‹ Collection d'articles, de rapports et de lettresChapitre 133 sur 354 · LETTRE DE M. LE DOCTEUR DL'FAY A M. A/.AM · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. LE DOCTEUR DL'FAY A M. A/.AM

Les réflexions qui terminent votre récent article de la Bévue scientifique sur les altérations de la personnalité, réflexions qui ont trait à l'embarras où peut se trouver un tribunal appelé à juger un crime ou un délit commis par une personne somnambule, m'engage à vous faire connaître le fait suivant :

Notre confrère, M. le docteur Sirault, d'Onzin (Loir-et-Cher), avait une jeune domestique chez laquelle il provoquait souvent le sommeil. Or, à quelque temps de la, — j'étais alors médecin de la prison de Blois — à ma visite, je reconnais, pai mi les prévenues cette jeune fille. Fort étonné de la voir en ce lieu, je la questionne, et elle m'apprend qu'elle n'est plus chez M. Sirault, mais au service d'une dame de Blois, qui l'accuse de l'avoir volée et l'a fait arrêter. La pauvre tille, au milieu des larmes et des sanglots, protestait de son innocence. Comme j'avais vu plusieurs fois M"0 R. L. (la somnambule dont j'ai publié l'histoire dans la Bévue scientifique, en 1876) ranger pendant ses accès de somnambulisme des objets que, éveillée, elle croyait avoir perdus et qu'elle retrouvait sans chercher dès qu'elle retombait en somnambulisme, je demandai à la jeune prisonnière si elle n'éiait pas devenue somnambule — elle n'en savait rien — mais la religieuse du service, qui assistait a l'entretien, médit que chaque nuit depuis qu'elle était eu prison elle se levait, s'habillait et circulait dans le dortoir.

J'avais vu M. Sirault provoquer chez elle le sommeil : je l'imitai, et il me suffit de lui appliquer la main sur le front pour la mettre en état de somnambulisme ; alors je l'interrogeai, et elle nous raconta qu'elle n'avait jamais eu la pensée de voler sa maîtresse, mais qu'une

(11 Pour la généalogie et la distribution géographique du genre Canis, je renvoie M. Zaborowski à l'excellent mémoire du professeur Huxley : 0» the crantai and dental characters of the Canidm (Proceed. Zool. Soc. Lond., 1880, p. 238), bien supérieur aux médiocres compilations de Gray, citées dans son article. Ce mémoire a été analysé dans la Bévue de zoologie et paléontologie, publiée par la Revue scientifique (1er avril 1882, p. 408).

(2) Les petits mammifères île la Franc», I. Les Bals (Feuille des jeunes naturalistes, t. \1, 1880).

CHRONIQUE

nuit, il lui était venu à l'idée que certains objets de valeur appartenant à cette dame seraient plus en sûreté dans un autre meuble que dans celui où elle les avait placés. Elle les avait changés de place se réservant d'en informer sa maîtresse. Mais comme le souvenir ne persistait pas après le réveil, et, comme, d'autre part, enfermée chez elle pendant la nuit, la dame ne voyait jamais sa lionne en état de somnambulisme, elle crut à un vol et porta plainte contre sa jeune domestique. J'allai aussitôt raconter ces détails au juge d'instruction; celui-ci m'écouta avec bienveillance, mais non sans un sourire d'incrédulité. Cependant il voulut bien le lendemain m'accompagner à la prison : la prisonnière endormie de nouveau répéta tout ce qu'elle m'avait dit la veille. Le magistrat écoutait avec attention, prenait des notîs très détaillées, se faisant décrire la maison, la chambre, le meuble, le tiroir. Aussi lorsque, sorti de la prison, il se transporta chez la dame volée, il alla droit à la cachette et en relira les objets disparu», au grand ébahissement de leur propriétaire. L'innocence de la prévenue était clairement démontrée, et sa maîtresse alla ellemême la chercher à la prison en lui faisant des excuses.

CHRONIQUE

■.'aurore boréale des ïo el 2» novembre 1883.

Le 26 courant (et le '27 avec un peu moins d'intensité), de 4 heures à 5 heures un quart environ, le ciel était brillamment illuminé vers le couchant. Les toits des maisons et des édifices avaient une teinte rouge ou rosée qui faisait craindre un violent incendie très proche. Comme le soleil se couchait à 4 heures 8 minutes, il est impossible de mettre cette brillante coloration sur le compte de l'illumination des nuages par cet astre. De plus, cette lueur s'étendait (moins intense à la vérité) vers l'est, ce qui montre bien l'impossibilité de l'attribuer au soleil couchant.

Nous n'avons eu ni segment obscur, ni arc brillant, ni gerbes étincelantes, mais une aurore diffuse, bien petite en comparaison des phénomènes grandioses que l'on observe dans les régions polaires. Il est vrai qu'en ces lieux, l'électricité atmosphérique a une t<v sion formidable : <t J'ai vu en Sibérie, me disait un sage vieillard, les cheveux des enfants se hérisser sur leurs tètes lorsqu'on y passait la main; l'air y était électrisé au point que le poil des animaux pétillait au plus léger frottement (1). »

Ceux qui ont visité les pays septentrionaux, s'ils ne lui refusaient le nom d'aurore polaire, la classeraient parmi les plus faibles et les moins bien définies. Ce phénomène est un prolée dont l'aspect est Bouvent fort diffèrent pour deux observateurs placés en des endroits peu éloignés. 11 se présente sous les formes et les dimensions les plus diverses ; on eu cite qui avaient 400 mètres de long, 2u0 mètres de large et 15 mètres d"épaisseur; d'autres, telles que l'aurore boréale des 24 et 25 octobre 1870, pendant la guerre franco-allemande, s'étendaient depuis le zénith jusqu'aux deux parties opposées de l'horizon, embrassant un arc de 180" et visibles sur quelques centaines de kilomètres. D'autres enfin ont été observées à la môme heure en Europe, en Asie et eu Amérique.

Lors d'une aurore boréale, les perturbations magnétiques sont généralement très marquées, les boussoles varient brusquement plusieurs jours d'intervalle avant et après le phénomène; les lignes télégraphiques sont souvent hors d'usage pendant une partie de l'apparition brillante. Parfois aussi on n'observe aucune perturbation. Le bruit de l'aurore boréale doit être attribué eu certaines occasions au crépitement de la glace; quelquefois il fait absolument défaut. Il existe une coïncidence beaucoup plus marquée entre ce phénomène et les éruptions solaires; on jsait qu'il y avait un maximum de taches le mois dernier, el nous apprendrons probablement qu'il y a eu quelque tache gigantesque à cette époque.

M. Augot a publié une étude très intéressante des aurores polaires dans la Lumière électrique de 1882. L'explication la plus probable et la plus récente est celle de M. hdlund qui rattache ces phénomènes à l'induction unipolaire découverte par Weber. (Les courants d'induction unipolaire se manifestent dans un manchon métallique en rotation autour d'un aimant qu'il enveloppe.) On peut supposer que la terre est le manchon qui tourne autour du barreau magnétique dont les deux pôles sont voisins des pôles géographiques, et les aurores des régions polaires sont parfaitement expliquées ; les autres le sont moins bien.

(1) Aimé Martin, Lettre à Sopliie, livre Ili, p. 82.

— Société chimique de Paius. — Le jeudi 13 décembre, .M. WurU, membre de l'Institut, fera une conférence dans la grande salle de la Société d'encouragement, 44, rue de Rennes; cette conférence aura pour sujet : Histoire de l'aldol. Elle inaugurera la série des conférences que la Société chimique de Paris a décidé de donner à partir de cette année et aura lieu sous la présidence de M. Lauth, président annuel, directeur de la manufacture nationale de Sèvres.

Le deuxième dîner de la Société chimique aura lieu le mercredi 5 décembre prochain. (Envoyer les adhésions au secrétaire général M. Dechsner de Koninck, 121, rue de Rennes.)

— Legs GiaAr.n. — Un des membres à vie de l'Association française, M. Girard (de Lyon), décédé au mois d'août 1883, a légué à l'Association française pour l'avancement des sciences 300 obligations 3 pour 100 de Paris à Lyon et à la Méditerranée, pour que le revenu de ces obligations, cumulé pendant cinq ans, soit employé par l'association en encouragements et en récompenses aux personnes qui auront le plus contribué à faire avancer la science sur la grave question de l'ancienneté de l'homme par rapport aux terrains géologiques.

Ces encouragements devront être donnés sous la foi me qui paraîtra lapins convenable à l'Association; prix en argent, coutributions à des voyages de recherches ou à des fouilles.

Le conseil d'administration, dans sa dernière séance, a accepté le legs et nommé un membre délégué, M. Salmon, qui, aux termes de l'article 26 des statuts, aura, avec M. le trésorier, tout pouvoir pour suivre cette affaire, donner les signatures nécessaires, et poursuivre auprès du gouvernement la demande d'autorisation nécessaire.

— Uranus. — La duiée de la révolution de cette planète sur ellemême est encore imparfaitement connue. La première détermination approchée est celle de Buffham qui a trouvé 12 heures, valeur qui se rapproche de celles de Jupiter et de Saturne (10 heures). Cet astronome s'était basé dans cette recherche sur l'observation de deux taches claires vues une seule nuit, l'une en 1870, l'autre en 1872.

Lors de la dernière apparition de cet astre, Schiaparelli l'observa attentivement et remarqua des régions très sombres.

Le professeur Young, l'auteur du Soleil, qui possède un équatorial de 0'",5N4 d'ouverture et de 9 mètres de distance focale, put mesurer les diamètres polaire et équatorial de cette planète : il obtint 3"97 et 4"28, ce qui donne un aplatissement de 1/14 environ. Grâce à son. puissant instrument, le savant astronome a pu distinguer des bandes analogues à celles de Jupiter, mais beaucoup plus faibles.

— Sécheresse excessive. — Le journal Ciel et Terre, auquel nous avons emprunté les nouvelles d'Uranus, signale un pays dans lequel les maisons pourraient être construites en sel ou en sucre sans la moindre crainte de fusion : il n'est pas tombé une seule goutte d'eau dans le Ixamaqualand, au sud de l'Afrique, depuis le 15 août 1881. On conçoit aisément que les plantes, les animaux et même les hommes succombent rapidement à cause de cette sécheresse.

— L'observatoire chronométrique de Besançon. — La ville de Besançon va être pourvue d'un observatoire dit chronométrique, en raison du secours qu'il doit apporter à l'horlogerie-bijouterie, qui fournit journellement plus de 1000 montres ou chronomètres. Pour assurer la précision nécessaire à cette industrie, il est nécessaire de connaître l'heure exacte, et l'on sait que le seul moyen de l'obtenir est de la déduire des observations astronomiques des étoiles, astres dont le mouvement soumis au calcul nous donne le dernier mot de l'uniformité. On sait qu'au contraire, notre soleil s'en va cahin-caha, tantôt en avance, tantôt en retard, comme les pendules du bon vieux temps. Le nom de M. Grucy, directeur de cet observatoire, ancien astronome de l'observatoire de Paris, avantageusement connu dans le monde scientifique, et qui est un enfant du pays, est une excellente garantie des bons services que rendra cet établissement, pour la fondation duquel la ville de Besançon et l'État accordent généreusement tous les subsides nécessaires.

— Les emplois pharmaceutiques du pétrole. — On propose d'employer des mélanges de pétrole et de cire pour la fabrication de certains onguents et cérats utilisés en pharmacie. Ces mélanges permettraient d'éviter l'emploi du saindoux qui a l'inconvénient de rancir. Ils présenteraient, de plus, une économie appréciable dans la préparation de ces onguents.

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