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ASSOCIATION SCIENTIFIQUE DE FRANC

M. OUSTALET

L'architecture des oiseaux.

Mesdames, messieurs,

Tous ceux d'entre nous qui ont passé les premières années de leur vie à la campagne se souviennent encore certainement de la surprise, de la joie et, dirai-je aussi, de la convoitise qu'ils ont éprouvées en trouvant un nid de fauvette ou de rouge-gorge caché au plus épais d'un buisson. D'un œil avide, nous suivions d'abord les progrès de l'édifice; plus lard, nous comptions les œufs jour par jour, heure par heure, et quand les petits étaient éclos, quelle vertu ne nous fallait-il pas pour obéir aux injonctions maternelles et ne pas porter la main sur un pareil trésor!

Aujourd'hui une telle découverte n'exciterait plus en nous ni les mêmes émotions ni les mêmes désirs ; mais elle éveillerait encore notre curiosité, si elle ne suscitait pas notre admiration. Comment, en effet, rester indifférent en présence de ces preuves frappantes de l'instinct ou plutôt de l'intelligence de l'oiseau? Comment ne pas étudier avec intérêt ces nids si variés de formes, mais toujours si bien appropriés au but qu'ils doivent remplir? Comment, enfin, ne pas être émerveillé, en comparant la perfection du résultat obtenu à la faiblesse des instruments que l'ouvrier avait à sa disposition î

Je ne veux pas prétendre assurément que les oiseaux soient les seuls êtres capables de déployer un véritable génie pour assurer la conservation de leur espèce. Il y a, je le sais, parmi les mammifères, à côté des taupes qui fouillent le sol en tous sens pour y chercher leur nourriture et des castors

3* SÊBIE. — REVUE SCIENTIFlUOE. — XXXI.

qui bâtissent des habitations lacustres, de petits rongeurs, nommés rais des moissons, qui abritent leurs petits dans des corbeilles artistement tressées avec des feuilles de graminées; il y a des poissons qui, comme les épinoches, font de véritables nids; il y a des insectes, et en grand nombre, qui sont de merveilleux artistes : je ne l'oublierai certainement pas, car c'est précisément en suivant les cours du savant professeur qui m'a fait l'honneur de présider cette séance, c'est en lisant ses ouvrages que j'ai appris à admirer, comme ils le méritent, les travaux géométriques des abeilles et les palais souterrains des fourmis.

Mais, sans faire tort à mes anciens amis les insectes, je crois pouvoir affirmer que parmi eux le goût architectural est moins largement répandu que dans le monde ornithologique. Il nous semble aussi naturel de voir un oiseau bâtir un nid au printemps que de le voir s'élever dans les airs, et un oiseau qui ne niche point constitue à nos yeux une anomalie aussi forte qu'un oiseau qui ne vole point.

Dans nos climats, c'est à la sortie de l'hiver, au printemps, ou, au plus tard, durant la première partie de l'été que les oiseaux commencent à s'occuper de leurs nids, et déjà vous pouvez voir quelques moineaux affairés cherchant dans les cours de nos maisons et dans les allées de nos jardins publics des plumes et des brins de paille destinés à leurs édifices. Ces matériaux ne sont d'ailleurs pas, à beaucoup près, les seuls dont les oiseaux se servent pour leurs bâtisses. Ils emploient aussi des crins, de la laine, du coton, de la soie, du duvet végétal, de la mousse, des lichens, des tiges de graminées, des joncs, des racines, des branches et jusqu'à des ossements ramassés à travers la campagne. Naturellement une seule et même espèce n'accepte pas indifféremment ces éléments disparates : elle fait un choix parmi eux, et certains oiseaux paraissent même avoir une prédilection marquée pour telle ou telle substance qu'ils vont souvent chercher à une grande distance. C'est le maie qui est presque

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L'ARCHITECTURE DES OISEAUX

toujours chargé de la récolte, tandis que la femelle a le soin d'arranger les matériaux, et, lors même que sou époux l'aide à dresser la charpente, c'est elle invariablement qui met à l'édifice son couronnement et qui garnit d'un revêtement moelleux la couut où seront déposes les œufs. Mais, quand ceux-ci sont pondus, les deux parents veillent de concerl sur la couvée et souvent la réchauffent tour à tour sous leur sein. Plus tard enfin, après la naissance des peiils, le père ei la mère se partagent encore la besogne et, sans Iréve et sans repos, durant toute la journée, avec un dévouement inépuisable, apportent la nourriture que réclament les jeunes affames.

La forme, la struclure et la situation des nids ne varient pas moins que la nalure des matériaux employés à leur construction. Certains nids ressemblent à une coupe aux parois admirablement lésées; d'autre* semblent lire l'œuvre d'un vannier; d'autres sont renfles comme une bourse ou se prolongent en un tube recourbé comme le col d'une cornemuse; ceux-ci reposent à même sur le sol, ceux-là flottent à la surlace de l'eau, ceux-là encore pendent comme des fruits mûrs à L'extrémité des rameaux ou reposent, ainsi que des corbeilles, a l'enfourchure des branches.

Mais, entre les aspects divers que révèlent les nids de différentes espèces, de même qu'entre leurs modes de suspension, on constate des gradations insensibles, et comme d'autre part chaque espèce, tout en suivant le même modèle depuis un temps immémorial, introduit néanmoins certaines modifications de détail dans ses constructions, comme elle en change parfois la position pour en assurer la sécurité, vous concevez, mesdames et messieurs, qu'il me sera impossible de classer ces petits édifices d'une façon parfaitement méthodique et de distinguer parmi eux des types aussi nettement définis que les ordres admis en architecture.

J'avais tout à l'heure l'honneur de vous dire qu'un oiseau qui ne niche pas constitue une véritable anomalie ; il existe cependant, parmi la gent emplumée, certaines espèces qui s'affranchissent, au moins en partie, des pénibles devoirs de la maternité. A la tète de ces oiseaux que nous traitons, un peu légèrement, sans doute, de parents dénaturés, se place le coucou gris ou coucou chanteur (Cucalus cornants) qui nous vient d Egypte dès les premiers jours d'avril, et qui séjourne en France pendant toute la belle saison. Dès son arrivée, il révèle sa présence par son chant caractéristique, mais ne se montre que rarement aux regards indiscrets. D'ordinaire, il se tient cache dans les taillis, a la lisière des bois ou dans les pommiers, au milieu des champs, et ne descend à terre que pour chercher sa nourriture, qui se compose aussi bien de vers de terre et de sangsues que de chenilles, de baies succulentes et d'oeufs de petits oiseaux. Le coucou est, en effet, un grand ravageur de nids, et, déjà pour ce motif, il mérite la haine que lui ont vouée les bruants, les mésanges, les merles, les fauvettes et les gentils rouges-gorges. Tous ces pa.-sereaux l'ont eu sainte horreur et, du plus loin qu'ils l'aperçoivent, le poursuivent de leurs cris. El cependant, par une arnère ironie, ce sont précisément ce* mêmes oiseaux qui contribuent à la propagation

de l'espèce abhorrée en réchauffant l'œuf du coucou dans leur nid, en abritant son petit sous leurs ailes, en le nourrissant aux dépens de leur propre famille. Il est vrai que l'introduction de l'élément étranger au milieu de leur nichée ne s'opère pas toujours en leur présence et de vive force, mais se fait souvent en leur absence et subrepticement. Quand le coucou ne parvient pas, à force d'obsessions, à décider la femelle à quitter ses œufs, il se tienl aux aguets, et, comme un rôdeur de barrières qui profite de l'absence des maîtres du logis pour faire un mauvais coup, il a hàle de saisir le moment propice. S'abattant sur le sol, il y dépose son œuf, le prend entre ses larges mandibules, le fait passer dans sa gorge avec l'adresse d'un prestidigitateur et vient le glisser délicatement dans le nid étranger.

Dans un livre fort bien fait où il s'est efforcé d'eclaircir l'histoire du coucou, M. des Murs cite près de soixante espèces de passereaux qui sont ainsi victimes de l'astuce ou de la brutalité de ce parasite. Et, ce qu'il y a d'étrange, c'est que tous ces passereaux, dont quelques-uns passent cependant pour fort intelligents, ne s'aperçoivent pas de la supercherie ou ferment les yeux pour ne pas s'en offusquer. Un a constaté, il est vrai, que le coucou ne fait pas une addition maladroite, mais une substitution, ayant soin d'enlevtr un œuf ou deux du nid dans lequel il va déposer son œuf. Mais cela n'explique guère l'indifférence ou la longanimité des passereaux qui, d'ordinaire, se montrent extrêmement susceptibles quand on vient à toucher à leur couvée.

Admeitra-t-on avec <£lien, et même avec certains ornithologistes modernes, que, seul parmi les oiseaux, le coucou jouit de la singulière faculté de pouvoir modifier à volonté, non seulement la couleur, mais le volume de son œuf, pour l'assortir à la teinte et aux dimensions d'une autre espèce? Mais jamais une pareille anomalie n'a pu être nettement constatée, et, d'après mes observation- personnelles, je crois même, avec M. J. Vian, que les œufs du coucou sont toujours reconnaissables, en dépit de légères variations.

La question, vous le voyez, est loin d'être complètement résolue : ce qui est constant, c'est que, la substitution une fois opérée, la femelle de rouge-gorge, de merle, de fauvette ne fait aucune distinction entre l'œuf d'adoption et ses propres œufs et qu'elle les réchauffe tous avec la même ardeur jusqu'au degré nécessaire pour l'éclosion. La naissance du coucou arrive généralement la première, et, à peine sorti de l'œuf, le jeune scélérat, qui semble avoir hêrilé des instincts destrucleurs de ses parents, s'agite tant et si bien dans son berceau qu'il précipite hors du nid, comme par hasard, les autres œufs ou les jeunes, si ceux-ci ont déjà fait leur apparition dans ce monde. On prétend même que, dans ce dernier cas, il s'insinue traîtreusement sous le ventre de ses frères, et, d'un tour de reins, les lance par- dessus bord. Vous croyez sans doute q'.e la mère, indignée de ce massacre des innocents, va sans retard immoler le fra rkide : il n'en est rien : toujours plongée dans cet aveuglement qui reste pour nous un mystère, elle cajole le meurtrier, elle l'élève avec amour; le père naurricier l'aide dans cette tâche ingrate, et, grâce aux soins combinés des deux

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pauvres oiseaux qui lui apportent à l'envi des vers, des chenilles, des fruits à pulpe charnue, le coucou vorace grandit rapidement. Aussitôt qu'il est capable de se servir de ses aile;', il quitte le nid, et après avoir reçu encore, pendant deux ou trois jours, la becquée de ses parents d'adoption, il quille sans regret et pour toujours ceux qui l'ont élevé. D'aucuns prétendent même qu'il récompense les pauvres passereaux de leur zèle et de leur alfeelion en les avalant comme de simples chenilles ; mais ceci est sans doute une calomnie ; tout au plus a t-il pu arriver, une fois ou deux, et par simple accidc nt, au coucou, sans cesse affamé, de happer un peu Irop vivement la proie qu'on lui tendait et d'étouffer ainsi entre ses mandibules l'un ou l'autre de ses parents.

Mais pendant ce temps que devient la vraie mère? Les uns disent qu'elle rôde aux alentours et que, de temps en temps elle apporte à son enfant son contingent de nourrilure ; les autres, et ceux-ci pourraient bien avoirraison, prétendent au contraire qu'après avoir déposé son œuf, elle s'en va pour ne plus revenir.

D'autres coucous, parmi lesquels je citerai seulement les coucous bronzés de l'Australie et de la Nouvelle-Calédonie, le coucou-geai d'Algérie et de Provence, et, dit-on, certains oiseaux e.xoliques voisins des tropiques ont les mômes habiludes'pai asiles que notre coucou chanteur; au contraire, les anis des savanes de l'Amérique du Sud, les coulicous de l'Amérique centrale etlescouas de Madagascar se conduisent plus honnêtement que ce dernier et se livrent aux soins de l'incubation. On ne sait trop jusqu'à présent à quels motifs attribuer ces différences de mœurs qui ont été bien et dûment constatées chez les représentants d'une mOnie famille, et dont, suivant quelques auteurs, on retrouverait les traces dans l'espèce vulgaire. En effet, plusieurs ornithologistes rapportent que, dans certaines circonstances, encore mal déterminées, le coucou cendré lui-même fait un nid grossier ou adopte un nid abandonné dans lequel il pond plusieurs œufs qu'il couve alors ausi-i bien qu'un autre oiseau.

Je n'insisterai pas davantage sur ces faits, qui d'ailleurs méritent d'être vérifiés, car j'ai hâte d'arriver aux véritables artistes qui doivent faire le sujet de cet entretien. Toutefois, avant de vous présenter divers échantillons de leur talent et de leur industrie, je dois encore vous dire quelques mots des mœurs singulières des talégalles et des megapodes. Ces oiseaux qui, avec le maléo et le leipoa, constituent pour les ornithologistes la famille des mégapodiidés, se rapprochent beaucoup d'une part des piniades africaines, et l'autre des hoccos américains, et, fait digne de remarque, ils occupent précisément à la surlace du globe la position que leur assignent leurs affinités zoologiques, puisqu'ils vivent en Australie, à la Nouvelle-Guinée, aux Philippines, aux Célèbes et dans une foule d'autres îles de la même région. Par leur genre de vie et leur mode de développement, ils s'écartent beaucoup, non seulement des pintades et des hoccos, mais

core de tous les gallinacés, on pourrait m 'me dire de tous

s oiseaux. En effet, suivant la règle commune, les perdrix, es tétras, les iaisans, les pintades et les hoccos eux-mêmes

pondent leurs œufs, soit dans un nid construit, fort grossièrement, il est vrai, avec quelques brindilles entrelacées, soit dans une excavaiion du : ol tapissée d'un peu de mousse et de gazon. Sur ce nid la femelle ou, plus raiement, chacun des deux parenls s'accroupit pour couver, puis, quand les jeunes sont éclos, s'occupe avec une grande sollicitude de l'éducation de sa petite famille. Tout autrement se comportent les mégapodiidés, car de toutes les notes prises par les voyageurs, de toutes les observations faites dans les jardins zoologiques, il résulte que jamais les mégapodiidés ne couvent leurs œufs, que jamais ils ne s'occupent de l'éducation de. leurs petits, ceux-ci naissant tout emplumés et déjà assez forts pour chercher eux-mêmes leur subsistance. Et cependant leur développement s'est effectué dans des conditions anormales : les œufs d'où ils sortent n'ont pas été placés dans un nid pour y être soumis à la chaleur bienfaisante du corps de la mère; ils ont été tout simplement déposés, soit dans des amas de terre et de détritus végétaux, soit dans des excavations pratiquées dans le sable près du rivage de la mer. Ils y ont subi une sorte d'incubation artificielle, le degré de température nécessaire au développement de l'embryon ayant été obtenu tantôt par la fermentation des feuilles et des autres substances végéiales mélangées à la terre humide, tantôt par l'action directe des rayons solaires qui échauffent la couche sablonneuse immédiatement en contact avec les œufs. Ce dernier procédé, très élémentaire, semble emprunté aux reptiles qui, le plus souvent, enfouissent leurs œuls dans le sable; il est employé par deux espèces bien caractérisées du groupe des mégapodiidés, par le inegapode de Wallace qu'on rencontre dans les îles deTernate, d'Amboine, de Gilolo et de Céram, et par le maleo qui a pour patrie l'île des Célèbes. Au contraire, l'autre procède, celui qui consiste à élever des tumuli et qui dénote évidemment des instincts plus raffinés, est usité par tous les autres mégapodiidés, et notamment par le talegalle de Latham (Taleyallus Lalhumi).

Le talegalle de Latham habite le nord, l'est et le sud- est de l'Australie et est paniculierement répandu dans la Nouvelle-Galles du Sud. On le reconnaît facilement à sa taille supérieure à celle d'une pintade, à son plumage d'un brun noirâtre presque uniforme et surtout aux caroncules turgescentes d'un rouge vif qui, semblables aux pendeloques charnues d'un dindon, se détachent de la partie antérieure de son cou. Toute cette région et les côtés de li tête sont presque dépourvus de plumes et colorés en rouge vif sur l'oiseau vivant qui présente ainsi une physionomie des plus étranges.

iJ'un naturel farouche et défiant, les talégalles se tiennent cachés, surtout pendant la chaleur des jours d'été, dans les forets voisines de la côte et dans les ravins boisés de l'intérieur. Dès que s'ouvre lasai.-on qui correspond à notre printemps, ils se mettent en devoir de reunir les niaiériaux nécessaires pour construire le tumulus desliné à recevoir leurs œufs ou pour réparer et augmenter le monticule qui leur a servi l'année précédente. Grâce à ces additions, l'édifice, qui affecte une forme conique ou pyramidale, s'élève parfois à

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2 mètres de haut et mesure h mètres à Zim,50 de diamètre à la base. Les détritus qui eu forment la partie essentielle sont enlevés ou plutôt balayés de la surface du s-ol qui se trouve ainsi nettoyée à une disance de 12, 20, iSO ou uiénie 65 mètres à la ronde. Ils sont invariablement amoncelés de la manière suivante : l'oiseau gratte la terre avec ses pattes robustes et au moyen de ses doigts allongés et terminés par de véritables griffes, il rejette en arrière de lui les matériaux qu'il tend sans cesse à ramener vers un centre commun. Quelquefois môme il leur fait franchir de la sorte des obstacles que l'on jugerait presque insurmontables. C'est ainsi que M. Hamsay a remarqué, sur les bords de la rivière Hichmond, une pleine charrttee de débris végétaux qui avaient été traînés par les talégalles d'une rive à l'autre d'une petite crique ayant au moins 36 mètres de largeur.

La portion centrale du tumulus consiste en feuilles pulvérisées et mélangées à du lerreau; puis viennent des matériaux plus grossiers, doi.t la décomposiiion est moins avancée; enfin, à l'extérieur, se trouve un revêtement très épais de feuilles mortes, de branches et de rameaux encore intacts. En explorant méthodiquement ce monticule artificiel, c'est-à-dire en enlevant successivement et avec précaution, à partir du sommet, d'abord la couche superficielle, puis la couche à demi décomposée et entin la masse pulvérulente de la portion centrale, on découvre les œufs qui tantôt sont très régulièrement disposés en cercle concentrique, tantôt se trouvent disséminés au hasard dans tout le tumulus. Ce dernier cas est beaucoup le plus fréquent, et l'on conçoit qu'il doit en être ainsi quand plusieurs femelles viennent tour à tour enfouir leurs œuls dans cette accumulation de matière végétale. Au dire de certains indigènes, la mère ne quitte pas les environs du tumulus où ses œufs se trouvent enfouis, mais c'est le père qui facilite la sortie des jeunes en ouvrant une tranchée dans les parois de l'édifice, tandis que, suivant une autre opinion, beaucoup plus vraisemblable, les œufs, une fois pondus, sont recouverts de terreau et de feuilles, puis complètement abandonnés par les parents qui ne surveillent pas l'incubation et laissent les poussins se frayer un chemin comme ils peuvent.

L'autruche d'Afrique, les nandous d Amérique, les émeus et les casoars de 1 Australie, des Moluques et de la Nouvelle- Guinée, en un mot la plupart des repiésentants de 1 ordre des brèvipennes pondent leurs œufs dans une simple dépression du sol et quelques-uns d'entre eux, sans avoir recours au même procédé que les talégalles, n'accomplissent pas dans toute leur rigueur les pénibles devoirs auxquels s'astreint la grande majorité des oiseaux. Ainsi, dans les régions equaloriales , les autruches, pendant le jour, recouvrent leurs œufs avec du sable destiné a les maintenir à une température convenable et ne se livrent à l'incubation que du soir au matin. Aux environs du Cap, au contraire, ces mêmes oiseaux, qui sont polygames et vivent eu troupes de cinq à six individus, couvuu sans relâche, les lemtltes pendant le jour, et le mâle pendant la nuit.

La plupart des échassiers, les outardes, les œdienèmes, les pluviers, les vanneaux, les huîtriers, les chevaliers l'ont éga-

lement leurs nids par terre, à l'abri d'une touffe de graminées, dans une dépression qu'ils creusent en pivotant sur eux-mêmes et en s aidant de leurs pattes et de leur poitrine, et dans laquelle ils répandent au hasard des algues, des brins de paille ou des feuilles sèches. La Caille, la perdrix grise, la perdrix rouge, le coq de bruyères et le faisan commun s'en tiennent aussi à ce mode de nidification d'une extrême simplicité.

Certaines perruches d'Australie, qu'on appelle des pézopores et qui sont plutôt des oiseaux marcheurs que des oiseaux grimpeurs, sont encore plus paresseux et déposent leurs œufs sur le sol sans apprêt. Dans la famille des engoulevents on constate la même absence de précautions mais ici un nid compliqué et soigneusement abrité serait tout à fait inutile, ces passereaux pouvant facilement emporter leur œuf dans leur bec, fendu jusqu'aux oreilles. Il est probable, par conséquent, que le prétendu nid de l'engoulevent de la Nouvelle Grenade qu'on appelle vulgairement guacharo (Slealornis caripensis) résulte simplement d'un mélange des déjections de la mère et des jeunes avec la terre noirâtre des cavernes dans lesquelles ces oiseaux nocturnes passent la plus grande partie de leur existence.

C'est aussi sur le sol, dans un sillon, que niche l'alouette, ce chantre des plaines, cet oiseau si gai, si alerte, qu'à l'exemple de nos ancêtres les Gaulois nous aurions dû adopter pour symbole. Placé entre des touffes d'herbes qui le dérobent à tous les regards, son nid, simple et sans prétentions, renferme quatre ou cinq œufs tachetés de brun sur un fond grisâtre.

Au contraire, les merles de roche et les traquets s'installent les uns au milieu des rochers, les autres dans les prairies, et fabriquent avec des racines, des herbes et des mousses grossièrement entrelacées une corbeille dont l'extérieur est garni de crins de cheval ou de plumes. Cette dernière disposition est très apparente dans un nid de traquet oreillard (Saxicola œnanlhe), que M. Pouchet a rapporté de Laponie et qui est tapissé intérieurement de plumes blanches de lagopèdes. Ainsi capitonné, ce nid constitue déjà un berceau très confortable dans lequel reposent de jolis œufs d'un bleu pâle.

Les moueites, les goélands et les hirondelles de mer, qui à plusieurs égards s'écartent des palmipèdes pour se rapprocher des petits échassiers de rivage, semblent aussi avoir emprunté à ces derniers leur mode de nidification et diffèrent notablement sous ce rapport des pétrels, dont je vous parlerai tout à l'heure. Très souvent ces goélands et ces hirondelles de mer, ces landes, s'établissent dans le voisinage d'autres oiseaux pélagiens, non par esprit de sociabilité, mais dans le secret désir de tirer parti du voisinage pour happer quelques bons morceaux, pour dérober des matériaux pour la construction de leur nid, ou même pour s'approprier, avec une audace inouïe, le nid d'une autre espèce. Dans les parcs du Jardin des plantes, où des goélands sont enfermés avec des cigognes, journellement il se commet de semblables larcins, et les braves échassiers, aux allures placides, ont assez à faire de repousser les pillards et

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de leur faire rendre gorge. En Norvège et en Laponie, la mouette tridacble abrite volontiers son nid sous un rocher, tandis qu'aux îles Lofoden les goélands marins nichent côte à cOte, au nombre de plusieurs centaines, dans les terres marécageuses. Tantôt les nids sont disposés avec un certain goût et garnis d'une sorte de natte, tantôt ils ressemblent à un paquet d'herbes jetées au hasard et servant de lil à des œufs gris ou verdàtres maculés de brun. Tandis que la femelle couve, le mâle se tient dans le voisinage et s'avance hardiment contre l'intrus qui cherche à s'approcher du nid. Si le danger devient imminent, la femelle se lève à son tour et, avec son époux, fait tête à l'assaillant et vole autour de lui en poussant des cris aigus.

Les cormorans, qui se tiennent d'ordinaire sur le bord de la mer ou sur les rives des grands fleuves, forment aussi, au moins dans les régions australes, de véritables colonies. Ces oiseaux sont des palmipèdes par excellence, puisqu'ils ont tous les doigts et le pouce lui-même, enveloppés dans une membrane natatoire; aussi peuvent-ils nager avec aisance et plonger sans effort pour atteindre les poissons qui constituent leur principale nourriture. Leurs aptitudes pour la pêche, vous le savez, ont même été utilisées depuis longtemps par les Chinois qui élèvent de ces oiseaux en captivité et qui les emploient comme auxiliaires.

Le naturel pacifique et les instincts sociables des cormorans rendent d'ailleurs leur éducation extrêmement facile. Déjà, à l'état sauvage ces palmipèdes vivent en bonne harmonie les uns avec les autres et se réunissent parfois au nombre de plusieurs milliers. De pareilles associations peuvent être observées, notamment aux îles Falkland où les cormorans se trouvent côte à côte avec des manchots, et dans l'île de Santa-Magdalena où ils forment à eux seuls de véritables phalanstères, tels que celui que le docteur Cuningham a décrit dans son Histoire naturelle du détroit de Magellan.

« En poursuivant notre route à travers l'Ile, dit ce voyageur, nous atteignîmes enfin quelques-unes de ces grandes dépressions du sol que les cormorans à caroncules [Graculus carunculalus) ont adoptées pour nicher. Les oiseaux étaient rassemblés sur leurs nids en nombre de plusieurs milliers, sans exagération, et formaient une masse noire et compacte couvrant un espace de plusieurs yards (I). Aussitôt que nous vînmes les troubler, ils s'élevèrent tous ensemble dans les airs avec un bruit qui ressemblait à celui d'une forte brise et étendirent devant nous une sorte de rideau qui nous cachait presque entièrement la vue du ciel; en même temps un certain nombre de stercoraires, s'envolant avec eux, joignirent leurs cris discordants à ceux de cette troupe effarouchée. Les nids consistaient en de petits monticules, de forme régulière, exhaussés légèrement au sommet et rangés en séries presque mathématiques, exactement à un pied d'intervalle l'un de l'autre. Ces monticules étaient formés d'herbe et de gazon desséchés et pétris avec de la terre et du guano, de manière à constituer une masse so-

(1) Le yard, mesure anglaise, équivaut à O™^! environ.

lide : ils renfermaient généralement d'un à trois œufs d'un blanc verdàlre, ayant à peu près la grosseur d'un œuf de poule et offrant une surface rugueuse, grâce à la présence sur la coquille d'un enduit calcaire. »

Les fous ou boubies des navigateurs, qui appartiennent encore à la catégorie des palmipèdes totipalmes et qui sont représentés sur nos côtes par une espèce appelée fou de bassan (Sida bassana), abondent au Pérou et au Chili et contribuent pour une large part à former, par leurs déjections, ces énormes amas de guano qui sont l'objet d'une exploitation si active sur les rivages de l'océan Pacifique. L'étendue et la profondeur de ces dépôts montre que depuis des siècles des milliers ou plutôt des millions de ces oiseaux ont vécu en colonies sur les rochers battus par les flots, soit aux îles Chinchas, soit sur la côte voisine de l'Amérique du Sud.

Les manchots, auxquels les marins donnent souvent aussi le nom de. pingouins, réservé par les ornithologistes à d'autres oiseaux des régions boréales, sont extrêmement répandus et représentés par plusieurs espèces dans les parages de la Terre de Feu, des îles Falkland, de l'île Campbell et de l'île Saint-Paul. Dans ces dernières stations, ils ont été fort bien étudiés, il y a quelques années, par.MM.Vélain elFilhol, naturalistes attachés aux expéditions chargées d'observer le passage de Vénus sur le soleil.

Lors du séjour de M. Vélain à Saint-Paul, les manchots formaient deux colonies distinctes dont l'une, la plus importante, était située sur des falaises inaccessibles, tandis que l'autre, située près du sommet d'une haute montagne qui domine la jetée du nord, était heureusement d'un accèsplus facile. Sur ce dernier point les manchots, distribués par groupe de deux à trois cents, occupaient un certain nombre de villages, échelonnés sur un plateau située à 200 mètres d'altitude et jusque sous les escarpements du sommet (25i mètres).

« Leurs nids, dit M. Vélain dans la relation de son voyage (1), au lieu d'être irrégulièrement disséminés dans les anfractuosités des laves, étaient au contraire groupés avec une certaine symétrie et paraissaient comme alignés le long de couloirs tracés au milieu des hautes herbes qui recouvraient le sol tourbeux de la montagne. Chacune des sections de ces surprenantes agglomérations d'oiseaux fut bientôt baptisée par nous d'un nom spécial : une des plus nombreuses devint, en raison de son importance, Pingouinville.

« C'était bien, en effet, la plus singulière charge de petite ville qu'on puisse imaginer : les rues, les impasses, les carrefours animés d'une foule turbulente, les places publiques où les oiseaux se réunissaient pour conférer entre eux avant de descendre à la mer par petites troupes, rien n'y manquait, pas même les commères caquetant et se querellant autour des nids.

« Il est assurément difficile d'expliquer pourquoi dei oiseaux, à qui la marche est réellement pénible, sont allés chercher, pour établir leurs nids, un point aussi élevé, qu'ils

(1) Archives de zoologie expérimentale, 1877, p. î>7 et «uiv.

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ne peuvent atteindre qu'au prix des plus grandes fatigues, d'autant plus qu'il leur faut traverser, avant d'y arriver, plusieurs plale»ux tout aussi découverts que celui qu'ils ont choisi, dont l'exposition est identique et qui auraient au moins l'avantage d'êlred'un accès plus facile. La rude ascension qu'ils se croyaient ainsi obliges de faire ne leur demandait pas moins d'une demi-journée; mais ils étaient loin de descendre tous les jours à la mer : ils savaient revenir après chaque excursion, avec une provision de nourriture qui leur servait pour une semaine... A notre arrivée en octobre, les gorfous (1) étaient en train de couver. Chaque couple, étroitement uni, avait deux œufs assez volumineux, presque ronds, d'un blanc sale, et marqués parfois de quelques petites taches rousses. Le mâle et la femelle partageaient les soins de l'incubation et se relayaient sur le nid où ils se tenaient couchés sur le ventre comme tous les autres oiseaux. Chacun d'eux descendait alternativement à la mer et revenait fidèlement à sa couvée, qu'il savait retrouver au milieu de tant d'autres qui, pour nous, se ressemblaient toutes. »

Dans les régions septentrionales, au contraire, les oies sauvages nichent par couples isolés dans les parties les plus reculées et les plus inaccessibles des marécages. Chaque couple a son domaine et forme un ménage des mieux assortis. Dés les premiers jours du printemps, la femelle s'occupe de rassembler les branchages, les tiges de jonc et les herbes qui doivent, en s'entrelaçant grossièrement, constituer la charpente de son nid ; souvent elle va chercher fort loin ces divers matériaux, et dans ses pérégrinations elle est accompagnée fidèlement par son époux qui, s'il ne s'occupe pas activement, veille du moins à la sécurité de sa compagne. Le soubassement du nid étant terminé, la femelle dispose pardessus d'abord des brins d'herbe et d'autres substances délicates, puis une certaine quantité de duvet qu'elle arrache de sa poitrine et qui, en son absence, servira à maintenir les œufs à une température convenable.

Le nid du canard sauvage (Anas boschas) ressemble à celui de l'oie par son mode de construction et par son revêlement intérieur; mais il est toujours placé dans un endroit plus sec, sous un buisson, sous une tourte de plantes, parfois même sur un arbre; dans ce dernier cas, il n'est généralement pas l'œuvre du canard lui même, qui s'est approprié l'ancienne demeure d'une oie ou d'une corneille. Au fond, le nid de l'eider (Somateria mollissima), dont le Muséum possède maintenant un magnifique spécimen rapporté de Laponie par M. Ppuchet, est absolument le même que celui de l'oie ou du canard sauvage; mais il parait beaucoup plus confortable, toute sa charpente de branchages, de paille et d'algues marines disparaissant sous une épaisse couche de ce duvet moelleux que l'on récolte avec tant de soin dans les pays du nord. Ce duvet, la lemelle de l'eider l'arrache de sa propre poitrine, au lieu de l'enlever sans pudeur à d'autres oiseaux de son espèce, comme le font certaines femelles d'astrilds. Quant au nid du cygne sauvage, qui consiste en un lit de plantes aquatiques supportant une couche de joncs

(1) C'est le nom qu'on donne quelquefois aussi aux manchots.

desséchés, tantôt il repose sur la rive, tantôt il est baigné par l'eau de toutes parts et figure ainsi une sorte de radeau, assez solide pour porter le mâle, la femelle et les jeunes. Sous cette dernière forme il appartient déjà à la catégorie des nids flottants, dans laquelle se place toujours les nids de la poule d'eau commune {Gallinula chloropus) et de la foulque noire (Fulica atra), appelée vulgairement morelle ou macroule.

Celle-ci jette parfois, il est vrai, les fondations de son édifice tout au fond de l'eau, sur des roseaux renversés; mais, d'ordinaire, elle le laisse flotter librement et, dans ce cas, apporte à sa construction un soin tout particulier. Sur des chaumes et des tiges de roseaux s'entrelacent des brins plus flexibles, de manière à constituer un lit sur lequel la mère se couche pour réchauffer ses œufs. Ce lit maintient constamment les œufs à l'abri des inondations, puisqu'il s'élève et s'abaisse avec le niveau de la masse liquide. Au contraire, dans le nid du grèbe huppé (Podicps crislatas) qui est également un nid flottant, mais un nid composé de matériaux humides, entassés sans ordre, les œufs sont continuellement mouillés, d'autant plus que toutes les fois qu'elle est obligée de les abandonner, la mère les recouvre avec des plantes aquatiques, arrachées du fond de l'étang ou de la rivière au moyen de son bec. Grâce à cette précaution, le nid n'attire pas l'attention et ressemble à un paquet de jonc ballotté par les eaux.

Les nids de la fauvette turdoïde (Calamoherpe lurdoides) et de la fauvette effarvate (C. arundinacea), lorsqu'ils sont desséchés, jouissent d'une certaine mobilité le long des tiges de graminées qui leur servent de supports ; on en avait conclu qu'ils pouvaient s'élever ou s'abaisser avec les eaux de la rivière ou de l'étang au dessus duquel ils étaient construits. Mais il n'en est probablement pas ainsi, et si les oiseaux n'ont pas l'instinct de taire des berceaux de leurs petits des sortes de nacelles, ils déploient une prévoyance beaucoup plus admirable en plaçant ces habitations temporaires au-dessus du point qu'atteignent les plus fortes crues. En forme de corbeilles profondes, ces nids sont attachés à cinq ou six tiges dépassant d'un mètre environ la surface de l'eau et occupant le milieu d'une touffe de roseaux. Les parois sont épaisses de 0"',00/i environ et formées de feuilles entrelacées qui parfois adhèrent encore aux supports, et qui s'entrelacent avec des fibres d'ortie, des radicelles, du duvet de certaines graines, des fleurs de romarin, des fils de chanvre et des toiles d'araignées. De la périphérie au centre, les matériaux deviennent de plus en plus délicats et, tout au fond de la vasque intérieure, reposent mollement des œufs gris verdâtre et bleuâtre, maculés de brun ou de gris foncé. L'incubation dure une quinzaine de jours et, pendant tout ce temps, en écartant les roseaux avec précaution, on peut apercevoir l'un ou l'autre des parents couché sur ce berceau que la brise balance au-dessus des eaux en courbant les longues tiges de graminées.

Comme les rousserolles et les effarvates, les cincles se plaisent dans le voisinage des cours d'eau; mais il leur faut des torrents écumeux, des ruisseaux transparents, tels que ceux qui roulent sur les pentes granitiques des Vosges,

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des Alpes et des Pyrénées. L'espère de notre pays, qu'on nomme vulgairement merle d'eau {Cinclus aquaticus), rappelle en effet les merles par la taille et les formes du corps; mais elle a la queue bien plus courte, le bec plus grêle que le chantre de nos forêts. Son manteau est d'une teinte moins foncée et sa poitrine est couverte d'un large plastron blanc. C'est dans les montagnes voisines de Gerardmer et de Bussang, sur les frontières de la Lorraine et de l'Alsace, que l'on a le plus de chances de rencontrer ce bel oiseau dont les mœurs sont extrêmement curieuses. Se nourrissant d'insectes aquatiques, de larves, de libellules et de petits coléoptères, il plonge hardiment, sans crainte de mouiller ses plumes, et, s'aidant des pattes et des ailes, il remonte les courants les plus rapides. Toutefois, comme l'a constaté Audubon qui a pu observer aux États-Unis une espèce voisine de la nôtre, le cincle ne marche pas au fond de l'eau à la manière d'un crustacé ou d'un mollusque, et il est fréquemment obligé de revenir à la surface pour respirer. Vers le milieu du printemps, il s'occupe de se bâtir un nid dans la mousse sur le bord d'un ruisseau, ou bien encore dans une crevasse de rocher, sous un pont, voire même derrière une chute d'eau. Dans ce dernier cas, pour gagner la retraite où sont cachés leurs œufs ou pour apporter la pâtée à leurs jeunes, les parents sont évidemment obligés de traverser la masse liquide, (/est dans cette situation étrange que se trouvait le nid dont je fais passer la photographie sous vos yeux. Comme vous le voyez, l'entrée est placée vers le haut, et l'extérieur se compose de mousse de différentes espèces, solidement feutrée en une masse compacte et résistante. Mais cette masse n'est que le revêtement, l'étui du nid proprement dit, qui est formé d'un lacis de jeunes tiges et d'herbes tendres renfermant quelques feuilles de hêtre, de lierre ou de platane. Ainsi constitué, ce nid n'est pas sans analogies avec ceux du troglodyte et de l'hirondelle de cheminée dont je vous parlerais tout de suite, si je ne devais auparavant faire un pas en arrière, pour examiner avec vous, immédiatement après les nids gisant par terre ou placés au milieu des eaux, ceux qui se cachent dans les cavités du sol ou dans des troncs d'arbres rongés de véiusté.

Parmi les oiseaux fouisseurs, je dois mentionner d'abord l'hirondelle de rivage (Colyle riparia), qui est certainement moins répandue chez nous que l'hirondelle de cheminée, mais qui n'est pas rare cependant sur les rives de la Seine et de la Marne. Cette espèce, que les naturalistes ont prise comme type de leur genre Colyle, à défaut d'excavations naturelles, creuse dans le sol des tunnels ou plutôt des couloirs aveugles, des cavernes, dont la direction est légèrement ascendante pour que les eaux pluviales ne puissent pas s'y amasser. Ces cavernes sont tantôt droites, tantôt légèrement sinueuses, suivant que l'oiseau a trouvé devant lui une terre friable ou bien qu'il a rencontré des pierres ou de grosses racines que son bec débile n'a pu entamer. En effet, comme toutes les hirondelles, la coiyle de rivage a des mandibules fort larges, mais peu saillantes et des pattes extrêmement courtes qui ne sont guère de bons instruments pour accomplir un rude travail de mineur. Et cependant c'est avec ces putils imparfaits qu'un si petit oiseau arrive en quelques

jours a creuser une cavité de 0m,08 de diamètre sur 0m.50 ou mi me 2 mètres de longl Souvent même celte cavité ne constitue pas tout le travail d'un couple de cotyles durant une saison, car les oiseaux sont fréquemment obligés de recommencer de nouveaux frais quand, chemin Taisant, ils rencontrent des obstacles insurmontables. De là le grand nombre de trous dont sont criblées les rives de certains cours d'eau et même des parois de rochers éloignés de toute rivière. Les cotyles de rivage ne sont pas absolument attachées au voisinage des fleuves et parfois elles ont les marnes stations qu'une autre espèce, particulièrement répandue dans le midi, l'hirondelle de rochers (Dihlis rupestris).

Le martin-pêcheur (Alcedo ispida), qu'en vous promenant au bord d'une rivière vous pouvez voir passer comme un éclair entre les saules en faisant resplendir au soleil son manteau couleur d'aigue-marine, représente dans notre pays une nombreuse famille qui est absolument cosmopolite. Il était déjà connu des anciens qui lui donnaient le nom di" alcyon et qui avaient sur ses mœurs les idées les plus fausses. Plutarque, par esçmple, considérait l'alcyon comme le plus sage et le plus remarquable de tous les oiseaux marins. «C'est, dit-il, une merveille d'art et de sagesse que son nid ; sans autre outil que son bec, l'oiseau le construit aussi solidement qu'un navire, de telle sorte que les flots ne peuvent le submerger ; il entrelace des arêtes de poisson les unes avec les autres, il dispose les unes droites pour former le fond, il en relève d'autres sur les flancs, il en courbe d'autres en rond, il allonge son nid comme un esquif de chasse El quand il a terminé cet ouvrage, il travaille à en consolider l'intérieur; les vagues, en frappant ses flancs, le pénètrent ; mais l'oiseau l'approprie sans cesse et le rend si solide qu'on ne peut le briser facilement ni à coups de pierres ni a coups de barre île fer. L'ouverture de ce nid est merveilleuse, e le est faite de telle façon que l'alcyon seul peut y entrer; pour les autres oiseaux elle est complètement invisible, car la malière qui la forme est capable de se gonfler comme l'éponge. En se gonflant, elle ferme toute issue ; cependant lorsque l'oiseau veut entrer, il comprime cette maiière, en exprime l'eau et pénètre librement.» Aristole, d'ordinaire si bon observateur, a fait du nid de l'alcyon une description aussi fantaisiste, que Conrad Gesner a reproduite, mais que je crois inuiile de vous citer textuellement, car, comme dans le récit de Plutarque, tout y est faux à l'exception de ce seul fait que l'on trouve des arêtes de poissons dans le nid du martin-pêcheur. En réaliié. le martinpêcheur et ses alliés nichent absolument dans les mêmes conditions que les guêpiers : dans les berges escarpées des rivières, ils creusent des terriers profonds, terminés par une chambre spacieuse dans laquelle la mère dépose, sur un lit cfarètes de poissons, des œuls arrondis, d'un blanc pur et brillant comme de l'email.

Les naturalistes attachés à l'une des missions du passage de Vénus ont trouvé, sur toute la paroi occidentale du cratère de l'île Saint-Paul, le sol, naturellement spongieux, complètement défoncé par les terriers entre-croisés dans tous les sens, d'une espèce de pétrel, le Prion turtur, el l'orni-

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thologisle Mac Gillivray rapporte que, sur les côtes de l'Australie, la terre est souvent minée de la môme façon par un autre oiseau appartenant au même groupe que le prion et appelé puffin à courte queue (Puffnus brevicaudalus).

De même, sur quelques llols voisins des côtes de Bretagne, les macareux {Mormon ou Fralercula arclica), singuliers oiseaux à la physionomie carnavalesque, aux allures de pingouins, se creusent dans la tourbe, au moyen de leur bec comprimé comme une hache, des terriers semblables à ceux des lapins.

C'est, au contraire, le plus souvent dans de vieux troncs d'arbre que niche la huppe {Upupa epops), joli passereau qui habite l'Europe, l'Asie et l'Afrique et qui est à peu près de la taille d'un merle avec un bec grêle et recourbé, un cimier de plumes rectiles sur la tête, et, sur le dos, un manteau fauve relevé par des bandes noires et blanches. On ne se douterait guère, en voyant cet oiseau aux formes élégantes, au plumage net, que c'est un des animaux les plus sales de la création. 11 en est ainsi cependant; quand la huppe s'établit dans un tronc d'arbre ou de rocher pour y élever sa jeune famille, elle ne prend aucun soin d'entretenir son logis ; elle laisse s'y accumuler non seulement les débris d'insectes stercoraires qu'elle apporte à ses jeunes, mais encore les excréments des petits et même ses propres déjections. Ainsi ce bouge exhale-t-il bientôt une odeur insupportable dont s'imprègnent les plumes des jeunes et des parents euxmêmes. Parfois cependant, surtout dans les contrées désertes où elle n'a pas à craindre le voisinage de l'homme, la huppe s'établit en plein champ, à l'abri d'une pierre ou d'un buisson. Pallas a môme trouvé un nid de cette espèce au milieu de la cage thoracique d'un squelette humain gisant au milieu des steppes et blanchi par les intempéries. Mais, dans ce cas encore, la demeure de la huppe est aussi mal tenue que d'habitude, et le berceau de ses petits est un ignoble amas de fumier, de racines et de brins d'herbes.

Les pics logent leur couvée dans de vieux troncs où ils savent pratiquer, avec leur bec robuste, des retraites confortables. Dans notre pays ces retraites, une fois abandonnées, servent souvent d'asiles à d'autres oiseaux, de plus petite taille, à des grimpereaux, à des mésanges, à des huppes, de même que, sous les tropiques, elles abritent souvent de petits perroquets. Quant aux perroquets de grande taille, ils sont assez forts et ont le bec assez robuste pour se tailler dans le bois tendre un domicile de dimensions suffisantes. Les toucans et les calaos ont les mêmes habitudes; mais on prétend que les mâles de ces derniers oiseaux et notamment ceux de l'espèce indienne, appelée calao bicorne (Ilomraius bicortiis), ont en outre la singulière précaution de murer à demi avec de la boue l'entrée du nid, aussitôt que la femelle s'y est établie pour couver. On dirait qu'ils se méfient de la fidélité de leurs compagnes et qu'en les cloîtrant ils veulent les forcer à s'occuper sans relâche de l'incubation. Le mâle a du reste bien soin de laisser béante une ouverlure suffisante pour que le bec énorme de sa compagne puisse sortir du trou et recevoir la nourriture qu'il lui apporte chaque jour; puis, quand les petits sont éclos, il délivre la prison-

nière qui s'occupe alors avec son époux de l'éducation des jeunes.

Un des nids les plus curieux que l'on puisse voir, c'est le nid d'un passereau du Brésil qu'on appelle le fournier (Furnarias rufut). Il est en effet d'une grosseur surprenante relativement à la taille de l'oiseau et il est construit tout entier avec de l'argile. D'ordinaire il se trouve placé sur une grosse branche horizontale ou plus rarement sur un toit, sur un balcon ou sur la croix d'un clocher. Le mâle et la femelle travaillent de concert à élever cette construction bizarre : avec de la terre détrempée par les pluies, ils forment des boulettes qu'ils transportent sur l'arbre et qu'ils étalent avec leurs pattes, en un rebord circulaire. Au-dessus de ce rebord ils disposent ensuite une deuxième couche, un peu inclinée sur la première, puis une troisième encore en reirait, de telle sorte que, peu à peu, la bâtisse prend au dehors une forme hémisphérique et se trouve creusée intérieurement d'une vasle cavité. Sur un des côtés est ménagée une petite ouverture arrondie primitivement, puis demi-circulaire, que coupe une cloison verticale, s'enfonçant dans l'intérieur de la construction et supportant une autre cloison horizontale. Ainsi se trouve délimitée une chambre que la femelle tapisse soigneusement avec des herbes sèches et dans laquelle sont pondus quatre œufs blancs, couvés tour à, tour par les deux parents.

Ce nid en forme de four a valu à l'oiseau le nom qu'il porte actuellement. Il constitue déjà une œuvre de maçonnerie et se rapporte par conséquent à la même catégorie que les nids des hirondelles et des martinets dont je désire maintenant vous entretenir.

Comme Lherminier et M. Blanchard l'ont démontré, les hirondelles et les martinets n'appartiennent pas à la même famille ornithologique. Si, dans leurs formes générales, leur livrée, leur régime et leurs allures, ces oiseaux offrent les uns avec les autres des ressemblances assez fortes pour que les naturalistes eux-mêmes les aient pendant longtemps confondus, ils diffèrent par la disposition de leur squelette : les uns, les hirondelles, sont des passereaux normaux, les cousines des moineaux, si l'on peut s'exprimer ainsi, tandis que les autres, les martinets, sont les proches parents des oiseaux-mouches et des engoulevents. Et cependant, dans leur mode de nidification, martinets et hirondelles ne se distinguent guère que par l'habileté ou le talent déployés dans leurs constructions ; tous sont des maçons, mais parmi le3 hirondelles on rencontre de véritables maîtres, tandis que parmi les martinets on voit surtout de vulgaires tâcherons.

Vous savez tous, mesdames et messieurs, que chaque année le mois d'avril nous ramène les hirondelles. Avec une constance et une sagacité admirables, elles reviennent prendre possession des nids qui, l'année précédente, avaient abrité leur progéniture, pourvu que ces fragiles demeures n'aient pas été détruites par une main cruelle ; car, chose triste à dire, si à Paris les hirondelles sont protégées plus encore par le sentiment public que par les lois, il n'en est pas de

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DO.y

mênie partout, et dans le Midi ces charmants oiseaux sont l'objet d'une chasse barbare qu'un préfet n'a pas craint d'autoriser!

Deux espèces d'hirondelles jouent dans nos villes et nos villages le rôle de messagères du printemps, et ces deux espèces sont assez distinctes pour qu'on puisse les reconnaître même au vol, quand d'une aile rapide elles poursuivent les moucherons à travers les rues et les carrefours. L'une en effet, l'hirondelle de fenêtre (Chelidoti urbica), a la tête, le dessus du corps, les ailes et la queue d'un bleu tirant au noir, la gorge, la poitrine, le ventre et les reins d'un blanc pur; l'autre, l'hirondelle de cheminée (Hirundo ruslica), a toutes les parties supérieures d'un bleu à reflets d'acier, la gorge rousse avec un collier noir sur le haut de la poitrine et le ventre d'un blanc lavé de roux ; la première a la queue médiocrement fourchue, la seconde les pennes caudales disposées en queue d'aronde, avec les rectrices externes prolongées en deux filets. D'ailleurs, l'hirondelle de cheminée qui, en dépit de son nom, ne s'astreint nullement à nicher dans les cheminées et qui s'établit assez volontiers dans les hangars, dans les écuries, dans les chambres inhabitées ou dans l'embrasure d'une fenêtre, ne déploie pas, à beaucoup près, dans ses constructions, autant d'art, autant de goût que l'hirondelle de fenêtre.

Celle-ci élit presque toujours domicile dans un endroit abrité contre les intempéries : dans nos contrées elle affectionne les encoignures, l'angle d'une corniche, l'abri d'un chapiteau ou d'une colonne, l'embrasure d'une fenêtre ou bien encore une crevasse qu'elle ferme en partie avec de la terre gâchée en ne laissant subsister qu'une étroite ouverture ; mais dans les régions alpestres, où les habitations sont clairsemées, elle est forcée de s'installer au milieu des rochers et c'est ainsi sans doute qu'elle nichait aux temps préhistoriques alors que les hommes n'avaient pas de toits pour abriter leur tête et vivaient dans des cavernes à la manière des bêtes fauves.

Le nid de l'hirondelle de fenêtre est de forme hémisphérique, fermé en dessus et posé sur le côté d'une porte dont les dimensions sont calculées sur le diamètre du corps de l'oiseau. En voyant avec quel soin, quelle netteté ses parois pétries de terre et de paille sont polies et lissées à l'extérieur comme sur la face interne, on n'est pas étonné d'apprendre que chaque couple met près de quinze jours pour effectuer un semblable travail, et l'on est de suite porté à admettre qu'une œuvre caressée avec tant d'amour ne doit pas servir pendant une seule saison. 11 en est ainsi en effet, et comme Spallanzani l'a reconnu par des expériences directes, en attachant un fil de soie à la patte de quelques hirondelles, plusieurs années de suite les mêmes oiseaux reviennent à leur ancien domicile. Tout porte à croire également que, depuis un temps immémorial, les hirondelles de fenêtre suivent le même plan de construction, et la plupart des ornithologistes modernes, d'accord avec M. Gerbe, contestent les assertions de M. Pouchet qui, après avoir examiné un certain nombre de spécimens au musée de Rouen, avait cru pouvoir affirmer que ces oiseaux industrieux

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avaient, dans le cours des âges, sensiblement modifié et perfectionné leurs petits édifices.

Les hirondelles de cheminée ou hirondelles rustiques retrouvent aussi chaque printemps le nid qu'elles ont quitté l'automne précédent et se hâtent de le remettre en état de recevoir une nouvelle couvée. Les réparations du reste ne sont ni longues ni compliquées, car le nid est, somme toute, assez grossier : c'est une coupe à parois très épaisses, faite avec de la \ase et de la terre mélangées en large proportion à des poils et à des tiges de graminées. La terre est apportée par petites bouchées, dans le bec de l'oiseau, et agglutinée avec de la salive qui sert aussi à fixer les aulres matériaux. Enfin, l'intérieur est tapissé d'herbes tenues, de poils et de petites plumes et reçoit quatre ou cinq œufs blancs tachetés de gris et de brun.

Quoiqu'il ne soit pas un chef-d'œuvre, ce nid est un objet d'envie pour beaucoup d'autres oiseaux. Ainsi les moineaux, race effrontée s'il en fut, s'emparent assez souvent d'un nid d'hirondelles, non sans de vives protestations de la part des légitimes propriétaires. Ceux-ci poussent des cris d'alarme qui font accourir à tire-d'aile une foule de leurs compagnes. Tout ce monde irrité forme une masse tourbillonnante autour du domicile envahi; mais les moineaux font bonne garde et distribuent aux assaillants de si nombreux coups de bec qu'ils restent maîtres de la situation. On raconte, il est vrai, que parfois les pillards expient chèrement leur forfait et qu'ils sont ensevelis tout vivants dans le nid dont les hirondelles furieuses ont brusquement fermé l'ouverture avec de la terre gâchée ; mais il semble bien difficile d'admettre qu'un moineau avec son bec robuste n'ait pu renverser un si fragile obstacle, afin de recouvrer sa liberté.

Le martinet noir ou martinet de murailles (Cypselus apus), cet oiseau au plumage fuligineux, aux ailes arquées en forme de faux, qui arrive chez nous après les hirondelles et qui nous quitte aussitôt que les soirées commencent à fraîchir, s'empare aussi, quand il le peut, du nid de l'hirondelle de cheminée. Il suffit du reste d'entendre en été, le matin ou le soir, les cris aigus, on pourrait dire féroces, que poussent les martinets en tournoyant, dans une ronde furieuse, autour des vieux clochers, pour deviner que les martinets sont des oiseaux de rapine. Souvent ils délogent les étourneaux et les moineaux de nids artificiels qu'on leur a préparés et, à plus forte raison, ils viennent facilement à bout des hirondelles, plus faibles et moins bien armées. Dans le nid conquis de vive force, ils disposent à la hâte un lit grossier sur lequel ils pondent leurs œufs ; mais, quand ils ne peuvent faire autrement, ils se décident à bâtir et se servent alors de tout ce qui leur tombe sous le bec, de chanvre, de feuilles, de foin, de chiffons et de plumes, souvent dérobés à d'autres nids. Tous ces matériaux hétérogènes sont reliés avec la salive de l'oiseau, salive qui se dessèche rapidement à l'air et remplit l'office d'une véritable

colle.

C'est également un liquide visqueux, sécrété par les glandes salivaires, qui joue un rôle considérable ou qui même constitue à lui seul les nids comestibles des salanganes,

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que l'on désigne dan? le commerce sous le nom impropre de nids d'hirondelles. Les salanganes, en effet, ne sont pas des hirondelles, mais des martinets de petite taille, qui sont répandus dans la Malaisie, la Papouasie el la Polynésie, et qui d'un côté remontent jusque dans l'Asie méridionale, tandis que de l'autre ils descendent jusqu'à la Nouvelle-Calédonie. Naturellement ce n'est pas une seule et même espèce qui occupe toute cette vaste région ; il y a plusieurs formes qui ne diffèrent que par les proportions des diverses parties du corps et les teintes du plumage et qui malheureusement ont été trop souvent confondues. C'est ainsi que les naturalistes eux-mêmes ont donné anciennement le nom de salanganes comestibles (Collocaliii escidenta) à une espèce des Moluques et de la Nouvelle-Guinée dont les nids, fortement chargés de matières végétales, ne peuvent servir à l'alimentation, tandis qu'ils n'ont distingué qu'à une date assez récente sous le nom de salangane de Linch {Collocalia Linchi) l'espèce qui produit les nids comestibles et qui a pour patrie les lies de la Sonde. C'est à cette salangane de Linch, je m'en suis assuré, qu'il convient de rapporter la plupart des traits de mœurs attribués par les voyageurs à la Collocalia esculenta.

A Java, la salangane de Linch fréquente exclusivement les falaises et les récifs battus par les vagues ; elle niche dans des cavernes creusées dans des rochers abrupts, où la mer pénètre à marée haute, de telle sorte que, pour entrer ou sortir, l'oiseau est obligé de saisir le moment où le flot se retire. Pendant longtemps on a cru que les salanganes empruntaient à l'Océan tous les éléments de leurs nids, qu'elles se servaient exclusivement d'une algue marine ou de la chair de certains poulpes soumise à une trituration particulière; mais sur l'observation attentive d'une espèce voisine de la salangane de Linch, espèce qui porte à Java le nom de Kusappi et qui est appelée par les ornithologistes salangane fuciphage {Collocalia fuciphaga), Bernstein a pu déterminer exactement et la nature des matériaux employés et les procédés suivis par l'oiseau.

« Quand le kusappi commence à construire son nid, dit Bernstein, il vole vers l'endroit qu'il a choisi et, du bout de sa langue, applique sa salive contre le rocher : dix, vingt fois de suite il répète le même manège, sans jamais s'éloigner beaucoup, et trace de la sorte un denii-cercle ou un fer à cheval. La salive se dessèche rapidement et le nid possède une base solide sur laquelle il reposera. Le kusappi se sert de diverses substances végétales qu'il agglutine avec sa salive, la salangane proprement dite n'emploie que ce dernier liquide. Elle se pose sur la charpente de son nid ; puis, portant la tête alternativement à droiie et à gauche, elle en élève les parois et forme ainsi des lignes stratifiées. Au moment du travail quelques plumes peuvent rester collées dans la salive. L'irritation causée par le gonflement des glandes force aussi parfois les oiseaux à les vider en les pressant et en se frottant. Dans ce cas des lésions peuvent se produire et quelques gouttes de sang se mélangent à la salive. La sécrétion de celle-ci est en rapport avec le régime de l'oiseau, c'est ce qui nous explique pourquoi, en certaines

saisons, les salanganes bâtissent leurs nids plus rapidement qu'en d'autres; dans le premier cas elles ont de la nourriture à profusion, dans le second elles pâtissent. »

La salangane fuciphage et la salangane de Linch se trouvent toutes deux à Java; mais c'est à la dernière, je le répèle, qu'appartiennent les nids qui sont si recherchés dans l'evtrême Orient et qui servent en Chine à fabriquer les fameux potages aux nids d'hirondelles. D'après ce que je vous ai dit tout à l'heure de la situation dans laquelle se trouvent ces nids, vous concevez facilement que leur récolte n'est rien moins que facile. Pour arriver jusqu'à la grotte qui les recèle, il faut en effet descendre, d'une hauteur de plus de 30 mètres, au moyen d'une échelle de corde et de rotin suspendue le long d'une paroi verticale. Cette échelle est fixée par le bout à un arbre croissant au bord de l'abime et par le bas à une saillie de rochers ; mais elle est toujours oscillante, de sorte que l'ouvrier risque à chaque instant d'être piécipité dans les flots qui viennent au-dessous de lui se briser contre les rochers. Arrivé à l'entrée de la caverne, l'homme qui vient ainsi d'exposer ses jours a une tâche plus pénible encore à accomplir dans les couloirs obscurs qui s'enfoncent horizontalement dans la falaise : deux câbles de rotin ont été disposés parallèlement, Dieu sait avec quelle difficulté; marchant le long du câble inférieur comme un acrobate, l'ouvrier se tient accroché par une main au câble supérieur, tandis que de la main restée libre il recueille un à un les nids appliqués contre la paroi, en s'aidant au besoin d'une petite pelle.

L'exploitation se fait pour le compte du gouvernement hollandais et occupe annuellement près de 1500 ouvriers indigènes. Elle donne de très beaux revenus, puisqu'une seule grotte, celle de Karang-Kallong, fournit chaque année, en trois récoltes successives, 300 000 nids dont la valeur peut être évaluée à 1 million de francs.

D'autres martinets africains accrochent leurs nids dans des conditions encore plus singulières ; ils les appliquent contre des feuilles de palmiers, et quand on songe aux liens de parenté qui unissent les oiseaux-mouches aux martinets, on n'est pas surpris de constater que certains colibris du nouveau monde agissent exactement de la même façon. Ainsi se comporte notamment I'oiseau-mouche qu'on a appelé, je ne s;ls trop pourquoi, colibri hérissé [Glaucis hirsula), et qui est répandu sur une grande partie de l'Amérique tropicale. Comme l'a fort bien représenté mon ami M. Giacomelli, dans le journal la Nature, le nid du glaucis se trouve collé contre la face supérieure d'une feuille qui, sous ce léger fardeau, s'es! recourbée en dirigeant sa pointe sur le sol ; il a par conséquent son ouverture dirigée vers le haut et ressemble à un de ces vide-poches qu'on suspend aux murs d'une chambre, et dans lesquels on serre de menus objets. Inferieurement, le nid se termine par un pendentif élégant, formé de détritus végétaux englobés dans des toiles d'araignée, tandis que dans le reste de sa masse, il se compose surtout de radicelles et de crins arlistement entrelacés.

Comme contracte, je vous présenterai maintenant le ni cl construit parmi tout petit oiseau-mouche de la Colombie et

M. LUCâS. — ENTRE CHIENS ET LOUP.

du Pérou, que les ornithologistes ont baptisé du noni barbare de Rhamphomicron microrhynclium, ce qui veut dire tout simplement colibri à petit bec. Ce nid diffère complètement du précédent, par la forme, par la nature des matériaux, par les dimensions et par le mode d'attache. Il est plaqué contre le tronc d"un arbre et se confond, à une certaine distance, avecl'écorce dont il paraît être une simple protubérance. Les parois tout faites de brindilles, de mousses, de lichens, de fruits desséchés associés à des graines floconneuses. Dans son ensemble, il rappelle singulièrement le nid d'une espèce française, d'une tout autre famille, le nid de la mésange à longue queue (Orties caudalus). Vous connaissez sans doute cette sorte de mésange dont quelques individus viennent, au printemps et à l'automne, visiter les jardins et les vergers, et saulillent de branche en branche en s'appelant par de petits cris joyeux. Leur tête et leur corps arrondis se confondent en une petite balle de plumes ébouriffées, d'où sortent quelques pennes caudales grêles et allongées.

OCSTALET.

(A suivre )

dans cette dernière partie, le nombre des combinaisons à étudier est plus considérable.

Pour démontrer que les chiens finissent toujours par acculer le loup, nous exposerons la lactique de M. Delannoy, sous-intendaut militaire à Orléans. Elle revient à faire voir que si les chiens occupent une ligne du damier, à un moment quelconque de la lutte, et en particulier au début, ils peuvent reformer leur ligne de défense après cinq coups, ou après dix, quelles que soient d'ailleurs les embûches du loup et ses diverses attaques.

Nous prendrons dorénavant pour la notation du damier celle qui a été indiquée par Vandermonde (fig. 9/i). Chacune des cases blanches, dont l'ensemble représente le champ de bataille, est désignée par deux chiffres; le premier, nommé

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