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MM. PASTEDR ET THUILLIER. — L'ATTÉNUATION DES VIRUS

ensuite les cultures dans ce milieu, en prenant toujours pour semence d'une culture une gouttelette d'une culture précédente. Les dernières cultures inoculées aux porcs ayant produit souvent le mal rouge le plus caractérisé, sur certaines races de porcs, il fut démontré, sans réplique, que le microbe dont il s'agit est bien le microbe du rouget.

Notre premier soin fut de rechercher ensuite à atténuer a virulence du microbe, et, au mois de novembre 1882, nous partîmes, Thuillier et moi, accompagnés d'un jeune préparateur, M. Loir, afin de tenter la vaccination des porcs dans un des cantons du département du Vaucluse, le canton de Bollène, chaque année ravagé par le rouget, et où, depuis l'année 1877, M. Maucuer, vétérinaire distingué, me sollicitait de me rendre, afin d'étudier sur place le fléau.

Bientôt nous eûmes reconnu que le rouget dans le Vaucluse était identique à celui de la Vienne; mêmes symptômes et même microbe. Depuis lors et dans le courant de cette année, l'étude du rouget dans les Cotes-du-Nord, dans la Charente, dans la Dordogne, dans la Gironde, nous a prouvé que le mal est partout le même et provoqué par un microbe de môme nature.

La vaccination par le microbe du rouget présente des difficultés qui tiennent principalement à l'existence en France de nombreuses races de porcs, dont les réceptivités pour le rouget sont très variables. Des études sur l'appropriation des vaccins à ces diverses races sont en voie d'exécution dans plusieurs départements. Propriétaires, sociétés agricoles et vétérinaires des pays d'élevage ont apporté un grand zèle à nous seconder. Outre M. Maucuer, du Vaucluse, je me plais à citer MM. Banvillet et Picheney dans la Charente, M. Le Berre dans les Côtes-du-Nord, et M. Roquebert, grand éleveur de la Vienne, qui a mis tous les sujets de ses porcheries, au nombre de plus de quatre cents, à notre disposition.

Ce qui est dès aujourd'hui rigoureusement démontré, c'est la possibilité de la vaccination par l'inoculation du virus virulent atténué, et la culture possible de ce dernier en quantité quelconque.

L'an dernier nous avions laissé dans le Vaucluse, à Bollène, et dans les villages environnants, des porcs vaccinés sous la surveillance de M. Maucuer, avec obligation pour les propriétaires de les conserver pendant une année au moins, c'est-à-dire au delà de l'époque du renouvellement annuel de la maladie dite spontanée, qui s'arrête pendant la saison froide, pour reprendre aux mois d'été. Jusqu'au mois d'août dernier, quoique le mal rouge, déjà déclaré, eût fait beaucoup de victimes, les correspondances de M. Maucuer ne nous donnèrent aucune nouvelle bien significative. Mais, à la date du /i septembre, M. Maucuer m'écrivait en ces termes : « Les heureux effets de la vaccination deviennent tous les jours de plus en plus évidents. La mortalité existe en ce moment à Bollène, à Saint-Restitut, à Mondragon, et dans tout l'arrondissement d'Orange, et pas un vacciné ne succombe. A Saint-Biaise, vos vaccinés sont restés les seuls porcs vivants. Chez M. de la Gardette, rien de nouveau encore; mais grande mortalité chez tous ses voisins; la mortalité est si grande, qu'elle n'a jamais eu sa pareille. Il n'y aura bientôt

plus à Bollène, à Saint-Restitut et à Mondragon, que les porcs vaccinés vivants. C'est une réussite complète. »

Quelques jours après, le 9 septembre, M. Maucuer m'écrivait de nouveau :

« Chez M. de la Gardette, les non vaccinés, sans exception, au nombre de sept, ont été atteints. Quatre sont déjà morts, les trois autres sont mourants. Les vaccinés sont tous florissants. »

Les circonstances qui précèdent permettent de ne conserver aucun doute sur les conclusions suivantes :

1° Le rouget épizootique, même le plus violent, peut être prévenu par des inoculations du virus virulent atténué; 2" il est établi, en outre, que la durée de l'immunité dépasse une année; en conséquence, cette durée suffit amplement aux exigences des pratiques de l'élevage du porc, puisque l'engraissement des sujets ne se prolonge guère au delà d'une année. Toutefois, malgré ces heureux résultats, je répète que la question de l'appropriation des vaccins aux diverses races exige encore de nouveaux contrôles, pour que la vaccination des porcs puisse être généralisée. En attendant les résultats définitifs, je tiens à faire connaître dès à présent la méthode qui nous a servi pour l'atténuation du virus du rouget. Tel est le principal objet de cette communication.

Les travaux de mon laboratoire ont établi que les virus ne sont pas des entités morbides, qu'ils peuvent affecter des formes et surtout des propriétés physiologiques multiples, dépendant des milieux où ces virus vivent et se multiplient. En conséquence, et quoique la virulence appartienne à des espèces vivantes microscopiques, elle est essentiellement modifiable. On peut l'affaiblir, on peut l'exalter, et chacun de ces états est susceptible d'être fixé par la culture. Un microbe est virulent pour un animal, quand il a la faculté de pulluler dans son corps à la manière d'un parasite et d'y provoquer, en se régénérant lui-même, des désordres pouvant amener la maladie et la mort. Si ce microbe a vécu dans une espèce animale, c'est-à-dire qu'à diverses reprises il soit sorti d'un individu de cette espèce pour pénétrer dans un autre individu de cette même espèce, sans avoir subi une influence extérieure sensible pendant l'intervalle des deux passages, on peut considérer la virulence de ce parasite comme arrivée, en quelque sorte, à un état fixe et maximum pour les individus de la race. Le parasite charbonneux, par exemple, propre aux moutijns, varie peu d'un sujet à un autre, d'une année à une autre, pour un même pays; il faut l'attribuer sans doute à ce que, de passage en passage à travers les moutons, l'accoutumance du parasite à vivre dans le mouton a atteint un état pour ainsi dire définitif. 11 en est ainsi du virus vaccin jennérien. Mais la virulence d'un virus, qui n'est pas à son maximum d'action, peutêtre essentiellement modifiée par son passage dans une suite d'individus d'une môme race. Je rappellerai que, quand nous avons voulu rendre au virus-vaccin du choléra des poules et du charbon et d'aulres maladies encore, des virulences progressivement croissantes pour les amener finalement à des virulences maxima, nous les avons inoculées à de jeunes sujets et successivement à des sujets plus âgés.

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