empire des Grecs en 1 204 , & on l'avait perdu depuis, ainll que les autres conquêtes fur les Mululmans. La fureur d'aller fe battre en Paleftine avait paffé depuis les malheurs

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de St. Louis , mais la proie de Conftantinople paraûTait facile à faiiir j & Charles d'Anjou efpérait détrôner Michel Paléologue qui polTédait alors le refte de l'empire d'Orient.

Jean de Procida va déguile à Conftantinople avertir Michel Paléologue : il l'excite à prévenu: Charles. De-là il court en Aragon voir en fecret le roi Pierre. Il eut de l'argent de l'un & de l'autre. Il gagne aifément des conjurés. Pierre d'Aragon équipe une flotte ; & feignant d'aller contre l'Afrique , il fe tient prêt pour defeendre en Sicile. Procida n'a pas de peine à difpofer les Siciliens.

Enfin le troilîéme jour de Pâques 1281 , au fonde la cloche de vêpres , tous les Provençaux font mafTacrés dans Tifle , les uns dans les églifes , les autres aux portes ou dans les places publiques , les autres dans leurs marions. On compte qu'il y eut huit mille perfonnes égorgées. Cent batailles ont fait périr le triple & le quadruple d hommes , fans qu'on y ait fait attention. Mais ici ce fecret gardé fi longtems par tout un peuple > des conquérants exterminés par la nation conquife , les femmes , les enfants mafTacrés , des filles Siciliennes enceintes par des Provençaux , tuées par leurs propres pères , des pénitentes égorgées par leurs conte fleurs, rendent cette a£hon à jamais fameufe 5t exécrable. On dit toujours que ce furent des Français qui furent mafTacrés à ces vêpres ficiliennes, parce que la Provence eft aujourd'hui à la France : mais elle était alors province de l'empire ; & c'était réellement des impériaux qu'on égorgeait.

Voilà comme on commença enfin la vengeance de Conraclin , & du duc d'Autriche. Leur mort avait été le crime d'un feul homme, de Charles d'Anjou } & huit mille innocents l'expièrent.

Pierre d'Aragon aborde alors en Sicile avec fa femme Con£ tance. Toute la nation fe donne à lui, & de ce jour la Sicile refta à la maifon d'Aragon i mais le royaume de Naples demeure au prince de France.

L'empereur inveftit fes deux fils aînés, Albert & Rodolphe, à la fois , de l'Autriche , de la Stirie , de la Carniole , le 27 Décembre 1281, dans une diète à Augsbourg , du confentement de tous les feigneurs , & même de celui de Louis de

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Bavière qui avait des droits fur l'Autriche. Mais comment donner à la fois l'inveftiture des mêmes états à ces deux princes ? N'en avaient-ils que le titre ? Le puîné devait-il fuccéder à l'ainé ? Ou bien le puiné n'avait-il que le nom tandis que Pautre avait la terre r Ou devaient-ils pofféder ces états en commun ? C'eft ce qui n'eft pas expliqué. Ce qui eft inconteftable, c'eft qu'on voit beaucoup de diplômes dans lefquels les deux frères font nommés conjointement ducs d'Autriche , de Snne & de Carniole.

Il y a une feule vieille chronique anonyme , qui dit que l'empereur Rodolphe inveftit fon fils Rodolphe de la Suabe. Mais il n'y a aucun document , aucune charte où l'on trouve que ce jeune Rodolphe ait eu la Suabe. Tous les diplômes l'appellent duc d'Autriche , de Stirie , de Carniole, comme fon frère. Cependant un hiftorien ayant adopté cette chronique , tous les autres l'ont fuivie; & dans les tables généalogiques, on appelle toujours ce Rodolphe , duc de Suabe. S'il l'avait été , comment iâ maifon aurait-elle perdu ce duché ?

Dans la même diète l'empereur donne la Carinthie & la marche Trevifane au comte de Tirol fon gendre. L'avantage qu'il tira de (à dignité d'empereur , fut de pourvoir toute fa maifon.

Rodolphe gouverne l'empire aufli - bien que fa maifon. II appaife les querelles de phrfieurs fèigneurs & ae plusieurs villes»

Les hiftonens difent que fes travaux l'avaient fort affaibli , & qu'à l'âge de 65 ans paffés , les médecins lui confeillerent de prendre une femme de iç ans pour fortifkr fa fanté. Ces hiftoriens ne font pas phyficiens. Il époufe Agnès fille d'un <omte de Bourgogne.

Dans cette année 1284, le roi d'Aragon Pierre fait prisonnier le prince de Salerne fils de Charles d'Anjou -, mais far» pouvoir fe rendre maître de Naples. Les guerres de Naples ne regardent plus l'empire jufqu'à Charles-Quint*

Les Cumins , relie des Tartares , dévaftent la Hongrie^

Rodolphe I.

L'empereur invertit Je?n Davennes du comté d'Aloft , du pays de Vafs , de la Zélande , du Hainaut. Le comté de Flandre n'eft point fpécifié dans l'inveftiture ; il était devenu inconteftable qu'il relevait de la France.

Pour mettre le comble à la gloire de Rodolphe , il eût falu s'établir en Italie , comme il l'était en Allemagne i mais le teins était paffé. Il ne voulut pas même aller fe faire couronner à Rome. Il fe contenta de vendre la liberté aux villes d'Italie , qui voulurent bien l'acheter. Florence donna quarante mille ducats d'or ; Lucques douze mille ; Gènes , Bologne , fix mille. Prefque toutes les autres ne donnèrent rien du tout , prétendant qu'elles ne devaient point reconnaître un empereur qui n'était pas couronné à Rome.

Mais en quoi confiftait cette liberté ou donnée ou confirmée / Etait-ce dans une féparation abfolue de l'empire ? Il n'y a aucun afte de ces rems-la qui énonce de pareilles conventions. Cette liberté confirmait dans le droit de nommer des magiftrats, de fe gouverner fuivant leurs loix municipales, de battre monnoie , d'entretenir des troupes. Ce n'était qu'une confirmation , une extenfion , des droits obtenus de Frédéric Barberoufle. L'Italie fut alors indépendante & comme détachée de l'empire, parce que l'empereur était éloigné & trop peu puiflant. Le tems eût pu aflurer à ce pays une liberté pleine h entière. Déjà les viles de Lombardie , celles de la Suifle même , ne prêtaient plus de ferment , & rentraient ment dans leurs droits naturels.

A l'égard des villes d'Allemagne , elles prêtaient toutes ferment j mais les unes étaient réputées libres , comme Augsbourg , Aix-la-Chapelle & Metz ; les autres avoient le nom d'impériales , en fourniflant des tributs ; les autres fujettes , comme celles oui relevaient immédiatement des princes , & médiatement de l'empire $ les autres mixtes , qui en relevant des princes, avaient pourtant quelques droits impériaux.

Les grandes villes impériales étaient toutes différemment gouvernées. Nuremberg était adminiflrée par des nobles ; les citoyens avaient à Strasbourg l'autorité,

Rodolphe I. 217 1288. 1289. 1290.

Rodolphe fait fervir toutes fes filles à fes intérêts. Il mar e encore une fille qu'il avait de fa première femme , au jeunle Venceflas roi de Bohême, devenu majeur, & lui fait jur^r qu'il ne prétendra jamais rien aux duchés d'Autriche & de Sriric } mais auffi en récompenfe il lui confirme la charge de grand-échanfon.

Les ducs de Bavière prétendaient cette charge de la m aifon de l'empereur. Il femble que la qualité d'électeur fût infép arable de celle de grand officier de la couronne j non que les feigneursdes principaux fiefs ne prétendiffent encor le droit d'élire ; mais les grands officiers voulaient ce droit de préférence aux autres. C'eft pourquoi les ducs de Bavière difputaicnt la charge de grand-maître à la branche de Bavière palatine , auoiqu'ainte.

Grande diète à Erfort , dans laquelle on confirme le partage déjà fait de la Thuringe. L'orientale refte à la maifon de Mifiùc , qui eft aujourd'hui de Saxe. L'occidentale demeure à la Maifon de Brabant , héritière de la Mifnie par les femmes. C'eft la maifon de Heflfe.

Le roi de Hongrie Ladiflas III, ayant été tué par les Tartares cumins , qui ravageaient toujours ce pays ; l'empereur, qui prétend que la Hongrie eft un fief de l'empire , veut donner ce fief à fon fils Albert , auquel il avait donné déjà l'Autriche.

Le pape Nicolas IV, qui croit que tous les royaumes font des fiefs Je Rome , donne la Hongrie à Charles - Martel , petitfils de Charles d'Anjou, roi de Naples & Sicile. Mais comme ce Charles-Martel fe trouve gendre de l'empereur , & comme les Hongrois ne voulaient point du fils d'un empereur pour roi, de peur d'être afiervis , Rodolphe confent que Charles-Martel fon gendre tâche de s'emparer de cette couronne , qu'il ne peut lui ôter.

Voici encor un grand exemple qui prouve combien le droit féodal était incertain. Le comte de Bourgogne , c'eft-à-dire , de la Franche-Comté, prétendait relever du royaume de France, & en cette qualité il avait prêté ferment de fidélité à Philippe le bel. Cependant jufques-là, tout ce qui faif: i: partie de l'ancien royaume de Bourgogne , relevait des empereurs. Annales de l'Empire, E e

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Rodolphe lui fait la guerre : elle fe termine bientôt par l'hommage que le comte de Bourgogne lui rend. Ainfi ce comte fe trouve relever à la fois de l'Empire & de la France.

Rodolphe donne au duc de Saxe fon gendre Albert II , le titre de palatin de Saxe. Il faut bien diitinguer cette maifon de Saxe d'avec celle d'aujourd'hui, qui eft , comme nous l'avons dit , celle de Mifnie.

L'empereur Rodolphe meurt à Germesheim le 1 5 Juillet à l'âge de 73 ans, après en avoir régné dix-huit.

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