L. Pasteur
Do l'Institut.
HYGIÈNE L'innocuité des viandes trichinées d'Amérique.
Dans une des dernières séances de la Société de biologie, M. Deprez, contrôleur du service d'inspection de la boucherie à Paris, a pu présenter des rats nourris depuis plus de trois semaines avec les dernières viandes américaines saisies à l'entrepôt des Ratignolles. Ces rats étaient en parfait état de santé. M. Deprez a présenté en même temps des morceaux de viande d'excellente apparence qui avaient servi à les nourrir et des préparations microscopiques faites avec ces viandes où des trichines enkystées existaient en abondance.
Les lecteurs de la Revue scientifique nous sauront peutêtre gré de rappeler les premières phases de cette affaire des viandes américaines qui vient d'être définitivement réglée par l'Académie de médecine à la suite de la mission dont avaient été chargés en Allemagne MM. Brouardel et Grancher et du rapport présenté par M. Rrouardel. On sait que l'Académie de médecine a décidé à l'unanimité, moins une voix, que les viandes américaines n'offraient aucun danger sérieux pour la santé publique, et que, par conséquent, les prohibitions édictées, aussi bien que les moyens préventifs appliqués ou proposés depuis trois ans, n'avaient plus de raison d'être dans l'avenir. C'était indiquer clairement qu'on avait fait fausse route jusque-là en croyant au danger de ces viandes pour la santé publique.
Or il n'est pas sans intérêt de constater aujourd'hui que, dès le début, la doctrine de l'innocuité des viandes américaines a trouvé des défenseurs convaincus et a été pleinement mise en lumière par des centaines d'expériences faites tant à Paris qu'en province. Entre deux opinions nettement formulées dès le principe on peut s'étonner que l'administration n'ait pas songé plus tôt à faire trancher le différend par un corps savant ou quelque commission compétente. On aurait ainsi évité tout à la fois un grand trouble dans l'opinion, des dépenses assez considérables, et surtout des difficultés dont nous ne sommes pas encore totalement affranchis dans les relations commerciales extérieures de la France.
Vers la fin de janvier 1881, un inspecteur de la boucherie, chargé aujourd'hui d'organiser des écoles vétérinaires au lîrésil, M. Rebourgeon, travaillait dans le laboratoire d'histologie zoologique de l'École des hautes études que nous avons l'honneur de diriger avec M. le professeur Robin.
On partait beaucoup alors des viandes trichinées saisies à Lyon et sur d'autres points de la France. M. Rebourgeon jugea naturellement que la trichine ne devait pas être moins