LA VACCINATION CIIAKDUNN OISE
par des lotions froides que par de la quinine ou de l'acide salieylique, ou même do ne pas la traiter du tout. »
En effet, pour tout esprit impartial, il résulte de cette grande discussion que les médication» systématiques de la fièvre typhoïde ont été rejetées par les médecins qui siègent dans cette Académie; celle par les bains froids comme celle par le sulfate de quinine à haute dose.
11 résulte, d'autre part, que a qui a triomphé, c'est la médication traditionnelle, la médication suivant les indications, c'est-à-dire celle qui consiste à n'agir que suivant l'opportunité actuelle; à maintenir le typhoïdique dans des conditions d'hygiène favorables; à l'alimenter suivant ses aptitudes digestives; à combattre la fièvre dans ce qu'elle a d'excessif; à agir, en d'autres termes, comme on le fait pour une fièvre éruptive qui évolue régulièrement, en se réservant d'intervenir aussitôt qu'un péril surgit, qu'une complication devient redoutable. — Ce qui revient à dire que, si nous ne possédons pas la médication spécifique de la fièvre typhoïde, nous possédons la médication rationnelle des typhoïdiques. — Aussi suis-je autorisé à affirmer que le médecin qui sait s'inspirer de l'état du malade est capable non seulement de trai ter, mais de guérir les typhoïdiques.
C'est donc par un singulier abus de langage qu'on prétendrait que les médecins contemporains ne connaissent pas de traitement, pour la fièvre typhoïde.
Cette discussion n'aura pas non plus été sans résultat au point de vue des mesures prophylactiques, puisque, grâce à la chaleureuse intervention de M. Rochard, elle s'est terminée par la nomination d'une commission qui aura pour but démettre l'édilité parisienne en demeure de faire disparaître les causes matérielles et multiples d'infection, qui peu ve.it concourir au développement des épidémies de fièvre typhoïde.
Quant à moi, j'envisage celte discussion avec une certaine satisfaction personnelle, puisqu'elle m'a donné l'occasion de combattre les médications systématiques, et que celles-ci n'ont pas trouvé de défenseurs parmi les médecins de cette Académie. ■ — J'ajoute, d'autre part, que j'y ai saisi l'occasion de combattre la chimiatrie, qui n'a pas trouvé davantage de défenseurs parmi les médecins de cette assemblée. — J'ajoute encore que j'ai voulu surtout combattre cette partie annexe de la chimiatrie qui n'est autre que la doctrine des microbes, doctrine qui n'a pas trouvé non plus de défenseurs parmi les médecins de cette Académie. Un seul y a fait une courte allusion, et c'a été pour condamner les excès de zè'e des parti-ans de la doctrine.
« Chique jour, dit M. Fauvel, voit annoncer l'existence d'un microbe nouveau; chaque spécialité veut avoir le sien. Cmerestera-t-ilde ces découvertes hàiives? Je n'en sais rien; mais je suis d'avis qu'il ne faut les accepter que sous bénéfice d'inventaire. Ce qui pour le moment nuit le plus aux sérieuses recherches de M. Pasteur aux yeux du public, c'est cette furia microbienne qui s'est emparée des esprits, et qui jette la confusion dans la pathologie. Il n'y a pas lieu en ce moment de songer à y mettre obstacle. Il faut laisser passer
cours deM.tîouley et de M. Pasteur aur cette Importante question. Nous n'avons pas cru devoir refuser le droit de réponse à M. Peter, et uous publions ici le résumé que M. Peter nous a donné lui-même de ce discours, prononcé le mardi 24 avril à l'Académie de médecine. Nous le faisons suivre de la courte réponse qu'a faite M. Pasteur dans la séance suivante, te mardi Ier mai.
le torrent, en attendant que l'avenir dise le dernier mot. » Si j'ai combattu la chimiatrie, c'est que je connais l'histoire de la médecine, c'est que je sais le tort considérable que, pendant tout le xvnc siècle, elle a porté à notre science médicale; c'est que je sais le tort non moins grand que lui ont l'ait au xvin° siècle les iatro-mathématiciens. De telle s irte qu'il n'a fallu rien moins, au xvn°, que le génie d'un Sydenham pour ramener lea médecins à l'ob-:ervauon vraie des malades, et, au xvni" siècle, que le génie non moins grand d'un de Ilaen, d'un Sloll et d'un Borsieri pour remettre la médecine dans les voies de la raison.
En combattant la chimiatrie, j'ai rencontré sur ma route les fauteurs de ces doctrines, et je les ai combattus sans acception de nationalité, ne pensant pas qu'on doive, dans les sciences, pratiquer la maxime : « Vérité en deçà, erreur au delà. »
J'arrive maintenant à M. Pasteur, et je lui dis :
Le litige entre vous et vos partisans, d'une part, et mol» d'autre part, porte sur trois points principaux :
1° Y a-t il eu des accidents par vos inoculations? — Oui !
2° L'immunité qu'elles confèrent est-elle fugitive? — Oui!
3" Sont-elles actuellement applicables à l'espèce humaine? — Non !
Je dois donc doublement combattre ces doctrines, dans leur généralisation hâtive, comme médecin et comme professeur.
11 y a d'ailleurs, à vos inoculations, une objection préalable à soulever : c'est que votre virus atténué est de fabrication humaine, et, que, comme tel, il vaut ce que valent les soins qu'on y met.
Je veux dire que votre virus est préparé et manipulé par vous, monsieur, et par vos aides. J'accorde que tant que vous serez là il sera bien préparé. Mais quand vous n'y serez plus! Abandonné alors à l'incurie possible de préparateurs insouciants et irresponsables, que deviendra votre virus atténué, et, surtout, que deviendront les inoculés?
Au contraire, le virus vaccin est tel que nous le fournit l'organisme de la vache ou de l'homme. Nous n'y intervenons pas. Il n'y a donc aucune parité à établir entre vos virus et le vaccin, entre vous et Jenner.
J'en viens actuellement au défi que vous me portez de prouver que vous avez commis une erreur quant à la découverte d'une « maladie nouvelle ».
Or vous avez communiqué à l'Académie de médecin ', le 25 janvier 1881, une Note sur la maladie nouvelle provoquée par la saline d'un enfant mort de la rage (1); ce que, pour abréger, j'avais appelé la « nouvelle maladie rabique»; car il est clair que ce qu'il y avait d'important, c'était le fait de la découverte d'une « maladie nouvelle » provoquée par l'inoculation du virus rabique; pour vous, j'ai eu tort d'idurger; mais c'est, en vérité, le seul tort que j'aie eu.
Le vôtre a été de croire à l'existence d'une maladie nouvelle du fait de ['inoculation d'un virus rabique.
Voici, d'ailleurs, vos propres paroles : « Nous sommes donc bien, comme je le disais tout à l'heure, en possession (sic) d'une maladie nouvelle déterminée, en outre, parla présence d'un parante microscopique très nouveau lui-iuéme, ou qui, du moins, a échappé jusqu'à ce jour à l'investigation patho-
(1) Bulletin de l'Académie de médecine, 1881, p. 91, ligu. 11, en .
remontant.
M. PETER. — LA VACCINATION CHARBONNEUSE
logique. (Or, ce microbe « 1res nouveau », vous deviez, trois mois plus tard, le trouver dans la salive d'un homme bien portant.)
« S'il est possible de penser qu'il faudra compter désormais avec ce nouveau virus d'une virulence excessive, par contre, son existence est un succès de plus pour la nouvelle doclrine étiologique des maladies transmissibles (1). »
« Devrions-nous donc, ajoutez-vous, abandonner toute recherche d'une dépendance possible et cachée entre ces affections? (La rage — et la maladie nouvelle.) Ce strait vraiment tenir peu de compte de trois faits saisissants : que la maladie nouvelle a pris sa source dans la salive d'un enfant mort de la bage; que la salive des lapins et des chiens atteints de la nouvelle maladie s'est montrée virulente entre nos mains; qu'enfin nous avons inoculé à des lapins, sans résultat, sans provoquer ni maladie ni mort, des salives de lapins asphyxiés et des salives recueillies sur des cadavres humains à la suite des maladies communes. » (A cela M. Robin fait justement observer qu'il ne s'agit pas de salive, mais de mucus; les cadavres n'ayant plus de salive (2). Nous allons voir, d'ailleurs, tout à l'heure que vous serez obligé de reconnaître que le mucus buccal des maladies communes peut donner naissance à votre maladie prétendue nouvelle.)
En effet, M. le professeur Parrot a fait savoir à l'Académie que : « Les expériences invoquées à l'appui de cette découverte étaient passibles d'une objection fort imporlante, et qui se présentait tout naturellement ; ce microbe existait-il seulement dans le mucus des enfants ayant succombé à la rage, ou pouvait-il se rencontrer également chez les enfants morts de maladies communes? »
Alors vous avez inoculé du mucus buccal recueilli chez des enfants morts de broncho-pneumonie, et, chose étrange, ce mucus d'enfant a provoqué (contrairement au mucus buccal des adultes, que vous dites avoir inoculé sans succès), a provoqué, dis-je, sur des lapins le développement du môme organisme virulent. En conséquence, ajoutez-vous, « la nouvelle maladie n'a aucune relation avec la rage ».
Enfin, M. le professeur Vulpian a écrit à l'Académie, le 29 mars 1881, une lettre où il annonçait qu'il avail provoqué la mort assez rapide d'un lapin, en lui faisant subir une injection sous-cutnnée de salive normale provenant d'individus sains. Cette salive venait d'être recueillie au moment où l'on a pratiqué l'injection.
« En résumé, dit M. Vulpian, la salive normale peut déterminer par injection sous-cutanée chez le lapin une affection mortelle. »
Ainsi vous avez été conduit successivement à reconnaître que votre maladie prétendue nouvelle n'était pas due seulement à l'inoculation du virus rabique, puisqu'elle pouvait être produite par l'inoculation du mucus buccal provenant d'enfants morts de m iladies communes.
Vous avez donc conclu trop vite en faisant à l'Académie une première communication sur la « maladie nouvelle », causée par l'inoculation du virus rabique, avant d'avoir recherché si le mucus buccal d'enfants morts de maladies communes ne produi-ail pas les mêmes effets.
Mais vous croyiez encore à l'existence d'une maladie nouvelle, et il n'a fallu rien moins que les judicieuses recherches
»{1) Bulletin de l'Académie de médecine, p. 99. vier 1851.
(2) Cli. Kobin, article Germe1;.
Séâiifie du 27 jau-
j de M. le professeur Vulpian pour vous apprendre que lasalive de l'homme sain, inoculée au lapin, est mortelle pour lui, et qu'ainsi il n'y a pas de maladie nouvelle au sens où vous l'entendiez et où l'entendait la commission académique nommée à ce sujet; ce qui donnait ainsi raison à M. Colin (d'Alfort) (1).
C'est donc à M. Vulpian que nous devons cette découverte, que la vôtre n'en était pas une.
Et voilà comme quoi nous sommes riches d'une maladie de moins.
Vous avez donc commis une erreur en croyant à une maladie nouvelle.
Vous avez donc conclu trop vite en disant une première fois qu'elle était due à l'inoculation du virus rabique.
Vous avez conclu trop vite encore en croyant qu'elle pouvait être due à l'inoculation d'un mucus provenant de maladies communes.
Et c'est ce que j'avais à démontrer.
Mais c'est là, au fond, le très petit côté d'un très grand procès.
Et c'est vous qui concluez si vite dans les choses de la médecine, qui êtes venu dire, avec une assurance telle qu'elle excita les protestations de notre illustre collègue Bouillaud : que la vieille médecine de la spontanéité des maladies s'effondrait, et qu'une nouvelle naissait dont vous nous apportiez les bases (2). Eh bien, ce sera pour moi un grand honneur de lutter contre vous en 188ÏÏ, comme le fit à cette même tribune Bouillaud en 1879.
Vous voyez que parmi les médecins qui siègent dans cette Académie, vous n'avez trouvé que des contradicteurs, et, par une singulière fortune, tous ces médecins sont des professeurs delaFacuité de Paris (MM. Bouillaud, Cb. Robin, Vulpian, Jaccoud et Peter).
J'aborde ici, une fois encore, la question des inoculations :
« Quant à la prophylaxie du charbon par l'inoculation du virus mortel atténué, il parait, dites-vous, que les cultivateurs ne tiennent pas grand compte d'oppositions plus ou moins systématiques. Je constate, en effet, que du 1er au 10 avril seulement, c'est-à dire dans les dix jours écoulés depuis que la lecture du 27 mars a été répandue, plus de vingt-cinq mille moulons, vaches, boeufs ou chevaux ont été vaccinés. Il est plus que. probible que, dans le seul mois que nous traversons, les vaccinations dépasseront le nombre de cent mille. »
Mais ce n'est p:s li un argument : il n'implique que la crédulité humaine.
Je suis obligé de revenir encore une fois sur le chapitre des accidents causés par les inoculations.
Vous ajoutez, monsieur, que votre savoir vous permet de me dire « qu'il est étraiîge qu'un professeur de la première école médicale du monde assimile à une curiosité d'histoire naturelle des faits comme celui de la merveilleuse expérience de Pouilly-le-Fort, qui me permet de dénoncer la légèreté avec laquelle vous avez parlé des vaccinations et des virus atténuée ».
(1) On sait que dans la discussion qui eut lieu au sujet de la première communication de M. Pasteur, M. Colin (d'Alfort) a le premier protesté contre votre découverte et dit qu'il ne s'agissait que de septicémie.
(2) Bulletin de l'Académie, 11 novembre 1879.
M. PETER. — LA VACCINATION CHARBONNEUSE
Mais je répète que les recherches sur les microbes sont surtout du domaine de l'histoire naturelle; qu'il ne faut les introduire dans le domaine de la médecine humaine (je dis c humaine ») qu'avec une réserve que ne comprennent pas toujours les chimistes, et que je dois conseiller précisément parce que je suis, suivant vos expressions, « professeur de la première école médicale du monde»; réserve que j'enseignerai dans mon cours de l'année prochaine, que je compte faire sur les « maladies'infectieuses et virulentes », où vos doctrine-?, monsieur, seront appréciées à leur vraie valeur, et où je saurai rendre justice à tous ceux qui ont fait des découvertes sur ces importantes questions.
Quant à cette expression de « merveilleuse » que vous employez pour qualifier votre expérience de Pouilly-le-Fort, ce n'est plus de l'apologie, c'est de l'auto-apothéosel Et alors je n'ai rien à y voir.
Je ne relève pas l'expression de « légèreté » (qui m'a déjà été appliquée par votre partisan dans cette enceinte, M. Bouley), parce qu'il paraît que ce sont là les aménités des savants entre eux. J'en vois la preuve dans cette phrase de M. le professeur Béchamp à votre égard ; il vous dit, parlant à votre personne : « M. Pasteur qui, en 1876, parlait si légèrement de choses aussi concrètes, etc. » (il s'agit de microzymas et de microbes en 8), de sorte qu'en fait de légèreté me voici en bonne compagnie.
« Et de quoi s'agit-il? D'une méthode de prophylaxie certaine et absolue, car les accidents constatés, et qui déjà ne se reproduisent plus, n'ont pas été le fait de la méthode prise en elle-même. »
Telles sont vos expressions. Eh bien, on reste frappé de stupeur quand on vous entend dire ces choses, alors qu'il y a moins d'un an, le 8 juin 1882, à la Société de médecine vétérinaire de Paris, M. Webar, vétérinaire français, vous a signalé de nombreux cas de mort de moutons et de vaches après et par l'inoculation de votre virus préservatif; alors que M. Mathieu (autre vétérinaire français) a signalé des faits analogues; alors enfin qu'à la séance du 12 avril dernier de la Société de médecine vétérinaire de Paris, crNQ jours avant que vous disiez ces choses à notre Académie, la commission des vétérinaires de Turin a adressé une troisième lettre confirmative des deux premières, quant aux accidents provoqués par les inoculations pastoriennes (1). Ce sont des faits, cela!
Je crois qu'après cette lettre de savants vétérinaires étrangers, je n'ai rien à ajouter. Cependant je ne peux m'empêcher di'. relever ce singulier argument, que j'ai été chercher pour vous combattre, monsieur, des documents hors de France. D'abord, il fallait bien que je les prisse où ils étaient, aussi bien en Allemagne qu'en Italie, aussi bien en Italie qu'en France. On ne peut vraiment pas admettre que les savants de l'Europe se sont ligués contre vous, pas plus qu'on ne peut admettre que certains vétérinaires français, tels que M. Weber, par exemple, soient vos adversaires de parti pris.
Dans une autre partie de votre discours, vous dites, monsieur : « Et quand on est à la veille peut-être de résoudre la question de l'étiologie de cette maladie par la microbie, M. Peter commet ce blasphème médical de dire (sic) : «Eh!
(1) Voir le Bulletin de la Société de médecine vétérinaire de Paris, pour 1SS3, et le Bulletin de t'A endémie de médecine, séance du 24 avril 18S3.
que m'importent vos microbes? Ce ne sera qu'un microbe de plus ! »
J'ai dit, et je le répète, que toutes ces recherches sur les microbes ne valent ni le temps qu'on y passe ni le bruit qu'on en fait, et qu'après de tels labeurs, il n'y aurait rien de changé en médecine, il n'y aurait que quelques microbes de plus.
Et là-dessus, je vous ai acculé, monsieur, à la doctrine de la spontanéité morbide, à laquelle vous aboutissez aussi fatalement qu'inconsciemment. A cela vous vous êtes bien gardé de répondre : vous ne le pouviez pas.
N'est-ce pas, en effet, aboutir à la spontanéité morbide que de reconnaître, comme vous le faites (et vous ne pouvez vous y soustraire), à propos du typhus des camps, que « l'homme porte sur lui ou dans son canal intestinal les germes des microbes, sans grand dommage (c'est sans aucun dommage que vous devriez dire), mais prêts à devenir dangereux, lorsque, par des conditions à? encombrement, dans des corps affaiblis ou autrement, leur virulence (mais c'est précisément cette virulence propre au 'microbe qui est en question !!!), leur virulence se trouve progressivement renforcée ? » N'est-ce pas reconnaître ici, en effet, que c'est l'homme affaibli ou placé dans de mauvaises conditions hygiéniques qui donne à son germe microbien sa virulence, qui le fait virulent, de sorte qu'en définitive, c'est le malade qui fait sa maladie ?
Vous avez pris ici l'effet pour la cause, ainsi qu'il vous arrive si souvent, monsieur, quand vous parlez des choses de la médecine. Vous connaissez les belles recherches de M. Béchamp sur les microz)/mns et les bactéries, les non moins belles recherches de M. Ch. Robin sur les germes, et les expériences démonstratives de M. Onimus sur la dialyse des liquides infectieux ; recherches et expériences qui prouvent que nous sommas non seulement entourés de bactéries inoffensives, mais farcis de ces mômes bactéries également inoffensives ; qu'ainsi ces bactéries ne deviennent éventuellement morbides çw'en nous et par nous.
Vous pouvez lire la réfutation de toutes vos doctrines dans ,'î magnifique travail de M. Béchamp (t), ainsi que dans l'étude sur les germes d'un savant illustre, M. Ch. Robin, qui sait ce qu'il dit quand il parle de médecine (2).
Laissez-moi vous rappeler encore les expériences si probantes de M. Onimus, quant à la non-virulence naturelle des bactéries, qui n'ont, en réalité, qu'une virulence ^'emprunt.
M. Onimus conclut aveeraison de ses expériences que ce ne sont pas les bactéries qui sont virulentes, mais le plasma sanguin en entier, altéré de telle ou telle manière. En un mot, germe n'est pas synonyme de meurtrier.
Je ne peux m'empêcher de faire observer ici que le procédé de l'atténuation des virus par l'action de la chaleur (c'est-à-dire par le procédé de M. Toussaint) est plus rapide et plus sûr que celui que vous avez voulu y substituer («par la double action de l'oxygène et du temps»). 11 est plus rapide, car il suffit de chauffer le virus; il est plus sûr, car on peut, à volonté et au degré nécessaire, graduer l'action du calorique. De sorte qu'après vos tâtonnements scientifiques, voici qu'on devrait revenir au procédé primitif de
(t) Les microsymas. J.-B. Baillière; Paris. 1883.
(2) Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. VIII, article Germes, Ch. fiobin, p. 585 et 586. — Voir la lettre confirmative de M. Onimus, adressée à la Gazette médicale, 1883.
M. PASTEUR. — LÀ VACCINATION CHARBONNEUSE
M. Toussaint. Cela résulte évidemment de la dernière communication de M. Chauveau à l'Institut. Voilà un inventeur (c'est M. Toussaint que je veux dire) qui doit être content!
Je ne veux pas prolonger plus longtemps une discussion qui pourrait Cire interminable, et je crois devoir en rester la de ma réponse. Il m'est impossible cependant de ne pas direen finissant, qu'il ne s'agit ici ni de M. Pasteur ni de moi; qu'il s'agit de la médecine menacée par l'invasion des incompétents, des imprudents et des chimériques; c'est pourquoi je suis intervenu, c'est pourquoi j'interviendrai encore et toujours.
Il y a d'ailleurs dans cette affaire trois questions absolument distinctes : 1° M. Pasteur et ses expériences ; cela regarde la science pure; 2° les applications de ces expériences aux animaux; cela regarde les vétérinaires; 3° les applications de ces expériences à l'homme; cela regarde les médecins. Et je ne peux m'en désintéresser ; j'ajoute que je ne le dois pas.
Là, en effet, se trouve un double péril : péril social, l'homicide; péril intellectuel, la déraison. Déjà à l'étranger on qualifie durement ce que l'on appelle le « fanatisme français pour les microbes ». Eh bien, il ne faut pas qu'il en soit ainsi! J'ai trop souci de la vraie grandeur de mon pays pour le laisser, sans que j'y résiste, tomber dans la folie du microbe. C'est ma façon, à moi, d'avoir du patriotisme!
En présence de ces exagérations déraisonnables des disciples de M. Pasteur, il n'y a, en effet, que deux partis à prendre : l'indifférence ou la résistance. M. Fauvel qui, du reste, partage mes opinions sur la microbie, semble vouloir opter pour l'indifférence : ces exagérations, cette « fur in microbienne, sont, dit-il, comme un torrent qu'il faut laisser passer ».
Mais est-ce que, si M. Fauvel avait traité par l'indifférence ouïe fatalisme le choléra indien, il aurait pris les belles mesures sanitaires dont nous lui sommes redevables et reconnaissants? Eh bien, il y a une sorte de choléra intellectuel contre lequel il faut aussi savoir prendre des mesures sanitaires : et voilà pourquoi je suis pour la résistance!
Il n'est pas possible, il n'est pas permis de traiter par l'indifférence la déraison médicale; ce n'est pas impunément, en effet, qu'on raisonne mal en médecine ainsi qu'en politique. D'une et d'autre part, toute théorie fausse ou déraisonnable engendre des catastrophes sociales. Aveugle qui ne le voit pas; coupable qui, le voyant, n'y résiste pas! Je ne veux pas être, je ne serai pas ce coupable.
M. Peter.