‹ Collection d'articles, de rapports et de lettresChapitre 280 sur 354 · L. Pasteur · texte numérisé non relu

L. Pasteur

de l'Institut.

La rage au laboratoire de M. Pasteur (1).

Le 22 juin 1880, M. le professeur Grancher, Imminent collaborateur de M. Pasteur, a fait, à la caserne Lobau, dans le local de l'exposition d'hygiène urbaine, une conférence qui a paru décisive à tous ceux qui, venus là sans parti pris, ont été assez heureux pour trouver une place dans la salle. La conférence a d'ailleurs été reproduite dans la Revue scientifique, et l'on peut dire qu'elle a eu dans le monde tout le retentissement que comportaient, et l'admirable découverte qui en faisait l'objet, et la haute situation médicale du conférencier.

Depuis cette date, quatre mois se sont écoulés; les

(1) Conférence faite le 10 octobre 18S0, à la Sorbonne, sous la présidence de M. Ferdinand de Lesseps, par M. le docteur Emile Cliautcmps, vice-président du conseil municipal de Paris.

mordus n'ont pas cessé d'accourir de tous les points du globe ni les savants étrangers de venir au laboratoire de AI. Pasteur pour s'y instruire des moindres détails de la méthode; des établissements vaccinaux contre la rage ont été fondés dans plusieurs pays. 11 est donc possible aujourd'hui d'iuvoquer en faveur de la découverte de notre illustre compatriote un ensemble beaucoup plus imposant de faits et de témoignages; la méthode a d'ailleurs subi depuis quelque temps d'importantes modifications, les insuccès mêmes ayant éclairé la voie : telles sont les raisons pour lesquelles il nous a semblé qu'une seconde conférence ne serait pas sans intérêt.

La première partie de notre étude sera consacrée aux statistiques : c'est par des chiffres qu'il convient de prouver tout d'abord les bienfaits de la vaccination antirabique. Nous dirons ensuite en quoi consiste la méthode, comment elle se relie aux découvertes précédentes de M. Pasteur et quelles grandes espérances elle permet de concevoir à l'égard d'autres maladies, sinon aussi horribles dans leurs symptômes, du moins plus communes, et, par ce fait, beaucoup plus meurtrières.

Nous nous limiterons, pour un instant, à la France et à l'Algérie, le contrôle étant ici plus facile que pour les mordus des pays étrangers.

A la date du 1" octobre, sur 1583 Français qui avaient été traités ou étaient en traitement, l'Algérie comprise, dix étaient morts de la rage ; c'étaient : Lagut, Peytel, Bouvier, femme Leduc, Astier, Clédières, Moulis, Videau, Pelletier (Seine) et Moerman (Sarthe), ces deux derniers étant arrivés au laboratoire 37 et kh jours après les morsures.

Messieurs, il vous a été distribué tout à l'heure, à la porte de la Sorbonne, des documents on ne peut plus fantaisistes; je vous le prouverai par un seul exemple : le petit Christin, d'Évian, qui vous est présenté comme mort de la rage, malgré le traitement, a succombé à une méningite tuberculeuse.

L'autopsie de cet enfant a été pratiquée par le docteur Genoud, médecin des épidémies de l'arrondissement de Thouon, en présence et avec l'aide des docteurs Bordet, médecin de l'hôpital; Taberlet, médecin inspecteur des eaux d'Évian-, et Dumur, ce dernier ayant été appelé auprès de l'enfant malade. Voici un extrait du rapport du docteur Genoud : « Le cerveau, volumineux pour un enfant de cet âge, est hypèrèmiè; les circonvolutions paraissent aplaties contre la boîte crânienne, les méninges congestionnées paraissent épaissies... Les deux bords supérieurs du cerveau présentent une quantité de granulations blanchâtres atteignant, quelques-unes, jusqu'à la grosseur d'un grain de millet. » Voilà des lésions très caractérisées, dont aucune n'appartient à la rage; il est clair que les granulations blanchâtres dont il est parlé dans le rapport sont des tubercules ; il a d'ailleurs été constaté au labo-

Page 1