‹ Collection complette des œuvres de VoltaireChapitre 77 sur 89 · QUARANTE-SEPTIÈME EMPEREUR · texte numérisé non relu

QUARANTE-SEPTIÈME EMPEREUR

FErdinand III monta fur le trône de l'Allemagne dans un tems où les peuples fatigués commençaient à efoérer quelque repos. Mais us s'en flattaient bien vainement. On avait indiqué un congrès à Cologne & à Hambourg , pour donner au moins au public les apparences de la réconciliation prochaine. Mais ni le confeil autrichien , ni le cardinal de Richelieu ne voulaient la paix. Chaque parti efpérait des avantages qui le mettraient en état de donner la loi.

Cette longue & funefte guerre fondée fur tant d'intérêts divers , fe continuait donc parce qu'elle était entreprife. Le général Suédois , Bannier , defolait la haute Saxe $ le duc Bernard de Veimar les bords du Rhin} les Efpagnols étaient entres dans le Languedoc , après avoir pris auparavant les ifles Ste. Marguerite : & ils avaient pénétré par les Pays-Ras jufqu'à Pontoife. Le vicomte de Turenne fe fignalait déjà dans les Pays-Bas contre le cardinal infant , gouverneur de Flandre. Tant de dévaftarions n'avaient pins le même objet que dans le commencement des troubles. Les ligues catholique & oroteirante , & la caufe de l'élefteur Palatin les avaient excités. Mais alors l'objet était la fupériorité que la France voulait arracher à la maifon d'Autriche : & le but des Suédois était de conferver une parti» de leurs conquêtes en Allemagne. On négociait , & on était en armes dans ces deux vues»

Ferdinand HL

Le duc Bernard de Veimar devient un ennemi au/fi dangereux pour Ferdinand III, que G uftave- Adolphe l'avait été pour Ferdinand II. Il donne deux batailles en quinze jours auprès de Rheinfeld , l'une des auatre villes foreftieres , dont il fe rend maître ; & à la féconde bataille il détruit toute l'armée de Jean de Vert , célèbre général de l'empereur j il le fait prifonnier avec tous les officiers généraux. Jean de Vert eft envoyé à Paris. Veimar afliege Briïàc : iL gagne, une troifieme bataille, aidé du maréchal de Guébriant & du vicomte de Turenne , contre le général Gceuts. Il en gagne une quatrième contre le duc de Lorraine Charles IV , qui , comme Veimar , n'avait pour tout état que fon armée.

Après avoir remporté quatre victoires en moins de quatre mois , il prend le 18 Décembre laforterefle de Brifac , regardée alors comme la clef de l'Alface.

Le Comte Palatin Charles-Louis , qui avait enfin raflemblé quelaues troupes , & qui brûlait de devoir fon rétabliflfement à fon epee , n'eft pas fineureux en Veftphalie, où les impériaux défont fa faible armée. Mais les Suédois fous le général Bannier, font de nouvelles concruêtes en Poméranie. La première année du règne de Ferduana III , n'eft pr«fque célèbre que par des difgraces.

La fortune de la maifon d'Autriche la délivre de Bernard de Veimar, comme elle l'avait délivrée de G uftave- Adolphe. Il meurt de maladie à la rieur de fon âge , le 18 Juillet. Il n'était âgé que de trente-cinq ans.

Il laiuait pour héritage fon armée & fes conquêtes. Cette armée était à la vérité foudoyée fecrettement par la France \ mais elle appartenait à Veimar : elle n'avait fait ferment qu'à lui. 11 faut négocier avec cette armée, pour qu'elle pafle au fervice de la France & non à celui de la Suède. La laifler aux Suédois, c'était dépendre de ibn allié. Le maréchal de Guébriant acheté le ferment de ces troupes. Et Louis XIII eft le maître de cette armée Véimarienne , de l'Ahace & du Brifgau , à peu dfi chofe près.

È R D I N A N D IIL 46}

Ltt traités & l'argent faifaieht tout pour lui. Il difpofait de la Heffe entière , province qui fournit de bons foldats. La célèbre Amélie de Hanau landgrave douairière , l'héroïne de fon tems , entretenait , à l'aide de quelques fubfides de la France , une armée de dix mille hommes dans ce pays ruiné qu'elle avait rétabli i jouiffanta la fois de cette confédération que donnent toutes les vertus de fon (exe , & de la gloire d'être un chef de parti redoutable.

La Hollande à la vérité était neutre dans la querelle de l'empereur -f mais elle occupait toujours l'Efpagne dans les Pays- Bas , & par-là opérait une diverlion conlidérable.

Le général Bannier était vainqueur dans tous les combats qu'il donnait ; il foumettait la Thuringe & la Saxe , après s'être affairé de toute la Poméranie.

Mais le principal objet de tant de troubles , le rétabliffement de la maifon Palatine , était ce qu'il y avoit de plus négligé ; & par une fatalité finguliere , ce prince fut mis en prifon par les Français même , qui depuis fi longtems femblaient vouloir le placer fur le liège électoral. Le comte Palatin , à la mort du dùc de Veimar, avait conçu un deffein très beau & très raifonnable j c'était de rentrer dans fes états , avec l'armée Veimarienne , qu'il voulait acheter avec l'argent de l'Angleterre. Il pafla en effet à Londres , il y obtint de 1 argent ; il retourna-

f>ar la France ; mais le cardinal de Richelieu , qui voulait bien e protéger , & non le voir indépendant, le fit arrêter ; & ne le relâcha que quand firifac & les troupes Veimariennes furent affurées à la France. Alors il lui donna un appui , que ce prince fut contraint d'accepter.

Les progrès des Français & des Suédois continuent. Le duc de Longueville & le maréchal Guébriant , fe joignent au général Bannier. Les troupes de Heffe & de Lunebourg augmentent encor cette armée.

Sans te général Picolomini on marchait à Vienne , mais il arrêta tant de progrès par des marches favantes. Il était d'ailleurs très difficile à des armées nombreufes d'avancer en préfence de l'ennemi , dans des pays ruinés depuis fi longtems , & oit tout manquait aux foldats comme aux peuples» "

464 Ferdinand III.

La fin de cette année 1640 eft encor très fatale à la maifon d'Autriche. La Catalogne le fouleve & fe donne à la France. Le Portugal, qui depuis Philippe II n'était qu'une province d'Efpagne appauvrie, chafle le gouvernement autrichien, & devient bientôt pour jamais un royaume féparé & floriflant. Ferdinand commence alors à vouloir traiter féricufement de la paix , mais en même tems il demande à la diète de Ratisbonne une armée de quatre vingt-dix mille hommes pour Contenir la guerre.

Tandis que l'empereur eft à la diète de Ratisbonne , le général Bannier eft fur le point de l'enlever lui & tous les clé* putes. Il marchait avec fon armée fur le Danube glacé : & fans un- dégel qui furvint , il prenait Ferdinand dans Ratisbonne qu'il foudroya de fon canon.

La même fortune qui avait fait périr & Guftave & Veimar au milieu de leurs conquêtes , délivre encor les impériaux de ce fameux général Bannier : il meurt dans le tems qu'il était le plus à craindre } une maladie l'emporte le 10 Mai , à l'âga de quarante ans, dans Halberftadt. Aucun des généraux Suédois n'eut une longue carrière.

On négociait toujours ; le cardinal de Richelieu pouvait donner la paix & ne le voulait pas : il Tentait trop les avantages de la France } & il voulait fe rendre néce&rire pendant la vie & après la mort de Louis XIII , dont il prévoyait la fin prochaine. Il ne prévoyait pas que lui-même mourrait avant le roi. Il conclut donc avec la reine de Suède Chriftine , un nouveau traité d'alliance offenfive pour préliminaires de cette paix , dont on flattait les peuples oppreffés. Et il augmenta le fubfide de la Suède de deux cents mille livres.

Le comte de Torftenfon fuccède au général Bannier, dans le commandement de l'armée Suédoife , qui était en effet une armée d' Allemands. Prefque tous les Suédois qui avaient combattu fous Guftave & fous Bannier étaient morts ; & c'était fous le nom de la Suède que les Allemands combattaient contre leur patrie. Torftenfon , élevé du grand Guftave , fe monrre

d'abord

Ferdinand III.

d'abord digne d'un tel maître. Le maréchal de Guébriant & lui , défont encor les impériaux près de Volfembutel.

Cependant , malgré tant de victoires , l'Autriche n'eft jamais entamée. L'empereur réfifte toujours. L'Allemagne , depuis le Mein jufqu'à la mer Baltique , était toute ruinée. On ne porta jamais la guerre dans l'Autriche. On n'avait donc pas aflez de forces : ces victoires tant vantées n'étaient donc pas entièrement décifives : on ne pouvait donc pourfuivre à la fois tant d'entreprifes , & attaquer puûTamment un côté fans dégarnir l'autre.

Le nouvel électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume, traite avec la France & avec la Suède , dans l'efpérance d'obtenir le duché de Jagendorff en Siléfie : duché donné autrefois par Ferdinand I , à un prince de la maifon de Brandebourg , qui avait été fon gouverneur , confifqué depuis par Ferdinand II, après la viétoire de Prague & après le malheur de la maifon Palatine. L'élefteur de Brandebourg efpérait de rentrer dans cette terre , dont fon grand - oncle avait été privé.

Le duc de Lorraine implore aufli la faveur de la France pour rentrer dans fes états. On les lui rend en retenant les villes de guerre -, c'eft encor un appui qu'on enlevé à l'empereur.

Malgré tant de pertes , Ferdinand III réfifte toujours. La Saxe , la Bavière font toujours dans fon parti : les provinces héréditaires lui fourniflènt des foldats. Tontenfon défait encor en Siléfie fes troupes commandées par l'archiduc Léopold , par le duc de Saxe-Lavembourg , & PicolominL Mais cette victoire n'a point de fuite ; il repaffe l'Elbe ; il rentre en Saxe , il afliege Léipzick. Il gagne encor une bataille (îgnalée dans ce pays , où les Suédois avaient toujours été vainqueurs. Léopold eft vaincu dans les plaines de Breitenfelt le z Novembre. Torttenfon entre dans Leipzick le 15 Décembre. Tout cela cft funefte à la vérité pour la Saxe , pour les provinces de l'Allemagne ; mais on ne pénètre jamais jufqu'au centre , jufqu'à l'empereur ; & après plus de vingt défaites il fe foutient. Annales de l'Empire, N n n

466 FERDINAND IIL

Le cardinal de Richelieu meurt le 4 Décembre ; fa mort donne des efpérances à la maifon d'Autriche.

Les Suédois , dans le cours de cette guerre , étaient plufieurs fois entrés en Bohême , en Siléfie , en Moravie , & en étaient fortis pour fe rejeter vers les provinces de l'Occident Torftenfon veut entrer en Bohême , & n'en peut venir à bout , malgré toutes fes victoires.

On négocie toujours très lentement à Hambourg pendant qu'on fait la guerre vivement. Louis XIII meurt le 14 Mai. L'empereur en eit plus éloigné d'une paix générale. Il fe flatte de détacher les Suédois de la France dans les troubles d'une minorité. Mais dans cette minorité de Louis IV , quoique très orageufe , il arriva la même chofe que dans celle de Chriftine : la guerre continua aux dépens de l'Allemagne.

D'abord le parti de l'empereur le fortifie du duc de Lorraine r qui revient à lui après la mort de Louis XIII.

Celt encor une relTource pour Ferdinand , que la mort du maréchal de Guébriant qui eft tué en afliégeant Rothuel : c'eft le quatrième grand général qui périt au milieu de fes victoires contre les impériaux. Le bonheur de l'empereur veut encor que le maréchal de Rantzau , fuccelTeur de Guébriant , foit défait à Dutlingen en Suabe par le général Mercy,

Ces viciifrtudes de la guerre retardent les conférences de la paix à Munfter & à Ofnabrug où le congrès était enfin fixé.

• Ce qui contribue encor à taire refpirer Ferdinand III , c'eft que la Suède & le Dannemarck fe font la guerre pour quelques vaiffeaux que les Danois avaient faifis aux Suédois. Cet accident pouvait rendre la fupériorité à l'empereur. 11 montra.

3ue lies étaient fes relTources en faifant marcher Galas à la tête 'un petit corps d'armée au fecours du Dannemarck. Mais cette diverfion ne fert qu'à ruiner leHolftein, théâtre de cette guerre paffagere ; & c'eft dans l'Allemagne une province des. plus ravagées. Les hoftilités entre la Suède & le Dannemarck furprii ent d'autant plus l'Europe , que le Dannemarck s'était porté* pour médiateur de la paix générale. Il fut exclus , & dès-lors

Ferdinand III.

Rome & Venife ont feules la médiation de cette paix encot très-éloignée.

Le premier pas que fait le comte d'Avaux , plénipotentiaire à Munfter pour cette paix , y met d'abord le plus grand obltacle. Il écrit aux princes , aux états de l'empire afiemblés à Ratisbonne , pour les engager à foutenir leurs prérogatives , à partager avec l'empereur « les électeurs le droit de la paix & de la guerre. C'était un droit toujours contefté entre les électeurs & les autres états impériaux. Ces états infirmaient à la diète fur leur droit d'être reçus aux conférences de la paix comme parties contractantes : ils avaient en cela prévenu les miniftres de France. Mais ces minières fe fervirent dans leur lettre de termes injurieux à Ferdinand. Ils révoltèrent à la fois l'empereur & les électeurs j ils les mirent en droit de fe plaindre , & de faire retomber fur la France le reproche de la continuation des troubles de l'Europe.

Heureufcment pour les plénipotentiaires de France , on apprend dans le même tems que le duc d'Anguien ( le grand Condé ) vient de remporter à Rocroi fur l'armée d'Autriche efpagnole la plus mémorable victoire , & qu'il a détruit dans cette journée la célèbre infanterie Caftillane & Vallone , qui avait tant de réputation. Des plénipotentiaires foutenus par de telles victoires , peuvent écrire ce qu'ils veulent.

L'empereur pouvait au moins fe flatter de voir le Dannemarck déclaré pour lui. On lui ôte encor cette relTource. Le cardinal Mazarin , fuccelTeur de Richelieu, fe hâte de réunir le Dannemarck & la Suède. Ce n'eft pas tout. Le roi de Dannemarck s'engage encor à ne fecourir aucun des ennemis de la France.

Les négociations & la guerre font également malheureufes pour les Autrichiens. Le duc d'Anguien qui avait vaincu les Efpagnols l'année précédente, donne vers Fribourg trois combats de iuite en quatre jours du cinq au neuvième Août , contre le général Mercyi & vainqueur toutes les trois fois, il fe rend maitre de tout le pays, de Mayence jufqu'à Landau, pays dont Mercy s'était emparé.

Le cardinal Mazarin & le chancelier Oxenftiern , pour fe

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rendre plus maîtres des négociations , fufcitent encor un nouvel ennemi à Ferdinand Ifi. Ils encouragent Ragotsky (fouverain de Tranfilvanie depuis \6i6 ) à lever enfin l'étendard contre Ferdinand. Ils lui ménagent la protection de la Porte. Ragotski ne manquait pas de prétextes ni même de raifons. Les proteftants Hongrois perfécutés , les privilèges des peuples méprifés , quelques infractions aux anciens traités , forment le manifefte de Ragotsky , & l'argent de la France lui met les armes à la main.

Pendant ce tems-la même Torftenfon pourfuit les impériaux dans la Franconie : le général Galas fuit partout devant lui & devant le comte de Konigfmarck , qui marchait déjà fur les traces des grands capitaines Suédois.

Ferdinand & l'archiduc Léopold fon parent étaient dans Prague. Torftenfon victorieux entre dans la Bohême. L'empereur & l'archiduc fe réfugient à Vienne.

Torftenfon pourfuit l'armée impériale à Tabor. Cette armée était commandée par le général Oceuts , & par ce même Jean de Vert racheté de prifon. Gceuts eft tué , Jean de Vert fuit. C'eft une défaite complette.

Le vainqueur marche à Brinn, l'affiege, & Vienne enfin eft menacée.

Il y a toujours dans cette longue fuite de défaftres quelque circonftance qui fauve l'empereur. Le fiege de Brinn traîne en longueur \ & au lieu que les Français devaient alors marcher en vainqueurs vers le Danube, & aller donner la main aux Suédois , le vicomte de Turenne , au commencement de fa route , eft battu par le général Mercy à Mariendal , & fe retire dans la Hefle.

Le grand Condé accourt contre Mercy , & il a la gloire de réparer la défaite de Turenne par une victoire fîgnalée dans la même plaine de Norlingue , où les Suédois avaient été vaincus après la mort de Guftave. Turenne contribua autant que Condé au gain de cette bataille meurtrière. Mais plus elle eft fanglante des deux côtés , moins elle eft décifîve. L'empereur retire en hâte fes troupes de la Hongrie , & traite avec Ragotsky, pour empêcher les Français d'aller a Vienne

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par la Bavière , tandis que les Suédois menaçaient d'y aller par la Moravie.

Il eft à croire que dans ce torrent de profpérités des armes françaifes & fuédoifes , il y eut toujours un vice radical qui empêcha de recueillir tout le fruit de tant de progrès. La crainte mutuelle au'un des deux alliés ne prît trop de fupériorité fur l'autre , le manque d'argent , le défaut de recrues , tout cela mettait un terme à chaque fuccès.

Après la célèbre bataille de Norlingue , on ne s'attendait pas que les Autrichiens & les Bavarois regagneraient tout - d'uncoup le pays perdu par cette bataille, & qu'ils pourfuivraient jufqu'au Necker l'armée vi£torieufe où Condé n'était plus , mais où était Turenne. De telles viciffitudes ont été fréquentes dans cette guerre.

Cependant l'empereur fatigué de tant de fecoufles , penfe férieufement à la paix. Il rend la liberté enfin à l'éle&eur de Trêves , dont la prifon avait fervi de prétexte à la déclaration de guerre de la France. Mais ce font les Français oui rétabliflent cet électeur dans fa capitale. Turenne en cnafle la garnifon impériale. Et l'électeur de Trêves s'unit à la France comme à fa bienfaitrice. L'éleéteur Palatin eût pu lui avoir les mêmes obligations, mais la France ne faifait encor rien pour lui de décifif.

Ce qui avait fait principalement le falut de l'empereur , c'était la Saxe & la Bavière , fur qui le fardeau de la guerre avait prefque toujours porté. Mais enfin Péle&eur de Saxe épuifé fait une trêve avec les Suédois.

Ferdinand n'a donc plus pour lui que la Bavière. Les Turcs menaçaient de venir en Hongrie. Tout eût été perdu. Il s'empreffe de fatisfaire Ragotsky , pour ne fe pas attirer les armes ottomanes. Il le reconnaît prince fouverain de Tranfilvanie, prince de l'empire , & lui rend tout ce qu'il avait donné à fon prédécefleur Bethlem-Gabor. Il perd ainh à tous les traités , & prelîe la conclusion de la paix de Veftphalie , où il doit perdre davantage.

Le pape Innocent X était le premier médiateur de cette

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paix , dans laquelle les catholiques devaient faire de fi grandes pertes. La République de Venife était la féconde médiatrice. Le cardinal Qiigi , depuis le pape Alexandre VII , préfidait dans Munfter au nom du pape , tontarini au nom de Venife. Chaque puhTance intéreflee faifait des propofirions félon fes efpérances & fes craintes. Mais ce font les victoires qui font les traités.

Pendant ces premières négociations le maréchal de Turenne par une marche imprévue & hardie , fe joint à l'armée fuédoife vers le Necker , à la vue de l'archiduc Léopold. II s'avance jufqu'à Munich , & augmente les alarmes de l'Autriche. Un autre corps de Suédois va encor ravager la Siléfie. Mais toutes ces expéditions ne font que des courtes. Si la guerre s'était faite pied-à-pied , fous un feul chef , qui eût fuivi toujours opiniâtrement le même deftein , l'empereur n'eût pas été en état , dans ce tems-là même , de faire couronner Ion fils ainé Ferdinand à Prague au mois d'Août, & enfuite à Presbourg. Ce jeune roi mourut enfuite fans jouir de fes états. D'ailleurs l'on pere ne pouvait donner alors que des trônes bien chancelants.

L'empereur en voulant aflurer des royaumes à fon fils , paraît plus que jamais prêt de tout perdre. L'éleéreur de Saxe avait été forcé, par les malheurs de la guerre, de l'abandonner. L'éle&eur Maximilien de Bavière fon beau-frere eft enfin obligé d'en faire autant. L'électeur de Cologne fuit cet exemple. Ils lignent un traité de neutralité avec la France. Le maréchal de Turenne met aulfi Péle&eur de Mayence dans la néceflité de prendre ce parti. Le landgrave de Heffe-Darmftadt fait le même traité par la même crainte. L'empereur refte feul , & aucun prince n'ofe prendre fa querelle. Exemple unique jufques-Ià dans une guerre de l'empire.

Alors un nouveau général Suédois , Vrangel, qui avait fuccédé à Torftenfon , prend Egra. La Bohême tant de fois faccagée l'eft encor. Le danger parut fi grand , que i'éle£teur de Bavière , malgré fon grand âge, & le péril où il mettait fes états , ne put lauTer Te chef de l'empire fans fecours, & rompit fon traité avec la France. La guerre fe faifait toujours

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dans plu fleurs endroits à la fois, félon qu'on y pouvait fubfîfter. Au moindre avantage qu'avait l'empereur , fes minières au congrès demandaient des conditions favorables ; mais au moindre échec , ils effuyaient des propofitions plus dures.

Le retour du duc de Bavière à la maifon d'Autriche n'eft pas heureux. Turenne & Vrangel battent fes troupes & les autrichiennes à Summerhaufen & à Lavingen près du Danube, malgré la belle réfiltance d'un prince de Virtemberg , & de ce Montécuculi qui était déjà digne d'être oppofé à Turenne. Le vainqueur s'empare de la Bavière ; l'électeur fe réfugie à Saltzbourg.

En même teins le comte de Konigfmarck à la tête des Suédois , furprend en Bohême la ville de Prague. Ce fut le coup décifif. Il était tems enfin de faire la paix : il falait en recevoir les conditions, ou rifauer l'empire. Les Français & les Suédois n'avaient plus dans l'Allemagne d'autre ennemi que l'empereur. Tout le refte était allié ou fournis , & on attendait les loix que l'alTemblée de Munfter & d'Ofhabruck donnerait à l'empire.

Paix de Vestphalie.

Cette paix de Veftphalie (ignée enfin à Munfter & à Ofnabruck le 14 Octobre 1648, rut convenue , donnée, & reçue comme une loi fondamentale & perpétuelle : ce font les propres termes du traité. Elle doit fervir de bafe aux capitulations impériales. Ceft une loi aufli reçue , aufli facrée jufqu'à préfent

3ue la bulle d'or ; & bien fupérieure à cette bulle , par le étail de tous les intérêts divers que ce traité embraffe , de tous les droits qu'il affure , & des changements fâirs dans l'état civil & dans la religion.

On travaillait dans Munfter & dans Ofnabruck depuis fix ans prefque fans relâche à cet ouvrage. On avait d'abord perdu beaucoup de tems dans les difputes du cérémonial. L'empereur ne voulait point donner le titre de Majeflé aux rois fes vainqueurs. Son miniftre Lutzau dans le premier afte de 1 64 1 ,

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qui établiflait les fauf-conduits & les conférences , parle du préliminaire entre fa facrée Majejîé Céfarienne , & le fêréniffime roi très-chrétien. Le roi de France de Ton côté refufait de reconnaître Ferdinand pour empereur \ & la cour de France avait eu de la peine à donner le titre de Majejîé au grand Guftave, qui croyait tous les rois égaux , & qui n'admettait de fupénorité que celle de la victoire. Les miniftres Suédois au congrès de Vcrfphalie affectaient l'égalité avec ceux de France. Les plénipotentiaires d'Efpagne avaient voulu en vain qu'on nommât leur roi immédiatement après l'empereur. Le nouvel état des Provinces-Unies demandait à être traité comme les rois. Le terme d'excellence commençait à être en ufage. Les miniftres le l'attribuaient ; & il falait de longues négociations pour favoir à qui on le donnerait.

Dans le fameux traité de Munfter on nomme fa facrée ma- • jefté impériale , fa facrée majefté très-chrétienne , & fa facrée majefté royale de Suède.

Le titre d'excellence ne fut donné dans le cours des conférences à aucun plénipotentiaire des élefteurs. Les ambaffadeurs de France ne cédaient pas même le pas aux électeurs chez ces princes \ & le comte d'Avaux écrivait à l'élefteur de Brandebourg, Monjieur , j'ai fait ce que j'ai pu pour vous fervir» On qualifiait d'ordinaire les états généraux des Provinces- Unies, Us peurs états , quand c'était le roi de France qui parlait } & même quand le comte d'Avaux alla de Munfter en Hollande en 1644 , il ne les appella jamais que Meffuurs. Us ne purent obtenir que leurs plénipotentiaires euflent le titre d'excellence. Le comte d'Avaux avait refufé même ce nouveau titre à un ambalTadeur de Venife , & ne le donna à Contarini que parce qu'il était médiateur. Les affaires furent retardées par ces prétentions & ces refus que les Romains nommaient gloriole , que tout le monde condamne quand on eft fans caractère , & fur lefquels on infifte dès qu'on en a un.

Ces ufages, ces titres , ces cérémonies, les deflus des lettres, les fuferiptions , les formules ont varié dans tous les tems. Souvent la négligence d'un fecretaire fuffit pour fonder un titre. Les langues dans lefquelles on écrit, établiuent des formules qui paûent enfuite dans d'autres langues où elles prennent un air

étranger.

Ferdinand 1 1 L

étranger. Les empereurs qui envoyaient avant Rodolphe I tous leurs mandats en latin , tutoyaient tous les princes dans cette langue qui admet cette grammaire. Us ont continué à tutoyer les comtes de l'empire dans la langue allemande qui réprouve ces expreflions. On trouve partout de tels exemples, & ils ne tirent plus aujourd'hui à conféquence.

Les miniftres médiateurs furent plutôt témoins qu'arbitres , furtout le nonce Chigi qui ne fut là que pour voir l'éghfe facriflée. Il vit donner à la Suède luthérienne les dioceles de Brème & de Verden -, ceux de Magdebourg , d'Halberftadt , de Minden , de Camin à l'élefteur de Brandebourg.

Les évêchés de Ratsbourg & de Schverin ne furent plus que des fiefs du duc de Meckelbourg.

Les évêchés d'Ofnabruck & de Lubeck ne furent pas à la vérité fécularifés , mais alternativement deftinés à un évêque luthérien & à un évêque catholique } règlement délicat , qui n'aurait jamais pu avoir lieu dans les premiers troubles de religion , mais qui ne s'eft pas démenti chez une nation naturellement tranquille , dans laquelle la fureur du fanatifine était éteinte.

La liberté de confcience fut établie dans toute l'Allemagne. Les fujets luthériens de l'empereur en Siléfîe eurent le droit de faire bâtir de nouvelles egUfes -, & l'empereur fut obligé d'admettre des proteftants dans fon confeil aulique.

Les commanderies de Malte , les abbayes , les bénéfices dans les pays proteftants , furent donnés aux princes , aux feigneurs qu'il falait indemnifer des frais de la guerre.

Ces conceffions étaient bien différentes de l'édit de Ferdinand II , qui avait ordonné la reftitution des biens eccléfiafriques dans le tems de fes profpérités. La néceflité, le repos de l'empire lui firent la loi. Le nonce protefta, fulmina. On n'avait jamais vu encor de médiateur condamner le traité auquel il avait préfidç } mais il ne lui fieait pas de faire une autre démarche. Le pape par fa bulle , caffe de fa pleine puiffance, annuité tous les articles de la paix de Vejlpnalie , concernant la religion y mais s'il avait été à la place de Ferdinand III , il eût ratifié le traité , qui fubfîfta malgré les bulles du pape : bulles autrefois fi révérées, & aujourd'hui fi xnéprifécs.

Annales de l'Empire* O o o

474 Ferdinand III»

Cette révolution pacifique dans la religion était accompagnée d'une autre dans l'ctat. La Suède devenait membre de l'era»

1)ire. Elle eut toute la Poméranie citérieure , & la plus belle, a plus utile partie de l'autre , la principauté de Rugen , la ville de Vifmar, beaucoup de bailliages voifins,le duché de Brcme , & de Verden. Le duc de Holltein y gagna auffi quelcjues terres.

L'électeur de Brandebourg perdait à la vérité beaucoup dans la Pomcranie citérieure, mais il acquérait le fertile pays de Jtfagdebourg , oui valait mieux que fon margraviat, il avait Camin , HaTberitadt , la principauté de Minden.

Le duc de Meckelbourg perdait Vifmar , mais il gagnait le territoire de Ratsbourg & de Schverin.

Enfin on donnait aux Suédois cinq millions d'écus d'Allemagne , que fept cercles devaient payer. On donnait à la princefle lanclgrave de Hefle fix cents mille écus ; & c'était fur les biens des archevêchés de Mayence , de Cologne , de Paderborn , de Munfter , & de l'abbaye de Fulde que cette fomme devait être payée. L'Allemagne s'appauvruTant par cette paix, comme par la guerre, ne pouvait guère payer plus cher fes protecteurs.

Ces plaies étaient adoucies par les règlements utiles qu'on fit pour le commerce , & pour la juftice ; par les foins qu'on prit de remédier aux griefs de toutes les villes , de tous les gentilshommes qui préfenterent leurs droits au congrès comme à une cour fuprême qui réglait le fort de tout le monde. Le détail en rut prodigieux.

La France s'affura pour toujours la pofleflion des Trois-Evêchés , & l'acquifition de TAlface , excepté Strasbourg. Mais au lieu de recevoir de l'argent comme la auède , elle en donna* Les archiducs de la branche du Tirol eurent trois millions de livres pour la ceffion de leurs droits fur l'Allàce , & fur le Sundgau. La France pava la guerre & la paix , mais elle n'acheta

Î>as cher une fi belle province. Elle eut encor l'ancien Brifac & es dépendances , & le droit de mettre garnifon dans Philipsbourg. Ces deux avantages ont été perdus depuis : mais l'Aiface eft demeurée , & Strasbourg en fe donnant à la France , . a achevé d'incorporer PAlface à ce royaume.

FfiRDIlfAND III. 47ç

II y a peu de pubhciftes qui ne condamnent l'énoncé de cette ceflion de l'Alface dans ce fameux traité de Munfter. Ils en trouvent Jes exprefiioas équivoques. En effet céder toute forte de juridiction 6' de fouveraineté , & céder la préfecture de dix villes libres impériales , font deux chofes différentes. Il y a grande apparence que les plénipotentiaires virent cette difficulté, & ne voulurent pas l'approfondir , fâchant bien qu'il y a des chofes qu'il faut lauTer derrière un voile que le tems & la puiffance font tomber.

La maifon Palatine fut enfin rétablie dans tous fes droits , excepté dans le haut Palatinat qui demeura à la branche de Bavière. On créa un huitième élcétorat en faveur du Palatin. On entra avec tant d'attention dans tous les droits , & dans tous les griefs , qu'on alla jufqu'à itipuler vingt mille écus que l'empereur devait donner à la mere du comte Palatin Charles- Louis , & dix mille à chacune de fes fœurs. Le moindre gentilhomme fut bien reçu à demander la reiritution de quelques arpents de terre. Tout fut difeuté & réglé. Il y eut cent quarante reftitutions ordonnées. On remit à un arbitrage la reiritution de la Lorraine , & l'affaire de Juliers. L'Allemagne eut la paix après trente ans de guerre , mais la France ne l'eut pas.

Les troubles de Paris vers Tan 1647 , enhardirent l'Efpagne à- s'en prévaloir; elle ne voulut plus entrer dans les négociations générales. Les états généraux qui devaient , ainfi que l'Efoagne , traiter à Munfter , firent une paix particulière avec l'Eipagne , malgré toutes les obligations qu'ils avaient à la France, malgré les traités qui les liaient, & malgré les intérêts qui femblaient les attacher encor à leurs anciens protecteurs. Le miniilere efpagnol fe fervit d'une rufe finguliere pour engager les états à ce manque de foi. Il leur perfuada qu'il était prêt de donner l'infante à Louis XIV , avec les Pays-Bas en dot. Les états tremblèrent , & fe hâtèrent de figner. cette rufe n'était qu'un menfonge, mais la politique efi-elle autre chofe que l'art de mentir à propos f* Louis XI1 n'avait-il pas raifon , ouand fon ambaffadeur le plaignait que les miniftres du duc de Bourgogne mentaient toujours , & qu'il lui répondait, Eh! bête , que ru mens-tu plus qu'eux ?

Dans cet important traité de Veftphalie , il ne fut prefque

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point queftion de l'empire Romain. La Suède n'avaît d'intérêt à démêler qu'avec le roi d'Allemagne, & non aveole fuzerain de l'Italie. Mais la France eut quelques points à régler , fur lefquels Ferdinand ne pouvait tranfiger que comme empereur. Il s'agiflait de Pignerol , de la fucceflion de Mantoue , & du Montferrat. Ce font des fiefs de l'empire. Il fut réglé que le roi de France paierait encor fix cents mille livres à Mon/leur le duc de Mantoue , à la décharge de Monjîeur le duc de Savoie , moyennant quoi il garderait Pignerol & Cafal en pleine fouveraineté indépendante de l'empire. Ces pofleflions ont été perdues depuis pour la France , comme Brème , Verden , & une partie de la Poméranie , ont été enlevés à la Suède. Mais le traité de Veftphalie , en ce qui concerne la légiflation de l'Allemagne, a toujours été réputé , oc eft toujours demeuré inviolable.

Tableau de l'Allemagne , depuis la paix de Vestphalie jusqu'à la mort de Ferdinand III.

Ce chaos du gouvernement allemand ne fut donc bien débrouillé qu'après fept cents ans , à compter du règne de Henri Coifeleur. Et avant le tems de Henri , il n'avait pas été un gouvernement. Les prérogatives des rois d'Allemagne ne furent ref traintes dans des bornes connues : la plupart des droits des électeurs , des princes , de la noblefle immédiate & des villes , ne furent fixés & inconteftables que par les traités de Veftphalie. L'Allemagne fut une grande ariftocratie , à la tête de laquelle était un roi , à peu près comme en Angleterre , en Suède , en Pologne , & comme anciennement tous les états fondés par les peuples venus du Nord & de l'Orient furent gouvernes. La aiete tenait lieu de parlement. Les villes impériales y eurent droit de fuffrage pour réfoudre la paix & la guerre.

Ces villes impériales jouhTent de tous les droits régaliens comme les princes d'Allemagne : elles font états de l'empire , & non de l'empereur , elles ne paient pas la moindre impofîtion , & ne contribuent aux befoins de l'empire que dans les cas urgents. Leur taxe eft réglée par la matricule générale. Si elles avaient le droit de juger en dernier reftbrt , qu'on appelle de non appdlando , elles feraient des états abfolument fouverains.

Ferdinand III.

Cependant avec tant de droits elles ont très-peu de puiflance , parce qu'elles font entourées de princes qui en ont Beaucoup. Les inconvénients attachés à un gouvernement fi mixte & fi compliqué dans une fi grande étendue de pays , ont fubfifté $ mais l'état aufli. La multiplicité des fouverainetés fert à tenir la balance , jufqu'à ce qu'il fe forme dans le fein de l'Allemagne une puiflance aflez grande pour engloutir les autres.

Ce vafte pays après la paix de Veftpnalie , répara infenfiblement fes pertes. Les campagnes furent cultivées , les villes rebâties- Ce furent-là les plus grands événements des années fui vantes dans un corps percé & déchiré de toutes parts , qui fe rétablirait des bleflures que lui-même s'était faites pendant trente années.

Quand on dit que l'Allemagne fut libre alors , il faut l'entendre des princes & des villes impériales ; car pour les villes médiates , elles font fujettes des grands vaflaux auxquels elles appartiennent : & les habitants des campagnes forment un état mitoyen entre l'efclave & le fujet , mais plus approchant de l'efclave , furtout en Suabe & en Bohême.

La Hongrie était comme l'Allemagne , refpirant à peine après fes guerres inteftines & les invafions fi fréquentes des Turcs, ayant befoin d'être défendue , repeuplée , policée , mais toujours jaloufe de fon droit d'élire fou fouvciain , & de conferver fous lui fes privilèges. Quand Ferdinand III fit élire en 1654 fon fils Léopold, âgé de 17 ans, roi de Hongrie, on fit ligner à fa férénitê (car le mot de majelté n'était pas donné par les Hongrois à qui n'était pas empereur ou roi des Romains ) , on lui fit figner , dis-je , une capitulation aufli restreignante que celle des empereurs. Mais les feigne urs Hongrois n'étaient pas aufli puiflants crue les princes d'Allemagne. Ils n'avaient point les Français & les Suédois pour garants de leurs privilèges. Ils étaient plutôt opprimés que foutenus par les Ottomans. C'elt. pourquoi la Hongrie a été enfin entièrement foumife de nos jours après de nouvelles guerres inteftines.

L'empereur après la paix de Veltphalie le trouva paifible pofiefleur de la Bohême devenue fon patrimoine , de la Hongrie qu'il regardait aufli comme un héritage , mais que les Hongrois regardaient comme un royaume électif , & de toutes

478 Ferdinand III.

fes provinces jufqu'à l'extrémité du TiroL II ne poffédait aucun terrain en Italie.

Le nom de faint empire romain fubfiftait toujours. Il était difficile de définir ce que c'était que l'Allemagne , & ce que c'était que cet empire. Charles-Quint avait bien prévu que fi fon fils Philippe II n'était pas fur le trône impérial , fi la même tête ne portait pas les couronnes d'Efpagne , d'Allemagne , de Naples , de Milan , il ne relierait guère que ce nom d'empire. En effet , quand le grand fief de Milan fut aufli bien que Naples entre les mains de la branche efpagnole, cette branche fe trouva à la fois vaiiàle titulaire de l'empire & du pape, en protégeant l'un , & en donnant des loix à l'autre. La Tofcane , les principales villes d'Italie s'affermirent dans leur ancienne indépendance des empereurs. Un Céfar qui n'avait pas en Italie un feul domaine, & qui n'était en Allemagne que le chef d'une république de princes & de villes , ne pouvait pas ordonner comme un Charlemagne & un Othon;

On voit dans tout le cours de cette hiftoire deux grands defleins foutenus pendant huit cents années : celui des pipes d'empêcher les empereurs de régner dans Rome , & celui des feigneurs Allemands , de conferver & d'augmenter leurs privilèges.

Ce fut dans cet état que Ferdinand III laifla l'empire à fa mort en 1657, pendants que la maifon d'Autriche efpagnole fouteaait encor contre la France cette longue guerre , oui finit par le traité des Pyrénées & par le mariage de l'infante Marie- Thérefe avec Louis XIV.

1 Tous ces événements font fi récents, fi connus , écrits par tant d*hiftoriens , qu'on ne répétera pas ici ce qu'on trouve partout ailleurs. On finira par fe retracer une idée générale de l'empire depuis ce tems jufqu'a nos jours.

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