VINGT-NEUVIEME EMPEREUR
Après un interrègne de neuf mois»
LEs princes Allemands craignant de rendre héréditaire cet empire d'Allemagne , toujours nommé l'empire Romain , & ne pouvant s'accorder dans leur choix , font un fécond compromis , dont on avait vu l'exemple à la nomination de Rodolphe.
L'archevêque de Mayence auquel on s'en rapporte, nomme Adolphe de Naflàu par le même principe qu'on avait choifi fon prédécefleur. C'était le plus illuftre guerrier de ces temslà , & le plus pauvre. Il paraûTait capable de foutenir la gloire de l'empire à la tête des armées allemandes , & trop peu puiflant pour l'afTervir. Il ne pofledoit que trois feigneuries dans le comté de Naflau.
Albert duc d'Autriche , fâché de ne point fuccéder à fon pere, sY.nit contre le nouvel empereur avec ce même comte de Bourgogne qui ne veut plus être valTal de l'Allemagne , & tous deux obtiennent des fecours du roi de France Philippe le beL La maifon d'Autriche commence par appeller contre
Adolphe de Nassau.
l'empereur ces mêmes Français que les princes de l'empire ont depuis iî fouvent apellés contr'elle. Albert d'Autriche , avec le fecours de la France , fait d'abord la guerre en Suiffe, dont fa maifon réclame la fouveraineté. Il prend Zurich avec des troupes Françahes.
Albert d'Autriche fouleve contre Adolphe , Strasbourg & Colmar. L'empereur , à la tête de quelques troupes que les fiers impériaux lui fourniflent , appaife ces troubles.
Un aifférend entre le comte de Flandre & les citoyens de Gand , eft porté au parlement de Paris, & jugé en faveur des citoyens. Il était bien clairement reconnu que depuis Gand jufqu'à Boulogne, Arras & Cambrai, la Flandre relevait uniquement du roi de France.
Adolphe s'unit avec Edouard roi d'Angleterre contre la France ; mais comme il craint un aufli pumant variai que le duc d'Autriche , il n'entreprend rien. On a vu depuis renouveller plus d'une fois cette alliance dans des circonftances pareilles.
Une injuftice honteufe de l'empereur, eft la première origine de fes malheurs & de fa fin funefte : grand exemple pour les fouverains. Albert de Mifnie , landgrave de Thuringe , l'un des ancêtres de tous les princes de Saxe , qui font une Ci grande figure en Allemagne, gendre de l'empereur Frédéric II, avait trois enfants de la princefle fa femme. Il l'avait répudiée pour une maîtrefle indigne de lui } & c'eft pour cela que les Allemands lui avaient donné avec juftice le furnom de dépravé. Ayant • un bâtard de cette concubine, il voulait déshériter pour lui fes trois enfants légitimes. Il met fes fiefs en vente malgré les loix, & l'empereur malgré les loix les acheté avec l'argent que le roi d'Angleterre lui avait donné pour faire la guerre a la France.
Les trois princes foutiennent hardiment leurs droits contre l'empereur. Il a beau prendre Drefde & plufieurs châteaux ,
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