‹ Collection d'articles, de rapports et de lettresChapitre 315 sur 354 · M. PASTEUR, - LA DESTRUCTION DES LAPINS · texte numérisé non relu

M. PASTEUR, - LA DESTRUCTION DES LAPINS

1° Qu'il recevrait, après un essai d'une année, l'approbation d'une commission nommée à cet ell'et par le gouvernement, avec l'avis du conseil exécutif.

2° Qu'il serait, d'après l'opinion de ladite commission, inoffensif pour les chevaux, moutons, chameaux, chèvres, porcs et chiens, et ne présenterait pas l'emploi de matières ou substances qui pourraient leur nuire.

Quelques jours avant que cette note fût publiée, M Pasteur avait précisément eu l'idée, dont il avait fait part à un de ses correspondants de la Nouvelle-Zélande, qu'on pourrait détruire les légions envahissantes de lapins en leur communiquant une maladie à laquelle ils sont très sensibles, le choléra des poules.

Il avait eu déjà l'occasion de donner à des poules, rassemblées dans un espace limité, une nourriture souillée par le microbe qui est la cause de cette maladie et il avait constaté que les animaux ne tardaient pas à périr.

Les basses cours sont d'ailleurs quelquefois ravagées par de véritables épidémies de ce mal, dont la propagation est due, sans nul doute, aux déjections des premières poules malades qui souillent le sol et les aliments.

Il restait donc à faire des expériences directes sur des lapins, et voici en quels termes M. Pasteur {Annales de l'Institut Pasteur) rend compte des conditions dans lesquelles ont été instituées ces expériences, et des résultats qu'elles ont donnés.

.... J'eus la curiosité de faire des expériences directes sur les lapins. Je me rappelais que le choléra des poules se communique facilement aux lapins; mais je n'avais pas fait d'étude suivie sur ces rongeurs ; souvent j'avais vu mourir des lapins qui avaient été placés dans des cages non désinfectées où des poules avaient succombé du choléra. C'est une question de savoir, question résolue affirmativement par plusieurs, si le choléra des poules n'est pas simplement la septicémie des lapins, étudiée autrefois par M. Davaine.

Je fus bientôt assuré de la facilité avec laquelle le moindre repas donné aux lapins, après avoir souillé la nourriture par une culture du microbe du choléra des poules, entraîne rapidement la mort de ces rongeurs.

Voici quelques-unes des expériences que j'ai fait aire à M. Loir, étudiant en médecine attaché à mon laboratoire.

Le 27 novembre, on place dans une caisse cinq lapins ; ils y restent jusqu'à G heures du soir sans prendre de nourriture ; à 6 heures, on met dans une petite cuvette 100" d'une culture virulente du choléra des poules, où l'on trempe les feuilles d'un chou. On laisse égoutter ces feuilles, puis on les donne à manger aux cinq lapins qui, après quelques minutes, oui achevé leur repas. On place avec eux, à minuit, trois lapins neufs non contaminés.

Le 28 novembre, à 8 heures du matin, les cinq lapins contaminés paraissent malades. A 11 heures, deux

sont morts, dix-sept heures après le début du repas. Les trois autres meurent à 3 heures de l'après-midi, vingt heures après leur repas.

Le 28 novembre, à 7 heures du soir, ou trouve mort un des lapins mis la veille, à minuit, avec ceux qui ont mangé le repas infectieux. Les deux autres lapins ne sont pas devenus malades.

Le samedi 3 décembre, à 5 heures du soir, on donne à manger à quatre lapins des feuilles de chou sur lesquelles ont élé répandus 10e* de culture virulente de choléra des poules, étendus de 100'L d'eau stérilisée. A minuit, tout le repas a disparu depuis plusieurs heures ; on place avec eux quatre lapins neufs.

Le l\ décembre, à 8 heures du matin, deux lapins semblent tristes. A H heures, il y a un mort; à 2 heures, deux autres morts ; à k heures meurt le dernier de ceux qui ont mangé.

On laisse les cadavres avec les lapins neufs mis la veille, à minuit, dans la caisse.

Le 5 décembre, on trouve un de ces lapins morl ; le 6 décembre, un autre; le 7, un troisième; enfin le quatrième meurt le 9 décembre.

Les lapins précédents étaient des lapins domestiques.

Le 17 décembre, ou donne à un lapin de garenne 10e'1 de culture de choléra des poules, également sur une feuille de chou.

Le 18 décembre, il meurt.

Dans tous les cas précédents, on a vérifié que la mort était bien due au microbe du choléra des poules.

Le 3 décembre et jours d'après, on fait des expériences sur les animaux suivants : porcs, chiens, chèvres, moutons, rats, chevaux, ânes, toujours par contamination des repas. Aucun de ces animaux n'a élé malade.

Il y a plus : l'action sur les lapins est si rapide, il est si peu besoin de multiplier les repas que je suis persuadé, en me reportant à mes anciennes expériences sur les poules, que celles-ci même ne mourraient pas si on les laissait sur le sol que les repas des lapins auraient pu souiller en partie; elles oui, pour la maladie, beaucoup moins de réceptivité que les lapins.

Au contact de l'air, le microbe du choléra des poules meurt assez promptement. Il perd sa virulence à 51° C, température quelquefois atteinte, dit-on, en Australie pendant l'été; mais il ne serait jamais nécessaire de s'occuper des lapins, au milieu du jour, en pleine chaleur.

La conservation du microbe du choléra des poules est facile, au contraire, à l'abri de l'air et pendant plusieurs années : on pourra doue toujours se procurer de la semence très virulente. Mes expériences d'autrefois, communiquées à l'Académie des sciences, en sont la preuve.

Les cultures du choléra des poules peuvent être faites dans les bouillons les plus divers d'animaux

M. PASTEUR

Page 1