M. É. CHADT£MPS. — LA RAGE AU LABORATOIRE DE M. PASTEUR
ratoirede M. Pasteur que les méninges étaient adhérentes. La rage ne laisse après elle, dans le cerveau, aucune lésion visible à l'œil nu.
Les médecins qui onl fait l'autopsie ont, de plus, pris connaissance de tous les symptômes qu'avait présentés le petit Ghristin, et leur avis est formel. Le docteur Genoud écrit à la date du 23 juin : « Notre opinion , que nous n'avons, du reste, la prétention d'imposer à personne, est donc, comme vous le voyez, que l'enfant Ghristin est mort d'une affection commune. » Dans cette lettre, M. Genoud parle en son nom et au nom de ses trois confrères.
Le petit Ghristin doit donc être distrait de la statistique des insuccès. J'en dirai autant de la petite Pelletier, qui est arrivée au laboratoire après 37 jours, c'est-à-dire à la veille de l'apparition des accidents, et de Moerman, qui s'est présenté au kk' jour. On a dit que le garde-chasse Moerman, mordu par un chien reconnu non enragé, était lui-même devenu rabique par le fait du traitement. Il est exact qu'un vétérinaire du Mans avait déclaré que le chien n'était pas malade; s'en rapportant à ce témoiguage, les quatre personnes mordues restèrent dans leur pays; mais, fj3 jours après, Jamin père était pris de rage, et c'est alors seulement que Moerman, Touchard et Jamin Henri prirent le train de Paris.
Nous dirons également quelques mots d'un autre des décédés. L'alcoolique Marius Bouvier a d'abord été éliminé de la statistique des décès par rage, les renseignements fournis par les médecins de Grenoble et les résultats négatifs de leurs expériences ayant conduit M. Pasteur à écarter cette cause de mort; mais les inoculations pratiquées par le maître lui-même à l'aide du bulbe de Bouvier ont fait rentrer ce cas parmi les insuccès.
Le détail est piquant. M. Pasteur, qui, d'après certains de ses adversaires, aurait pour principale préoccupation de dissimuler ses morts, a lui-même fourni la preuve du décès rabique de Bouvier, quand il lui eût été si facile de ne pas faire connaître le résultat de ses propres expériences, et de s'en tenir à celles des deux professeurs de Grenoble.
« Je serais extrêmement surpris, lui écrit M. Hermil à la date du 1er août, si le résultat de vos expériences venait à démontrer que Bouvier est mort enragé. »
Les docteurs Girard et Hermil ayant pratiqué par trépanation des inoculations sur un lapin et sur un chien, sur le lapin avec du liquide salivaire du Bouvier, et sur le chien avec de la matière bulbaire, M. Hermil écrit encore à M. Pasteur à la date du h août : « Le lapin est mort le lendemain du traumatisme opératoire, c'était son droit Quant au chien, son état
était encore excellent hier, 13* jour d'inoculation. »
J'ai moi-même écrit à M. Hermjl pour savoir ce que devenait son chien, et j'ai reçu, à la date du 28 août,
une réponse par laquelle j'apprenais que cet animal, 38 jours après l'inoculation, était bien portant.
AI. Pasteur, le mystificateur de la rue ffUlm, avait donc la partie belle. Tous ses adversaires apportent-ils dans leurs critiques la même bonne foi? Il me serait facile de prouver que tel des plus bruyants détracteurs de la vaccination antirabique, directeur d'un journal de médecine, ayant besoin d'un texte contre M. Pasteur et n'en trouvant pas d'authentique, en a fabriqué un de toutes pièces.
Mais je reviens à ma statistique. Sur 1583 Français traités, dix ont donc succombé à la rage; sur ce nombre, il y a eu deux arrivées tardives, et le chiffre des insuccès s'abaisse à huit.
Une question se présente ici tout naturellement à l'esprit : au lieu de dix décès, combien s'en fût-il produit sans la vaccination? La comparaison des deux chiffres nous donnera le nombre des Français déjà préservés de la mort par M. Pasteur.
Il est juste de reconnaître que des décès nouveaux pourraient encore se produire parmi les individus mordus depuis moins de deux mois, et qui n'ont pas encore traversé la période dangereuse; c'est pourquoi nous ne retiendrons dans notre statistique que les individus mordus avant le 1er août, c'est-à-dire depuis 70 jours. On a vu, il est vrai, la rage se produire plus d'une année après la morsure; mais ces cas sont extrêmement rares, et celte possibilité constitue, dans notre calcul qui repose sur des chiffres importants, un élément négligeable.
Le nombre des vaccinés de France et d'Algérie dont les morsures remontent au delà du leraoût est de 1219. Sur ce nombre combien ont été mordus par des animaux réellement enragés?
Nous n'avons pas fait spécialement pour les mordus français le dépouillement, un à un, de tous les dossiers, mais nous nous sommes livré à ce travail minutieux pour l'ensemble des mordus de toutes nationalités, et nous avons fait les constatations suivantes :
10 pour 100 des vaccinés ont été mordus par des animaux reconnus enragés avec preuve expérimentale (1), c'est-à-dire que des personnes mordues en même temps par les mêmes animaux sont devenues enragées, ou bien qu'en inoculant le bulbe de l'animal mort à d'autres animaux, on a donné la rage.
70 pour 100 ont été mordus par des animaux reconnus enragés avec preuves cliniques, c'est-à-dire que l'état rabique a été certifié par des vétérinaires qui ont vu l'animal malade ou fait son autopsie.
Enfin, 20 pour 100 (exactement 20, à pour 100) ont été mordus par des chiens inconnus, errants, furieux el présentant tous les signes de la rage, mais qui ont disparu sans qu'aucun observateur compétent ait pu constater leur état rabique.
(1) Nous avons adopté la classification de M. GraDclier.