TRENTE-DEUXIÈME EMPEREUR
o N ne compte pour empereur que Louis de Bavière , parce qu'il païïe pour avoir été éhi par le plus grand nombre , maisiurtout parce que fon rival Frédéric le beau , fut malheureux. Frédéric eft facré à Cologne par l'archevêque du heu j Louis à- Aix-la-Chapelle par l'archevêque de Mayence ; & cet archevêque s'attribue ce privilège malgré l'archevêque de Cologne métropolitain d'Aix.
Ces deux facres produifent néceflàirement des guerres civiles -% & celui-ci l'eft d'autant plus que Louis de Bavière étoit oncle de Frédéric fon rival. Quelques cantons Suiflès déjà ligués, prennent les armes pour Louis de Bavière. Ils défendaient parlà leur liberté comme l'Autriche.
Mémorable bataille de Mortgat. Si les Suifies avaient eu l'éloquence des Athéniens comme le courage, cette journée feroir auifî célèbre que celle des thermopiles. Seize cents Suifies des cantons d'Uri , de Schwitz & d'Underwaid , difîipent au paf» fage des montagnes une armée formidable du duc d'Autriche. Le champ de bataille de Mortgat eft le vrai berceau de leur liberté.
Jean XXIÏ , pape à Avignon & à Lvon comme fês deux pré^ déceflèurs, n'oiant pas mettre le pied en Italie, & abandonnant Rome , déclare cependant que l'empire dépend de l'éghfe romaine , & cite à ton tribunal les deux prétendants à l'empire. Il y a eu de plus grande révolution fii la terre, mais il n'y
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en a pas eu une plus finguliere dans l'efprit humain , que de voir les fucceffeurs des Céiars créés fur les bords du Mein , foumettre les droits qu'ils n'ont point fur Rome , à un pontife de Rome créé dans Avignon -9 tandis que les Rois d'Allemagne prétendent avoir le droit de donner les royaumes de l'Europe,, que les papes prétendent nommer les empereurs & les rois, & que le peuple romain ne veut ni d'empereur ni de pape.
Il faut fe repréfenter dans ces tems-là l'Italie aufli divifée que l'Allemagne. Les Guelfes & les Gibelins la déchirent toujours. Les Guelfes, à la tête defquels eft le roi de Naples Robert, tiennent pour Frédéric d'Autriche. Louis a pour lui les Gibelins. Les principaux de cette faction font les Vifcontis à Milan. Cette maifon établiflait fa puiffance fur le prétexte de foutenir celle des empereurs. La France voulait déjà fe mêler des affaire* du Milanais, mais faiblement.
Guerre entre Eric , roi de Danemarck & Valdemar margrave de Brandebourg. Ce margrave foutient feul cette guerre lans l'aide d'aucun prince de l'empire. Quand un état faible tient tête à un plus fort , c'eft qu'il eft gouverné par un homme fupérieur.
Le duc de Lavembourg dans cette courre querelle bientôt accommodée , eft prifonnier du margrave , & fe rachette pour feize mille marcs d'argent. On pourait par ces rançons juger à-peu-près de la quantité d'efpeces qui roulaient alors dans ces pays , où les princes avaient tout , & les peuples prefque rien.
Les deux empereurs confentent à décider leur querelle plus importante, par trente champions ; ufage des anciens tems que la chevalerie a renouvellés quelquefois.
Ce coThbat d'homme à homme , de quinze contre quinze , fut comme celui des héros Grecs & Troyens. Il ne décida rien , & ne fut que le prélude de la bataille que les deux années fe livrèrent après avoir été fpe&atrices du combat des trente.
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2j6 Louis V
Louis eu vainqueur dans cette bataille } mais fa victoire n'cft point dccifive.
. Philippe de Valois , neveu de Philippe le bel roi de France , accepte clu pape Jean XXII la qualité de lieutenant-général de l'églife, contre les Gibelins ui Italie. Philippe de Vaiois y va, croyant tirer quelque parti de toutes cesdivuions. Les Vifcontis trouvent le iecret de lui faire repaflèr les Alpes , tantôt en affamant fa petite armée , & tantôt en négociant.
L'Italie relie partagée en Guettes & en Gibelins,, fans prendre trop parti ni pour Frédéric d'Autriche , ai pour Henri de Bavière.
* II fe donne une bataille décinve entre les deux empereurs 9 encore aflez près de Muldorf, le 28 Septembre 1322 : le duc d'Autriche elt pris avec le duc Henri fon frère , & Ferri duc de Lorraine. Dès ce jour il n'y eut plus qu'un empereur.
Léopold d'Autriche , frère des deux prifonniers , continue en vain la guerre.
Jean de Luxembourg , roi de Bohême , fatigué des contradictions qu'il éprouve dansfon pays, envoie fon fils en France pour l'y faire élever à la cour du roi Charles le bel. Il fait un échange de fa couronne contre le palatinat du Rhin avec l'empereur. Cela paraît incroyable. Le poffeffeurdu palatinat du Rhin était Rodolphe de Bavière , propre frère de l'empereur. Ce Rodolphe s'était jeté dans le parti de Frédéric d'Autriche contre fon frère j & l'empereur Louis de Bavière qui venait de s'emparer du palatinat , gagne la Bohême à ce marché.
On ne peut pas toujours en tout pays acheter & vendre des hommes comme des bétes. Toute la nobleffe de Bohême fe foukva contre cet accord , le déclara nul & injurieux y & il demeura fans effet. Mais Rodolphe refta privé de fon palatinat*
Un événement plus extraordinaire encor arrive dans le Bran»dcbourg. Le margrave de ce pays % de l'ancienne maifon d'A£-
de Bavière. 137
canie , quitte fon margraviat pour aller en pèlerinage à la Terrefainte. Il laifle fes étais à fon rrere, qui meurt vingt quatre jours après le départ du pèlerin. Il y avait beaucoup de parents capables de fuccéder. L'ancienne maifon de Saxe-Lavembourg , & celle d'Anhalt avaient des droits. L'empereur , pour les accorder tous , & Tans attendre des nouvelles du pélennage du véritable poffefleur , voulut approprier à fa maifon les états de Brandebourg , & il en invelht fon fils Louis.
L'empereur époufe en fécondes noces la fille d'un comte de Hainaut & de Hollande , oui lui apporte pour dot ces deux provinces , avec la Zélande èc la Fnle. Aucun état vers les Pays- Bas n'était regardé comme un fief mafeulin. Les empereurs fongeaient à l'établiffement de leurs maifons, aufli-bien qu'à l'empire.
L'empereur ayant vaincu fon concurrent, a le pape encor à vaincre. Jean XXII , des bords du Rhône , ne laùTait pas d'influer beaucoup en Italie. Il animait la faftion des Guettes contre les Gibelins. Il déclare les Vifconris hérétiques -, & comme l'empereur favorife les Vifconris , il déclare l'empereur fauteur d'hérétiques : & par une bulle du 9 Oétobre , il ordonne à Louis de Bavière de fe défilter dans trois mois de l'adminiftration de l'empire , pour avoir pris le titre de roi des romains y fans attendre que le pape ait examiné fon élection. L'empereur fe contente de protefter contre cette bulle , ne pouvant encor fair,e mieux. i ,
Louis de Bavière foutient le refte de la guerre contre la maifon d'Autriche; , pendant qu'il eft attaqué par le pape.
Jean XXII , par une nouvelle bulle du 1 > Juillet , déclare; l'empereur contumace, & le prive de tout droit à l'empire s'il ne comparait devant fa fainte té avant le 1 O&obre- Louis de Bavière donne un refent , par lequel il invite régule à dépofer le pape , & appelle au futur concile.
Marcile de radoue , & Jean de Gent francifcaùi , viennent offrir leur plume à l'empereur contre le pape , &: prétendent prouver que le faint père eft hérétique. Il avait en effet des opinions fingulieres qui! fut obligé de rétxaéter.
Quand on voit ainfi les papes , n'ayant pas une ville à eux , parler aux empereurs en maîtres , on devine aifément qu'ils ne font que mettre à profit les préjugés des peuples , & les intérêts des princes. La maifon d'Autriche avait encor un parti en Allemagne , quoique le chef fût en prifon ; & ce n'elt qu'à la tête d'un parti qu'une -bulle peut être dangereufe.
L'Alface & le pays Meffin , par exemple , tenaient pour cette maifon. L'empereur fit une alliance avec le duc de Lorraine fon prifonnier , avec l'archevêque de Trêves & le comte de Bar , pour prendre Metz. Metz fut prife en effet , & paya environ quarante mille livres tournois à fes vainoueurs.
Frédéric d'Autriche étant toujours en prifon , le pape veut faire donner l'empire à Charles le bel , roi de France. Il eût été naturel qu'un pape eût fait nommer un empereur en Italie. Cétait ainfi qu'on en avait ufé envers Charlemagne ; mais le long ufage prévalait , & il fallait que l'Ailemagne fît Pclccnon. On gagne en faveur du roi de France quelques princes d'Allemagne , qui donnèrent rendez-vous au roi à Bar-fur-Aube. Le roi de France s'y tranfporte , & n'y trouve que Léopold d'Autriche.
Le roi de France retourne chez lui , affligé de fa faute démarche. Léopold d'Autriche fans refTource , renvoie à Louis 4e Bavière là lance , l'épée & la couronne de Charlemagne. L'opinion publique attachait encor à ces fymboles un droit qui confirmait celui de l'éleétion.
Louis de Bavière élargit enfin fon prifonnier , & lui fait figner une renonciation" à l'empire pour le tems de la vie de Louis. On prétend oue Frédéric d'Autriche conferva toujours te titre de roi des Romains.
L,éopold d'Autriche meurt. U faut bien obferver, que malgré les loix , l'ufage confiant était que les grands fiefs fe partageaient encor entre les héritiers. Trente enfants auraient partagé Yç même état en trente parts , & auraient tous porté le même tjrre. Tous les agnats de Rodolphe de Habsbourg portaient le poro de ducs d'Autriche.
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Léopold avait eu pour fon partage l'Alface , la Suifle , la Suabe & le Brifgau. Ses frères fe dilputent cet héritage $ ils choifuTent le roi de Bohême , Jean de Luxembourg , pour auftregue , c'eft-à-dire , pour arbitre.
Louis de Bavière va enfin en Italie fe mettre à la tête des Gibelins , & le pape anime de loin les Guelfes contre lui. L'ancienne querelle de l'empire & du pontificat fe renouvelle avec fureur.
Louis marche avec une petite armée à Mikn ; il eft accompagné d'une foule de moines francifeains. Ces moines étaient excommuniés par le pape Jean XXII , pour avoir foutenu que leur capuchon devait être plus pointu , & que leur boue & leur manger ne leur appartenaient pas en propre.
Ces mêmes francifeains traitaient le pape d'hérétique & de damné au fujet de fon opinion fur la vilion béatifique.
L'empereur eft couronné roi de Lombardie à Milan, non par l'archevêque , qui le refufe , mais par l'évêque d'Arezzo.
Dès que ce prince fe prépare à aller à Rome , la fa£Hon des Guelfes prefTe le pape d'y revenir. Le pape n'ofe y aller t tant il craint le parti Gibelin & l'empereur.
Les Pifans offrent à l'empereur foixante mille livres pour qu'il ne pafle point par leur ville dans fon voyage à Rome. Louis de Bavière amege Pife , & fe fait donner au bout de trois, jours trente autres mille livres pour y féjourner deux mois» Les hiftoriens difent que ce font des livres d'or ; mais cette* fomme ferait fix millions d'écus d'Allemagne, ce qui eft plus aifé de coucher par écrit que de payer.
Nouvelle bulle de Jean XXII à Avignon , le îy Octobre; Nous réprouvons ledit Louis comme hérétique. Nous dépouillons ledit Louis de tous fes biens , meubles & immeubles , du palatinat, du Rhin , de tout droit à l'empire : défendons de fournir audit Louis du blé , du linge , du vin 9 du bois , &c~
L'héréfie de l'empereur était d'aller à Rome.
Louis de Bavière eft couronné dans Rome fer» prêter le fes*
*4<> Louis V.
ment de fidélité. Le célèbre Caftruccio Caftracani, tyran de Lucques, créé d'abord par l'empereur comte du palais de Latraa & gouverneur de Rome , le conduit à St. Pierre avec les quatre premiers barons romains , Colona , Urfini , Savelli , Conti.
Louis eft facré par un évêque de Venife, aflifté d'un évêque d'Alena , tous deux excommuniés par le pape. Il y eut peu de troubles dans Rome à ce couronnement-
Le 1 8 Avril , l'empereur tient une aflemblée générale. Il y
{>rélide revêtu du manteau impérial , la couronne en. tête , oc e fceptre à la main. Un moine auguiUn , Nicolas Fabriano , y accufe le pape , & demande s'il y a quelqu'un qui veuille défendre le prêtre de Cahors , qui Je fait nommer le pape Jean* L'ordre des Auguftins devait produire un jour un homme plus dangereux pour les papes.
On lut enfuite la fentence par laquelle l'empereur dépofait le pape. Nous voulons , dit-il , fuivre l'exemple d'Othon I , qui avec le clergé & le peuple de Rome , dépofa le pape Jean XII, &c. Nous dépotons de l'évêché de Rome Jacques de Cahors , convaincu d'hêréjie & de lè^e-majeflé , &c.
Le jeune Colonna , attaché en fecret au pape , publie Ton oppofition dans Rome , l'affiche à la porte de î'églife , 8c s'enfuit.
Enfin Louis prononce un arrêt de mort contre le pape , & même contre le roi de Naples, qui avait accepté du pape le vicariat de l'empire en Italie. Il les condamne tous deux à être brûlés vifs ; la colère outrée va quelquefois jufqu'au ridicule. Il crée pape le iz Mai, de fon autorité, Pierre Reinalucci de la ville de Corbiero ou Corbario , dominicain , & le fait agréer par le peuple romain. Il l'inveftit par l'anneau au lieu de lui Ibaifer les pieds, & fe fait de nouveau couronner par lui.
Ce oui était arrivé à tous les empereurs depuis les Othons , arrive à Louis de Bavière. Les Romaios conlpirent contre lui.. Le roi de Naples arrive avec des troupes aux portes de Rome* L'empereur & fon pape font obligés de s'enfuir,
L'empereur réfugié à Pife, eft forcé d'en fortir. Il retourne fans armée en Bavière avejc deux françifçains qui écrivent
contre
de Bavière- 241
contre le pape , Michel de Cefene , & Guillaume Okam. L'antipape Pierre de Corbiero fe cache de ville en ville.
Le roi de Nantes Robert fait rentrer fous la domination, ou plutôt fous la protection papale , Rome & plufieurs villes d'Italie.
Les vifconris toujours puùTants dans Milan , & qui ne pouvaient plus être défendus par l'empereur , l'abandonnent. Ils fe rangent du parti de Jean XXII , oui toujours réfugié dans . Avignon , femble donner des loix à l'Europe , & en donne en effet , quand ces loix font exécutées par les forts contre les faibles.
Louis de Bavière étant à Pavie, fait un traité mémorable avec fon neveu Robert , fils de l'éle&eur palatin Rodolphe , mort en exil en Angleterre, & tige de toute la branche palatine. Par ce traité u partage avec fon neveu les terres de la maifon palatine ; il lui rend le palatinat du Rhin & le haut palatinat , & il garde pour lui la Bavière. Il règle qu'après l'extinction d'une des deux maifons palatine & Bavière, qui ont une fouche commune , la furvivante entrera en pofleflion de toutes les terres & dignités de l'autre , & que cependant le fuffrage dans les élections des empereurs , appartiendra alternativement aux deux maifons. Le droit de fuffrage accordé ainfi à la maifon de Bavière, ne dura pas longtems. La divifion que cet accord mit entre^les deux maifons fut plus longue.
Le pape firere Pierre de Corbiero, caché dans un château d'Italie , entouré de foldats envoyés par l'archevêque de Pife , demande grâce à Jean XXII , qui lui promet la vie fauve , & trois mille florins d'or de pennon pour fon entretien.
Ce pape frère Pierre va la corde au cou , (e préfenter devant le pape , qui le fait enfermer dans une prifon , où il mourut au bout de trois ans. On ne fait s'il avait ftipulé ou non, qu'il ne ferait pas enfermé.
Chriitophe , roi de Dannemarck , eft dépofé par les états du
{>ays. Il a recours à l'empire. Les ducs de Saxe , & de Mekenbourg, & de Poméranie, font nommés par l'empereur pour juger entre le prince & les fujets. Cétait faire revivre les droits éteints de l'empire fur le Dannemarck. Mais Gérard, Annales de l'Empire. H h
1AX L ouïs V
comte de Holftein > régent du royaume , ne voulut pas reconnaître cette comnuûion. Le roi Ciinltophe , avec les forces de ces princes , & du margrave de Brandebourg , chaffe le rJgent , & remonte fur le trône.
Louis de Bavière veut fe r*' concilier avec le pape , & lui envoie une ambuflude. Jean XXIi , pour rtporrfe , mande au roi de Bohême qu'il ait à faire dépoftr l'empereur.
Le roi de Bohême Jean , au fieu d'obéir an pape , fe lie avec l'empereur , & marche en Italie avec une aimée , en qualité de vicaire de l'empire. Ayant réduit quelques villes, comme Crémone , Parme , Pavie , Modene , il efl tenté de les garder pour lui -, & dans cette idée il s'unit fecretteinent avec k pape. Les Guelfes & les Gibelins alarmes fe réunifient contre Jean XXII & contre Jean de Bohême.
L'empereur craignant un vicaire fi dangereux t excite contre lui Othon d'Autriche , frère de ce même Frédéric fon rival pour l'empire ; tant les intérêts changent en peu de tems.
Il fufeite le marquis de Mifnie , & Carobert , roi de Hongrie, & jufqu'à la Pologne. Il eft donc prouvé qu'alors il pouvait bien,
{)cu par lui-même. L'empire fut rarement plus faible. Mais l'Aiemagne dans tous ces troubles elt toujours refpe&ée des étrangers , toujours hors d'atteinte.
Le roi de Bohême revenu en Allemagne , bat tous fes ennemis l'un après l'autre. Il laifie fon fils Charles vicaire en Italie malgré Louis de Bavière , & pour lui il va jufqu'en Pologne. Ce roi de Bohême Jean était alors le véritable empereur pan ton pouvoir.
Les Guelfes & les Gibelins , malgré leur antiparie , fe liguent contre le prince Charles de Bohême en Italie. Le roi fon pere vainqueur en Allemagne, palTe les Alpes pour fecourir fon fils. 11 arrive lorfque ce jeune prince vient de remporter une victoire fignalée le zç Novembre vers le TiroL
Il rentre avec fon fils triomphant dans Prague , & lui donne la marche , ou marquifat, ou margraviat de Moravie x eu lui fajoant prêter un hommage lige.
DE B A V I E fa. E.
Le pape continue d'employer la religion dans l'intrigue. Othon , duc d'Autriche , gagné par lui , quitte le parti de l'empereur , & gagné par des moines , il foumet fes états au St. Siège. 11 fe déclare vaffal de Rome. Quel tems, où une telle action ne fut ni abhorrée , ni punie ! peu de gens favent que l'Autriche a été donnée aux papes , ainli que l'Angleterre j c eft l'effet de la fuperitition & de la barbare itupidité dans laquelle l'Europe était plongée.
Ceft que ce tems était celui de l'anarchie. Le roi de Bohêrrie fe failait craindre de l'empereur , & fongeait à établir fou crédit dans l'Allemagne. Lui & l'on fils avaient gagné des batailles en Italie , mais des batailles, inutiles. Tonte l'Italie était armée alors, Gibehns contre Guelfes, les uns & les autres contre les Allemands ; toutes les villes s'accordaient dans leur haine contre l'Allemagne , & toutes fe faisaient la guerre , au lieu de s'entendre pour brifer à jamais leurs chaînes.
Pendant ces troubles l'ordre teutonique eft: toujours une milice de conquérants vers la PrulTe. Les Polonais leur prennent quelques villes. Ce même Jean , roi de Bohême , marche à leur fecours. Il va jufqu'à Cracovie. Il appaife des troubles en Silène. Ce prince, maître de la Bohême, de (a Siléiie, de la Moravie , faifait alors tout trembler.
Strasbourg , Fribonrg en Brifgau , & Bâle , s'unifient dans ces tems de touble contre les tyrans voifîns. Plufieurs villes entrent dans cette affociation. Le voifinage de quatre cantons fuines devenus libres , infpirent à ces peuples des fenriments de liberté.
Othon d'Autriche affiége Colmar. L'empereur fourient cette ville contre le duc d'Autriche. Le comte de Virtemberg fournit des troupes à l'empereur \ le roi de Bohême lui en donne. On voit de pan & d'autre des armées de trente mille hommes, mais ce n'eft jamais que pour un campa gn:. L'empereur n'eft alors que comme un autre prince d'Aïk-nvgne qui a fes amii contre fes ennemis. Qu'eùt-ce été , ft tout eût été xixmx pour fobjugner en effet toute l'Italie?
Mais l'Allemagne n'eft occupée que de fes «perelles imeftmesi
144 Louis V
Le duc d'Autriche fe raccommode avec l'empereur. La race des affaires change continuellement, & la mùere des peuples continue.
On a vu Jçan , roi de Bohême , combattre en Italie pour l'empereur, maintenant le voici atmé pour le pape. On a vu Robert , roi de Naples , défenfeur du pape j il eft à préfent fon ennemi. Ce même roi de Bohême qui venait d'afliéger Cracovie , va en Italie de concert avec le roi de France , pour y établir le pouvoir du pape. C'eft ainfi que l'ambition promené les hommes.
Qu'arrive-t-il } il donne bataille près de Ferrare au roi Robert de Naples, aux Vifcontis , aux l'Élcales , princes de Véronne, réunis. Il eft défait deux fois. Il retourne en Allemagne aprèsavois perdu Tes troupes , fon argent , & fa gloire»
Troubles & guerres en Brabant au fujet de la propriété de Malines, que le duc de Brabant & le comte de Flandre fe difputent. Le roi de Bohême s'en mêle encor* On s'accommode. Maliues demeure à la Flandre»
Cependant l'empereur Louis de Bavière refte tranquille dans Munich, & ferable ne plus prendre part à rien.
Le pape Jean XXII plus remuant, follicite toujours les princes Allemands à fe foultver contre Louis de Bavière î & les franeifeains du parti de Michel de Cefene , condamnés par le pape, preflent l'empereur d'afîembler un concile pour faire déclare» le pape hérétique , & pour le dépofer.
La mort devait venger l'empereur plus promptement qu'un* concile. Jean XXII meurt à quatre-vingt-dix ans, le 2 Décembre dans Avign< rk
Villani prétend cru'on trouva dans fon tréfor la valeur de vingt- cinq millions de florins d'or , dont dix-huit millions monnoyc's : Je le fais, dir \illani, de mon frère Romone, qui était marchand du pape* On peut dire hardiment à Villani, que fon frère le marchand était un grand exagérateur. Cela ferait environ deux cents millions d'écus. d'Allemagne d'aujourd'hui Qa
de Bavière. 145
eût alors avec une pareille Tomme acheté toute l'Italie , & Jean XXII n'y mit jamais le pied. Il eut beau ajouter une troifieme couronne à la tiare pontificale , il n'en rut pas plus puiûant. Il eft vrai qu'il vendait beaucoup de bénéfices , qu'il inventa les annates , les réferves , les expe&atives , qu'il mit à prix les difpenfes & les abfolutions. Tout cela eft une reffource bien plus faible qu'on ne penfe , & a produit beaucoup plus de fcandale que d'argent j les exa&eurs de pareils tributs n'en ' font d'ordinaire aux maîtres qu'une part fort légère.
Ce qui eft digne de remarque , c'eft au'il eut du fcrupule en mourant fur la manière dont il avait dit qu'on voyait Dieu dans le ciel , & qu'il n'en eut point fur les tréfors qu'il avait amafles fur la terre.
Le vieux roi Jean de Luxembourg épotue une jeune princefle de la maifon de France, de la branche de Bourbon y & par fon contrat de mariage, il donne le duché de Luxembourg au fils qui naîtra de cette alliance. La plupart des claufes des contrats font des femences de guerre.
Voici un autre mariage qui produit une guerre dès qu'il eft: confommé. Le vieux roi de Bohême avait un fécond fils , Jean de Luxembourg, duc de Carinthie. Ce jeune prince prenait le titre de duc de Carinthie , parce que fa femme avait des prétentions fur ce duché. Cette pnrrcene de Carinthie r qu'on appellait Marguerite la grande bouche, prétend que fbnmari,. Jean de Luxembourg eit impuilTant. Elle trouve un évêque de Freifîngen qui cane fon manage fans formalités î elle fe donne au marquis de Brandebourg.
L'intérêt a autant de part que l'amour dans cet adultère. Le margrave de Brandebourg était le fils de l'empereur Louis de Bavière. Marguerite la grande bouche apportait le Tirol ert dot & des droits fur la Carinthie : ainfi l'empereur ne fit aucune difficulté d'ôter cette princefie au prince de Bohême r & de la donner à fon fils de Brandebourg. Ce mariage excite une guerre qui dure toute l'année \ & après beaucoup de fane répandu , on en vient à un accommodement fingulier* C'eft que le jeune Jean de Luxembourg avoue que ùl teminc
zA6 Louis V
a raifon de l'avoir quitté, & approuve fon mariage avec le Brandebourgëois fils de l'empereur.
Petite guerre des Strasbourgeois contre les feigneurs des environs. Strasbourg agit en vraie république indépendante , à cela près que fon éveque fe mettait louvcnt à la tête des troupes ^ pour taire dépendre les citoyens de l'évêque.
On commence à négocier beaucoup en Allemagne pour la fameufe guerre que le roi d'Angleterre Edouard 111 méditait contre Philippe de Valois, Il s'agiûait de (avoir à qui la France appartiendrait.
Il eit vrai que ce pays beaucoup plus reflerré qu'il ne l'eft aujourd'hui , affaibli par les divifions du gouvernement féodal , & n'ayant po;nt de grand commerce maritime , n'était pas le plus grand uiéatre de i Europe , mais c'était toujours un objet très important.
Philippe de Valois d'un côté , & Edouard de l'autre» tâchent d'engager les princes d'Allemagne dans leur querelle : mais il parait que l'Anglais fît mieux là partie que le Français. Philippe de Valois a pour lui le roi de Bohême , & Edouard a tous
lettres patentes font de vicaire de l'empire, confènt volontiers à exercer ce vicariat , pour tâcher de faire déclarer guerre de l'empire la guerre contre la France. Ses provifions portent qu'il pourra faire battre monnoie dans toutes les terres de l'empire : nen ne prouve mieux ce refpeft fecret qu'on avait dans toute l'Europe pour la dignité impériale.
Pendant qu'Edouard s'appuie des forces temporelles de l'Allemagne , Philippe de Valois cherche à faire ag r les forces fpirituelles du pape -, elles étaient alors bien peu de chofe.
Le pape Benoit XI , encor dans Avignon comme fes prédéV cefTeurs , était dépendant du roi de France.
U faut favoir que l'empereur n'ayant point été abfous par le pape, demeurait toujours excommunié, & privé de fes droits, dans l'opinion vulgaire de ces tems-ia.
Philippe de Vaiois, qui peut tout fur un pape d'Avignon»
de Bavière. 247
force Benoît XI à différer Pabfolutîon de l'empereur. Ainfi l'au- - tonté d'un prince dirige fouvent le miniftere pontifical , & ce mimltereà ion tour fufcite quelques princes. Il y a un Henri duc de Bavière , parent de Louis l'empereur , prenant toujours félon l'ufage ce titre de duc fans avoir le duché ; mais poffédant une partie de la Bavière inférieure. Ce Henri demande pardon au pape par fes députés , d'avoir reconnu fon parent empereur. Cette balïefle ne produit dans l'empire aucune des révolutions qu'on en attendait.
Le pape Benoît XI avoue que c'eft Philippe de Valois , roi de France , qui l'empêche de réconcilier à l'églife l'empereur Louis. Voila comme prefque tous les papes n'ont été que les inftruments d'une force étrangère. Ils reflcmblaient fouvent aux dieux des Indiens, à qui on demande de la pluie à genoux, & qu'on traîne dans la rivière quand on n'eit pas exaucé.
Grande affemblée des princes de l'empire à Rens fur le Rhin. On y déclare ce qui ne devrait pas avoir befoin d'être déclaré $ que celui qui a été élu par le plus grand nombre , ejl véritable empereur y que la confirmation du pape ejl abfolument inutile que le pape a encor moins le droit de dépofer t empereur ,• & que 1 opinion contraire efi un crime de lè^e-majeflé.
Cette déclaration paffe en loi perpétuelle le 8 Août à Francfort.
Albert d'Autriche fumommé d'abord le contrefait , & qui enfuite changea ce furnom en celui de fa^e , l'un des frères de ce Frédéric d'Autriche qui avait difputé l'empire , & le feul de tous fes frères par qui la race autrichienne s'eft perpâiue , attaque encor en vain les SmlTes. Ces peuples qui n'avaient de bien que leur liberté, la défendent toujours avec courage. Albert elt malheureux dans fon entreprife, & mérite le nom de fage en l'abandonnant.
L'empereur Louis ne penfe plus cru'à reiter tranquille dans Munich , pendant qu'Edouard roi d Angleterre , fon vicaire , traine cinquante princes de i'empire à la guerre contre Philippe
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de Valois , & va conquérir une partie de la France. Mais avant la fin de la campagne tous ces princes Allemands fe retirent chez eux \ & Edouard, aflifté des Flamands , pourfuit fes vues ambitieufes.
L'empereur Louis i qui s'était repenti d'avoir donné le vicariat d'Italie à un roi de Bohême guerrier & puiffant , fe repent d'avoir donné le vicariat d'Allemagne à un roi plus pimTant &
{)lus guerrier. L'empereur était le penfionnaire du vicaire ; & e fier Anglais fe conduifant en maître , & payant mal la penfion , l'empereur lui ôte ce vicariat , devenu un titre inutile.
L'empereur négocie avec Philippe de Valois. Pendant ce tems l'autorité impériale eft abfolument anéantie en Italie , malgré la loi perpétuelle de Francfort.
Le pape de fon autorité privée açcorde aux deux frères Vifconris le gouvernement de Milan , qu'ils avaient fans lui , & les fait vicaires de l'églife romaine- ; ils avaient été auparavant vicaires impériaux.
Le roi Jean de Bohême va à Montpellier pour fe guérir par la falubrité de l'air , d'un mal qui attaquait fes yeux. Il n'en
Îerd pas moins la vue , & il eft connu depuis fous le nom de ean C aveugle. Il fait fon teftament , donne la Bohême & la $iléfie à Charles depuis empereur, à Jean la Moravie, à Venceflas, né de Béatrix de Bourbon, le Luxembourg & les terres qu'il a en France du chef de fa femme.
L'empereur cependant jouit de la gloire de décider en arbitre des querelles de la maifon de Dannemarck. Le duc de Slefvich-Holftein , par cet accommodement , renonce aux prétentions fur le royaume de Dannemarck : il marie fa foeur au roi Valdemar III, & refte en poffeffion du Jutland.
Louis de Bavière femble ne plus penfer à l'Italie, & donne des tournois dans Munich.
Clément VI , nouveau pape, né Français, & réfidant à Avignon , eft follicité de revenir enfin rétablir en Italie le ponpfiçat , d'y achever d'anéantir l'autorité impériale. Il fuit les
procédures
de Bavière. 249
procédure de Jean XXII contre Louis. Il follicite l'archevêque de Trêves de faire élire en Allemagne un nouvel empereur. Il fouleve en fecret contre lui , ce roi de Bohême Jean l'aveugle toujours remuant , & le duc de Saxe , & Albert d'Autriche»
L'empereur Louis, qui a toujours à craindre qu'un défaut d'abfolution n'arme contre lui les princes de l'empire , flatte le pape qu'il dételle , & lui écrit qu'il remet à la difpojition de fa fainteté , fa perfonne , fort état , fa liberté , & fes titres. Quelles expreflions pour un empereur qui avait condamné Jean XXII à être brûlé vif!
Les princes aiTemblés à Francfort font moins complaifants , & maintiennent les droits de l'empire.
Jean l'aveugle femble plus ambitieux depuis qu'il a perdu la vue. D'un côté il veut frayer le chemin de l'empire à fon fils Charles -, de l'autre il fait la guerre à Cafimir , roi de Pologne , pour la mouvance du tluché de Schvednitz dans la Siléfie.
C'eft l'effet ordinaire de l'établiffement féodal. Le duc de Schvednitz avait fait hommage au roi de Pologne. Jean de Bohême réclame l'hommage en qualité de duc de Siléfie. L'empereur foutient en fecret les intérêts du Polonais ; & malgré l'empereur , la guerre finit heureufement pour la maifon de Luxembourg. Le prince Charles de Luxembourg , marquis de Moravie, hls de Jean l'aveugle, devenu veuf, époufe la nièce du duc de Schvednitz , qui fait hommage à la Bohême; & c'eft une nouvelle confirmation que la Siléfie eft une annexe de la couronne de Bohême.
L'impératrice Marguerite , femme de l'empereur Louis de Bavière , & fœur de Jean de Brabant, fe trouve héritière de la Hollande, de la Zélande, & de la Frife j elle recueille cette fùcceflion. L'empereur fon mari devait en être beaucoup plus puiflant, & il ne l'eft pourtant pas.
En ce tems Robert , comte palatin , fonde l'univerfité de Heidelberg fur le modèle de celle de Paris.
Annales de FEmpirc% I i
Louis V
Jean t aveugle & Ton fils Charles, font un grand parti dans l'empire au nom du pape.
Les factions impériales & papales troublent enfin l'Allemagne comme les Guelfes & les Gibelins avaient troublé l'Italie. Clément VI en profite. Il publie contre Louis de Bavière une bulle le ï 3 Avril ; Que la colère de DlEU , dit-il , & celle de S, Pierre & S* Paul tombent fur lui dans ce monde-ci & dans l'autre j que la terre Cengloutiffe tout vivant que fa mémoire périffe } que tous les éléments fui f oient contraires que fes enfants tombent, dans les mains de fes ennemis aux yeux de leur pere.
Il n'y avait point de protocole pour ces bulles , elles dépendaient du caprice du dataire qui les expédiait. Le caprice en cette occaiion eft un peu violent.
Il y avait alors deux archevêques de Mayence , l'un dépofé en vain par le pape , l'autre élu à l'inrrigation du pape par une partie des chanoines. C'eft à ce dernier que Clément VI adrefle une autre bulle pour élire un empereur.
Le roi de Bohême, Jean f aveugle , oc fon fils Charles, marquis de Moravie , qui fut depuis l'empereur Charles IV , vont à Avignon marchander l'empire avec le pape Clément VL Charles s'engage à cafler toutes les ordonnances de Louis de Bavière, à reconnaître que le comté d'Avignon appartenait de droit au St. Siège , ainù que Ferrare , & les autres terres ( il entendait celles de la comteffe Mathilde ) , les royaumes de Sicile , de Sardaigne , & de Corfe , & furtout Rome ; que fi l'empereur va à Rome fe faire couronner , il en fortira le même jour i qu'il n'y reviendra jamais fans une permiflion expreflè du pape , &c
Après ces promcfTes , Clément VI recommande aux archevêques de tolocne & de Trêves, & au nouvel archevêque de Mayence , d'élire empereur le marquis de Moravie. Ces trois prélats avec Jean l'aveugle s'aflernblent à Rens près de Cohlentz le 1 Juillet Bs élifent Charles de Luxembourg , marquis de Moravie , qu'on connaît fous le nom de Charles IV.
Le Jéfuite Maimbourg allure pofitivement , qu'il acheta le fuflrage de l'archevêque de Cologne huit mille marcs d'argent*.
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& il ajoute que le duc de Saxe , comme plus riche , fit meilleur marché de fa voix , Je contentant de deux mille marcs.
1. Ce que ie jéfuite Maimbourg aflîire, n'eft rapporté que par un oui-dire par Cufpinien.