QUARANTE-DEUXIEME EMPEREUR
L 'Abdication de Charles-Quint laiffe la puùTance des princes d'Allemagne affermie. La maifon d'Autriche divifée en deux branches eft ce qu'il y a de plus considérable dans l'Europe : mais la branche espagnole très fupérieure à l'autre , toute occupée d'intérêts réparés de l'empire , ne fait plus fervir les troupes efpagnoles , italiennes , flamandes7 à la grandeur impériale.
Ferdinand I a de grands états en Allemagne ; mais la haute Hongrie qu'il poflfede, ne lui rapporte pas à beaucoup près de quoi entretenir aflez de troupes pour faire tête aux Turcs. La Bohême fèmble porter le joug à regret, & Ferdinand ne peut être puiflant , que quand l'empire le joint à lui.
La première année de fon règne eft remarquable par la diète de Ratisbonne , qui confirme la paix de la religion , car l'accomodemcnt de la maifon de Hefîè , & de celle de Nafïau.
L'éle&eur Palatin , celui de Saxe , & le duc de Clèves Annales de PEmpirt* E e e
jpxt Ferdinand I.
choifis pour auftregues , adjugent le comté de Darmftadt à Philippe landgrave de Hcffe , & le comté de Dietz à Guillaume de Nalutu.
Cette année eil en cor marquée par une petite guerre, qu'un arche v tique de Brème, de la mailbn de Bruruvick, fait à la Fnfe. On vit alors de quelle utilité pouvait être la fage inftitution des cercles & des directeurs des cercles par Frédéric III & Maxnmlien. L 'affemblée du cercle de la baffe Saxe rétablit la paix.
Enfin , le 28 Février les électeurs confirment à Francfort l'abdication de Charles, & le règne de fon frère. On envoie une ambaffade au pape qui ne veut pas la recevoir , & qui prétend toujours que Ferdinand n'eft pas empereur. Les amkafladeurs font leur proteftanon & fe retirent de Rome. Ferdinand n'en elt pas moins reconnu en Allemagne. Quelle étrange idée dans un prêtre élu évêque de Rome , de prétendre qu'on ne peut être empereur fans fa permiflion!
Le duché de Slefvich eft encor reconnu indépendant de l'empire.
Le plus grand événement de cette année eft la mort de Charles-Qumt , le 11 Septembre 1558. On (ait que par une dévotion bizarre, il avait fait célébrer fes obfeques avant fa dernière maladie , qu'il y avait aflifté lui-même en habit de deuil , & s'était mis dans la bière au milieu de l'églife de St. Juft, tandis qu'on lui chantait un de profundis. 11 lenibla dans, les dernières actions de fa vie, tenir un peu de Jeanne fa mere , Kri qui n'avait fur le trône agi qu'en politique , en héros & en homme fenfible aux plaiiîrs. bon efprit raflemblait tant de contraires, qu'avec cette dévotion plus que monacale , il fut foupçonné de mourir attaché à plus d'un dogme de Luther. Jufqu'oii va la faiblelle & la bizarrerie humaine ! Maximilien voulut être pape. Charles-Quint meurt moine , & meurt foupçonné d'héréfie.
Depuis les funérailles d'Alexandre , rien de plus fuperbe que les obfeques de Charles-Quint dans toutes les principales villes 4e fes états. Il en coûta foixante & dix mille ducats à Bruxelles :
Ferdinand L 405
dépenfes nobles, qui en illuftrant la mémoire d'un grand" homme, emploient & encouragent les arts. Il vaudrait mieux encor élever des monuments durables. Une orientation padàgere eft trop peu de chofe. Il faut , autant qu'on le peut , agir pour l'immortalité.
Ferdinand tient une diète à Augsbourg , dans laquelle le$ ambaflfadeurs du roi de France Henri II font introduits. La France venait de faire la paix avec Philippe II roi d'Efpagne à Cateau-Cambrefls. Les Français par cette paix ne gardaient plus dans l'Italie que Turin & quelques villes , qu'ils rendirent enfuite ; mais ils cardaient Metz , Toul & Verdun , que l'empire pouvait redemander. A peine en parle-t-on à la diète. On dit feulement aux ambafTadeurs qu'il fera difficile que la bonne intelligence fubfifte entre la France & l'Allemagne , tant que ces trois villes refteront à la France.
Le nouveau pape Pie IV n'eft pas fi difficile que Paul IV f & reconnaît fans difficulté Ferdinand pour empereur.
Le concile de Trente fi longtems iufpendu , eft enfin rétabli par une bulle de Pie IV du zq Novembre. II indique la tenue du concile à tous les princes ; il la lignifie même aux princes proterrants d'Allemagne ; mais comme l'adrcflê des lettres portait , à notre très cher fils ; ces princes qui ne veulent point être enfants du pape , renvoient la lettre fans l'ouvrir.
La livonie qui avait jufques-là appartenu à l'empire , en eft détachée. Elle le donne à la Pologne. Les chevaliers de Livonie , branche des chevaliers teutoniques, s'étaient depuis longtems emparés de cette province, fous la protection de l'empire : mais ces chevaliers ne pouvant point rétifter aux Rufles , & n'étant
{>oint fecourus des Allemands , cèdent cette province à la Poogne. Le roi des Polonais , Sigifmond , donne le duché de Courlande à Godar Ketlcr , & fe fait vice-roi de la Livonie. On recommence à tenir des.féançcs à Trente.
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404 JFerdinakd- I.
L'ambafladeur de Bavière contefte dans le concile la préféance a l'ambafladeur de Venilé. Les Vénitiens font maintenus dans, la poflcflion de leur rang. Une des premières chofes qu'on difcute dans le concile , eft la communion fous les deux efpeces. Le concile ne la permet , ni ne la défend aux féculiers. Son décret porte feulement , que l'églife a eu de julres caufes de la prohiber ; & les pères s'en rapportèrent pour la décifion au jugement feul du pape.
Le 24 Novembre les électeurs à Francfort , déclarent unanimement Maximilien , fils de Ferdinand , roi des Romains. Tout les éleéteurs font en perfonne à cette cérémonie les fonctions de leurs charges , félon la teneur de la bulle d'or. Un ambaffadeur de Soliman affifte à cette folemnité, & la rend plus glorieufc, en lignant entre les deux empires une paix par laquelle les limites de la Hongrie autrichienne & de la Hongrie ottomane étaient réglées. Soliman vieilliffait & n'était plus Ci terrible. Cependant cette paix ne fut pas de longue durée 5 mais le corps de l'empire fut alors tranquille.
L'année 1 563 eit mémorable par la clôture du concile de Trente. Ce concile (î long, le dernier des écuméniques, ne fervit ni à ramener les ennemis de l'églife romaine , ni à les fubj uguer. Il fit des décrets fur la difeipline , qui ne furent admis chez prefque aucune nation catholique , & il ne produifit nul grand événement. Celui de Bâle avait déchiré l'églife , & tait un antipape. Celui de Confiance alluma à la lueur des bûchers, l'incendie de trente ans de guerre. Celui de Lyon dépofa un empereur, & attira fes vengeances. Celui de Latran dépouilla le comte Raimond de fes états de Touloufe. Grégoire VII mit tout en feu au huitième concile de Rome , en excommuniant l'empereur Henri IV. Le quatrième de Conftantinople contre Photius , du tems de Qiarles le chauve , fut- le champ des divifions. Le fécond de Nicée fous Irène fut encor plus tumultueux , & plus troublé pour la que- «elk des images. Les difputes des monothélites furent fut Je
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point d'enfanglanter le troifiéme de Conftantinople. On fait quels orages agitèrent les conciles tenus au fujet d'Arius. Le concile de Trente fut prefque le feul tranquille.
Ferdinand meurt le Juillet. Un teftament qu'il avait fait vingt ans auparavant en 1543, & auquel il ne dérogea point par les dernières volontés , jeta de loin la femence de la guerre qui a troublé l'Europe deux cents ans après.
Ce fameux teftament de 1 543 ordonnait qu'en cas que la poftérité mâle de Ferdinand & de Charles - Quint s'éteignît, les états autrichiens reviendraient à fa fille Anne , féconde fille de Ferdinand , époufe d'Albert , fécond duc de Bavière , & à fes enfants. L'événement prévu eft arrivé de nos jours, & a ébranlé l'Europe. Si le telrament de Ferdinand , auffi-bien que le contrat de mariage de fa fille , avaient été énoncés en termes plus clairs, il eût prévenu des événements funeftes»
On peut remarquer que cette ducheffe de Bavière Anne avait pris , ainfi que toutes fes fceurs , le titre de reine de Hongrie dans fon contrat de mariage. On peut en effet s'intituler reine fans l'être , comme on fe nomme archiducheffe fans pofféder l'archiduché : mais cet ufage n'a pas été fuivi.
Au refte r Ferdinand laiffa par fon teftament à Maximilien fon fils roi des Romains, la Hongrie, la Bohême, la haute & baffe Autriche.
A fon fécond fils Ferdinand le Tirol , & l'Autriche antérieure.
A Charles , la Stirie , la Carinthie , la Carniole ,. & ce qu'il poffédait en Iftrie.
Alors tous les domaines autrichiens furent divifés ; mais l'empire,, qui refta toujours dans la maifon , fut l'étendard auquel fe réunifiaient tous les princes de cette race.
Ferdinand ne fut couronné ni à Rome ni en Lombardie. On s'appercevait enfin de l'inutilité de ces cérémonies , & il était bien plus effentiel que les deux branches principales de la maifon impériale , c'eft-à-dire , l'efpagnole & l'autrichienne ,. fuffent toujours- d'intelligence. Cétait-là ce qui rendait l'Italie foumife , & mettait le St. Siège dans la dépendance de cette maifoni.