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M. É. CHAUTEMPS. — LA RAGE AU LABORATOIRE DE M. PASTEUR

mètre, environ 2000. Mais il ne faut pas mesurer ses ennemis à leur taille; vainqueur du tigre et du lion, J'homme est chaque jour le vaincu des infiniment petits.

Mais qu'est-ce donc que le virus? Est-ce le microbe lui-môme? Est-ce un poison procédant du microbe? Ce n'est point le moment d'insister sur ces questions obscures ; pratiquement, l'on peut dire que le virus, c'est le microbe.

Or les microbes peuvent s'atténuer et s'exalter ; s'atténuer, c'est-à-dire devenir moins aptes à engendrer les maladies; s'exalter, c'est-à-dire acquérir une virulence de plus en plus redoutable. C'est là la découverte capitale de M. Pasteur, qui, en atténuant les virus, en lait des vaccins.

Mais par quel procédé un virus est-il atténué? Un bouillon étant ensemencé de microbes charbonneux — je prends le charbon pour exemple — ces microbes, sous l'influence de l'oxygène de l'air et dans des conditions déterminées de température et de durée, perdent peu à peu leur virulence. La vaccination du charbon, comme celle du rouget, consiste dans l'inoculation successive, à douze jours d'intervalle, de deux virus inégalement atténués, en finissant par le plus fort.

Pour la rage, la culture dans des bouillons n'a pas été possible, parce que le microbe n'a pu être isolé. Et d'abord, M. Pasteur a-t-il vu le microbe de la rage? Dans sa thèse inaugurale, M. le docteur Roux, le distingué préparateur de M. Pasleur, parle « de petits points d'une extrême finesse, presque imperceptibles avec nos plus forts grossissements », qui ont été observés dans la pulpe encéphalique et le liquide encéphalorachidien des animaux morts de la rage. « Est-ce là, dit M. Roux, le microbe de la rage? Quelques-uns n'hésitent pas à l'affirmer. Pour nous, tant que la culture du microbe en dehors de l'organisme n'aura pas été faite et que la rage n'aura pas été communiquée au moyen des cultures , nous nous abstiendrons d'en parler. »

A défaut de flacons de culture, M. Pasteur eut l'idée de chercher si, par son passage dans le corps des animaux, le virus de la rage ne pourrait pas s'atténuer et s'exalter. Il fit alors cette découverte capitale, que du virus pris sur un chien s'atténue en passant chez un singe et s'exalte par son passage chez le lapin.

Un lapin inoculé par trépanation avec la moelle d'un chien rabique prend la rage vers le 15° jour. Au bout de 20 à 25 passages de lapin à lapin, la durée d'incubation n'est plus que de 8 jours ; au 90e passage, elle est de 7 jours et devient fixe. C'est ainsi que M. Pasteur obtient son virus exalté.

Il est aussi parvenu à obtenir des virus gradués par la méthode suivante: en inoculant à un lapin du virus pris chez un singe, virus faible, on obtient un virus un peu moins faible; en inoculant à un deuxième

lapin la moelle du premier, on a un virus encore atténué, mais plus fort, et ainsi de suite. Cette méthode fournit des virus graduellement plus forts, qui pourront être inoculés successivement aux animaux que l'on voudra rendre réfractaires à la rage, et c'est ainsi que, le 19 mai 1884, M. Pasteur annonçait à l'Académie que 23 chiens étaient devenus, par ce procédé, incapables de contracter la maladie.

Mais le singe n'est pas un animal commun ; si la découverte était complète comme démonstration scientifique, il fallait trouver, pour faire passer la vaccinalion dans la pratique, un système plus commode et moins incertain. M. Pasteur le trouva dans la dessiccation des moelles de lapins morts de rage exaltée. Cette dessiccation s'obtient dans des flacons stérilisés, c'est-à-dire débarrassés de toute espèce de microbes; des tampons d'ouate arrêtent les germes contenus dans l'air et des fragments de potasse caustique absorbent la vapeur d'eau.

Dans ce milieu desséché, la moelle rabique perd chaque jour un peu de sa virulence; mais il faut ici bien s'entendre : le virus ne s'atténue pas, il se détruit peu à peu et se raréfie, jusqu'à disparaître du 12' au 15e jour; tant qu'il en reste, c'est toujours du virus exalté. En un mot, ce n'est pas la qualité du virus qui se modifie, c'est sa quantité.

Voici, maintenant, comment M. Pasteur traite actuellement ses mordus. Je dis actuellement, car la méthode a été, depuis quelques semaines, considérablement modifiée. Ces modifications n'ont encore fait l'objet d'aucune communication à l'Académie (1), et elles ne sont connues que des personnes qui fréquentent le laboratoire, ainsi que des médecins qui dirigent les établissements vaccinaux de l'étranger.

Le traitement varie suivant le siège des blessures, leur ancienneté, leur nombre, et, enfin, suivant que les blessures ont été faites sur des parties nues ou recouvertes par les vêtements.

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