LA DESTRUCTION' DES LAPINS
quelconques. Un des plus économiques serait sans doute celui qu'on pourra préparer avec la chair des lapins.
Il résulte des expériences qui précèdent que non seulement les lapins qui ont ingéré une nourriture souillée par le microbe meurent très rapidement en moins de vingt-quatre heures, mais que les lapins associés à ces derniers, qui n'ont point eu d'alimenls contaminés, meurent également en grand nombre.
Je réserve la question du mode de contagion. C'est un point que j'examinerai plus tard.
Est-il vrai que les lapins d'un terrier ne se mêlent pas à ceux des terriers voisins?
On peut envisager, sans appréhension pour la réussite du procédé, le cas où les lapiDs d'un terrier ne frayeraient pas avec ceux des terriers voisins et n'y porteraient pas la contagion après qu'ils auraient été contaminés.
La maladie se communique si facilement par les repas que, alors même que la contagion n'existerait pas des lapins infectés aux autres non infectés, la destruction de ces animaux n'en serait pas moins facile.
J'ai parlé (1) de barrières volantes placées autour des terriers. Cette complication serait inutile.
Je me représente l'épreuve eu grand de la manière suivante : autour d'un ou de plusieurs terriers, je ferais faucher une certaine quantité d'herbe qui serait menée ensuite avec des râteaux à la portée des lapins, avant leur sortie du soir. Celte herbe, souillée de la culture du microbe, serait mangée par les lapins dès qu'ils la rencontreraient sur leur passage. Une barrière serait inutile pour les arrêter et les forcer à manger. On aurait ainsi, en quelque sorte, la répétition de l'expérience de Reims, dont je vais parler.
Il était bien désirable qu'une expérience pût avoir lieu sur une grande échelle.
Le hasard vint bientôt me l'offrir dans les conditions les plus favorables.
M V" Pommery, de Reims, propriétaire de la
grande maison de vins de Champagne qui porte son nom, m'adressa la lettre suivante :
Reims, le :t décembre 1SN7.
Monsieur,
Je possède à Reims, au-dessus de mes caves, un clos de huit hectares, totalement entouré de murs. J'ai eu la lâcheuse idée d'y mettre des lapins pour procurer une chasse, en ville, à mes petits-enfants.
Ces bêtes ont tellement pullulé et minent le sol à un tel point que je désire les détruire. Les furets sont impuissants à les faire sortir de tas énormes de craie où ils se réfugient.
S'il pouvait vous être agréable d'expérimenter le procédé
(I) Lottro au Temiis ilu 29 novembre 18S7.
que vous préconisez pour la destruction de ces animaux, en Australie, j'offre de vous en faciliter les moyens. Recevez, etc.
Signé: \ " Pommery.
Bientôt après, j'appris de mon intelligente correspondante que, dans la crainte de voir les lapins de son clos, poussés par la faim, prolonger outre mesure leurs galeries souterraines et compromettre la solidité des voûtes des caves, on avait eu depuis longtemps l'idée de les retenir dans leurs terriers, non loin de la surface du sol, en leur servant, chaque jour, un repas de luzerne ou de foin distribué autour des terriers. On comprend dès bus aisément combien il était facile de tenter la destruction des lapins du clos de M'"- Pommery.
Le vendredi 23 décembre, j'envoyai à Reims M. Loir arroser le repas du jour d'une culture récente du microbe du choléra des poules.
Comme à l'ordinaire, la nourriture fut consommée dans l'intervalle de quelques minutes. Le résultat en fut pour ainsi dire surprenant.
Mme Pommery m'écrivit le 26 décembre :
Samedi malin (par conséquent dès le lendemain du repas mortel), on compta dix-neuf morts en dehors des terriers.
Le dimanche, le clos ne fut pas visité.
Le lundi matin, on compta encore treize morts, et depuis samedi on n'a pas vu un seul lapin vivant courir sur le sol. Eh outre, comme il était tombé un peu de neige pendant la nuit, on ne vit nulle trace do pattes de lapins autour des tas de craie.
Eu général, les lapins meurent dans leurs terriers. Les trente-deux cadavres trouvés sur le sol du clos devaient donc représenter une très faible minorité parmi les morts, ainsi qu'on le verra tout à l'heure.
Dans une autre lettre du mardi 27, Mm« Pommery m'écrit :
La luzerne (luzerne déposée autour des terriers le lundi soir) n'a pas été touchée et de nouveau on n'a vu nulle trace de pattes imprimées sur la neige. Tout est mort...
Et Mm" Pommery, faisant allusion à des journaux anglais qui avaient beaucoup critiqué le procédé que j'avais proposé, journaux qu'elle avait eu l'obligeance de m'adresser, ajoute :
Que deviennent les attaques anglaises en présence d'un tel résultat ? Un clos de s hectares fourmillant de lapins, devenu un champ de mort.
M. Pasteur empoisonne un repas ordinaire de ces lapins et les jours suivants rien ne remue; tout est fini, tout est mort.
Combien de lapins sont morts dans les terriers? Il estdifûcilede le savoir exactement Cependant M"" Pommery m'informe, par une lettre du 5 janvier, « que les ouvriers estiment <i l»-<iuc<<ii< plus <fun mille le nombre des lapins qui venaient manger chaque jour les huit