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AVRIL

Paris, le 21 avril 1883.

Les découvertes à jamais mémorables qui ont été réalisées en France sur l'infection charbonneuse ont désormais fait de cette maladie le type !e mieux connu du groupe des maladies infectieuses. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner qu'elle soit étudiée avec prédilection, et que chaque jour amène la connaissance de faits nouveaux et imponants.

D'abord, pour ce qui concerne la vaccination, un fait intéressant s'est produit. Les lecteurs de la Bévue scientifique ont été tenus au courant des discussions et des polémiques qu'a soulevées la belle expérience de M. Pasteur sur la vaccination charbonneuse. Ils savent que les professeurs de l'École vétérinaire de Turin ont proclamé l'inanité de cette expérience. D'après eux, les moutons vaccinés ne sont pas réfractaires au charbon ; et des expériences qu'ils ont pratiquées leur ont paru prouver que les animaux vaccinés peuvent, tout comme les autres, mourir du charbon.

M. Pasteur a pensé que les animaux vaccinés, puis inoculés avec du virus charbonneux actif, ne sont pas réellement morts du charbon, comme l'ont cru les professeurs italiens, mais de la septicémie. En effet, selon noire illustre compatriote, quand on prend, au bout de plus de vingtquatre heures, le sang d'un animal charbonneux, ce sang est devenu apte à donner la septicémie, car les germes du vibrion septique s'y sont développés.

Comme les vétérinaires de Turin élevèrent des doutes sur cette interprétation, M. Pasteur vient de leur écrire la lettre suivante :

Messieurs,

Une contestation s'étant élevée entre vous et moi au sujet de l'interprétation à donner à l'échec absolu de votre expérience de contrôle du 23 mars 1882, j'ai l'honneur de vous înlormer que, si vous voulez bien l'accepter, je me rendrai à Turin le jour que vous me désignerez; vous inoculerez, en

3e SÉRIE. — REVOE SCIENTIFIQUE. — XXXI.

ma présence, le charbon virulent à tel nombre de moutons qu'il vous plaira. Pour chacun d'eux, l'instant de la mort sera déterminé, et je démontrerai que chez tous, le sang du cadavre, d'abord uniquement charbonneux, sera le lendemain tout à la fois septique et charbonneux.

11 sera dès lors établi, avec une entière exactitude, que l'assertion formulée par moi le 8 juin 1882, et conlre laquelle vous avez protesté à deux reprises, correspondait, non à une opinion arbitraire, comme vous le dites, mais à un principe scientifique immuable, et que j'ai pu légitimement affirmer de Paris la septicémie, sans qu'il lût le moins du monde nécessaire que j'eusse vu le cadavre du mouton qui a servi à ses expériences.

Un procès-verbal sera dressé, jour par jour, des faits qui se produiront; il sera signé des professeurs de l'École vétérinaire de Turin et des autres personnes, médecins ou vétérinaires, qui auront été présents aux expériences.

Enfin ce procès-verbal sera rendu public par la voie des académies de Turin et de Paris.

Nous ignorons encore quelle a été la réponse des savants italiens, mais nous espérons qu'ils n'ont pas reculé devant l'audacieux défi que vient de leur porter M. Pasteur.

Il importe que dans cette question de la vaccination charbonneuse, qui intéresse l'agriculture comme la science, la lumière soit enfin faite.

Deux élèves de M. Pasteur, MM. Chamberland et Roux, ont étudié avec soin l'influence des antiseptiques sur la bactéridie charbonneuse et sur les conditions de l'atténuation que produit le vaccin.

Si l'on ajoute au liquide de culture une dose modérée d'acide phénique, soit 1 gramme pour 500 grammes d'eau, on arrive au bout de plusieurs jours à obtenir des générations de bactéridies qui sont encore virulentes, en ce sens qu'elles tuent les cobayes et les lapins, mais qui ne tuent pas les moutons, et qui leur donnent l'immunité conlre le charbon.

Avec le bichromate de potasse, 1 gramme pour 5 litres de

M. EDMOND FUCHS. — UNE MISSION EN INDO-CHINE

liquide, on obtient les mômes effets. Sim1me on fait végéter pendant plusieurs semaines la bacléridie dans des solutions à 1/5000 de bichromate de potasse, on arrive à lui faire perdre toute virulence, même sur les cobayes et les lapins.

Ces bactéridies inoffensives, cultivées ensuite dans des milieux appropriés, ne perdent pas leur innocuité, et elles ne deviennent jamais virulentes.

Mais il y a encore, comme le font remarquer MM. Cliamberland et Roux, bien des réserves à faire sur l'emploi de ces moyens antiseptiques pour obtenir des bactéridies qui confèrent l'immunité.

Il nous faut aussi mentionner une importante communication faite par M. le professeur Iiichet à l'Académie des sciences, dans la dernière séance; il s'agit de la pustule maligne, laquelle est, comme on le sait, la manifestation locale de la maladie charbonneuse chez l'homme.

M. Hichet a soigné, à l'Hôtel-Dicu, deux malades atteints de pustule maligne. Tous deux, bouchers, avaient contracté le charbon en maniant dei viandes infectées. Le premier avait le sang infecté par la bacléridie du charbon, ainsi que l'ont démontré les cultures faites avec le sang pris au doigt indicateur. Chez celui-là un traitement énergique, appliqué à la pustule, est resté sans effet, et le malade a succombé. Chez l'autre, au contraire, dont le sang ne paraissait contenir aucun germe, la guérison de la pustule maligne a pu être rapidement obtenue avec des injections iodées, faites autour de la pustule.

En inoculant jour par jour le sérum de la pustule , sérum qui le premier jour était extrêmement virulent, M. Hichet a [iu prouver que vingt quatre heures après l'injection d'iode dans l'œdème de la pustule, les bactéries, très nombreuses d'abord dans ce liquide, semblaient avoir complètement disparu : tout au moins sont-elles devenues inoffensives, car vingt-quatre heures après l'injection d'iode, le sérum de la pustule, injecté à des cobayes, n'a pas déterminé leur mort.

On peut inférer de ces faits qu'à un certain degré de la pustule maligne, le sang n'est pas encore infecté; par conséquent, il faut à tout prix agir sur l'accident local par un traitement énergique.

En fait de médication, l'injection d'iode aux contours de la pustule paraît, à tous les points de vue, la plus favorable de toutes les méthodes qui ont été jusqu'ici trouvées.

On trouvera dans ce numéro la réponse que M. Pasteur a faite, devant l'Académie de médecine, à un discours de M. Peter, déjà réfuté par M. Douley, avec une vigueur et une verve que les lecteurs de la Revue n'ignorent pas.

11 semble d'ailleurs que M. Peter avait combattu une opinion que nul physiologiste, nul chimiste dignes de ce nom, n'avaient songé à soutenir, c'est que la physiologie et la chimie doivent remplacer la clinique. Qui donc a osé dire cela? Tout au plus peut-on prétendre que, pour être bon clinicien, le mépris de la physiologie et de la chimie n'est pas une qualité indispensable.

GEOLOGIE

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