QUARANTE-SIXIÈME EMPEREUR
D Ans le tems même que Ferdinand II eft couronné empereur , les états de Bohême nomment pour roi Télecleur Palatin. Cet honneur était devenu plus dangereux qu'auparavant par la nomination de Ferdinand à l'empire. C'était le tems d'une grande crife pour le parti proteftant. Si Frédéric eût été fecouru par fon beau-pere Jacques , roi d'Angleterre , le fuccès paraiflait affuré. Mais Jacques ne lui donna que des
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«onfeils , & ces confeils furent de refufer. Il ne le crut pas, & s'abandonna à la fortune.
Il eit folemnellement couronné dans Prague le 4 Novembre , avec i'éleftrice princeffe d'Angleterre j mais il eft couronné par l'adminiftrateur des Huflites , non par l'archevêque de Prague.
Cela feul annonçait une guerre de religion , aufli-bien que de politique. Tous les princes proteftants , hors 1 électeur de Saxe , étaient pour lui. Il avait aans ibn armée quelques troupes anglaifes , que des feigneurs d'Angleterre lui avaient amenées par amitié pour lui , & par haine pour la religion cathohque , & par la gloire de faire ce que Ion beau-pere Jacques I ne fanait pas. Il était fécondé par le vaivode de Tranlilvame , Berhlem-Gabor , qui attaquait le même ennemi en Hongrie. Gabor pénétra même jufqu'aux portes de Vienne , & delà il retourna fur fes pas prendre Presbourg. La Siléfie était toute foulevée contre l'empereur -, le comte de Mansfeld foutenait en Bohême le parti du Palatin ; les proteftants même de l'Autriche inquiétaient l'empereur. Si la maifbn Bavaroife avait été réunie comme celle d'Autriche le fut toujours , le parti du nouveau roi de Bohême aurait été le plus fort : mais le duc de Bavière , riche & puùTant , était loin de contribuer à la grandeur de la branche ainée de fa maifon. La jaloufie , Tarn- Bidon , la religion le jetterent dans le paru de l'empereur $ de forte qu'il arriva à la maifon Bavaroife fous Ferdinand de Gratz , ce qui était arrivé à la maifon de Saxe fous Charles- Quint.
La lieue proteftante &• la ligue catholique étaient à-pett
f>rès également puuTantes dans l'Allemagne, mais l'Ffpagne & Italie appuyaient Ferdinand. Elles lui Fourniflaient de l'argent . levé fur le clergé , & des troupes. La France qui n'était pas encor gouvernée par le cardinal de Richelieu , oubliait fes anciens intérêts. La cour de Louis XIII , faible & orageufe , femblait avoir des vues (fuppofé qu'elle en eût) toutes contraires aux deffeins du grand Henri IV.
Louis XIII envoie en Allemagne le duc d'Angoulême , à
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la tête d'une ambaflàde folemnelle , pour offrir Tes bons offices, au lieu d'y marcher avec une armée. Les princes aflemblés à Ulm , écoutent le duc d'Angoulême & ne concluent rien, La guerre en Bohême continue. Bethlem-Gabor fe fait reconnaître roi en Hongrie, comme le Palatin Frédéric V en Bohême. Un ambafladeur de la Porte & un de Venife favorifent cette révolution des états de Hongrie dans la ville de Neuhaufel. On n'était pas accoutumé à voir ainfi les Turcs & les Vénitiens réunis ; mais Venife avait tant de démêlés avec la branche d'Autriche efpagnole , qu'elle déclarait ouvertement fes fentiments contre toute la maifon.
Toute l'Europe était partagée dans cette querelle , mais plutôt par des vœux que par des effets. Et l'Empereur était tien mieux fécondé en Allemagne que l'éleéteur Palatin.
D'un côté l'éleéteur de Saxe déclaré pour l'empereur , entre dans la Luface : de l'autre le duc de Bavière pénètre en Bohême avec une puiflante armée : tandis que les armes de l'empereur réfîftent,au moins en Hongrie, contre Bethlem-Gabor,
Le Palatin eft attaqué à la fois & dans fon nouveau royaume de Bohême , & dans fon éle&orat. Henri-Frédéric de Naffau , frère, & depuis fuccefTeur de Maurice le ftadhouder des Provinces-Unies , y combattait pour lui. Il y avait encor des Anglais. Mais contre lui était le célèbre Spinola , avec l'élite des troupes des Pays-Bas efpagnols. Le Palatinat eft ravagé. Une bataille décide en Bohême du fort de la maifon d'Autriche & de la maifon Palatine.
Frédéric eft entièrement défait le 19 Novembre auprès de Prague, par fon parent Maximilien de Bavière ; il fuit d'abord en Siléfïe avec m femme & deux de fes enfants , & per4 en un jour les états de fes aïeux & ceux qu'il avait acquis.
Le roi d'Angleterre Jacques négocie en faveur de fon malheureux gendre aufli infruétueufement qu'il s'était conduit faiblement.
L'empereur met l'éleéteur Palatin au ban de l'empire par un arrêt de fon confeil aulique, le 20 Janvier. Il proferit le duc Jagendorff en Siléfie , le prince d'Anhalt, les comtes de
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Hoenlo, de Mansfeld, de la Tour, tous ceux qui ont pris les armes pour Frédéric.
Ce prince vaincu n'a pour lui que des interceflèurs & point de vengeur. Le roi de Dannemarck prefle l'empereur d'uier de clémence. Ferdinand n'en fait pas moins paner par les mains du bourreau un grand nombre de gentilshommes bohémiens.
Un de fes généraux , le comte de Buquoy , achevé de fou* mettre ce qui refte de rebelles en Bohême , & delà il court aflurer la haute Hongrie contre Bethlem-Gabor. Buquoy eft tué dans cette campagne ; & Ferdinand s'accomode bientôt avec le Tranfilvain , auquel il cède un grand terrain pour être plus fur du refte.
Cependant l'électeur Palatin fe réfugie de Siléfie en Dannemarck , & de Dannemarck en Hollande. Le duc de Bavière s'empare du haut Palatinat ; tandis que le marquis de Spinola répand dans le Palatinat les troupes efpagnoles , fournies par l'archiduc, gouverneur des Pays-Bas.
Le Palatin n'avait pu obtenir de fon beau-pere , le roi Jacques , & du roi de Dannemarck que de bons offices & des ambaffades inutiles à Vienne. Il n'obtenait rien de la France , dont l'intérêt était de prendre fon parp. Ses feules reffources étaient alors dans deux hommes qui devaient naturellement l'abandonner. C'était le duc de Jagendorff en Siléfie , & le comte de Mansfeld dans le Palatinat , tous deux profcrits par l'empereur & pouvant mériter leur grâce en quittant le parti du Palatin. Ils fire nt pour lui des efforts incroyables. Mansfeld furtout fut toujours à la tête d'une petite armée , qu'il conferva malgré la puhTance autrichienne. Elle n'avait pour toute folde que l'art de Mansfeld , de faire la guerre en partifan habile, art affez en ufage alors dans un tems où l'on ne connaiflait pas ces grandes armées toujours fubfîftantes , & où un chef réfolu pouvait fe maintenir quelque tems à la faveur des troubles. Mansfeld réveillait & encourageait les princes proteftants voifins.
Chriftiern furtout , prince de Brunfvick , administrateur , ce» qui au fond ne veut dire qu'ufurpateur de l'évêché d'Halberûadt , fe joignit, à Mansfeld. Ce Chriitiern s'intitulait ,
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ami de DlEU & ennemi des prêtres ; il n'était pas moins ennemi des peuples dont il ravageait le territoire. Mansfeld & lui firent beaucoup de mal au pays, fans faire du bien à l'éle&eur Palatin.
Les princes d'Orange & les Provinces-Unies qui faifaient la guerre contre les Efpagnols , aux Pays-Bas , étaient obligés d'y employer toutes leurs forces , & n'étaient pas en état de donner au Palatin des fecours efficaces. Son parti était accablé , mais il ne laiflâit pas^ de donner de tems en tems de violentes fecoulTes : & à la' moindre occafion il fe trouvait quelque prince proteftant qui armait en fa faveur. Le landgrave de Heffe-CaiTel difputait quelques terres au landgrave de Darmftadt. Piqué contre l'empereur qui favorifait fon compétiteur , il foutenait autant quil le pouvait le parti de l'éteéteur Palatin. Le margrave de Bade-Dourlach s'unùTait avec Mansfeld ; & en général tous les princes proteftants- craignant de fe voir bientôt forcés de refHtuer les biens eccléfiaftiques, paraùTaient difpofés à prendre les armes dès qu'ils feraient fécondés de quelques puiflances.
C'eft toujours le duç de Bavière qui fait le bonheur de Ferdinand. Ce font fes généraux & fes troupes qui achèvent de ruiner le parti du Palatin fon parent. Tilli, général Bavarois,
3ui depuis fut un des plus grands généraux de l'empereur , éfait entièrement auprès d'Aichaffembourg ce prince de Brunfvick, furnommé à bon droit l'ennemi des prêtres , puifqu'il venait de piller l'abbaye de Fulde , & toutes les terres eccléfiaftiques de cette partie de l'Allemagne.
Il ne reftait plus que Mansfeld qui pût défendre encor le Palatinat , & il en était capable , étant à la tête d'une petite armée , qui avec les débris de celle de Brunfvick , allait jusqu'à dix mille hommes. Mansfeld était un homme extraordinaire, bâtard d'un comte de ce nom , n'ayant de fortune que fon courage & fon habileté ; fecouru en fecret des princes d'Orange , & des autres proteftants , il fe trouvait général d'une armée qui n'appartenait qu'à IuL
Le malheureux Frédéric fut aflez mal confeillé pour renoncer
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à ce fecours, dans Pelpérance qu'il obtiendrait de Pempereur des conditions favorables qu'il ne pouvait obtenir que par la force. Il prefla lui-même Brunfvick & Mansfeld ae l'abandonner. Ces deux chefs errants paflent en Lorraine & en Alface, & cherchent de nouveaux pays à ravager.
Alors Ferdinand II , pour tout accomodement avec l'électeur Palatin , envoie Tilli victorieux prendre Heidelbcrg , Manheim & le refte du pays ; tout ce qui appartenait à l'électeur fut regardé comme le bien d'un profcrit. Il avait la plus nombreufe & la plus belle bibliothèque d'Allemagne, furtout en manufcrits ; elle fut tranfportée chez le duc de Bavière , qui l'envoya par eau à Rome. Plus du tiers fut perdu par un naufrage, & le refte eft conlervé encor dans le Vatican.
La religion & l'amour de la liberté excitent toujours quelques troubles en Bohême. Mais ce ne font plus que des iédinons qui finiflent par des fupplices. L'empereur fait fortir de Prague tous les miniftres luthériens , & fait fermer leurs temples. Il donne aux Jéfuites l'adminiftration de Puniverfité de Prague. Il n'y avait plus alors que la Hongrie qui pût inquiéter la profpérité de l'empereur. Il achevé de s'affurer la paix avec Bethlem- Gabor , en le reconnaiflant fouverain de la Tranfilvanie , & en lui cédant fur les frontières de fon état fecrt comtés , oui compofent cinquante lieues de pays. Le relie de la Hongrie , théâtre éternel de la guerre , ravagé depuis longtems fans interruption , n'était encor à la maifon ^ Autriche d'aucune reflburce, mais c'était toujours un boulevard des états autrichiens.
L'empereur affermi en Allemagne aliénable une diète à Rarisborme , dans laquelle il déclare " que l'électeur Palatin s'étant „ rendu criminel de lèze-majefté , fes états , fes biens & fes ,, dignités font dévolues au domaine impérial \ mais que ne „ voulant pas diminuer le nombre des électeurs , il veut , com- „ mande , & ordonne que Maximilien , duc de Bavière , foit
invefti dans cette diète de Pélectorat Palatin ,r C'était parler en maître. Les princes catholiques accédèrent tous à la Volonté de l'empereur. Les proteftants firent quelques remontrances publiques. L'électeur de Brandebourg , les ducs de Annales de l'Empire. K k k
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Brunfvick , de Holftein , de Meckelbourg , les villes de Brème, de Hambourg , de Lubeck , & d'autres renouvelèrent la ligue évangéhque. Le roi de Dannemarck fe joignit à* eux } mais cette ligue n'étant que défenfive , laiilà l'emperéùr en pleine liberté d'agir.
Le 15 février, Ferdinand fur fon trône, inveftit le duc de Bavière de Télectorat Palatin. Le vice-chancelier dit expre£ iement , que V empereur lui confère cette dignité de fa pleine puijfance.
On ne donna point par cette inveftiture les terres du Palatinat au duc de Bavière -, c'était un article important qui faifait encor de grandes difficultés.
Jean-George de Hoenzollern , l'ainé de la maifbn de Brandebourg, eft fait prince de l'empire à cette diète.
BruniVick, l'ennemi des prêtres, & le fameux général Mansfeld , toujours fecrettement appuyés par les princes proteftants , reparaiflent dans l'Allemagne. Bruruvick s'établit d'abord dans la Baffe-Saxe , & enfuite dans la Veftphalie. Le comte de Tilli défait fon armée & la difperfe. Mansfeld demeure toujours inébranlable , & invincible. C'était le feul appui qu'eut alors le Palatin -, & cet appui ne fuffiiàit pas pour lui faire rendre fes domaines.
La ligue proteftante couvait toujours un feu prêt à éclater contre rempereur. Le roi d'Angleterre, Jacques!, n'ayant pu rien obtenir en faveur du Palatin fon gendre par les négociations , s'unit enfin avec la ligue de la Baffe-Saxe , & le roi de Dannemarck , ChriiHem IV , eft déclaré chef de la ligue t mais ce n'était pas encor là le chef qu'il falait pour tenir tête à la fortune de Ferdinand IL
Le roi d'Angleterre fournit de l'argent, le roi de Dannemarck , Chriftiern IV , amené des troupes. Le fameux Mansfeld groffit ù. petite armée , & on le prépare à la guerre.
A peine le roi d'Angleterre a-t-il pris enfin la réfolution de fecounr efficacement fon gendre, & de fie déclarer contre U
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maifon d'Autriche , qu'il meurt au mois de Mars , & lauTe les confédérés privés de leur plus puiffant fecours.
Ce n'était qu'une partie de l'union évangélique qui avait levé l'étendard. La Baffe-Saxe était le théâtre de la guerre.
Les deux grands généraux de l'empereur , Tilli & Valftein , arrêtent les progrès du roi de Dannemarck , & des confédérés. Tilli défait le roi de Dannemarck en bataille rangée près de Northeim dans le pays de Brunfvick. Cette vittoire paraît lauTer le Palatin fans reflburces. Mansfeld qui ne perdait jamais courage , rranfporte ailleurs le théâtre de laguerrc , & va par le Brandebourg, la Siléiie , la Moravie attaquer en Hongrie l'empereur. Bethlem-Gabor , avec qui l'empereur n'avait pas tenu tous fes engagements , reprend les armes , fe joint à Mansfeld , & lui amené dix mille hommes. Il arme les Turcs
r étaient toujours maîtres de Bude ; mais ce projet fi grand fi hardi avorte farts qu'il en coûte de peine à Ferdinand. Les maladies détruifent l'armée de Mansfeld, Il meurt de la contagion à la fleur de fon âge , en exhortant ce qui lui refte de foldats à facrifier leur vie pour la liberté germanique.
Le prince de BrunfVick , cet autre foutien de l'électeur Palatin , était mort quelque tems auparavant. La fortune ôtait au Palatin tous les fecours , & favorifait en tout Ferdinand î cet empereur venait de faire élire fon fils. Ferdinand-Erneft roi de Hongrie. Bethlem-Gabor veut en vain foutenir fes droits fur ce royaume ; les Turcs , dans la minorité du fultan Amurath IV , ne peuvent le fecourir ; il défoie à la vérité la Stirie , mais Valilein le repoufle comme il a repoufTé les Danois ; enfin l'empereur heureux par fes miniflres comme par fes généraux, contient Bethlem-Gabor par un traité, qui en lui lauTant la Tranfilvanie , & les fept comtés adjacents , aflure le tout à l'Autriche après la mort de Gabor.
Tout réuflit à Ferdinand fans qu'il ait d'autre foin que de fouhaiter & d'ordonner. Le comte de Tilli pourfuit le roi de Dannemarck & les confédérés. Ce roi fe retire dans fes états.
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Les ducs de Holftein & de Brunfvick défarment prefque auffitôt qu'ils ont armé. L'élefïeur de Brandebourg qui avait feulement permis que fes iujets s'enrôlafTent au ièrvice du Dannemarck , les rappelle , & rompt toute afîbciation. Le comte de Tilli , & Valltem devenu duc de Friedland , font vivre partout à difcrition leurs troupes vi&orieufes.
Ferdinand joignant les intérêts de la religion à ceux de fà politique, veut retirer l'cvêché de Halberftadt des mains de la maifon de Brunfvick ,. & les archevêchés de Magdebourg & de Brème des mains de la maifon de Saxe, pour les donner à un de fes fils , avec plufieurs abbayes.
Il avait fait élire fon fils , Ferdinand Erneft , roi de Hongrie t il le fait couronner roi de Bohême fans élection i car les Hongrois , voifins des Turcs & de Bethlem-Gabor , devaient être ménages.. Mais la Bohême était regardée comme afïervie..
Ferdinand jouit alors de l'autorité abfolue.
Les princes proteftants & le roi de Dannemarck , Chri£ tiern IV, s'adreffent lècrettement au miniftere de France, que le cardinal de Richelieu commençait à rendre refpectable dans, l'Europe. Ils fe flattaient avec raïf on que ce cardinal , qui v ou-lait terafer les proteftants de France , foutiendrait ceux d'Aile» magne. Le cardinal de Richelieu fait donner de l'argent au roi de Dannemarck. , & encourage les princes proteftants.. Les Danois marchent vers l'Elbe. Mais la ligue proteftante effrayée n'ofe fe déclarer ouvertement pour lui , &. le bonheur de l'empereur n'eft point interrompu. Il proferit le duc. de Meckelbourg, que les Danois avaient forcé à fe déclarer pour, eux.. Il donne Ion duché à Valftein..
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Le roi de Dannemarck , toujours malheureux, eft obligé de foire fa paix avec l'empereur au mois de Juin. Jamais Ferdmand. n'eut plus de puiflance & ne la fit plus valoir.
Ghriftiern IV qui avait des démêlés avec le duc de Holftein,. ravageait le duché de Slefvich avec fes troupes qui ne fervaient. glus contre Ferdinand. La cour de Vienne lin envoie des lettres
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monitoriales comme à un membre de l'empire, & lui enjoint d'évacuer les terres de Slefvich. Le roi de Danneinarck répond crue jamais ce duché n'a été un fief impérial comme celui de HoHtein i la cour de Vienne réplique , que le royaume de Dannemarck lui-même eft un nef de l'empire. Le roi efl: enfin obligé de fe conformer à la volonté de l'empereur. On ne pouvait guère foutenir les prétentions de l'empire du coté du Nord avec plus de grandeur.
Jufques-là l'empire avait paru comme entièrement détaché de l'Italie depuis Charles-Quint. La mort d'un duc de Mantoue,. marqus de Monrierrat , fit revivre ces anciens droits, qu'on avait été hors de portée d'exercer. Ce duc de Mantoue , Vincent II , était mort fans enfants. Son gendre , Charles de Gonzague , duc de Nevers , prétendait la fuccemon en vertu de fes conventions matrimoniales. Son parent Céfar Gonzague, duc de Guaftalle , avait reçu de l'empereur l'inveftiture éventuelle.
Le duc de Savoie , troifieme prétendant , voulait exclure les deux autres , & le roi d'Efpagne voulait les exclure tous trois. Le duc de Nevers avait déjà pris pofleflion & fe faifait reconnaître duc de Mantoue i mais le roi d'Efpagne & le duc de Savoie s'uniflent enfemble pour s'emparer dans, le Montferrat de ce qui peut leur convenir.
L'empereur exerce alors pour la première fois ion autorité en Italie. Il envoie le comte de Naffau, en qualité de commifTaire impérial , pour mettre en fequcftre le Mantouan & le Montferrat, jufquà ce que le procès foit jugé à Vienne.
Ces procédures étaient inouies en Italie depuis foixante ans*. Il était vifible que l'empereur voulait à la fois foutenir les anciens droits de 1 empire & enrichir la branche d'Autriche efpagnole de ces dépouilles.
Le miniltere de France , qui épiait toutes les occafions de mettre une digue à la puuTance autrichienne, fecourt le duc de Mantoue. Elle s'était déjà mêlée des affaires de la Valteline j elle avait empêché la branche d'Autriche efpagnole de s'emparer de ce pays , qui eut ouvert une communication du Milanais au Tirol , & qui eût rejoint les deux branches d'Aur triche par les Alpes , comme elles l'étaient vers le Rhin , pan
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les Pays-Bas. Le cardinal de Richelieu prend donc dans cet efprit le parti du duc de Mantoue.
Les Vénitiens plus voifins & plus expofés , envoient dans le Mantouan une armée de quinze mille hommes. L'empereur déclare rebelles tous les vanaux de l'empire en Italie qui prendront parti pour le duc. Le pape Urbain VIII eft obligé de favorifer ces décrets.
Le pontificat alors était dépendant de la maifon d'Autriche i & Ferdinand qui fe voyait à la tête de cette maifon par fa dignité impériale, était regardé comme le plus puhTant prince de l'Europe.
Les troupes allemandes avec quelques régiments efpagnols, prennent Mantoue d'affaut , & la ville eft livrée au pillage.
Ferdinand , heureux partout , croit enfin que le tems eft venu de rendre la puiffance impériale defpotique , & la religion catholique entièrement dominante. Par un édit de fon conlèil , il ordonne que les proteftants reftituent tous les biens eccléfiaftiques dont ils s'étaient emparés depuis le traité de Paffau, ligné par Charles-Quint. C'était porter le plus grand coup au parti proteftant. Il falait rendre les archevêchés de Magdebourg & de Brème , les évêchés de Brandebourg , de Lebus , de Camin, d'Havelberg , de Lubeck, de Mifnie , de Naumbourg, de Merfebourg , de Schverin , de Minden , de Verden , de Hal- "berftadt , une foule de bénéfices. Il n'y avait point de prince foit luthérien, foit calvinifte, oui n'eût des biens de l'églife.
Alors les proteftants n'ont plus de mefures à garder. L'électeur de Saxe , que l'efpérance d'avoir Clèves & Juliers avait longtems retenu, éclate enfin : cette efpérance s'affaibliffait d'autant plus que l'éleéteur de Brandebourg & le duc de Neubourg s'étaient accordes : le premier jouilTait de Clèves paifiblement , & le fécond de Juliers , fans que l'empereur les inquiétât. Ainfi le duc de Saxe voyait ces provinces lui échapper , & allait perdre Magdebourg & le revenu de plufieurs évêchés.
L'empereur alors avait près de cent cinquante mille hommes en armes. La ligue catholique en avait environ trente mille. Les deux maifons d'Autriche étaient intimement unies. Le pape & toutes les églifes catholiques encourageaient l'empereur dans
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fon projet : la France ne pouvait encor s'y oppofer ouvertement : & il ne parailfait pas qu'aucune puuTance de l'Europe tut en état de le traveriër. Le duc de Valitein , à la téte d'une puiflànte armée, commença par faire exécuter l'édit de l'empereur dans la Suabe , & dans le duché de Virtemberg. Mais les églifes catholiques gagnaient peu à ces reftiturions : on prenait beaucoup aux protestants , les officiers de Valitein s'en* richuTaient , & les troupes vivaient aux dépens des deux partis, qui fe plaignirent également.
Ferdinand fe voyait précifément dans le cas de Charles- Quint, au tems de la ligue de Smalcade. Il falait ou que tous les princes de l'empire fuffent entièrement fournis, ou qu'il fuccombât. C'était la lutte du pouvoir impérial defpotique, contre le gouvernement féodal } & les peuples prefles par ces deux colofTet étaient écrafés. L'électeur de Saxe fe repentait alors d'avoir aidé à accabler le Palatin ; & ce fut lui , qui de concert avec les autres princes proteitants , engagea fecrettement Guftave- Adolphe , roi de Suède , à^venir en Allemagne , au lieu du roi de Dannemarck , dont le fecours avait été fi inutile.
L'électeur de Bavière n'était guère plus attaché alors à l'em-
ftereur. U aurait voulu toujours commander les armées de 'empire , & par-là tenir Ferdinand lui-même dans la dépendance. Enfin il afpirait à fè faire élire un )Our roi des Romains , & négociait en tecret avec la France , tandis que les protestants appelaient le roi de Suède.
Ferdinand aflemble une diète à Ratisbonne. Son deflein était de faire élire roi des Romains, Ferdinand -Erneit fon fils ; il voulait engager l'empire à le féconder contre Guftave Adolphe, fi ce roi venait en Allemagne ; & contre la France , en cas qu'elle commuât à protéger contre lui le duc de Mantoue : mais malgré ià puilTance , il trouve fi peu de bonne volonté dans l'efprit des électeurs , qu'il n'ofe pas même propofèr l'élection ae fon fils.
Les électeurs de Saxe & de Brandebourg n'étant point venus à cette afTemblée, y expofent leurs griefs par des députés. L'électeur de Bavière même eft le premier à dire , qu'on ne
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peut délibérer librement dans les diètes tant que t empereur aura cent cinquante mille hommes. Les éleétéurs eccléfiaftiques, & les évêques qui font à là diète , preffent la reftitution des biens de l'églile. Ce projet ne peut le confommer qu'en confervant l'armée ; & l'armée ne peut Te conferver qu'aux dépens de l'empire qui eft en alarmes. L'élefteur de Bavière qui veut la commander , exige de Ferdinand la dépofition du duc de Valftein. Ferdinand pouvait commander lui-même , & ôter ainli tout prétexte à l'élecleur de Bavière. Il ne prit point ce parti glorieux. Il ôta le commandement à Valftein, & le donna à Tillu Par-là il acheva d'aliéner le Bavarois ; il eut des foldats & n'eut plus d'amis.
La puûTance de Ferdinand II , qui faifait craindre aux états d'Allemagne leur perte prochaine , inquiétait en même feras la France , Venife , & jufqu'au pape. Le cardinal de Richelieu négociait alors avec l'empereur au fujet de Mantoue j mais il rompt le traité , dès qu il apprend que Guftave Adolphe te prépare à entrer en Allemagne. Il traite alors avec ce monarque. L'Angleterre & les Provinces-Unies en font autant. L'éleéteur Palatin, qui était un moment auparavant abandonné de tout • le monde, fe trouve tout-d'un-coup prêt d'être fecouru par toutes ces puiflances. Le roi de Dannemarck affaibli par fes pertes précédentes , & jaloux du roi de Suède , refte dans l-inaétion.
Guftave part enfin de Suède le 13 Juin, s'embarque avec treize mille hommes , & aborde en Poméranie. Il prétendait déjà cette province en tout ou en partie , pour le fruit de fes expéditions. Le dernier duc de Poméranie qui régnait alors, n'avait point d'enfants. Ses états , par des aftes de confraternité, devaient revenir à- l'éleéteur de Brandebourg. Guftave ftipula qu'au cas de la mort du dernier duc, il garderait la Poméranie en fequeftre jufqu'au rembourfement des frais de la guerre.1 Or fequeftrer une province & l'ufurper , c'eft à-peu-près la: même chofe.
Le cardinal de Richelieu ne confcmme l'alliance de la France ; 3vec Guftave, que lorlque ce roi- eft en Poméranie. H n'en
coûte
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coûte à la France que trois cents mille livres une fois payées, & douze cents mille par an. Ce traité eft un des plus habiles <iu'on ait jamais faits. On y ftipulc la neutralité pour l'électeur tîe Bavière , qui pouvait être le plus grand fupport de l'em-
f)ereur. On y ftipule celle de tous les états de la ligue cathoique , qui n'aideront pas l'empereur contre les Suédois ; & on a foin de faire promettre en même tems à Guilave, de conferver tous les droits de l'églife romaine , dans tous les lieux où elle fubfifte. Par-là on évite de faire de cette guerre , une guerre de religion ; & on donne un prétexte Ipécieux aux catholiques mêmes d'Allemagne de ne pas fecourir l'emereur. Cette ligue eft lignée le 23 Janvier dans le Brandeourg. Ce traite eft regardé comme le triomphe de la politique du cardinal de Richelieu & du grand Guftave.
Les étaw proteftants encouragés s'aflemblent à Lcipzick. Ils y réfolvent de faire de très humbles remontrances à Ferdinand , & d'appuyer leur requête de quarante mille hommes pour rétablir la paix dans l'empire. Guftave avance en augmentant toujours Ion armée. Il eft à Francfort-fur-FOder : il ne peut de-là empêcher le général Tilli de prendre Magdebouro; d'af- -faut le 20 Mai. La ville eft réduite en cendres. Les habitants périlTent par le fer & par les flammes : événement horrible , mais confondu aujourd'hui dans la foule des calamités de ce tems-là. Tilli , maître de l'Elbe , comptait empêcher le roi de Suède de pénétrer plus avant.
L'empereur après s'être accomodé enfin avec h France, au fujet du duc de Mantoue , rappellait toutes fes troupes d'Italie. La fupériorité était encor toute entière de fon coté. L'éleéteur de Saxe , cjui le premier avait appellé Guftave- Adolphe , eft alors très embarraffé ; & l'élecieur de Brandebourg fe trouvant précifément entre les armées impériale & fuédoife , eft très irréfolu.
Dans cette crife , Guftave force , les armes à la main , l'éleéteur de Brandebourg à fe joindre à lui. L'éleéteur George- Guillaume lui livre la fortereffe de Spandau pour tout le tems de la guerre , lui aflure tous les paflages , le laiflant recruter dans le Brandebourg , & fe ménageant auprès de l'empereur la reffource de s'exculer fur la contrainte.
Annales de f Empire. L 1 1
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L'électeur de Saxe donne à Guftave fes propres troupes à commander. Le roi de Suède s'avance à Leipzick. Tilli marche au devant de lui & de l'électeur de Saxe à une lieue de la ville. Les deux armées étaient chacune d'environ trente mille combattants. Les troupes de Saxe nouvellement levées , ne font aucune réiîftance, & l'électeur de Saxe eft entraîné dans leur fuite. La difcipline Suédoife répara ce malheur. Guftave commençait à faire de la guerre un art nouveau. Il avait accoutumé fon armée à un ordre & à des manœuvres qui n'étaient point connus ailleurs ; & quoique Tilli fût regardé comme un des meilleurs généraux de l'Europe , il fut vaincu d'une manière complette } cette bataille fe donna le 17 Septembre.
Le vainqueur pourfuit les impériaux dans la Franconie ; tout fe foumet à lui depuis l'Elbe jufqu'au Rhin. Toutes les places lui ouvrent leurs portes , pendant que l'électeur de Saxe va jufques dans la Bohême & dans la SUétie. Guftave rétablit tout-d'un-coup le duc de Meckelbourg dans fes états à un bout de l'Allemagne , & il eft déjà à l'autre bout dans le Palatinat , après y avoir pris Mayence.
L'électeur Palatin dépoffédé vient l'y trouver , pour corn- Lattre avec fon protecteur. Les Suédois vont jufqu'en Alface. L'électeur de Saxe de fon côté fe rend maître de la capitale de la Bohême , & fait la conquête de la Luface. Tout le parti proteftant eft en armes dans l'Allemagne , & profite des victoires de Guftave. Le comte de Tilli fuyait dans la Veftphalie avec les débris de fon armée , renforcée des troupe» que le duc de Lorraine lui amenait ; mais il ne faifait aucun mouvement pour s*oppofer à tant de progrès rapides.
L'empereur tombé en moins d'une année de ce haut degré de grandeur , qui avait paru fi redoutable, eut enfin recours a ce duc de Valftein , qu'il avait privé du généralat , & lui remit le commandement de fes troupes , avec le pouvoir le plus abfolu qu'on ait jamais donné à un générai Valftein accepta le commandement , & on ne laùTa à Tilli que quelques troupes pour fe tenir au moins fur Ja défenfive.
La protection que le roi de Suède donnait à l'électeur Palatin, rendait à la vérité l'éleaeur de Bavière à l'empereur * mais le
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Bavarois ne fe rapprocha de Ferdinand , dans ces premiers tems critiques , que comme un prince qui le ménageait , & non comme un ami qui le défendait.
L'empereur n'avait plus de quoi entretenir les nombreufes armées, qui l'avaient rendu fi formidable ; elles avaient fubfifté aux dépens des états catholiques & proteftants avant la bataille de Leipzick ; mais depuis ce tems il n'avait plus les mêmes reflburces. C'était à Valftein à former , à recruter , & a conferver Ton armée comme il pouvait.
Ferdinand fut réduit alors à demander au pape Urbain VIII de l'argent & des troupes. On lui refufa l'un & l'autre. Il voulut engager la cour de Rome à publier une croifade contre Gullave ; le St. pere promit un jubilé au lieu de croifade.
Cependant le roi de Suède repafle des bords du Rhin vers la Franconie. Nuremberg lui ouvre fes portes i il marche à Donavert vers le Danube -, il rend à la ville fon ancienne liberté, & la fouftrait au domaine du duc de Bavière. Il met à contribution dans la Suabe , tout ce qui appartient aux maifons d'Autriche & de Bavière. Il force le panàge du Leck malgré Tilli, qui eft bielle à mort dans fa retraite. Il entre dans Augsbourg en vainqueur , & y rétablit la religion proteftante. On ne peut guère pouffer plus loin les droits de la vi&oire. Les magiftrats d' Augsbourg lui prêtèrent ferment de fidélité. Le duc de Bavière, qui alors était comme neutre, & qui n'était armé ni pour l'empereur ni pour lui - même , eft obligé de quitter Munich , qui fe rend au conquérant le y Mai, & qui lui paie trois cents mille rifdales pour fe racheter du pillage. Le Palatin eut du moins la confolation d'entrer avec Guftave dans le palais de celui qui l'avait dépolfédé.
Les affaires de 1 empereur & de l'Allemagne femblaient défefpérées. Tilli grand général, qui n'avait été malheureux que contre Guftave , était mort. Le duc de Bavière mécontent de l'empereur , était fa viéHme, & fe vovait chafle de fa capitale. Valftein créé duc de Friedland , plus mécontent encor du duc , électeur de Bavière Maximilien , fon rival déclaré , avait refufé de marcher
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à fon fecours : & l'Empereur Ferdinand qui n'avait jamais voulu paraître en campagne , attendait fa deftinée de ce Valftein qu'il n'aimait pas , & dont il était en défiance. Valftein s'occupait alors à reprendre la Bohême fur l'éleéteur de Saxe , & il avait autant d'avantage fur les Saxons , que Guftave en avait fur les impériaux.
Enfin l'électeur de Bavière obtient avec peine que Valftein fe joigne à lui. L'armée bavaroife levée en partie aux dépens de l'électeur, & en partie aux dépens de la ligue catholique, était d'environ vingt-cinq mille hommes. Celle de Valftein était de près de trente mille vieux foldats. Le roi de Suède n'en avait
Eas vingt mille , mais on lui amène des renforts de tous côtés. ,e landgrave de HelTe-Canel , Guillaume , & Bernard de Saxe- Veimar , le prince palatin de Birckenfeld le joignent à lui. Son
général Banier lui amène de nouvelles troupes. Il marche auprès e Nuremberg avec plus de cinquante mille combattants au camp retranché des ducs de Bavière & de Valftein. Ils donnent une bataille qui n'eft point décifive. Guftave reporte la guerre dans; la Bavière : Valftein la reporte dans la Saxe , & tous ces différents mouvements achèvent le ravage de ces provinces.
Guftave revole vers la Saxe en lainant douze mille hommes dans la Bavière. Il arrive près de Leipzick par des marches précipitées , & fe trouve devant Valftein qui ne s'y attendait pas.. A peine eft-il arrivé qu'il fe prépare à donner bataille.
II la donne dans la grande plaine de Lutzen le 1 5 Novembre. La victoire eft longtems difputée. Les Suédois la remportent; mais ils perdent leur roi , dont le corps fut trouvé parmi les morts , percé de deux balles & de deux coups d'épée. Le duc Bernard de Saxe-Veimar acheva la victoire que Guftave avait commencée avant d'être tué. Que n'a-t-on pas écrit fur la mort de ce grand homme ? On aceufa un prince de l'empire ,. qui fervait dans fon armée , de l'avoir affafliné. On imputa fa mort au cardinal de Richelieu qui avoit befoin de fa vie. N'eft-il donc pas naturel qu'un roi qui s'expofait en foldat , foit mort en foldat ?
Cette perte fut fatale au Palatin , qui attendait de Guftave fon rétabliflement. Il était malade alors à Mayence. Cette nouvelle augmenta là maladie , dont il mourut le 1 9 Novembre»
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Valftein après la journée de Lutzen fe retire dans la Bohême. On s'attendait dans l'Europe que les Suédois n'ayant plus Guftave à leur tête , fortiraient bientôt de l'Allemagne j mais le général Banier les conduifit en Bohême. Il faifait porter au milieu d'eux le corps de leur roi pour les exciter à le venger.
Guftave laiflait fur le trône de Suède une fille âgée de fix ans , & par conféquent des divifions dans le gouvernement. La même divifion fe trouvait dans la ligue proteftantepar la mort de celui qui en avait été le chef & le foutien. Tout le fruit de tant de victoires devait être perdu , & ne le fut pourtant pas. La véritable raifon peut-être d'un événement fi extraordinaire , c'eft que l'empereur n'agiflait que de fon cabinet , dans le tems qu'il eût dû faire les derniers efforts à la tête de fesarmées. Le fénat de Suède chargea le chancelier Oxenftiern de fuivre en Allemagne les vues du grand Guftave , & lui donna un pouvoir abfolu. Oxenftiern alors joua le plus beau rôle que jamais particulier ait eu en Europe. Il fe trouva à la tête de tous les princes proteftants d'Allemagne..
Ces princes s'aflemblent à Heilbron le 19 Mars. Les ambaffadeurs de France , d'Angleterre , des états généraux , fe rendent à l'affemblée. Oxenftiern en fait l'ouverture dans fa maifon , & il fe fienale d'abord en faifant reftituer le haut & le bas Palatinat à CÎharles-Louis , fils du Palatin dépofledé. Le
E rince Charles-Louis parut comme électeur dans une des aflemlées i mais cette cérémonie ne lui rendait pas fes états. Oxenftiern renouvelle avec le cardinal de Richelieu le traité de Guftave-Adolphe -, mais on ne lui donne qu'un million de fubfides par an , au lieu de douze cents mille lrvres qu'on avait donnés à fon maître. Il femble petit & honteux que le cardinal de Richelieu marchande & difpute fur le prix de la deftinée de l'empire i mais la France n'était pas riche : & il falair (budoyer le nord.
Ferdinand négocie avec chaque prince proteftant. Il veut les divifer , il ne reuffit pas. La guerre continue toujours avec des fuccès balancés dans l'Allemagne défolée. L'Autriche eft le feuL pays qui n'en fut pas le théâtre , foit du tems de Guftave ?
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foit après lui. La branche d'Autriche efpagnole n'avait encor fccouru que faiblement la branche impériale : elle fait enfin un effort i elle envoie le duc de Feria d'Italie en Allemagne avec environ vingt mille hommes , mais il perd une grande partie de fon armée dans fes marches & dans fes manoeuvres.
L'électeur de Trêves , évêque de Spire , avait bâti & fortifié Philipsbourg. Les troupes impériales s'en étaient emparées malgré lui. OxenfHern la fait rendre à l'électeur par les armes des Suédois , malgré le duc de Feria qui veut en vain faire lever le fiege. Cette fage politique tendait à faire voir à l'Europe , que ce n'était pas à la religion catholique qu'on en voulait , & que ta Suède toujours viftorieufè , même après la mort de ion roi , protégeait également les proteftants & les catholiques * conduite qui mettait encor plus le pape en droit de refuler à l'empereur des troupes , de l'argent & une croifade.
La France n'était encor qu'une partie fecrette dans ce grand démêlé : il ne lui en coûtait qu'un fubfide médiocre pour voir le trône de Ferdinand ébranlé par les armes fuédoifes : mais le cardinal de Richelieu fongeait déjà à profiter de leurs conquêtes. Il avait voulu en vain avoir Philipsbourg en fequeftre ; mais à chaque occafion qui fe préfentait , la France fe rendait maitrefle de quelques villes en Alface , comme de Haguenau, de Saverne , qu'elle force le comte de Salms , adminiftrateur de Strasbourg , à lui céder par un traité. Louis XIII qui ne déclarait point la guerre à la maifon d'Autriche , la déclarait au duc de Lorraine Charles , parce qu'il était partifan de cette maifon. Le miniltere de France n'ofait pas encor attaquer ouvertement Pempereur & l'Efpagne qui pouvaient fe défendre , & tombait fur la faible Lorraine. Le duc dépofTédé était Charles IV , prince célèbre par fes bizarreries , fes amours , fes mariages & fes infortunes.
Les Français avaient une armée dans la Lorraine & des troupes dans l'Alface , prêtes d'agir ouvertement contre l'empereur , & de fe joindre aux Suédois à la première occafion qui pourrait juftifler cette conduite.
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Le doc de Feria pourfuivi par les Suédois jufqu'en Bavière, était mort après la difperfion prefque entière de fon armée.
Le duc de Valftein , au milieu de ces troubles 6k de ces malheurs , s'occupait du projet de faire fervir l'armée qu'il commandait dans la Bohême à fa propre grandeur , & à fe rendre indépendant d'un empereur , qui femBlait ne fe pas affez fecourir lui - même , & qui était toujours en défiance de fes généraux. On prétend que Valftein négociait avec les princes proteftants, & même avec la Suède & la France. Mais ces intrigues dont on l'accufa , ne furent jamais manifeftées. La conspiration de Valftein eft au rang des hiftoires reçues } & on ignore abfolument quelle était cette confpiration. On devinait les projets. Son véritable crime était d'attacher fon armée à fa perfonne , & de vouloir s'en rendre le maître abfolu. Le tems & les occafions enflent fait le refte. Il fe fit prêter ferment par les principaux officiers de cette armée qui lui étaient le plus dévoués : ce ferment confîftait à promettre de défendre fa perfonne y & de s'attacher à fa fortune. Quoique cette démarche pût fe juftifier par les amples pouvoirs que l'empereur avait donnés à Valftein , elle devait alarmer le confeil de Vienne. Valftein avait contre lui, dans cette cour , le parti d'Efpagne & le parti Bavarois. Ferdinand prend la réfolution de faire afTaffiner Valftein , & fes principaux amis. On charge de cet auaffinat Butler, Irlandais , à qui Valftein avait donné un régiment de dragons, un écoûais nommé Lefcy, qui était capitaine de fes gardes , & un autre écoûais nommé Gordon. Ces trois étrangers ayant reçu leur commiffiondans Egra, où Valftein fe trouvait pour lors , font égorger d'abord dans un fouper , quatre officiers qui étaient les principaux amis du duc , & vont enfuite l'afiaffiner lui-même dans le château , le 1 5 Février. Si Ferdinand II fut obligé d'en venir à cène extrémité odieufe, il faut la compter parmi les plus grands malheurs.
Tout le fruit de cet aflaflinat fut d'aigrir tous les efprits en Bohême & en Siléfie. La Bohême ne remua pas, parce qu'on fut la contenir par l'armée -, mais les Siléfiens fe révoltèrent & s'unirent aux Suédois.
Les armées de Suède tenaient toute l'Allemagne en échec, comme du tems de leur roi : le général Banier dominait fur
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tout le cours de l'Oder , le maréchal de Horn vers le Rhin , le duc Bernard de Veimar vers le Danube , l'électeur de Saxe dans la Bohême & dans la Luface. L'empereur reftait toujours dans Vienne. Son bonheur voulut que les Turcs ne l'attaquaflent pas dans ces funeites conjonctures. Amurath IV était occupé contre les Perfans , & Bethlem - Gabor était mort.
Ferdinand afluré de ce côté, tirait toujours des fecours de l'Autriche , de la Cannthie , de la Carniole , du Tirol. Le roi d'El'pagne lui fourniflàit quelque argent ; la ligue catholique quelques troupes ; & enfin l'électeur de Bavière , à qui les Suédois ôtaient le Palahnat , était dans la néceflité de prendre le parti du chef de l'empire. Les Autrichiens , les Bavarois réunis , foutenaient la fortune de l'Allemagne vers le Danube. Ferdinand-Erneft , roi de Hongrie , fils de l'empereur , ranimait les Autrichiens en le mettant à leur tête. Il prend Ratisbonne à la vue du duc de Saxe-Veimar. Ce prince & le maréchal de Horn , qui le joint alors , font ferme à l'entrée de la Suabe, & ils livrent aux impériaux la bataille mémorable de Norlingue, Je ç Septembre. Le roi de Hongrie commandait l'armée : l'électeur de Bavière était à la tête de fes troupes : le cardinal infant , gouverneur des Pays-Bas , conduifait quelques régiments efpàgnols. Le duc de Lorraine, Charles IV, dépouillé de fes états par la France , y commandait fa petite ' armée de dix à douze mille hommes, qu'il menait fervir tantôt l'empereur, tantôt les efpàgnols , & qu'il faifait fubfilter aux dépens des amis & des ennemis. Il y avait de grands généraux dans cette armée combinée , tek que Picolomini & Jean de Vert. La bataille dura tout le jour & le lendemain encor jufqu'à midi. Ce fut une des plus fanglantes ; prefque toute l'armée ae Veimar fut détruite -, oc les impériaux fournirent la Suabe & la Franconie, où ils vécurent à diierétion.
Ce malheur commun à la Suède , aux proteftants d'Allemagne , & à la France , fut précifément ce qui donna la fupériorité au roi très chrétien , « qui lui valut enfin la pofleflion oe l'Alface. Le chancelier Oxenltiern n'avait point voulu jufquesla que la France s'agrandit trop dans ces pays ; il voulait que tout le fruit de la guerre fut pour les Suédois, qui en avaient
tout
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tout le fardeau. Aufli Louis XIII ne s'était point déclaré ouvertement contre l'empereur. Mais après la bataille de .Norlingue, il falut que les Suédois priaflent le miniftere de France de vouloir bien fe mettre en pofleflion de l'Alface , fous le nom de protecteur , à condition que les princes & les états proférants ne feraient ni paix , ni trêve avec l'empereur, que du confentement de la France & de la Suède. Ce traité eft (igné à Paris le 1 Novembre.
En conféquence le roi de France envoie une armée en Al face , met garnifon dans toutes les villes , excepté dans Strasbourg, qui fait le perfonnage d'un allié confidérable. L'électeur de Trêves était fous la protection de la France. L'empereur le fit enlever : ce fut une raifon de déclarer enfin la guerre à l'empereur. Cet électeur était en prifon à Bruxelles f lous la garde du cardinal infant : & ce fut encor un prétexte de déclarer la guerre à la branche Autrichienne efpagnole.
La France n'unit donc fes armes à celles des Suédois , que ouand les Suédois furent malheureux , & lorfque la victoire de Norlingue relevait le parti impérial. Le cardinal de Richelieu partageait déjà en idée la conquête des Pays-Bas efpagnols avec les Hollandais ; il comptait alors y aller commander lui-même, & avoir un prince d'Orange (Fréderic-Henri) fous fes ordres. Il avait en Allemagne vers le Rhin , Bernard de Veimar à fa folde : l'armée de Veimar , qu'on appellait les troupes Veiraariennes , était devenue comme celle de Charles IV de Lorraine , & celle de Mansfeld , une armée ifolée , indépendante, appartenante à fon chef: on la fit pafler pour l'armée des cercles de Suabe , de Franconie , du naut & bas Rhin , auoique ces cercles ne l'entretinflent pas , & que la France la payât.
Ceft-là le lbrt de la guerre de trente ans. On voit d'un côté toute la maifon d'Autriche , la Bavière , la ligue catholique , & de l'autre la France , la Suède , la Hollande & la ligue
proteftante.
L'emperei
'empereur ne pouvait pas négliger de défunir cette ligue proteftante , après la victoire de Norlingue : & il y a grande Annales de l'Empire» M m m
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apparence que la France s'y prit trop tard pour déclarer la guerre. Si elle l'eût fait dans le tems que Gultave-Adolphe débarquait en Allemagne , les troupes françaifes entraient alors fans refiftance dans un pays mécontent 6c effarouché de la domination de Ferdinand ; mais après la mort de Guftave , après Norlingue, elles venaient dans un tems où l'Allemagne était lalTe des dévaluations des Suédois , & où le parti impérial reprenait la fupériorité.
Dans le tems même que la France fe déclarait , l'empereur ne manquait pas de faire avec la plupart des princes proteftants un accomodement nécelTaire. L'ele&eur de Saxe, celuilà même qui avait appellé le premier les Suédois , fut le premier à les abandonner par ce traité , qui s'appelle la paix de Prague. Peu de traités font mieux voir combien la religion fert de prétexte aux politiques, comme on s'en joue, & comme on la facrifie dans le belbin.
L'empereur avait mis l'Allemagne en feu pour la reftitution des bénéfices & dans la paix de Prague il commence par abandonner l'aichevêché de Magdebourg, & tous les biens eccléfiaftiques à Féle&eur de Saxe luthérien, moyennant une penfion qu'on paiera fur ces mêmes bénéfices à l'électeur de Brandebourg calvinifle. Les intérêts de la maifon Palatine, qui avaient allumé cette longue guerre , furent le moindre objet de ce traité. L'électeur de Bavière devait feulement donner une fubfiftance à la veuve de celui qui avait été roi de Bohême , & au Palatin fon fils , quand il le ferait fournis à l'autorité impériale»
L'empereur s'engageait d'ailleurs à rendre tout ce qu'il avaiî pris fur les confédérés de la ligue proteftante , qui accéderaient à ce traité -, & ceux-ci devaient rendre tout ce qu'ils avaient pris fur la maifon d'Autriche i ce cjui était peu de chofe puifque les terres de la maifon impériale, excepté l'Autriche antérieure , n'avaient jamais été expofées dans cette guerre.
Une partie de la maifon de Brunfvick , le duc de Meckelbourg * la maifon d'Anhalt , la branche de Saxe établie à Gotha , & le propre frère du duc Bernard de Saxe Veimar , fignent le traité , ainfi que plufieurs villes impériales -, les aunes négocient encor,& attendent les plus grands avantages»
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Le fardeau de la guerre , que les Français avaient lauTé porter tout entier à Guftave- Adolphe , retomba donc fur eux en 163 5 j & cette guerre qui s'était faite des bords de la mer Baltique jufqu'au fond de la Suabe , fut portée en Alface , en Lorraine , en Franche-Comté, fur les frontières de la France. Louis XIII qui n'avait payé que douze cents mille francs de fubfides à Guftave- Adolphe, donnait quatre millions à Fernard de Veimar pour entretenir les troupes Veimariennes : & encor le ministère français cede-t-ii à ce duc toutes fes prétentions fur l' Alface, & on lui promet qu'à la paix on le fera déclarer landgrave de cette province.
Il faut avouer que fi ce n'était pas le cardinal de Richelieu qui eût fait ce traité , on le trouverait bien étrange. Comment donnait-il à un jeune prince Allemand , qui pouvait avoir des enfants, cette province d'Alface qui était ii fort à la bienféance de la France, & dont elle pollédait déjà quelques villes ? D eft bien probable que le cardinal de Richelieu n'avait point compté d'abord garder PAlface. Il n'efpérait pas non plus annexer à la France la Lorraine , fur laquelle on n'avait aucun droit , & qu'il falait bien rendre à la paix. La conquête de la Franche-Comté paraiffait plus naturelle , mais on ne fit de ce côté que de faibles efforts. L'efpérance de partager les Pays- Bas avec les Hollandais , était le principal objet du cardinal de Richelieu ; & c'était-là ce qu'il avait tellement • à cœur , qu'il avait réfolu, fi fa fanté & les affaires le lui eufTent permis, d'y aller commander en perfonne. Cependant l'objet des Pays- Bas fut celui dans lequel il fut le plus malheureux ; & l' Alface, qu'il donnait fi libéralement à Bernard de Veimar , fut après la mort de ce cardinal le partage de la France. Voilà comme les événements trompent prefque toujours les politiques ; à moins qu'on ne dife que l'intention du miniftere de France était de garder l'Alface , fous le nom. du duc de Veimar , comme elle avait une armée fous le nom de ce grand capitaine.
L'Italie entrait encor dans cette grande querelle , mais non pas comme du tems des maifons impériales de Saxe & de Suabe , pour défendre jfe liberté contre les armes allemandes. C'était
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à ki branche Autrichienne d'ETpagne, dominante dans l'Italie, qu'on voulait difputer en-delà des Alpes cette même fupériorité qu'on difputait à l'autre branche en-delà du Rhin. Le minrftere de France avait alors pour lui la Savoie , il venait de chafler les Efpagnols de la Valteline : on attaquait de tous côtés ces deux vaftes corps autrichiens.
La France feule envoyait à la fois cinq armées , & attaquait ou fe foutenait vers le Piémont, vers le Rhin , fur les frontières de la Flandre , fur celles de la Franche-Comté & fur celles d'Espagne. François I avait fait autrefois un pareil effort : & la rrance n'avait jamais montré depuis tant de reûources.
Au milieu de tous ces orages, dans cette confufion de pui£ fances qui fe choquent de tous les côtés , tandis que l'électeur de Saxe après avoir appelle les Suédois en Allemagne , mené contr'eux les troupes impériales , & qu'il eft défait dans la Veftphalie par le général Bannier , que tout eft ravagé dans la Hefle , dans la Saxe , & dans cette Veftphalie ; Ferdinand toujours uniquement occupé de ùl politique , fait enfin déclarer fon fils Ferdmand-Erneft , roi des Romains , dans la diète de- Ratisbonne , le îx Décembre. Ce prince eft couronné le 10. Tous les ennemis de l'Autriche crient que cette élection eft nulle L'électeur de Trêves y difent-ils, était priformier : Charles- Louis r fils du Palatin , roi de Bohême Frédéric , n'eft point rentré dans les droits de fon Palatinat : les électeurs de Mayence & de Cologne font penfionnaires de l'empereur : tout cela , difait-on , eft contre la bulle d'or. Il eft pourtant vrai que la bulle d'or n'avait fpécifié aucun de ces cas % & que L'élection de Ferdinand III , faite à la pluralité des voix , était auffi légitime qu'aucune autre élection a'un roi des Romains , faite du vivant d'un empereur, efpece dont la bulle d'or ne parle point du tout.
Ferdinand II meurt le i ç Février à cinquante-neuf ans, après dix-huit ans de règne , toujours troublé par des guerres inteftiaes& étrangères, n'ayant jamais combattu que de fon cabinet. U fut très-malheureux , puifque dans fes fuccèsil fe crut obligé d'être fanguinaire , & quil falui ibutenir eafuite de grands
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revers. L'Allemagne était pins malheureufe que lui ; ravagée tour-àrtour .par elle-même , par les Suédois & par les Français, éprouvant la famine , la ditette , & plongée dans la barbarie , fuite inévitable d'une guerre fi longue & û malheureufe.