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RUE DU CARDINAL-LEMOINE, 65, PARIS

\ ,280 admissions aux baccalauréats dans les CINQ DERNIÈRES ANNÉES

Année scolaire 18S0-81 cent quatre-vingt-deux élèves reçus. Id. 1881-82 deux cent vingt-huit élèves reçus.

Id. 1882-83 deux cent vingt et un élèves reçus.

Id. 1883-84 deux cent cinquante et un élèves reçus.

Id. 1884-85 deux cent cinquante-deux élèves reçus.

Dans la seule session de novembre 1885. l'Institution a fait recevoir aux examens des baccalauréats CENT QUARANTE-SIX élèves. Ce sont :

LETTRES. 1™ Partie. — MM. Allier, Baillièro, Baralon, Bogelot, Bost, Boucard, Boulanger, Bourgeois, Cahen, Calton, Caries, Chevalier, Cbezleprètro Combaudon, Couillaud, Delafoy, Delestre, Déon, Deschaux, Desforgcs. Drouhin, Duchatel, Dur.rocq, Fayolle, Flambeaux, Fleurot, Foucart, Fron, Gannelon, Gaschini;, Godin, Gonlhior, Goret, Jacob. Kosel.Lahaoior, Lécuyer, A. Lemaire, R. Lemaire, Lemcunier, Lerocouvreur, Leroux, Levivier, Lucien, Marchand, A. Martin, Masse, Meuret, Meynard, Passot, Pique, Poulaino, Prud'homme, Quost, Ramadier, Raucier, Walter, Willette.

2" Partie. — MM. A. Barré, G. Barré. Baudry, Boaujard, Benoît, Borsier, Biard, Bidault, Brouland, Brunet, Canal, Carmichaël, Changeux, Chastes, Chevillut, de Clermont, Déduit, Delvigne, Derevoge Dufour, Fontes, Girard, Gronet, Guignard, Harrewynn, Ilorzog, Jayle, Léon Leriche, Louis Leiiche, Macron, Mantel, B. Martin, Nivorl, Renaud, Rhodes, Schlagdonhauflbn, biguin, Sérusier. Shut, Tcllioz, Thiriet, Tisserand, Villanova

C'est à sa discipline et à la large organisation de son enseignement que l'Institution doit ses remarquables sucrés.

Cours spéciaux pour les sessions d'avril et de juillet-août. — Préparation aux Écoles d'agriculture et aux Ëcoles vétérinaires.

REVUE

SCIENTIFIQUE

(REVUE ROSE

Directeur : M. Charles Richet

1" SEMESTRE 1886 (3e série).

(23e année) 6 M \RS 1886.

Paris, le 5 mars 1880.

Il y a quatre mois à peine, M. Pasteur faisait connaître à l'Académie des sciences (1) sa méthode pour prévenir la rage après morsure, et donnait les détails de la première application qu'il venait d'en faire au traitement d'un jeune garçon mordu gravement quatre mois et demi auparavant.

Le monde savant admira, applaudit, mais attendit, dans une émotion anxieuse (quelle dut être celle de l'opérateur!), l'issue de cette première et audacieuse tentative.

Dans une nouvelle communication, que nos lecteurs trouveront plus loin, M. Pasteur vient d'apporter à l'Académie des sciences les résultats obtenus par sa méthode, jusqu'à ce jour.

Depuis le début de son application, trois cent quatrevingt-cinq malades ont été soumis aux inoculations préventives, parmi lesquels trois cent quarante-neuf sont complètement guéris; trente-cinq autres, dont l'inoculation est trop récente pour qu'on puisse en tirer des conclusions probantes, sont considérés comme étant encore en traitement.

Une seule mort est donc à enregistrer, celle d'une jeune malade traitée seulement trente -sept jours après sa morsure; encore M. Pasteur a-t-il pu prouver

(1) Voir la Revue scientifique du 31 octobre 1885.

3e SÉRIE. — REVUE SCIENTIFIQUE. — XXXVII.

que cette mort était bien due à la rage communiquée par le chien, et non à celle qu'auraient donnée les iuoculations; et la démonstration en est faite avec cette simplicité surprenante qui est le caractère du vrai.

Ce sont là des chiffres d'une éloquence qui dispense de tout commentaire. La prophylaxie de la rage est fondée, et il faut admirer encore; mais on applaudira d'autant plus, qu'une consolante quiétude a maintenant remplacé l'incertitude et la crainte des premiers jours.

Voici donc une découverte géniale qui se développe sous nos yeux avec toute la rigueur d'un syllogisme et toute l'élégance d'une œuvre d'art, fortement empreinte delà double marque du Maître, qui est à la fois un grand savant et un grand artiste.

Et maintenant qu'on sait guérir la rage, il n'y a plus qu'à en répandre et en faciliter le traitement.

La France est assez riche pour payer sa gloire, a dit avec raison le président de l'Académie des sciences, et nous sommes assuré qu'avoir proposé un établissement vaccinal, c'était déjà en annoncer la création.

M. L. SIMONIN. — LES INDIENS DES ÉTATS-UNIS

DÉMOGRAPHIE Les Indiens des États-Unis.

Les Indiens des États-Unis, en 1884, étaient au nombre de 26^369, d'après le rapport adressé par le commissaire des affaires indiennes au secrétaire de l'intérieur (1). Dans ce chiffre ne sont pas compris les naturels du territoire d'Alaska, que le dixième recensement des États-Unis, celui de 1880, évalue au chiffre de 33 426, et qui appartiennent à la race des Esquimaux , totalement différente de celle des Peauxliouges.

Le système que suit le gouvernement américain depuis plus d'un demi-siècle, vis-à-vis des Indiens, est dicté par un esprit philanthropique. Il les nourrit, les vét, cherche à leur apprendre un métier, à leur enseigner l'agriculture, l'élève du bétail, à instruire leurs enfants, en un mot, à les moraliser, à les civiliser. « 11 en coûte moins de les nourrir que de les combattre », disait, en 1867, le secrétaire de l'intérieur, dans son rapport au Président sur les affaires indiennes.

Depuis que le Grand-Ouest s'est peuplé et que le chemin de fer transcontinental du Pacifique a été ouvert entreOmahasurle Missouri et San-Francisco, on n'a plus toléré d'Indiens nomades, et on les a peu à peu confinés dans des espèces d'enclaves, dans des districts particuliers, dans ce qu'on appelle des réserves, parce que ces districts sont spécialement réservés aux Indiens. Là est l'agence, où réside celui qu'on nomme l'agent des Indiens, commissionné par le gouvernement. Là est l'école, la ferme, l'atelier pour enseigner les arts manuels. Là se dressent des forts où campent des soldats.

C'est l'agent qui remet aux Indiens les annuités que l'État leur paye en dédommagement des terres qu'il leur a prises, de leurs champs de chasse qu'il a occupés, et qu'ils tenaient de leurs aïeux. C'est lui qui leur consigne les vivres, les denrées, les vêtements, les outils, les machines agricoles, le bétail, les objets de toute sorte, que le bureau des affaires indiennes leur expédie à des époques déterminées. L'agent adresse tous les ans un rapport au département de l'intérieur sur la situation des Indiens, l'état hygiénique de la réserve, les écoles, la police locale, la mise en culture du sol.

Les compagnies d'infanterie et de cavalerie de l'armée régulière, campées dans les forts, y sont pour tenir en respect les Indiens et garder la frontière. Les forts sont situés dans les réserves ou à proximité de celles-ci. Un petit nombre de soldats suffit.

(I) Annual report of the commissioner of the Indian affairs to the secretary of the intérim- l'or tlie year ISSi. — Washington, Government printing office, 1884.

Les réserves sont situées dans quelques-uns des États, principalement de l'Ouest, et dans les huit territoires de l'Union, où elles sont des plus étendues et renferment le plus grand nombre d'Indiens. Il y a aussi un territoire spécial, le territoire indien, qui fut un des premiers constitués, en 1831, pour y loger les Indiens de quelques États du Sud, les Cherokees, les Creeks et quelques autres tribus.

Les Indiens enfermés dans les réserves sont traités avec humanité. Au lieu de les laisser librement courir à cheval dans les plaines et chasser le bison, en campant sous la tente et vivant de la vie nomade, on leur apprend patiemment à conduire la charrue, à défricher, à cultiver, à irriguer le sol, à construire des haies, à élever le bétail, à travailler le bois et le fer. On leur bâtit des écoles pour leurs enfants, auxquels on enseigne aussi un métier manuel, ou leur construit des maisons, et ils arrivent à en construire euxmêmes. On leur envoie des médecins, des minotiers, des maîtres en agriculture, des prêtres, des missionnaires. On laisse venir librement à eux les représentants des divers Églises et sociétés religieuses, les méthodistes, les baptistes, les presbytériens, les épiseopaliens, les unitaires, les catholiques. Enfin, pour les moraliser, les corriger, on a établi dans plusieurs réserves une police indienne, et une sorte de cour ou tribunal de justice, pour juger et punir les offenses, les délits, sinon les crimes des Indiens.

Les terres qu'on leur donne en toute propriété par des titres en règle, ratifiés par des actes du Congrès et des décrets du pouvoir exécutif, sont dans la plupart des cas constituées en communauté dans chaque tribu et d'uue étendue souvent considérable, celle de plusieurs États. Elles composent ce qu'on pourrait appeler le domaine indien légal. Nous allons les décrire et dire à quelle agitation elles donnent maintenant lieu de la part des fermiers et colons, de ceux qu'on nomme les settlers et les squatters, qui les envahissent contre la loi. Nous commencerons par le territoire indieu. Après quoi, nous traiterons de toutes les autres réserves de la race rouge, puis de tout ce qu'on fait pour sa civilisation et de l'avenir qui lui semble réservé, llàtons-nous de dire qui; la plupart de nos renseignements sont empruntés à des documents officiels et à des missions que nous avons remplies aux États-Unis entre les années 1859 et 1876.

LE TERIUTuIIIE INDIEN.

Le territoire indien est situé à l'ouest du Mississipi. Il est borné au sud par la rivière Rouge, qui le sépare du Texas; au nord, par le 37° degré de latitude nord, qui le sépare du Kansas; à l'ouest, par le 100' degré de longitude ouest, méridien de Greeuwich, qui le sépare

M. L. SIMONIN. — LES INDIENS DES ÉTATS-UNIS

aussi du Texas (1); enfin à l'est, par une ligne brisée, sensiblement orientée sur le 94e degré 30 minutes ouest, qui rejoint le 37" parallèle nord et sépare le territoire indien de l'État d'Arkansas.

Entre ces limites est comprise une superficie de 16441008 hectares. C'est une étendue presque aussi grande que celle des six États de la Nouvelle-Angleterre : le Maine, le New-Hampshire, le Vermont, le Massachusetts, le Connecticut et le Rhode-Island ; c'est près du tiers de l'étendue de la France.

Le pays est parcouru par de nombreuses rivières : la rivière Rouge, qui se jette dans le golfe du Mexique, avec sa brandie nord et le Witchita; l'Arkansas, tributaire du Mississipi, avec ses affluents, le Gimarron, et la rivière canadienne et sa branche nord.

Diverses lignes de chemins de fer traversent cette région. Le chemin de fer Kansas et Texas la parcourt du nord au sud dans sa partie orientale; VAilantic et Pacific, qui va de Saint-Louis à San-Francisco, la coupe transversalement. Le chemin de fer Gulf, Colorado et Santa-Fe, qui va du sud de la Californie dans l'Arizona et au Nouveau-Mexique, et celui du Sud-Kansas, sont en construction. Les compagnies ont dû traiter pour le passage et l'occupation des terrains avec les tribus cantonnées dans ce territoire.

Le territoire indien a été originellement donné aux Cherokees, aux Creeks, aux Séminoles, aux Cliactas, eu retour des terres qu'ils occupaient, à l'est du Mississipi, dans les parties de l'Amérique du Nord qui sont devenues la Caroline du Nord, le Tennessee, l'Alabama, la Géorgie, le Missouri, le Mississipi, la Floride, et qu'ils cédèrent aux États-Unis en 1832. Les Quapâws traitaient également à la même époque, les Senecas et les Sliawaees avaient déjà traité un an auparavant.

Les terres qu'on donna aux quatre premières de ces tribus mesuraient seize millions d'hectares, dont cinq pour les Cherokees, au nord et à l'est, huit et demi pour les Cliactas dans le sud, deux et demi pour les Creeks et les Séminoles au centre, entre les Cherokees etlesChactas. Cette étendue équivaut à celle d'un État des plus importants, comme le Missouri, et elle est plus grande que celle de l'État de Floride, où vivaient les Séminoles. Les Indiens n'avaient donc rien perdu et recevaient une juste compensation.

En 1837, les Chickasaws, avec le produit des terres qu'ils avaient vendues aux Étals-Unis dans l'Alabama et le Mississipi, achetaient des Cliactas un lot d'un million d'hectares à l'ouest, qu'ils payaient 531 000 dollars (2), compris entre la rivière lîouge au sud et la rivière canadienne au nord, et limité à l'est et à l'ouest par deux méridiens.

(1) Tous lus méridiens dont il sera parlé sont ceu.v de Greenwich. Le zéro du méridien de Greenwich est à 2-20' M" à l'ouest de celui de Paris.

(2) Le dollar vaut 5 francs.

Aujourd'hui, on rencontre dans ce vaste territoire, donné à ces cinq nations il y a cinquante-trois ans, une population totale de 64 000 Indiens, dont 21 000 Cherokees, 15 000 Creeks, 17 000 Chaclas, 3500 Séminoles et 7500 Chickasaws. On les appelle « les cinq tribus civilisées ». Elles ont chacune une réserve propre, et des terres qui leur appartiennent en dehors de ces réserves. Elles n'ont qu'une seule agence, l'agence del'Union. Le nombre des blancs qui se sont introduits, illégalement ou non, dans leurs réserves est de 35 000.

Toutes ces tribus ou nations sont civilisées. Tous ces hommes se vêtent à l'américaine, ont les mœurs et les usages des Américains, des peuples policés. Chaque tribu a sa constitution, ses lois, ses tribunaux, ses cours de justice, tout un système judiciaire. La vie et la propriété y sont aussi garanties, aussi sûres que dans les autres États de l'Uniou. Ces tribus ont chacune un gouverneur ou un grand chef, un corps législatif, une Chambre haute et une Chambre basse, le conseil national chez les Cherkees, la chambre des Rois et celle des Guerriers, chez les Creeks, le conseil général chez les Cliactas. Chaque tribu envoie un délégué à Washington. Us ont leurs journaux, écrivent leur langue avec des caractères particuliers, les Creeks avec dix-neuf caractères européens, les Cherokees avec soixante-dix-sept caractères phonétiques ou syllabiques, représentant chacun un son complet, et inventés par un Cherol.ee, il y a quelque cinquante ans.

Les Indiens des cinq nations ont personnellement deux noms, comme presque tous les Indiens, un nom indien, un nom anglais ou français. Il y a beaucoup de métis ou de sang-mêlé parmi eux, des métis franco-Iouisianais, franco-canadiens, des métis angloindiens. Beaucoup de ces métis ont achevé leurs éludes à New-York, a Saint-Louis. Ce sont de véritables gentlemen. Quelques-uns sont de grands propriétaires fonciers et possèdent une étendue de terres et un nombre de tètes de bétail à rendre jaloux plusieurs de nos agriculteurs. Avant la guerre de .sécession, les Cherokees, les Creeks, les Chickasaws, avaient des est-laves noirs, qu'ils ont été obligés de licencier après. Ils prenlient soin aujourd'hui, comme les Américains des Étals du Sud, de ces affranchis ou fre> i, qui réclament à celte heure les mêmes droits que les Indiens. Nous avons connu à Washington, en 1869, le grand chef des Cherokees, Tzwanoski ou « le Plan incliné »; Elias Boudinot, délégué des Cherokees, et deux autres délégués, dont un. Uléwaté ou « Celui qui va lentement », portait aussi le nom de Samuel Smith; enûu miss Anna Stidham, la fille d'un colonel, délégué des Creeks, et son jeune frère, qui avait le don singulier d'écrire une phrase au rebours, en commençant par la dernière lettre. Tous étaient de sang-mêlé.

Tous ces Indiens portent le costume américain. Beau coup plus des deux tiers ou 45800 parlent suffisamment l'anglais pour être entendus dans la conversation;

M. L. SIMONIN. — LES INDIENS DES ÉTATS-UNIS

13 6(10 familles s'occupent d'agriculture, 1017 sont engagées dans d'autres occupations, et 9500 Indiens se livrent à des travaux manuels.

Les cinq tribus possèdent ensemble 14 250 maisons, et quelques-unes de ces maisons sont groupées en petites villes. La capitale du territoire est Muskogee. Le nombre des églises et chapelles est de 178, desservies par 93 prêtres ou missionnaires.

Les écoles publiques des cinq nations ont été fondées sur le même système que celles des États-Unis, et un congres d'instituteurs a lieu annuellement à Muskogee.

On compte 218 écoles, dont 17 pensionnats et 201 écoles de jour, fréquentés, les pensionnats par 1316 élèves, filles ou garçons, les écoles de jour, par 6546 élèves, en tout 7862 élèves, sur 10 704 qui pourraient venir, dont 1504 aux pensionnats et 9200 aux écoles de jour.

L'entretien des écoles coûte 196 612 dollars, dont 175 071 dollars fournis par les cinq nations, et 21 5/|l dollars par les sociétés religieuses, les baptistes, les méthodistes, les presbytériens, etc.

Dans le chiffre des écoles ne sont pas compris les séminaires et les collèges, les académies ou instituts, les orphelinats, les écoles industrielles, techniques et agricoles, ni les écoles de travail manuel.

L'Académie libre de Worcester à Vinita, fondée par les Cherokees au moyen de souscriptions, reçoit 100 étudiants; l'Institut Harrel, à Muskogee, fondé par les méthodistes et qui est chez les Creeks, a 140 étudiants; l'Université indienne, à Talequah, fondée par les baptistes, est très florissante et sera bientôt transportée à Muskogee.

En 1884, une école normale d'agriculture a été ouverte à Chilocco, pour recevoir 150 enfants, et en a reçu 168. On l'agrandira, car d'autres élèves demandent à y entrer.

Un acte du Congrès et un décret de l'exécutif ont autorisé cette école,, en lui donnant 3280 acres de terres (1). Les élèves ont défriché 275 acres de terre gazonnée, en ont planté 50 de millet, 15 de légumes, ont entouré le terrain d'une longueur de plusieurs milles de haies, ont fauché 400 tonnes de foin, et soigné un troupeau de 450 vaches, qu'on a acheté pour eux et qui sera d'un bon rapport pour l'école.

Les cinq réserves occupées par les tribus civilisées ont une étendue de 7 914 308 hectares, dont le tiers est aux Chactas, le quart aux Gherokees et aux Chickasavvs, le dixième aux Creeks, et seulement 150 000 hectares aux Séminoles. La moitié de ces terres peut être labourée ; moins du vingtième ou 128 000 hectares sont cultivés, et une étendue de 350 000 hectares est entourée de haies.

La récolte en céréales, en 1884, a été de 2 208 000

(1) L'acre est égale aux quatre dixièmes d"un hectare.

boisseaux (1), dont le dixième en blé, les deux tiers en maïs et le reste en orge et avoine.

Le nombre de têtes de bétail est de 1 434 570, dont 87 000 chevaux, 26570 mules, 710 000 bêtes à cornes, 531)000 porcs et 81000 moutons. En quatre ans, le chiffre des moutons a doublé, celui des bêtes à cornes a triplé, celui des mules a quintuplé, et celui des chevaux et des porcs a augmenté d'un quart.

Les terres inoccupées, appartenant aux cinq nations, ont une étendue totale de 2 971 527 hectares, et sont désignées sur les cartes officielles sous le nom de Reserved ou terres réservées. Elles comprennent d'abord, pour le quinzième de l'étendue totale, des terres des Chactas et des Chickasaws, situées au sud-ouest du territoire indien et réclamées par le Texas comme étant en deçà de sa frontière ; ensuite des terres des Cherokees, pour les sept huitièmes, entre le Cimarron et le 100e méridien ouest d'une part, et de l'autre, à l'est et à l'ouest de la réserve des Paunies; enfin, des terres des Creeks, au nord de la rivière Cimarron, et des terres des Creeks et des Séminoles, à l'est du 98° méridien ouest. Ces deux dernières régions, qui comprennent ensemble une. superficie de 357 500 hectares, composent le district û'Oklahoma. qui, en cherokee, veut dire « la terre des Indiens ». C'est ce district qui a été récemment envahi à plusieurs reprises par les squatters du Kansas et du Texas, auxquels on a donné le nom singulier de Boom ers, et qui ont provoqué l'agitation curieuse dont tous les journaux américains ont parlé et parlent encore, et dont nous allons dire un mot.

Les terres que l'on donne aux Indiens restent généralement en commun dans chaque tribu; mais elles sont quelquefois tellement étendues qu'elles égalent en superficie celles de plusieurs États, et le sol y est souvent si fertile et si peu utilisé par les Indiens, qu'elles ont toujours exercé une sorte de fascination sur les pionniers et les fermiers de l'Ouest, qui en ont loué une partie aux Indiens, ce que la loi ne permet pas, et les ont même quelquefois envahies. Une circulaire du bureau général des terres, à la date du 31 mai 1884, défend aux blancs d'occuper ces terres, et le sénat vient de voter une loi qui punit les envahisseurs d'une amende de 500 dollars et d'un an de prison.

Au commencement de 1885, le Congrès a porté plus activement son attention sur cette particularité de la question indienne, qui devient de plus en plus pressante et donne lieu à maintes surprises. Une commission du sénat a été nommée, qui a ouvert une enquête sur des terres que les Cherokees et d'autres tribus du territoire indien avaient louées à de grands éleveurs de l'Ouest. De son côté, le secrétaire de l'intérieur, dans son rapport au président, est revenu à l'opinion qu'il

(1) Le boisseau est égal à 361M,35; il faut donc 2 boisseaux trois quarts pour faire un hectolitre.

M. L. SIMONIN. — LES INDIENS DES ÉTATS-tNIS.

avait déjà exprimée l'an dernier, à savoir « que le temps était passé où de vastes et riches étendues de terres, propices à l'agriculture, pouvaient être conservées par les Peaux -Rouges comme terres de chasse et de vain pâturage, a l'exclusion et au détriment des colons ».

Ce qui a encore compliqué la question des terres indiennes, c'est l'envahissement des Boomers, qui viennent ça et la, à la dérobée, dans le territoire indien, y campent, y font paître leurs bestiaux. Il a fallu la force armée pour les faire partir; mais ils sont revenus en plus grand nombre, un millier à la fois, et cette curieuse affaire est toujours pendante.

On a mandé récemment à Washington un des chefs des Boomers, le capitaine Gouch. Le secrétaire de l'intérieur l'a reçu et lui a dit « que ces terres n'étaient pas des terres publiques, que les blancs n'avaient pas le droit de les occuper, qu'elles étaient réservées aux Indiens, et que c'était la l'ordre du Président, qui leur avait d'ailleurs adressé une proclamation à ce sujet à la date du 31 juillet 1884 ».

Au Congrès, un sénateur a proposé que le président entrât en négociations avec telle ou telle tribu du territoire indien, qui aurait trop de terres, de façon que chaque famille d'Indiens n'occupât désormais que ce qu'on est convenu d'appeler un quart de section de la carte topographique cadastrée des terres publiques, divisées en carrés d'un mille de côté, orientés sur des méridiens et des parallèles, c'est-à-dire une étendue de 160 acres ou 64 hectares, la même qu'on accorde à chaque personne majeure dans une f;imille de fermiers, en vertu de la loi de préemption et de celle dite du homestead ou du foyer.

Le territoire indien est à lui seul assez vaste et assez fertile pour faire vivre toute la population indienne des États-Unis. Un peu plus du quart de la superficie, soit 4 ZtOO 000 hectares, est en terres labourables et suffirait à assurer à chaque famille d'Indiens de quatre membres, le père, la mère, deux enfants, soit 06 092 familles pour une population totale de 26/i 369 Indiens, une excellente ferme de 64 hectares, comme celles que peuvent occuper les colons sur les terres publiques, sur le domaine de l'État. Cela ne ferait en tout que 3569 888 hectares, un peu plus que ce qu'occupent les résenes des cinq nations en terres labourables.

Par ce moyeu, il resterait un excédent considérable de terres données aujourd'hui aux Indiens, et qu'on pourrait livrer aux émigrants, aux pionniers, aux fermiers, qui assiègent, qui envahissent les réserves et s'y installent en dépit des traités signés avec les Indiens par le gouvernement, en dépit des actes du Congrès et des décrets du pouvoir exécutif qui se rapportent aux clauses de ces traités.

Les réserves disséminées sur toute l'étendue des États-Unis ont une superficie totale qui dépasse 55 millions d'hectares, soit au moins deux millions de

plus que toute l'étendue de la France, qui n'atteint même pas 53 millions d'hectares. Si l'on donnait aux 66 000 familles d'Indiens, dont il vient d'être parlé, l'étendue réglementaire de 64 hectares, il resterait sur toutes les terres indiennes une superficie de plus de 50 millions d'hectares qui représenterait l'économie réalisée sur les terres qu'ils occupent si inutilement, et qu'on donnerait aux colons. Une partie de ces terres, dans le territoire indien, dans le Dakota, le Montana, où les étendues sont si vastes, sont parmi les plus fécondes et les mieux arrosées du continent américain. La réserve des Sioux, dans le Montana, a plus de 9 millions et demi d'hectares, dont 7 millions en bonnes terres plantureuses, en prairies naturelles, où les Indiens ne cultivent que 2000 hectares, chassant le bison ou faisant paître leurs chevaux et leur maigre bétail sur le reste de ces magnifiques vallées.

Cette étendue de 50 millions d'hectares qu'on pourrait enlever aux Indiens et qu'on leur enlèvera certainement tôt ou tard représente une surface plus grande que celle des six États de la Nouvelle-Angleterre et des cinq autres États qui les avoisinent : les Élats de New- York, de New-Jersey, de Pensylvanie, de Delaware et de Virginie occidentale.

Il faut désormais donner des terres aux Indiens individuellement et non plus en commun. Cela, le président Arthur le recommandait dans son message de 1881, afin de moraliser les Indiens; cela, tous les gens sensés et pratiques le demandent et les Indiens eux-mêmes s'y prêtent. C'est le moyeu d'arriver à les civiliser rapidement, en leur faisant comprendre la nécessité, l'utilité, le profit du travail et de l'épargne.

11 y a, dans le territoire indien, en dehors des cinq réserves et de l'agence des tribus civilisées, vingt réserves et six agences pour vingt-trois autres tribus: les Quapaws, les Senecas, les Shawnies, les Arrapahoes, les Apaches et les Chayennes(l), puis les Kayoways, les Comanches et les Wichitas, les Osages, les Paunies, les Ponças et les Ottoes, les Pottawatomies, les Nez-Percés et enfin six autres tribus.

Ces Indiens ont été amenés là à diverses époques, principalement en 1866, où, par un traité avec les Cherokees, le gouvernement s'arrogeait le droit, en les indemnisant, d'user des terres à l'ouest du 96° méridien et d'y interner des Indiens. Les réserves de ces tribus sont réparties au nord-est, au nord, au centre, à l'ouest de celte portion du territoire indien. Les six agences sont celles des kayoways, des Comanches et des Wichitas ou Delawares, des Osages, des Chaycnnes, des Apaches et des Arrapahoes, des Sacs et des Re-

(1) Cliayennes, ou Cheyennes, ou Shiennes, altération du mot français chiens, que les traitants canadiens et louisianais avaient donné à cette tribu. Les Américains appellent les guerriers chayennes don soldiers. Ils venaient originairement du Mississipi et étaient associés avec les Arrapahoes.

M. L. SIMONIN. — LES INDIENS DES ÉTATS-UNIS

nards, des Quapaws, des Ponças, des Paunies et des Oltoes ou lovvas.

Plusieurs forts commandent le territoire indien, le fort Gibson, le fort Heno, le fort Sill, le fort Cobb, le camp Supply, pour maintenir en tranquillité tous ces Indiens demi-sauvages, qui ont été la plupart amenés des territoires de l'Ouest, où ils étaient nomades et en guerre incessante avec les blancs.

Ces Indiens sont au nombre de 18 33/|, et leurs réserves occupent une superficie de 5 555 193 hectares, lu tiers de cette étendue est consacré à la réserve des Chayennes, des Arrapahoes et des Apaches, un cinquième à celle des Kayoways, des Comanches et des Delawares, comprenant aussi des Apaches, un dixième à celle des Osages et des Quapaws, etc. Toutes ces tribus ont des écoles, dont quelques-unes sont dirigées par des sociétés religieuses, les amis, les mennonites, les presbytériens, les épiscopaliens, etc.

Si toutes les tribus rassemblées dans le territoire indien, au nombre de 82 334, y compris les cinq nations civilisées, étaient astreintes à n'occuper que 64 hectares par chaque famille de quatre membres, soit pour 20 582 familles une étendue de 1317 248 hectares, il resterait, sur le chiffre total de la superficie du territoire, qui est de 16 441008 hectares, une area de 15123 760 hectares, qui pourrait être livrée à la colonisation des blancs et accroîtrait le domaine public d'une région qui serait sensiblement la même en étendue que celle du magnifique État de Michigan.

LES HÉSERVES.

En dehors du territoire indien, il y a, pour toutes les tribus dont il n'a pas encore été parlé, cent vingtsept réserves, surveillées par cinquante-quatre agences, et dont l'étendue est de 38 millions d'hectares. C'est une superficie beaucoup plus grande que celle de la moitié de la France. 182 035 Indiens résident dans ces réserves.

Quinze États renferment des Indiens. Dans le Maine, il y en a 410, qui sont libres et ne vivent pas dans une réserve. Dans l'Indiana et la Floride, il y en a 892, qui sont dans le même cas, et dans le Texas, 387. Ceux-ci, on les appelle les Tonkawas, et la moitié d'entre eux est sous la garde d'un officier de l'armée. On va les envoyer dans le territoire indien, sur la réserve des lowas, où le gouvernement a Je droit de cantonner d'autres Indiens.

Les Indiens de l'État de New-York sont ceux des Six- Nations. Ce sont les Senecas, les Oneidas.les Cayugas, les Onondagas, les Tonawandas, les Tuscaroras. Il y a aussi les Indiens dits de Saint-Régis, sur la rive droite du Saint-Laurent.

Les noms des Six-Nationssont empruntés aux lacs du nord de l'État de New-York auprès desquels ils vivent et "où vivaien tleurs pères. Ils sont au nombre de 5000, ont une agence et huit petites réserves, qui sont à proximité des lacs Érié et Ontario, entre lesquels roule et mugit la chute du Niagara.

Les Six-Nations possèdent ces terres en vertu de traités remontant à 1704, 1706 et 1797, qui sont parmi les plus anciens des traités signés avec les Indiens.

Ces Indiens sont civilisés, vêtus à l'américaine, ont des écoles, pratiquent l'agriculture. Au mois de mars 1885, les Onondagas ont donné une fête pour la nomination de leur grand chef ou sachem Tahogaous, et à cette fête ont pris part, en bons voisins, les Tuscaroras, les Tonawandas et les Senecas. On a fumé le calumet, en tenant le conseil dans le wigxvam ou cahute d'un chef, où l'on a prononcé des discours et lu sur le wampum ou rouleau sacré un passage de l'histoire nationale. Après quoi, on a procédé à un joyeux banquet, préparé et servi à la mode indienne.

Les Cherokees de l'Est sont internés dans la Caroline du Nord, au nombre de 3100, mais disséminés un peu partout, avec une agence et une réserve. Leur traité avec les États-Unis date de 1836. Ils sont de la même famille que les Cherokees de l'Ouest, c'est-à-dire ceux que nous avons rencontrés dans le territoire indien. Les terres qu'ils occupent leur ont été concédées ou vendues il y a onze ans, en 1874, et garanties par une décision de la cour de circuit des États-Unis pour le district ouest de la Caroline du Nord, confirmée par un acte du Congrès de 1876; mais les blancs disent qu'il y a un vice de forme dans ces contrats, et ils sont en- : très sur une partie de ces terres pour les occuper, comme les Boomas ont fait dans le district d'Oklahoma.

Les Cherokees de l'Est sont civilisés, se livrent à l'agriculture, ont des écoles, se sont convertis au catholicisme, aiment passionnément le jeu de ballon et la danse.

Quatre États du Centre : le Michigan, le AYisconsin, le Minnesota et l'Iowa, qui se suivent et sont voisins ou limitrophes de la région des grands lacs, ont des réserves d'Indiens. Ceux-ci sont là presque tous dans leur pays d'origine et sont civilisés. La moitié s;>it lire et parle assez bien l'anglais. Ils sont agriculteurs, propriétaires de terrains ou de maisons, exploitent les bois de pins qui sont dans leurs réserves et se livrent aussi à la pêche.

Le Michigan compte 9577 Indiens dans trois réserves, remontant a 1854, avec une agence. Ce sont surtout des Chippeways ou Ojibeways, des Sauteur, comme disaient et disent encore les Français du Canada, puis des Pottawatomies, des Ottawas.

LeWisconsin a sept réserves, une datant de 1838, deux de 1848 et quatre de 1854, deux agences et 7838 Indiens : Chippeways, Menomonies, Oneidas, Stockbridges,

M. L. SIMONIN

LES INDIENS DES ÉTATS-UNIS

Winnebagoes et Pottavvatomies. Ces derniers, au nombre de 1210, ne sont pas internés dans les réserves. Les Stockbridges ne sont plus que 137. Ils sont rentrés peu à peu dans le giron de la société américaine, les lois du Wisconsin leur ayant reconnu le droit de citoyens.

Le Minnesota a dis réserves, très étendues — l 702 000 hectares — établies en 1854 et 1855, avec deux agences et 5287 Indiens, Chippeways et Winnebagoes.

Enfin Plowa a une petite réserve de 500 hectares, datant de 1867, une agence, 354 Indiens, Pottawatomies, Sacs et Renards, tous bons agriculteurs.

Trois États de l'Ouest, le Kansas, le Nebraska, le Colorado abritent aussi des Indiens.

Le Kansas en compte 976, Chippeways, Shawnies, Pottawatomies, Kickapoos, dans quatre réserves, établies successivement de 1846 à 1862, avec une agence.

Le Nebraska compte six réserves, dont trois datent de 1854, deux de 1863, une de 1882, et dont une empiète sur le Kansas; il y a six agences, avec 3602 Indiens : Iowas, Santés, Ogalalas, Omahas, Sacs et Renards, Winnebagoes. Les Santés et les Ogalalas sont des Sioux. La moitié des Omahas sont civilisés, vivent dans des maisons, possèdent individuellement des terres qu'ils cultivent, possèdent des attelages, des charrettes, des moulins, des magasins, élèvent du bétail, ont des écoles. Ils seront bientôt tout à fait indépendants, capables de se soutenir eux-mêmes. Ils sont dans le pays de leurs ancêtres depuis deux cents ans et plus, et entendent que leurs os reposent sur le haut des collines, où sont déjà les ossements de leurs aïeux qui blanchissent an soleil. Ils ne s'absentent que pour accompagner d'autres tribus à la chasse au bison, une fois par an, quand il s'agit de renouveler la provision de chair de buffle.

Le Colorado recense 991 Indiens, les Yutes ou Utes, qui sont dans leur pays natal. Ils ont une agence et une réserve datant de 1863, et dont les limites flanquent la frontière sud et ouest de cet État, et sont marquées par un rectangle dont la base s'appuie sur le 37e de latitude nord, qui sépare le Colorado du Nouveau-Mexique, et dont un des petits côtés est formé à l'ouest par le 109e degré de longitude ouest, qui sépare le Colorado de l'Utah, et l'autre petit côté, à l'est, par le 107e degré.

La base de ce rectangle a une longueur de 120 milles, et le petit côté mesure 15 milles. La réserve est bien arrosée, parsemée de très belles prairies, où l'on élève des chevaux, dont les A'utes sont fiers. C'est une petite Suisse. Ils ont aussi de beaux troupeaux de moutons. En 1883, le département de l'intérieur leur a envoyé 4800 brebis. Force leur a été d'en manger une partie, sous peine de mourir de faim. 11 n'en est resté que 1500.

Comme la plupart des Indiens, ces Yutes sont assaillis par des hommes qui exercent un métier ignoble, les

squawmen (squaw est la femme indienne) et par les débitants de urisky, qui sont les uns et les autres la plaie des réserves et contre lesquels le gouvernement est à peu près sans armes. Certain jour, il n'y eut pas moins de trente-cinq Indiens ivres, et l'agent ne pouvait pas même les enfermer, n'ayant aucune place pour cela.

Les trois États du Pacifique, le Nevada, la Californie, l'Orégon.ont, comme le Colorado, gardé leurs Indiens. On appelle ceux-ci les Indiens du Pacifique ou les diggers ou piocheurs, parce que, lors de l'arrivée des blancs, ils vivaient principalement de racines qu'ils fouillaient avec une sorte de bêche. lisse nourrissaient aussi et se nourrissent encore de glands, qu'ils broient sur une pierre dure en forme de meule avec un rouleau, lis mangent aussi des pignons de pin, des graines, des fruits, des raisins sauvages. Ils mangent des sauterelles et tout le gibier qu'ils peuvent chasser, perdrix ou lièvres ou le poisson qu'ils pèchent. Ceux de l'Orégon et du territoire de Washington pèchent beaucoup de truites et de saumons.

Le Nevada a deux agences et quatre réserves, dont une date de 1873, deux de 1874, la quatrième de 1877. Il y a 8316 Indiens, dont 5016 sont confinés dans les réserves et 3300 vivent en dehors. Ce sont des Yutes, des Pi-Utes, des Pah-Yutes et des Shoshones ou Serpents.

La Californie possède cinq agences et vingt-six ré-, serves, dont vingt et une sont autour de l'agence dite de la Mission. Ces réserves ont été instituées dans les années 1855, 1864, 1873, 1875 et 1884. Une partie est envahie par les blancs. On compte 11 407 Indien*, dont 4738 dans les réserves et 6669 en dehors. Ce sont les Klamaths, les Serranos, les Cahahuilas, les Temeculas, les Waï-Lakkis, les A'ukis, les Tulis, les Kawaïs, les Yumas.

Les Espagnols qui ont fondé la Californie, qui faisait partie de la vice-royauté du Mexique, avaient, au siècle dernier, essayé de catéchiser les Indiens en établissant des missions confiées aux jésuites, puis aux franciscains, quand les jésuites furent chassés d'Espagne.

La mission de Yerba Buena ou de San-Francisco date de ce temps, ainsi que celle de San-Rernardino, dans le sud, où est aujourd'hui l'agence de la Mission.

Ce sont les Espagnols qui ont donné aux tribus californiennes les noms que portent certaines entre elles. Beaucoup d'Indiens des Missions devraient être de droit citoyens, quoiqu'ils ne soient pas encore reconnus comme tels par les lois des États-Unis, mais en vertu des lois du Mexique, qui ne faisaient aucune distinction entre les races pour la jouissance des droits civiques. On dit que bientôt tous les Indiens des Missions seront reconnus comme tels, et ils l'étaient en réalité, car ils furent admis à ce titre, au moins ceux qui étaient civilisés, à l'époque où, par le traité de la Guadalupe-Hidalgo,

M. L. SIMONIN

LES INDIENS DES ETATS-UNIS

le Mexique céda la Californie aux États-Unis, au commencement de l'année 1848.

L'Orégon a cinq agences et dix réserves, qui datent de 1855, 1864 et 1871, et renferment 5055 Indiens, dont 800 en dehors des réserves. Ce sont les Umpquas, les Modocs, les Wallas-Wallas, les Umatillos, les Klamaths, que nous avons déjà rencontrés en Californie. Les deux réserves sont en deçà et au delà de la frontière qui sépare la Californie de l'Orégon. Parmi les Indiens de l'Orégon, 3600 sont civilisés et ont neuf écoles.

Les huit territoires de l'Union abritent tous des Indiens. Dans le Dakota, est la grande réserve des Sioux. On les a laissés dans leur pays d'origine. Dakota est le mot qui veut dire Sioux dans la langue de ces Indiens, et il signifie « les Confédérés ». La nation des Sioux comprend en effet plusieurs tribus, dont quelques-unes se sont subdivisées en bandes. Autrefois c'était là qu'ils campaient dans les prairies en nomades, chassant le bison et se nourrissant, à défaut de la chair de buffle et d'autres animaux, comme ils pouvaient. Ils dévoraient les navets ou pommes blanches, les artichauts, les prunes, les cerises, les baies, les boutons de roses, tous les légumes et tous les fruits sauvages, que leur disputaient quelquefois les ours et les loups. Parfois ils rongeaient des écorces d'arbres et du cuir de bison, en temps de famine, pendant les durs et longs hivers. Aujourd'hui, le gouvernement, qui leur a pris leurs terres, leur envoie des provisions de viandes salées, qui cependant, à ces lointaines distances, arrivent quelquefois trop tard.

% II y a dans le Dakota huit agences, neuf réserves et 32511 Indiens. La réserve des Sioux a cinq agences. Elle a été délimitée par des traités remontant à 1867 et 1868, et renferme les Pieds-Noirs, les Sans-Arcs, les Minneconjoux, les Deux-Chaudrons ou Wohenompas, les Yanktonais et les Vanktons, les Brûlés ouSicanjoux, les Ogalalas, les Wazazas, les Unkpapas et les Chayennes du Nord, qui sont tous, sauf ces derniers, des tribus ou des bandes faisant partie de la grande nation des Sioux, la plus nombreuse, la plus guerrière, la plus puissante de toutes les tribus.

Parmi ces bandes, celle des Brûlés, commandée par Shintegalashka ou la Queue Tigrée ou Bariolée, et celle des Ogalalas, commandée par le Nuage ou la Nuée Rouge, sont célèbres, et ont rempli le monde américain du bruit de leurs guerres sanglantes contre les blancs et •de leurs luttes intestines. En juillet 1881, la Queue Tigrée a été tué par un chef des Corhcaux, le Chien- Corbeau, et son fils l'a remplacé au poste de sachent ou grand chef.

La grande réserve des Sioux est limitée au sud par le 43e degré de latitude nord et un petit affluent du Missouri, à l'est par le Missouri, au nord par la rivière du Cèdre, affluent du Missouri ; enfin, à l'ouest, par le 103e degré de longitude ouest, sauf un retrait trian-

gulaire formé par les deux branches de la rivière Chayenne. Au delà de cette limite, dans le Wyoming, sont les Montagnes-Noires, \esBlack-Hills. célèbres patleurs mines aurifères et les luttes des Indiens contre les chercheurs d'or.

Sur les autres réserves sont les Arickaris (1), les Gros- Ventres, les Mandans, puis d'autres Sioux, Yanktonais et Yanktons, Minneconjoux, Sissitons et Wahpetons, enfin des Chippeways.

On compte que 15 000 Indiens du Dakota sont civilisés, et que 4500 sont agriculteurs. Il y a trente écoles, dont une d'agriculture.

Les cinq réserves occupent une étendue de 10 738 420 hectares.

Dans le Montana, il y a cinq agences et trois réserves, avec 15 333 Indiens, dont 558 sont sous le contrôle d"un officier, hors des réserves. Les trois réserves ont une superficie de 11 119120 hectares.

La plus grande des réserves a pour limite au nord le 49e parallèle qui sépare les États-Unis du Canada, c'est-à-dire du Montana et du territoire du Nord-Ouest; au sud, un affluent du Missouri servant en partie de limite, et à l'est le 104e méridien ouest.

Les Pieds-Noirs, les Sangs, les Piegaus (2), les Corbeaux de rivière, les Assinihoines, les Gros-Ventres ou Minnitaris, les Brûlés ou Sicanjoux, les Tétons, les Santés, les Unkpapas, les Yanktonais, sont cantonnés dans la grande réserve.

La seconde réserve est celle des Corbeaux, qui s'appuie au sud sur le 4-1 parallèle, est comprise à l'est et à l'ouest entre les 107e et 110e méridiens, et, au nord, est limitée par la rivière de Pierre-Jaune, tributaire du Missouri et le chemin de fer du Nord-Pacifique, qui suit cette vallée. Là sont les Corbeaux de rivière et de montagne, dont la réserve a été diminuée l'an dernier de 1200 000 hectares et n'est plus que de 1 885 200 hectares.

Dans la troisième réserve sont les Têtes-Plates, les Koutenays, lesPend'Oreilles.

Le Montana et le Dakota viennent après le territoire indien pour l'étendue des réserves et pour le nombre des Indiens, sauf l'Arizona elle Nouveau-Mexique, qui en ont plus que le Dakota. Ils ont chacun, pour leurs réserves, une superficie plus grande que celle de l'État de Louisiane, et qui atteint plus du cinquième de la France. Quant au territoire indien, la superficie est un tiers plus grande que celle du Montana ou du Dakota.

(1) Ou les Ris, comme disent les traitants canadiens. Eux s'appellent Sanish ou <i le Peuple ». Ils sont de la même tribu que les Paunies. Ils savent travailler la terre glaise pour en faire des poteries, et ont des mortiers de pierre pour broyer le mais.

(2) Les Canadiens disent les Picaneux et leur nom est Pi-kun-i. « Ceux qui portent de vilaines robes » (de buffles). Les Pieds-Noirs, les Sangs, les Piegans sont de même race, et les Gros-Ventres vivent avec eu.v, mais sont de la même race que les Arrapahoos, dont ils se sont séparés.

[. L. SIMONIN. — LES INDIENS DES ÉTATS-UNIS

Les trois réserves du Montana ont été délimitées par des traités conclus avec les tribus en 1855, 1866, 1867 et 1868. Dans celte immense région, comme dans celle du Dakota, les Indiens peuvent errer à l'aise, chasser le bison, le castor, le mouflon, l'antilope, le daim. II leur revient, pour le Montana, une moyenne de 2850 hectares par famille.

On ne compte, dans toutes les tribus du Montana, qu'un millier d'Indiens qui soient entièrement civilisés; 3350 ne le sont qu'à moitié. Ils portent, les uns et les autres, le costume américain. On recense 1350 familles d'agriculteurs et 1900 engagées dans d'autres travaux. Il y a parmi ces Indiens une centaine de chasseurs et de guides. On compte quinze écoles.

Dans le Montana, il y a huit forts et deux camps, 2000 hommes d'infanterie et de cavalerie, soit un soldat pour huit Indiens. Cela suffit pour tenir tous ces sauvages en repos. Au Canada, dans le Manitoba et le territoireduNord-Ouest, qui renferment 35 000 Indiens, il n'y a que 300 hommes de police montée, qu'on peut porter à 500. Ces Indiens sont les mêmes que ceux du Montana et du Dakota, et sont désignés sous les mêmes noms français, les Pieds-Noirs, les Gros-Ventres, les Sangs, les Piegans, les Assiniboines, les Sauteurs ou Chippeways (1), les Cris ou Knisteueaux, tous noms que leur ont donnés, au xvn- et au xvnr siècle, les métis franco-canadiens et louisianais. Ces métis parcouraient alors ces contrées et on les nommait euxmêmes les Bois-Brûlès. C'étaient aussi les coureurs des ■plaines, des prairies, et on les appelait les trappeurs, parce qu'ils prenaient les castors au piège. A eux se mêlaient quelquefois des traitants mexicains. Les premiers, ils ont connu les Indiens, trafiqué avec eux, fait la traite ou la troque, ce qui fait qu'on les nomme aussi les traitants. Ils ont épousé des femmes indiennes et donné aux trfbus et à la géographie du pays les noms français qu'elles portent encore, même chez les Américains et les Anglo-Canadiens. On rencontre partout leurs descendants dans ces régions. Ce sont ces métis ou sang-mêlé qui viennent de se rendre si fameux au Canada dans la révolte contre le gouvernement du Dominion, conduite par Miel, et où le général Middleton a eu tant de peine à l'emporter sur les rebelles et les Indiens, leurs alliés. Riel, fait prisonnier, a été condamné a être pendu et a subi courageusement sa peine à Régina, le 16 novembre. Les grands chefs, Poundmaker et le Gros-Ours, et trente autres Indiens ont été condamnés à la prison ; huit Indiens, des plus compromis, ont été pendus à Batlleford, le 27 novembre.

Les métis sont au nombre de 22 000 aux États-Unis, et de 40 000 dans tout le Canada, répandus dans tous les États, provinces et territoires où il y a des Indiens. Us servent d'interprètes aux agents du gouvernement,

(1) Les Canadiens disent Sauteux.

3e SÉRIE. — REVUE SCIENTIFIQUE. — XXXVII.

aux traitants blancs, qui font la troque avec les Indiens, et sont quelquefois eux-mêmes traitants ou trappeurs. Ils échangent les fourrures avec les Peaux-Rouges contre de l'eau-de-vie, du sherry, des armes, des munitions. Us servent aussi de guides aux armées en campagne, aux explorateurs, et ce sont eux qui ont guidé les agents de la Compagnie de la baie d'Hudson jusqu'en 1869, et le général Fremont, en 1846, dans son voyage à travers le grand-ouest américain , du Missouri au Sacramento, par les prairies, les montagnes Rocheuses, le grand désert d'Ltah, que n'habitaient pas encore les Mormons, et la sierra Nevada. Beaucoup de ces coureurs canadiens portent encore des noms comme on eu voit dans nos comédies du dernier siècle : la Violette, la Tulipe, etc. Le récit de Fremont en est plein.

Le territoire d'Idaho est limitrophe du Montana, comme celui-ci l'est du Dakota. Là sont les Bannocks, les Nez-Percés, les Serpents, les Koutenays, les Spokanes, les Pend'Oreilles et d'autres tribus cantonnées dans quatre réserves, dont la superficie totale est de plus d'un million d'hectares, et ayant chacune une agence. Ces Indiens sont au nombre de /i276, dont 600 hors des réserves; à peine 1250 sont tout à fait civilisés. On compte 578 familles s'occupant d'agriculture et 700 Indiens s'employant à divers travaux. Il y a trois écoles.

Le territoire de Washington est adossé à celui d'Idaho et s'étend jusqu'au Pacifique. II renferme 10 996 Indiens, les Cœurs d'Alêne, lesColvilles, lesSpokanes, les Lacs, les Snokomishes, lesSwinomishes, les Sukawannishes, etc., confinés dans dix-sept réserves, d'une étendue de deux millions et demi d'bectares, ayant sept agences. Ces Indiens ont traité avec les États-Unis pour ces réserves eu 1854 et 1855. Les trois quarts sont civilisés; 900 familles sont engagées dans l'agriculture, cultivant 12 800 hectares; 2200 Indiens ont uneautre occupation. Us ont quinze écoles, 1000 Indiens savent lire.

Depuis plusieurs années, quelques Indiens avaient des terres sur la rivière Columbia. Us ont profité, en 1884, de l'application de la loi du homestead aux terres indiennes, qui venait d'être décrétée, pour faire légaliser leurs possessions.

C'est surtout dans le territoire de Washington et dans l'Orégon que les tribus ont adopté, pour s'entendre entre elles, ce curieux langage qu'on appelle le jargon, un mélange de français, d'anglais et de mots indiens, qui date du xvne siècle.

Dans le Wyoming, au sud du Montana, il y a une agence et une réserve de plus de 900 000 hectares, délimitée par un traité de 1868. Les Arrapahoes du Nord et les Serpents de l'Est, au nombre de 1885, y sont cantonnés, par suite du traité conclu avec eux par les États-Unis en 1868 et de divers actes subséquents du Congrès.

Le Wyoming est, pour les Indiens une espèce de pa-

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