TIUITEMENT POUR BLESSURES DE PARTIES DÉCOUVERTES AUTRES QUE LA FACE
Traitement précédent, quelques jours de repos et nouvelle série 4, 3, 2, 1.
TRAITEMENT APPLIQUÉ AUX INDIVIDUS MORDUS A LA TÈTE, A LA FACE, OU AUX RÉGIONS IMMÉDIATEMENT VOISINES (COU, NUQUE), AINSI QU'AUX INDIVIDUS ARRIVÉS TARDIVEMENT.
Traitement précédent, puis la série 4, 3, 2, 1 est reprise plusieurs fois avec intervalles de deux à quatre jours, pendant 4, 5 et même 6 semaines.
Il n'y a guère qu'un mois et demi que M. Pasteur soumet ses blessés à un traitement aussi intensif. Auparavant, on commençait souvent par des moelles de \h jours et l'on s'arrêtait à celles du ha ou du 3" jour. M. Pasteur n'osait pas inoculer celles du 2- jour, encore moins celles de la veille. Très rarement les mordus subissaient deux traitements.
Vido, qui vient de mourir sept mois après ses blessures (main et face), a été incomplètement traité. Le siège des inoculations étant devenu œdémateux et douloureux, l'on s'est arrêté à la moelle de 6 jours.
Les insuccès ont éclairé la voie et conduit M. Pasteur à plus de hardiesse.
Nous n'oserions pas dire, messieurs, que l'ère des échecs soit close, rien en ce monde n'étant absolu; M. Pasteur pense, toutefois, qu'ils vont être à l'avenir extrêmement rares. Ses dernières expériences, lesquelles sont une confirmation éclatante de la méthode.
La vaccination antirabique sort ainsi peu à peu de la période des tâtonnements; mais, telle qu'elle a été appliquée jusqu'ici, elle est déjà justifiée par ses résultats. S'il vous arrive d'être mordu par un animal enragé, vous ne serez plus dans la situation de ces malheureux qui, pendant deux mois, devaient attendre leur sort sans pouvoir rien faire qui pût le rendre plus favorable. A tous les mordus, M. Pasteur donne l'espérance, et, avec l'espérance, quatre-vingt-dix-neuf chances de vie contre une de mort.
La vaccination variolique n'est pas davantage exempte d'insuccès, mais combien la méthode de M. Pasteur diffère de celle de Jenner ! En admettant, ce qui semble ne pas être la vérité historique, que personne ne l'a devancé dans celte voie, Jenner a simplement découvert un fait; notre Pasteur, lui, a, de toutes pièces, créé une méthode.
La rage est la quatrième maladie dont il a triomphé, mais la première maladie humaine, le charbon, atteignant trop rarement l'homme pour que l'on puisse songer à le vacciner préventivement. Il est permis de penser que ce n'est là qu'un commencement, et que d'autres microbes seront à leur tour vaincus. Le vaincu de demain, ce sera peut-être le bacille de la tuberculose?
En quelque pays que s'accomplissent les prochaines découvertes, il nous est agréable de penser que, de même que la plupart des grandes idées, c'est en France que la méthode aura pris naissance.
E. Ghautemps.
PSYCHOLOGIE Sœur Jeanne des Anges (1).
Sœur Jeanne des Anges naquit au château de Cozes, en Saintonge, le 2 février 1602; elle était fille de « haut et puissant Messire Louis Belcier, baron de Cozes, seigneur d'Eschillais et de la Ferrière, et de dame Charlotte Goumart d'Eschillais, d'une maison très noble, très ancienne et très bien alliée ».
Ses parents, riches et considérés dans le pays, voulurent lui donner une instruction en rapport avec sa naissance. Dans ce but, ils la confièrent à une de ses tantes, prieure de l'abbaye de Saintes. Jeanne de Belcier avait alors dix ans. C'était une enfant chétive, mal conformée et d'un caractère bizarre. Malgré tous les soins dont la prieure l'entoura, elle ne put jamais s'accommoder au régime de l'abbaye. Elle y resta cependant cinq ans. Mais, sur la fin, elle était devenue tellement insupportable et avait des « penchants si déréglés » que sa tante, désespérant de dompter jamais cette nature perverse, dut la renvoyer à ses parents. De retour au château paternel, à l'âge de quinze ans, Jeanne causa de grands soucis à sa famille, qui se vit également contrainte de ne lui ménager ni les bons conseils ni les sévères réprimandes. Fatiguée bientôt des uns comme des autres, elle manifesta un jour la résolution de prendre le voile.
Jamais personne n'eut moins qu'elle semblable vocation; cependant, cette fois encore, on céda à sou étrange caprice. Un ordre nouveau, celui des Ursulines, venait de se fonder à Poitiers, elle y entra. Pendant toute la durée de son noviciat, elle se fit remarquer par un zèle excessif et des allures étranges. Elle avait un goût tout particulier pour soigner les plaies les plus repoussantes. Une religieuse couverte d'ulcères, « causés par les écrouelles », fut l'objet de sa sollicitude (2). Une autre fois, elle entreprit de guérir une pauvre pensionnaire toute couverte « de teigne, de gale et de vermine ■>, avec des onguents qu'elle avait la prétention de fabriquer elle-même (,'i).
Pendant son noviciat, elle perdit coup sur coup deux frères (4) et quatre sœurs. Ses parents désolés essayèrent
(I) Extrait d'un livre intitulé : Sœur Jeanne des Anges, autobiographie d'une hystérique possédée, d'après un manuscrit inédit, préface de M. le professeur Charcot, par MM. G. Légué et Gilles de la Tuurette. t vol, in-S. Pour paraitro prochainement; Progrès midical; G. Charpentier et C'0, éditeurs.
(•2) Manuscrit du V. Surin, Biblioth. nat., 25, 264.
(3) Manuscrit du /'. Surin, lac. cit.
(I) L'aîné, Louis de Belcier, 2" du nom, fut tué en 1027, « lors de la descente des Anglais, en l'Ile de Hhé ».