M. A. GAUDRY. — L\ PALÉONTOLOGIE A LONDRES
Après les comptes rendus habituels, la société a décerné la médaille Wollaston à un paléontologiste français, la médaille Murchison à M. Henry Woodward, l'éminent directeur du département paléonlologique du British Muséum et la médaille Lyell à M. Leidy, l'un des savants américains qui ont fait connaître les étonnants fossiles des Western Territories; ainsi c'est à trois paléontologistes que la Société géologique a voulu donner cette année ses principaux encouragements. Le président sortant, M. Ilulke, un ingénieux paléontologiste, habitué à scruter les curieuses organisations des reptiles secondaires, a pris pour sujet principal de son adresse l'étude de quelques points de l'ostéologie comparée de ces animaux ; notamment, il a montré que, chez plusieurs d'entre eux, le menton était formé de deux os distincts, correspondant aux deux intermaxillaires delà mâchoire supérieure, et il pense que, même chez l'homme, à l'état embryonnaire, on en observe des indices.
Après l'adresse de M. Hulke, on a procédé aux élections : cette fois, on a choisi pour président un géologue minéralogiste, M. le professeur Bonney; MM. Carrulhers, John Evans, Phillips et le professeur Prestwich ont été nommés vice-présidents. Les secrétaires ont été, suivant l'habitude anglaise, choisis parmi les hommes qui ont acquis une grande position dans la science : on a nommé MM. Blanford, Judd, Warington Smyth, tous trois membres de la Société royale.
Le soir, il y a eu banquet à Saint-James's Hall; après le dîner, on a enlevé les verres de Champagne et de Hoch (vin du Rhin), et on a apporté le porto, le claret (Bordeaux). Tous les convives se sont levés, et l'un des plus anciens a dit les grâces à haute voix. Puis, la série des toasts a commencé; un maître des cérémonies, debout derrière le président, les appelait tour â tour, et, quand il y avait lieu, il donnait le signal des hourras. D'abord on a porté le toast à la reine, puis au prince et à la princesse de Galles, puis à l'armée et à la marine, puis à la Société royale dont M. Huxley est le président, puis à l'Université d'Oxford où professe le grand géologue Prestwich, puis à celle de Cambridge, puis au bureau sortant, etc., etc. On a d'une manière touchante porté destoasis en l'honneur du souvenir des chers morts qui ont illustré la Société géologique et des chers absents que la maladie ou les devoirs professionnels avaient retenus loin du banquet. Je pense qu'on a dû prononcer plus de vingt discours. Je suis sorti ayant une impression profonde, non seulement de la haute intelligence des savants anglais, mais aussi de leur bon cœur.
En ce moment, la grande curiosité de Londres pour tout naturaliste, c'est le nouveau musée de Soulh Kensington. Les collections d'histoire naturelle de l'ancien British Muséum viennent d'y être transportées; elles y sont en grande partie installées; une multitude immense d'objets qui jusqu'à présent étaient inconnus du public est maintenant exposée. M. Richard Owen, qui était surintendant du British Muséum, vient de se retirer; il a été fait sir en récompense de ses admirables travaux. C'est M. Flower, conservateur du Musée des chirurgiens de Londres, qui remplace sir Richard Owen comme surintendant; celte nomination à un poste
si considérable a été bien accueillie, parce que M. Flower est très aimé et qu'il a révélé de grandes qualités d'administrateur au Collège des chirurgiens. Le nouveau British Muséum de South Kensington comprend qualre départements : la paléontologie, à la tête duquel est M. Henry Woodward avec M. Eiheridge pour assistant; celui de la zoologie, dirigé par M. C.uniher; celui de la botanique, dirigé par M. Carruthers, et celui de la minéralogie, dirigé par M. Fletcher. Les êtres fossiles sont partout séparés des êtres vivanls : ce qui est fossile, vertébrés, invertébrés et plantes, est réuni dans le service de M. Henry Woodward.
C'est un grandiose et incomparable spectacle que l'accumulation des êtres fossiles dans le musée de South Kensinglon : jamais on n'a vu un tel rassemblement de créatures de tout âge géologique et de tout pays; en le contemplant, on comprend que l'époque actuelle, malgré toutes ses merveilles, est peu de chose dans l'immensité des âges, et on entrevoit mieux la majesté de l'œuvre de la création.
La plus grande galerie du musée paléontologique de Londres est celle des mammifères; on a placé dans le milieu quelques pièces principales : un squelette entier d'un mastodonte des Étals- Unis, la tête d'un mammouth trouvé à llf'ord, la tête de VElephas ganesa de l'Inde, un moulage de la tête du Sivatherium, deux squelettes de Megaceros mâles avec leurs immenses bois, un squelette d'un Megaceros femelle, les moulages du Megatherium et du Mylodon. Dans un des côtés, on voit la tête du Dinnthcrium, pièce originale de Kaup et une tête du Maslodon Humboldtii.
Les oiseaux, et notamment le fameuv Archœopteryx de Solenhofen, ont été placés dans la dernière salle de la galerie des mammifères où sont les petits marsupiaux du Purbeck. M. Woodward m'a montré des pièces de Dinornis de la Nouvelle-Zélande, où la peau et la chair sont encore conservés; il est donc certain que, si les Dinornis sont éteints, cela ne peut être que depuis très peu de temps.
La galerie des reptiles est encore plus curieuse que celle des mammifères : sur le mur du côlé sud les cadres des Ichlhyosaurus plalyodon, intermedius, des Plesiosaurus roslraltiSj dolichodeirus, macrocephalus, homalospondyluSj Haukinsii forment la plus étonnante exhibition du monde secondaire qui se puisse voir. Le mur du côté opposé prosente aussi d'étranges pièces d'Iguanodon. à'Omosaurus, d'Ornitopsis, etc. On y a mis un moulage du fémur gigantesque de l'Atlantosaurus envoyé par M. Marsh, des spécimens rares de Belodon, de Téléosauriens, etc. On monte en ce moment, dans le milieu de la salle des reptiles, le squelette du Scelidosaurus. La collection des Dicynodorij Oudenodon et autres reptiles du trias de l'Afrique australe est unique au monde. Il y a aussi quelques fossiles curieux de l'Océanie, tels que le Megalama. VHypsilophodon, sculpte avec un rare talent, est placé dans une petite salle qui mène à la galerie des reptiles. La galerie des poissons renferme une multitude d'échantillons, parmi lesquels ceux du dévonien d'Ecosse sont surtout remarquables. Les galeries d'invertébrés, articulés, mollusques, échinodermes, polypes, spongiaires renferment aussi d'admirables et 1res nombreuses séries, clas-