STÉATITE OU PIERRE DE LARD
339. PERSONNAGE assis sur ses talons, tenant un livre d'une main, et de l'autre se curant l’oreille. Pierre de lard rose, sur socle rougeâtre, à ornements fouillés dans la masse. — Hauteur, 0,09; longueur de la base, 0,085; largeur, 0,067.
340. — PERSONNAGE assis sur ses talons, les mains dans son manteau. Son vêtement était, sur le devant, incrusté de perles, ou plutôt de demi-perles, qui, à 1 exception d une seule, ont disparu. Pierre de lard couleur acajou, sur socle en pierre de lard rougeâtre. — Hauteur, 0,095 ; longueur du socle, 0,085; largeur, 0,07.
L’art chinois est de sa nature un art d’imitation matérielle ; mais il est aussi quelquefois un art d’imitation expressive. Quand nous avons appelé leurs statuettes et leurs figurines des magots , en attachant à ce mot le sens de grotesque, nous ne les avions pas toutes regardées. Il est certain (pie les artistes de la Chine, ordinairement animés d’un esprit ironique, sont parfois sérieux et qu’ils savent, au moins par exception, imprimer a leurs ligures un air de dignité. C’est justement ce qu’on peut observer dans la physionomie du petit personnage que nous avons sous les yeux. On le dirait plongé dans une méditation profonde. Il ressemble, en petit, à une statue de Bouddha. Le soulier qu’il a déchaussé, et qui est devant lui sur le sol, indique la vie contemplative du sage qui ne veut pas changer de place et qui est absorbé dans le quiétisme. C’est le contraire de 1 expression accentuée dans la petite figure qui précède , celle du personnage (pii a interrompu sa lecture pour se curer l’oreille , et dont le visage épanoui, l’œil à demi clos et la bouche contractée expriment si bien le piquant et menu plaisir que procure, par son chatouillement, le cureoreille.
341 . — FIGURE assise sur ses talons, tenant un flacon de ses deux mains. Pierre de lard rosée, sur socle verdâtre, à ornements découpés et très fouillés. — Hauteur, 0,09-, longueur du socle, 0,09 ; largeur, 0,065.
AGATE, JADE, PIERRE DE LARD
342. — FIGURINE à demi couchée d’un homme un peu obèse s’appuyant sur un vase. Il vient de fumer sa pipe en argent, qu’il a déposée devant lui, sur le sol. Pierre de lard blonde, sur socle en pierre de lard noire et gravée. Le tout repose sur un support en bois de 1er, découpé à jour et niellé d’argent. — Hauteur de la pierre, 0,075; longueur de la base en pierre de lard, 0,095 ; largeur, 0,06.
343. — - PERSONNAGE assis sur un de ses talons et les mains sur le genou de l’autre jambe. Pierre de lard, couleur acajou. La figure a un caractère méditatif et sérieux. Les vêtements sont très finement gravés et rehaussés de dorures. — Hauteur, 0,09 ; longueur de la base. 0,077 ; largeur, 0,07.
344. — PERSONNAGE obèse et souriant, à longue barbe. Il est accroupi, tenant d'une main une coupe profonde; son autre main est posée sur son genou. Il s'appuie sur un vase renversé et craquelé. Sur la droite, un enfant cherche à monter sur les jambes de ce personnage. — Hauteur, 0,08; longueur de la base, 0,105; largeur, 0,06.
345. — PI-TONG de forme se rapprochant du cylindre, en pierre de lard grise et verte. Il est formé de feuilles de vigne et de grappes de raisin entièrement repercées à jour. — Hauteur, 0,174; largeur, 0.11.
BOIS SCULPTÉS OU INCRUSTÉS
Les bois employés parles artistes de l’extrême Orient sont le bambou, le bois de fer, le bois de santal, le bois de rose, le bois dur. De tous ces bois, le bambou est celui dont les Chinois et les Japonais se servent de préférence pour leurs travaux d’industrie et d’art. Le bambou, en Orient, comme l’olivier en Grèce, passe pour être immortel; aussi figuret-il parmi les emblèmes de la longévité, avec le pêcher et le pin. Les sculpteurs ont le choix ou de tailler les racines souterraines de cet arbre ou de mettre en œuvre sa tige lisse et polie, qui prend des proportions colossales et s’élève à plus de vingt mètres. Le bois de santal, recherché pour sa qualité odorante, est aussi une des matières jugées propres à la sculpture, particulièrement en Chine. Le bois de fer, malgré sa compacité, est susceptible d’être attaqué parle ciseau; mais il sert le plus souvent de fond aux incrustations de matières précieuses. Il en est de même du bois de rose, qui par sa teinte rouge foncé, brunissant encore avec le temps, est un champ tout préparé à recevoir et à taire briller la nacre, 1 ivoire, le lapis, l’or. Quant au bois dur, qui est le jécurinège des Indes, il résiste à la hache et, à plus forte raison, au ciseau et au burin; aussi est-il employé comme une substance des plus durables et bonne a être rehaussée d’incrustations. La collection Thiers contient treize ouvrages de bois sculpté ou incrusté, et de ces ouvrages il en est sept qui sont d’une beauté supérieure, d’un fini admirable et d un grand prix.
BOIS SCULPTÉS OU INCRUSTÉS
346. — BOUTON japonais en noix de coco, finement travaillé partout. Les ornements dont d est chargé sont disposés en zones horizontales. Il est enrichi d’une plaque ronde en nacre «le perles, a servi de netzké, car il est perforé, et il y reste encore une partie du cordon qui l’attachait à la boite à médecine. — Diamètre, 0,037; épaisseur, 0,025.
347. PETITE FIGURINE en bambou sculpté, représentant un personnage assis, les jambes croisées et bâillant. — Hauteur, 0,056.
Ce personnage est le dieu du contentement, Pou-tai. Obèse et joufflu, il a une main sur son genou, il etend son bras gauche et il bâille avec un (cl air de satisfaction que 1 envie de l imiter se communique au spectateur.
de l’auteur ou le nom du personnage représenté. Après avoir figuré dans le cabinet Denon, elle se trouva dans la vente d’Aigremont, où M. Thiers l’acheta en 1801.
348. — UN HOMME richement vêtu, tenant de la main gauche un fruit consacré ; figurine en bois sculpté, peint et doré par places. — Hauteur, 0,051.
349. UNE FEMME debout, coiffée d’un large chapeau; figurine en bois sculpté, peint et doré. — Hauteur, 0,051.
350. — UN PERSONNAGE vêtu d’un costume tout brodé d’or, à tète de porc; figurine en bois sculpté et peint. — Hauteur, 0,052.
Les trois morceaux qui précèdent ont été des netzkés : ils sont percés de trous et ressemblent, en petit, aux figures coloriées et costumées que l’on fait en Espagne.
351. — UN CRABE en bois de fer sculpté; sur socle découpé à jour. — Longueur, 0,213; largeur, 0,123.
Il serait impossible que l’imitation allât plus loin. La dureté du bois de fer s est prêtée sans doute à rendre le derme osseux du crustacé, ses pattes articulées et leur surface tour â tour lisse et rugueuse ; mais il fallait exprimer les parties molles que laisse voir le défaut de la cuirasse. 11 \ a\ait tout un travail de modelé qui exigeait un sentiment exquis des
BOIS SCULPTÉS OU INCRUSTÉS
saillants et des rentrants de la forme de ses insensibles dépressions, de ses imperceptibles renflements; l’artiste s’en est tiré à merveille, et c’est au point qu’on pourrait le soupçonner d’avoir obtenu par le moulage une fidélité aussi étonnante. Mais nous citerons ce que raconte un des rares japonisants de notre littérature, Edmond de Concourt, au sujet d’un crabe en bronze de sa collection : « Les Japonais moulent-ils les objets de la nature qu’ils représentent? Un Japonais devant lequel on hasardait cette question s’écria : « Mais nous n’avons pas de plâtre au Japon. » Puis, lorsqu’on lui eut fait observer qu’à la rigueur on pouvait mouler avec une autre matière, il reprit, avec un certain emportement, que dans son pays un artiste qui serait convaincu de cette supercherie serait déshonoré, ne pourrait plus vendre ce qu’il ferait dorénavant. Et voici un témoignage en faveur de notre Japonais : je faisais voir à Georges Pouchet ce crabe moderne, ce crabe qui, de tous les bronzes de ma collection, prête le plus au soupçon du moulage, et Pouchet, qui le croyait d’abord moulé, fut frappé, à la naissance intérieure des pattes du crustacé, de l’absence des appareils de la génération, très divisés et très essaimés chez ces animaux. Il en conclut que le crabe n’était pas moulé. Les Japonais ne moulent pas, mais ils copient comme s’ils moulaient. «
352. — PI-TONG en bambou, de forme contournée et simulant un rocher autour duquel est sculpté un paysage traversé par un cours d’eau; sur cette eau flotte une jonque montée par six personnages. Travail chinois.
Le mot pi-tong signifie étui à pinceaux. Ces étuis ont la forme d’un cylindre ouvert. Celui-ci a l’air d’un cylindre qui a été tordu. Le feuillage des arbustes est rendu un peu lourdement, n’étant pas suffisamment fouillé ; mais les figures sont assez bien exprimées et curieusement.
353. — HAUT RELIEF en bois sculpté, couleur bois de poirier. 11 représente une marche de trois cavaliers dans un paysage accidenté et planté d’arbres, et il forme un tableau de sculpture des plus singuliers, encadré dans une bordure de bois noir. Travail chinois.
L’idée de creuser un paysage en sculpture avec des intentions de pro-
BOIS SCULPTÉS OU INCRUSTÉS
tondeur et en substituant à une perspective impossible la superposition des plans qui se présentent au regard, lorsqu’on place très haut son point de vue, est une idée tout à fait chinoise, et, même sans considérer le travail et le costume des cavaliers, on pourrait deviner que ce haut relief vient plutôt de Pékin que de Yokohama. Les Japonais ont trop d’esprit et sont trop artistes pour tenter un effet de peinture avec un ciseau et du bois.
354. FIGURINE, en bois sculpté, d’une jeune fille coiffée d’une fanchon et dont la face est en ivoire. Elle est debout, ôtant sa chemise longue. Elle lève un de ses bras qui est engagé dans une manche; 1 autre bras est à moitié sorti et l’on voit l’épaule et une partie de la poitrine. Le visage est riant. Sur le dos de la jeune fille sont suspendues à sa ceinture une petite coupe en ivoire et une sorte de giberne. Au sommet de sa fanchon est incrustée une perle de corail. — Hauteur, 0,06.
355. BOITE RECTANGULAIRE, à angles arrondis, en bois de rose naturel. Elle est décorée sur le recouvrement de glycines en or et de fleurs en nacre très saillantes. La doublure du recouvrement est laquée, et l’on y voit une carpe à fleur d’eau, en or, de relief; la partie supérieure du ciel est sablée d’or, mais le bas est légèrement aventuriné, et la poudre d’or vient expirer à l'horizon de l’étang. — Hauteur, 0,14 ; longueur, 0,43; largeur, 0,37.
356. BOITE RECTANGULAIRE, à angles arrondis, tout à fait semblable à la précédente, sauf qu’elle est beaucoup moins grande. — Hauteur, 0,081; longueur, 0,25 ; largeur, 0,22.
Les (leux boîtes que nous venons de décrire ressemblent de loin à des laques noirs, mais, dans l’une, le bois se trahit par une légère fente. Le décor est splendide. La carpe qui brille en or de relief à l’intérieur du recouvrement est rendue à ravir, avec ses écailles vues en perspective , ses nageoires frétillantes et son œil noir cerclé de nacre. Elle est au-dessus de l’eau, représentée au moment où elle vient de sauter. A la surface de 1 étang surnagent quelques plantes aquatiques, les unes en or usé, les autres en or de mince relief. Le fond de la boîte est sablé d’une grosse poudre d’or clairsemée; on y voit dans la partie inférieure un ruisseau herbu. Ues deux morceaux sont rarissimes. Ils proviennent du cabinet de
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l’empereur de la Chine, au Palais d’été, et c’est à la vente du colonel Du Pin que M. Thiers les acheta.
357. — BOITE RECTANGULAIRE très oblongue, à angles arrondis, en bois de fer, couvert d’incrustations en nacre, en corail, en pierre de lard, en ivoire, en malachite, en or, en jaspe, en lapis. La décoration consiste principalement en figures, qui sont au nombre de cent dix-sept, dont cent figures d’enfants, — quarante sur chacun des grands côtés de la boite, dix sur chacun des petits côtés, — et dix-sept figures d’hommes et de femmes sur le dessus du recouvrement. Sur les parties latérales, les quarante figures de l’un des grands côtés sont absolument les mêmes que les quarante figures du côté opposé, et les dix figures de l'un des petits côtés sont aussi exactement répétées sur l’autre, à cela près de quelques changements dans les matières employées pour l’incrustation.
Les figures du couvercle sont du double plus grandes que celles de la boîte, elles ont environ six centimètres, et elles sont superposées comme des personnes que l’on regarderait d’un point de vue très élevé, de manière à supprimer la perspective. En bas, trois cavaliers, dont un porte-drapeau, ont mis pied à terre et conduisent leurs chevaux par la bride, un cheval noir, un cheval pie, un cheval bai clair. Pour celui-ci, les poils de la robe sont rendus par un travail au burin sur la nacre. Une balustrade en pierre de lard, ornée de lions héraldiques, sépare ces trois cavaliers d’un groupe de six musiciennes qui exécutent un morceau d’ensemble sur divers instruments, flûte, guitare, tambour, chapeau chinois. Sur un trépied, devant elles, est placé un chien de Fô, en or, de haut relief. Un peu plus haut, au pied d'un bananier, trois jeunes gens s’amusent à tirer de l’arc, et ils ont pris pour point de mire deux paons représentés sur un écran, avec leur queue de nacre brillant sur un fond de stéatite. Les trois archers ont pour spectateurs de leur joute un serviteur et un personnage à longues moustaches, vêtu comme eux de burgau. Plus haut encore s’élève une maison à deux étages, avec loges en saillie, nécessitant deux toits dont les chevrons sont en nacre mordorée. A la loge supérieure se tiennent trois figures, dont deux sont appuyées sur la balustrade. Le peu qui reste d’espace est censé être le ciel, traversé par des nuages, qui, sur le fond du bois de fer, semblent éclairés par une lumière fantastique. Travail chinois. — Hauteur, o.ta ; longueur, o,655 ; largeur, 0,174.
Que de patience, que de talent, que d’années peut-être n’a-t-il pas fallu à l'artiste ouvrier de cette boîte pour mener à bien un pareil ouvrage, pour dessiner une à une les cent dix-sept figures qui le décorent, chacune dans son mouvement voulu et avec la dose d’expression que comporte l’emploi des nacres de perles sur un visage humain, pour rassembler, tailler, juxtaposer, appareiller, sertir en quelque sorte tant de matières précieuses, de couleurs si différentes, d’aspects si divers, et pour en composer cette mosaïque dans laquelle sont venues se fondre toutes les richesses du règne minéral, sans compter l’ivoire, mosaïque
BOIS SCULPTÉS OU INCRUSTÉS
splendide dont les tons sont tranchants sans être criards et dont l’ensemble est éclatant, sans discord !
A la variété naturelle des substances choisies (pie fait ressortir et briller le fond sombre du bois , s’ajoute ici la variété des effets que produit le chatoiement de la nacre sous les diverses incidences de la lumière, et, à chaque mouvement du spectateur, les tons, qui étaient froids dans le clair, se réchauffent tout à coup dans la demi-teinte ; ce qui paraissait d’argent devient de l’or, le rire qu’on soupçonnait dans l’ombre éclate à la lumière : c’est un spectacle magique. Les jeux d’enfants représentés sur les parties latérales de la boîte sont composés avec beaucoup de naturel et d’esprit. Les uns jouent à cache-cache, les autres simulent une procession solennelle ou miment des offrandes à une divinité imaginaire. Ceux-ci sont à dada l’un sur l’autre ou bien sur un cheval de bois finissant en bâton. Ceux-là surprennent leur camarade en lui mettant les deux mains sur les yeux, d’autres dansent, tambourinent, bourdonnent, tirent la ficelle d’un cerf-volant; quelques-uns feignent de dormir à plat ventre;... et tout cela grouille, miroite, éblouit, chatoie, étincelle, resplendit, s’efface un instant pour briller encore, ou se décolore un instant pour se revêtir de lumière, pour appeler le soleil!
358. — BOITE rectangulaire, à angles émoussés, en bois dur décoré d incrustations en ivoire, en corail, en burgau, en pierre de lard. La principale décoration est exécutée sur le recouvrement. Le bois fait le fond d une marine. Au premier plan s’élèvent deux îles plantées d'arbres, qui sont des cocotiers et des saules pleureurs. Dans l’une des deux îles, à gauche, un musicien joue d’un instrument à cordes qu’il tient sur ses genoux, et fait danser un enfant qui marque la mesure sur un tambourin. Le spectateur de la danse s’est endormi. Ces figures n’ont de burgauté que la tète et les mains. A droite, sur des pierres à fleur d’eau, sont juchées deux grues en nacre, à tête de corail et à queue noire. Plus loin, des bateaux à voile, dont quelques-uns ont des canotiers en nacre, voguent sur un lac dont l’horizon se termine par des montagnes en pierre de lard. Une jonque est amarrée à l'ile qui occupe la droite du tableau. L intérieur de la boite est en laque de Pékin. La boite est munie d’une serrure en argent, ornée de figures habillées d'ivoire, à face de nacre. — Hauteur, o,ll ; longueur, 0,39; largeur, 0,314.
Sans être, à beaucoup près, aussi celle-ci a quelque chose d’intéressant
précieuse que la boîte précédente, et de curieux : c’est l’idée singu-
BOIS SCULPTES OU INCRUSTES
lière que l’artiste a conçue de prendre le fond brun d’un bois dur pour figurer une nappe d’eau sombre, chargée de barques dont les sillages seraient exprimés , tant bien que mal, par les veines du bois. Sur cette mer obscure, les bateliers en nacre brillent comme des fantômes illuminés au sein de la nuit. Par une attention délicate, (pii se rapporte à la perspective — ignorée, dit-on, des Chinois — 1 artiste a pris soin de graduer les saillies de la nacre suivant la distance. De plus, il a gravé la robe des canotiers, ainsi que le plumage des grues. Sur les côtés de la boîte , parmi des branches de vigne dont les racines sont en cornaline, reluisent des écureuils , des oiseaux en nacre et des Heurs aux corolles étoilées et irisées. Une des grues penche son long bec pour saisir un petit poisson, mais il se trouve que ce poisson est en corail. Il y a ainsi toujours une échappée de vue sur le merveilleux dans le réalisme des Orientaux.
IVOIRES
Pour les petits ouvrages, il u’est pas de matière plus propre à la sculpture que l’ivoire, d’abord parce qu’il est susceptible d’être taillé avec une extrême finesse, ensuite parce qu’il est à peu près inaltérable. Offrant plus de résistance à l’action du ciseau, l’ivoire subit un premier dégrossissage à la scie, après quoi il est travaillé avec des instruments qui ressemblent en petit à la gradine du statuaire : ce sont des râpes ovales, rondes ou plates. Ces râpes marquent les grands plans et ne font encore qu’une ébauche de la forme. L’artiste, pour faire sentir les plans particuliers de l’objet, pour pénétrer dans les délicatesses du modelé, pour finir, se sert de burins variés, dont la pointe et le tranchant ont vingt manières d’attaquer l’ivoire, de l’inciser, de le gratter, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’a polir l’ouvrage, ce qui s’opère avec une poudre fine de grès mêlée de craie. On conçoit, en effet, que le choix d’une matière dont la surface a été si bien polie par la nature oblige de rendre à l’ivoire, après l’achèvement du travail, le poli que lui avait enlevé le grattage par la râpe et par le burin. Ce ne serait pas la peine d’employer une sub-
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stance qui appelle la lumière et la réfléchit avec douceur, si l’on devait, en la dépolissant, lui ôter justement ce qui en fait le charme.
Les Japonais travaillent l’ivoire avec beaucoup de finesse et d’esprit, et ils ont de fréquentes occasions d’y exercer leur talent , car c’est presque toujours en ivoire que se font les boutons, les breloques par lesquels la boîte à médecine est suspendue à la ceinture et y est retenue. Ces breloques s’appellent en japonais né-tsou-ké, que l’on prononce, par élision, netzké. Elles ne sont pas seulement l’ouvrage d’un artiste de profession, souvent elles sont imaginées et burinées par des ivoiriers amateurs, qui, dans un jour de bonne humeur et de loisir, s’amusent à gratter euxmêmes leur ivoire avec un esprit naturel, et sont fiers de fouiller de leurs mains le bijou qui devra briller à leur ceinture. Les Japonais se servent de l’ivoire des Indes, qui a le défaut de jaunir en vieillissant jusqu’au ton du beurre rance et même de contracter la couleur brune et sourde d'une pipe longtemps fumée. Cet ivoire ne vaut pas celui de Guinée , dont la teinte blonde s’éclaircit avec le temps. La collection Thiers contient vingt-trois ivoires japonais et chinois, dont la plupart sont des netzké. On reconnaît ceux-ci aux deux trous qu’on y a percés, et par lesquels passe le cordon qui retient la boîte à médecine à la ceinture.
359. — PETITE FIGURE en ivoire très jauni d'un portefaix à tète énorme, portant sur ses épaules une hotte. Les cheveux sont teintés en noir. La hotte est gravée de rayures prismatiques. — Hauteur, 0,033.
360. FIGURINE en ivoire d’une jeune femme debout qui tient un éventail et un petit chien en laisse. Ses cheveux, tombant jusqu'au bas des reins, sont noirs; sa robe, teintée par places, est ornée de broderies clairsemées. Sa tète est stéréotypée d’après le poncif connu de l'art japonais. — Hauteur, 0,046 ; largeur, 0,03.
361. GROUPE COMIQUE, en ivoire bruni par le temps et devenu de couleur de chêne. Une jeune femme à cheveux noirs est assise, à côté d’elle est placé un masque scénique à nez colossal, dont les yeux et les moustaches sont peinturés. Un enfant veut saisir le nez du monstre. La femme se couvre la bouche avec un pan de son manteau, qui est finement brodé, ainsi que le vêtement de l'enfant. — Hauteur, 0,035; largeur, 0,035.
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362. — FIGURINE en ivoire jauni d’un jeune garçon accroupi et en cheveux rouges qui lui couvrent les reins. Il mange des fruits qui paraissent être des prunes. Cet ivoire est percé de deux trous. — Hauteur, 0,035.
363. — PETIT GROUPE en ivoire vieilli et ranci. Une jeune femme qui tient une sonnette entre ses dents est occupée à lire un rouleau, tandis qu'un personnage à figure démoniaque et tenant une hache s’est glissé sous ses jupons, et, relevant la tète, regarde la liseuse d’un œil satanique. — Hauteur, 0 ,052 ; largeur, 0,046.
Cet ivoire est très remarquable, et les plus habiles sculpteurs flamands ou français ne l’eussent pas mieux taillé ni plus finement. La tête de la jeune femme, comme il arrive toujours dans l’art japonais, est une tête sans caractère, je veux dire qui n’est en aucune façon particularisée, mais, en revanche, la figure de l’homme à la hache est expressive et diabolique sans caricature. Elle semble avoir été ciselée d’après un modèle européen. Il est probable que ce groupe fait allusion à quelque passage d’un roman japonais ayant de l’analogie avec celui de l’Espiègle (. Eulen spiegel ), qui, au moyen âge, défraya la curiosité des liseurs de contes en Allemagne et dans les Pays-Bas. Les cheveux de l’homme et ceux de la femme et leurs yeux sont teintés en noir. C’est le fer de la hache et le coude de l’homme accroupi qui servent de base au petit groupe.
364. — NETZKÉ JAPONAIS. Groupe de coquillages en ivoire clair. Il y en a de plusieurs espèces, et dans le nombre on remarque trois coquilles bivalves, entr’ ouvertes comme des huîtres. Des caractères d’une extrême petitesse sont gravés sur quelques-uns de ces coquillages avec une netteté et une finesse inouïes. — Hauteur, 0,022; longueur, 0,04; largeur, 0,04.
Les caractères gravés sur quelques pièces de ce groupe ont été lus pour nous par l’interprète de l’ambassade japonaise, le savant et obligeant M. Souzouki. Ce sont les noms des plages sur lesquelles les coquillages ont été recueillis : Kanasasso , Hotiraghama, Eudecunca. L’art a pris plaisir à particulariser ces coquilles : il y en a de lisses, de rayées, de mamelonnées, de spirales. 11 y en a une dont la valve a été striée par des hachures imitatives, tremblées et grenues. L’artiste a voulu sans doute graver ici le souvenir d’une promenade sur des plages heureuses.
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205 NETZKÉ. Figurine en ivoire d’un petit enfant assis par terre, dont les che\eux ont
été rasés, sauf deux touffes qu’on a réservées sur les tempes. A son cou sont passés deux cordons, auxquels est attaché un objet qu’il s’amuse à traîner et qui ressemble à un marteau de porte, à un heurtoir. — Hauteur, 0,03.
300. — NETZKÉ. Un singe à demi Le pelage est rendu par un travail de g et aux pattes. La base, en ivoire pur, longueur, 0,04; largeur, 0,023.
couché. Le museau de la bète est seul en ivoire clair, raveur, inégalement serré, qui s’éclaircit aux genoux est rectangulaire, à angles arrondis. — Hauteur, 0,026:
307 NETZKÉ. Figurine en ivoire d’une jeune femme debout, qui se retourne en retrous
saut sa robe. Elle tient de la main un fruit consacré, une courge. Le caractère de la tète a quelque chose de chinois, mais l’ivoire, étant percé de deux trous, a dû servir à porter une boite à médecine. On peut donc la regarder comme un netzké. — Hauteur, 0,07.
308. — NETZKÉ. Un petit enfant à très grosse tète, en ivoire jaune. Son crâne est rasé, sauf deux petites houppes réservées sur les tempes. Il est à califourchon sur un cheval de carton qu'il tient par la bride, et dont on ne voit que la tète. — Hauteur, 0,034.
309 NETZKÉ. Un jeune garçon en ivoire foncé ou teinté. Il est accroupi, tenant un
chien tacheté, dont le museau et le ventre sont en ivoire clair. — Hauteur, 0,04.
370. — UNE JEUNE FEMME tenant un rouleau déployé, qu’elle est occupée à lire. Elle est assise sur un éléphant couché. L’auteur de cet ouvrage l’a signé de son nom : Tomo-Chika . tel que l’a lu l’interprète. Le derme surabondant et plissé de l’animal est rendu où il faut, sur les pattes, sur l’encolure. Sa trompe est repliée sous sa tète. C’est aussi un netzké, car il est perce de deux trous. — Longueur, 0,073; hauteur, 0,03.
371. NETZKÉ. Figurine en ivoire d’un petit personnage laid, grimaçant et à tète
démesurée, auquel son bonnet à deux cornes donne l’air d’un être diabolique. Il est couché presque à plat ventre sur une plage, car il semble guetter un petit poisson, et le terrain est couvert de galets. A côté de lui on remarque, d'un côté, un panier, de l’autre, un crapaud. La peau verruqueuse du batracien est bien exprimée. Au revers est modelé un poisson dans une cavité. Cet ivoire est percé de deux trous. — Hauteur, 0,019; longueur, 0,045; largeur, 0,035.
372. STATUETTE en ivoire d’un guerrier japonais représenté en caricature. 11 a la tète
rase et très grosse, mais disproportionnée à dessein. L’expression de son visage est celle d’un sourire niais° 11 tient de la main gauche la poignée de son sabre. L’ivoire est teinté de vert dans les plis du vêtement. — Hauteur, 0,068.
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373. — NETZKÉ EN FORME DE BOUTON, de forme lenticulaire, constituant une boite avec son couvercle, sur lequel est gravée la figure du dieu de la richesse. Il est trapu, joufflu et pansu. Il tient un écran surmonté d’un arc de métal que terminent deux boules en turquoise pâle. Au revers du bouton sont gravés des caractères japonais et des attributs ponctués de métal. — Diamètre, 0,045; épaisseur, 0,018.
374. — NETZKÉ EN FORME DE BOUTON, de forme lenticulaire, avec dépression centrale des deux côtés et un petit bouton au centre. Sur une face, on voit une jeune femme gravée en relief dans un creux; elle a les cheveux noirs et lève un petit bâton. Au revers sont gravées des branches de pins et de fougères. — Diamètre, 0,059; épaisseur, 0,017.
M. Souzouki nous a expliqué ce que signifiait cette petite figure. Au septième jour de l’an, les cuisinières ont l’habitude de frapper en cadence sur leur table de cuisine, et cette pratique, fort ancienne, est considérée comme devant porter bonheur. La superstition est décidément de tous
les temps et de tous les pays. Je remarque que les personnages gravés sur les boutons japonais le sont en relief, mais dans un creux, comme la plupart des hiéroglyphes égyptiens, c’est-à-dire qu’ils ne font pas saillie sur le nu de l’objet.
375. — BOUTON en ivoire clair, de forme lenticulaire, déprimé au centre et traversé par un tenon perforé. Sur la face principale, une jeune femme à cheveux noirs est à demi couchée; elle porte sur sa poitrine une broche en burgau avec trois pendants composés de boules infinitésimes en corail, en turquoise claire et en or. Un reptile chimérique, une sorte rie dragon à la peau étoilée, semble s’avancer vers elle comme pour l'envelopper de ses mouvements. A l’envers du bouton sont figurés des nuages, au milieu desquels on lit une inscription en japonais. — Diamètre, 0,053.
376. —BOUTON en ivoire, de forme lenticulaire, déprimé au centre et traversé par un tenon perforé. Sur une des faces, deux personnages sont gravés en relief dans le creux. Ils sont l'un et l’autre accroupis, et ils regardent dans une caisse contenant des objets qu'il est difficile de spécifier. Le revers du bouton est guilloché; il est partagé en cinq compartiments par des lignes courbes et rayonnantes. Ces compartiments sont ornés de niellures, étoiles, Caissons, losanges rayés. — Diamètre, 0,05; épaisseur, 0,015.
377. f RÈS 1 E TI 1 E BOI TE en ivoire, rectangulaire et plate, propre à contenir un de ces instruments de musique que les enfants font vibrer entre les dents, comme une pratique de polichinelle. Cet ivoire est décoré de chrysanthèmes rouges et noirs, faits avec des laques de
IVOIRES
couleur et des linéaments verts, rouges, noirs, olive, jaune d’or, s’échappant d’un cornet. — Hauteur, 0,01; longueur, 0,07 ; largeur, 0,035.
378. — STATUETTE en ivoire bruni, représentant un guerrier japonais debout. Il a d'énormes oreilles, un casque bas, une longue barbe, une figure accentuée et, cette fois, individuelle. Son costume est chamarré d’ornements, tels que dragons à trois griffes, nuages, rinceaux. Il tient de la main droite une hallebarde dont la lame sort de la gueule d’une bête fantastique. Cette statuette, artistement travaillée, trahit une intention de caricature. — Hauteur totale, 0,115; hauteur de la tête, 0,025.
379. — PLATEAU en ivoire, ayant la forme d’une feuille découpée. II est décoré de feuillages attenants à la tige de laquelle s’échappe la feuille formant le plateau. Deux chauvessouris aux ailes éployées sont posées sur les bords de la feuille, l’une d’un ton bronzé, l’autre d’un ton gris et rose. — Longueur, 0,185.
380. — PLATEAU en ivoire, ayant aussi la forme d’une feuille découpée. Il est décoré par les tiges, les vrilles et les feuilles d’une vigne. Sur le plateau et au bord rampent des scarabées. — Longueur, 0,185.
381. — MARQUE HONORIFIQUE ayant trait à la chasse, en ivoire sculpté, peint et rehaussé d’or. — Longueur, 0,27.
CH. GOUTZWlLLrt^
LAQUES
Les plus beaux laques viennent du Japon ; ils sont très supérieurs à ceux (jue l’on fait en Chine, qui sont notamment le laque à fond d’or, le laque noir et le laque rouge, couleur de cire à cacheter, dit laque de Pékin, sur lequel on cisèle parfois des feuillages en relief. Eu égard à la perfection des laques fabriqués et décorés au Japon, cette jolie branche de l'art décoratif peut être considérée comme japonaise.
Le laque est un suc résineux exsudé par l’arbre dit l{ h us vernicifera, delà famille des Térébinthacées, qui atteint en six ou sept ans une hauteur de sept à huit mètres. Depuis le mois de juillet jusqu’au 15 septembre, dit M. Maëda-Mosana, (pii fut le commissaire général du Japon à l’Exposition universelle de 1878, on procède à l’extraction du vernis de qualité supérieure en pratiquant sur l’arbre des incisions horizontales convenablement espacées. Une ordonnance de Mummu-Tennô, quarante-neuvième empereur du Japon, et un édit de Uda, cinquanteneuvième empereur, obligent les paysans à cultiver le Rlius vernicifera . Recueillie dans des spatules en fer, la sève, au sortir de l’arbre, est assez semblable a de la crème; elle en a d’abord la blancheur, puis elle se colore en brun au contact de l'air et finit par devenir presque noire. De cette sève se dégage un venin subtil, et l’extraction en est tellement dan-
LAQUES
gereuse que les hommes qui en sont chargés doivent s’enduire le visage et les mains de matières grasses pour empêcher le poison de pénétrer à travers les pores de la peau. Le vernis le plus estimé provient d’une contrée appelée Yoshino, ou la plaine heureuse, située dans la province de Yamato.
Gersaint, dans son catalogue Angrande Fontpertuis, imprimé en 1747, savait déjà quelques-unes de ces particularités par les ouvrages des missionnaires, notamment par celui de Du Halde, et il s’exprime ainsi au sujet des laques : « Le Père Du Halde donne une juste préférence aux ouvrages de vernis du Japon sur ceux de la Chine. Il prétend cependant que c’est le même vernis que l’on emploie dans ces différents pays, mais que les Chinois le travaillent autrement et avec trop de précipitation; qu’ils n’y cherchent que le coup d’œil, sans trop s’embarrasser de la qualité. Il faut, selon lui, plus d’une année de soins pour conduire une pièce au degré de perfection qui lui serait nécessaire; mais les Chinois n’ont à cet égard aucune prévoyance : ils ne tiennent rien de fait, et ne travaillent jamais qu’on ne leur commande les ouvrages.
« Ce que cet auteur rapporte au sujet de cette gomme renommée dont ils se servent est fort curieux. C’est elle qui donne à leurs vernis ce beau poli et cette dureté à laquelle nous ne pouvons pas atteindre; il faut cependant que cette gomme soit préparée avec de l’attention et de la patience, puisque nous ne trouvons pas cette grande dureté dans les ouvrages chinois, dont le vernis est beaucoup plus mou et s’éraille bien plus facilement que celui du Japon.
« Les précautions qu’il faut apporter pour recueillir cette liqueur précieuse donnent en partie une idée de sa force. Elle s’appelle tsi à la Chine, sa couleur est roussâtre. On la tire de la province Kiang-si, d’où vient la meilleure, par le moyen des incisions que l'on fait de sept pouces en sept pouces à de certains arbres situés dans cette province, sans cependant les entamer jusqu’au vif. Cette opération ne se fait (pie pendant l’été, et elle deviendrait inutile dans les autres saisons. La nuit seule
est propre à l’écoulement de cette gomme. L’incision se fait la veille,
LAQUES
sur le soir, et le lendemain matin on va recueillir ce qui s’en est écoulé dans des coquilles que l’on avait enfoncées dans chacune de ces incisions, qui n’occupent que l’épaisseur de l’écorce de cet arbre et qui sont suffisantes tant pour cet écoulement que pour placer la coquille qui le reçoit.
« Cette gomme a tant de malignité, et les vapeurs qu’elle exhale sont si subtiles, que les ouvriers qui sont employés à la recueillir doivent prendre des précautions pour s’en garantir; autrement il leur en coûterait cher. Il faudrait alors les traiter méthodiquement pour les guérir d’une enflure qui leur survient ordinairement, et dont les suites sont fort dangereuses. Ils sont donc obligés, avant d’entreprendre ce travail et après l’avoir quitté, de se frotter avec une huile particulière, et de se laver dans certaines eaux apprêtées, pour se garantir de ce danger. Ils doivent même, dans le temps qu’ils travaillent à cette récolte, s’envelopper la tête et ne laisser que deux ouvertures nécessaires à la vue. Ils se garnissent outre cela de bottines, de gants et de tabliers de peaux de daim apprêtées. On doit juger, par toutes ces précautions, de la violence de cette liqueur. On est très satisfait de sa récolte quand, en une nuit, mille arbres peuvent produire vingt livres de cette gomme. »
Le vernis extrait du Rhus vernicifera , et que l’on remue au soleil dans une grande cuvette en bois pour le débarrasser par l’évaporation de son excédent d’eau, est employé, dit M. Maëda, tantôt seul, à l’état naturel, tantôt délayé avec de l’huile ou mêlé à certaines substances, telles que le vermillon, le sulfate de fer, le benigara (composé d’oxyde rouge de fer) et quelques poudres qui ont pour effet de le durcir ou de le colorer.
Les Japonais nomment kurome urushi le vernis pur, après qu’il a subi les premières manipulations; ses h i me urushi le même vernis, mais soigneusement tamisé ; ils lui donnent le nom de kuro urushi quand il est mélangé avec du sulfate de fer et une certaine eau trouble que l’on obtient en aiguisant les couteaux à couper le tabac sur une pierre à aiguiser. Enfin ils appellent shu urushi le kurome mélangé avec du vermillon pur, et ce mélange est spécialement employé pour les premières qualités du
LAQUES
laque; pour les qualités inférieures on emploie le benigara au lieu de vermillon.
Les laques faits avec ces sortes de vernis passent par de nombreuses manipulations. M. Maëda en a décrit une douzaine qui se rapportent à toutes les espèces de laques, depuis la plus rare jusqu’à la plus commune. Nous 11e parlerons ici que de la première.
Le laqueur prépare d’abord délicatement le bois qu’il veut revêtir. La légèreté étant toujours, dans les pièces laquées, une condition de la beauté et une marque de la perfection du travail, il fait ses planchettes d’une minceur extrême; il les réduit à l’épaisseur d’une carte de visite; il en dissimule les nœuds, il en bouche les interstices au moyen d’une pâte composée de farine de froment, de sciure et de vernis brut. Il applique ensuite sur le bois ainsi préparé un enduit composé d’argile calcinée et de vernis brut étendu d’eau. Cette couche passée, il enveloppe quelquefois l’objet dans un morceau de toile de bœhmeria, qu’il fait adhérer à l’aide de la pâte de froment mêlée de sciure; puis il étend la première couche de vernis que suit un polissage avec la pierre à aiguiser. D’autres couches sont successivement ajoutées et polies à leur tour sous une pierre de plus en plus fine.
Pour obtenir un séchage convenable, 011 enferme l’objet laqué dans une armoire appelée furo, lavée d’avance à grande eau, et où le laque durcit et sèche dans une moite obscurité. Il 11’est reconnu sec que lorsque l’humidité de l’haleine laisse une légère buée à la surface du vernis. Le séchage exige plusieurs jours, parfois plusieurs semaines. On dit même qu’autrefois il était plus lent et durait des mois. O11 pose ainsi jusqu’à dix-huit couches de vernis sur certains objets de choix, et autant de fois ils rentrent dans le séchoir et en sortent pour être polis avec la pierre à aiguiser, du charbon de bois tsubaki ou camellia japonica et de la corne de cerf pulvérisée.
Le genre de laque qui demande le plus de soin et les manipulations les plus délicates, les plus minutieuses, se nomme tsugaru nuri. Il doit être brillant, sans le moindre défaut, uni comme la glace la plus pure.
LAQUES
Pour obtenir les marbrures, on procède de la manière que voici : le vernis mêlé aux matières colorantes, vermillon, indigo, orpiment, auxquelles on ajoute un blanc d’œuf, destiné à donner plus de consistance au mélange, et frappé avec une spatule très mince, s’attache en partie à cette spatule, et produit des dépressions qui sont la base des marbrures. Après des couches alternées de vernis diversement mêlés, quelques-unes appliquées à la brosse, vient le polissage, opéré avec trois sortes de pierres à aiguiser de plus en plus fines, et l’exposition au soleil pendant deux ou trois jours , ce qui rend la couleur plus vive et plus brillante. Ces laques à marbrures ne sont absolument achevés que lorsqu’ils ont reçu de quinze à dix-huit couches, dont chacune est l’occasion d’un polissage, tantôt avec la pierre appelée nagura-to , tantôt avec le charbon de bois ci-dessus mentionné, tsubaki, puis avec un tampon renfermant un mélange d’huile et de pierre à aiguiser pulvérisée, de la ouate imprégnée de vernis brut, de la corne de cerf, et, finalement, avec du papier soyeux qui donne un brillant parfait.
Pour ce qui est des laques ornés de dessins, l’opération varie selon que ces dessins sont unis ou en relief. Le dessin uni est le résultat de toute une série d’opérations délicates. On trace au recto d’une feuille de papier le dessin que l’on veut reproduire sur le laque; on suit au verso de la feuille les traits du dessin avec un pinceau chargé d’un mélange de vermillon et de vernis chauffé sur un feu doux. Le côté de la feuille ainsi enduit de ce mélange est appliqué sur le laque et le revers du papier (c’est-à-dire le recto de la feuille), frotté avec une spatule en bambou; puis, avec un petit sac en soie, rempli de poudre impalpable de pierre à aiguiser, on frappe légèrement, pour la faire ressortir, la partie du laque sur laquelle s’est décalqué le dessin, que l’on recouvre de poudre d’or, tantôt soufflée ou semée à l’aide d’un petit tube de bambou, tantôt étendue au moyen d’un pinceau en poils de cheval ou de cerf. L’objet se termine ensuite parles polissages accoutumés.
Les dessins en relief se produisent par un mélange de vernis et de vermillon, semé, avant le durcissement, de poudre fine de charbon.
LAQUES
On y ajoute autant de couches qu’il est nécessaire, pour obtenir le relief voulu , d’un vernis appelé shita maki arushi, qui a la propriété de ne se fendiller jamais. Les poudres d’or, d’argent, de plomb, de bronze, sont appliquées sur la couche finale pendant que le vernis est encore en liquéfaction, et ces poudres ainsi trempées dans le vernis forment alors une couche épaisse composée presque uniquement de poudre métallique. Bien qu’il ne dispose que d’un nombre limité de couleurs, le laqueur parvient à obtenir une grande variété de nuances , soit en graduant l’épaisseur des couches, soit en incrustant dans le laque des morceaux de métal précieux, d’ivoire et de nacre, purs ou colores.
Ces procédés s’appliquent aussi bien au laque noir ou de couleur qu’à une sorte encore plus précieuse, dite laque d’or, et qui réclame un art plus délicat, un art consommé. Pour produire le laque d’or, on saupoudre de menues parcelles d’or en feuilles la couche encore fraîche du vernis. Après son durcissement et à la suite d’un polissage, la surface est de nouveau enduite d’une autre espèce de vernis, qu’on a soigneusement tamisé, et qu’on a mélangé d’une petite quantité de gommegutte. Ce vernis, étendu en couches légères, est transparent et laisse voir les parcelles d’or qu’il recouvre.
Les objets sur lesquels s’exerce l’art du laqueur peuvent être en bois, en carton, en ivoire, en écaille, en métal, en porcelaine. Les meilleurs ouvriers et les plus beaux laques se trouvent dans les trois villes de Tokio, Kioto et Osaka.
L’histoire de la fabrication du laque est passablement obscure. D’après M. Maëda, l’art du laqueur remonterait à une assez haute antiquité. Un vieux livre japonais, publié 180 ans avant l’ère chrétienne, parlerait de meubles en laque meublant les palais de la cour. Dans le temple de Todaiji , à Nera, province de Yamato, on conserve des boîtes en laque destinées à contenir des livres de prières et faites, dit-on, au III siècle. A la fin de l’année 380 fut publié un livre intitulé Engishiki , dans lequel sont mentionnés incidemment les laques rouges et les laques d oi . I lus tard, vers l’an 410, un livre intitulé Utsubo monogatari parle des laques
LAQUES
d’or et des laques aventurinés, nashiji, sans indiquer les centres de fabrication. En 480, la lettrée Murasaki Sliihiba relate l’invention d’un nouveau genre de laque incrusté de nacre. Tous ces livres sont muets quant aux procédés de fabrication.
Du VIT au Xe siècle (910) la fabrication s’arrête. Le Japon est alors désolé par la guerre civile. A partir de 910, la fabrication reprend son essor. Les objets en bu pie fabriqués de 910 à 1650 portent le nom de jidaimvno et sont fort recherchés par les amateurs. La production du laque a pris des proportions considérables à partir du XVII0 siècle, et plus particulièrement de nos jours, depuis que le commerce extérieur du Japon n’est plus exclusivement aux mains des Hollandais, et que les ports de Nagasaki et de Yokohama ont été ouverts à toutes les nations, ce qui a eu lieu en 1850.
Sans qu’on puisse préciser l’époque où l’art du laqueur atteignit à son apogée, il demeure établi que les objets laqués ont été de tout temps fort appr éciés par les indigènes, et toujours considérés comme de très riches présents. Ils ornaient en général les maisons princières, et les laques de la plus belle qualité ne paraissaient jamais sur les marchés publics. Les Japonais des hautes classes se montraient fort jaloux de la possession de ces produits, et seuls les princes de Koga et d’Omi avaient le droit de donner en présent des coupes à saki. — Le saki est une eau-de-vie de grains qui se boit bouillante. On l’offre dans des coupes qui ont la forme d’un cône tronqué porté sur un pied assez haut. — Gersaint dit que les beaux laques étaient encore extrêmement rares, au milieu du XVIIU siècle, en Europe, et il constate, au moment de la vente du cabinet Angran de Fontpertuis (1747), que les Hollandais, malgré leur admission à Nagasaki, ne voyaient presque jamais de beaux laques, et qu’à peine en recevaient-ils quelques-uns, comme marque d’estime, de la part des plus hauts personnages du pays. D’après Dubois de Jancigny, les chefs de la factorerie de Dezima reçurent ainsi quelques laques de seconde qualité, et quand par hasard un laque de premier choix leur était offert à vendre, il l’était à des prix inabordables.
LAQUES
Pour suppléer à la rareté des produits originaux considérés en Europe comme choses de haute valeur, on essaya de les imiter. Ainsi, dans l’inventaire de Molière, il est fait mention de deux pièces imitées que l’on désigne ainsi : deux porte-carreaux de bois verni, façon de Chine. On sait d’ailleurs que Martin l’aîné s’appliqua et parvint à imiter les laques de Chine et du Japon, avec une perfection attestée par le Mercure contemporain et par Voltaire lui-même dans son épître Tu et Vous. Il y j tarie de
Ces cabinets où Martin A surpassé l’art de la Chine.
Mm" de Pompadour acheta pour plus de 110 000 livres de laques japonais, et la reine Marie-Antoinette en réunit une riche collection, qui se voit encore aujourd’hui au musée du Louvre. Il ne fallait rien moins que la fortune d’une favorite on d’une reine pour atteindre à la possession enviée de ces merveilles.
Et il n’est pas étonnant qu’elles soient en si grande estime, car aucune nation n’a poussé aussi loin que les Chinois et les Japonais cet art appliqué aux choses intimes, ce culte des pénates qui font de la demeure des familles un petit temple. Non seulement c’est une sensation des plus douces que de manier les laques du Japon dont le vernis est si pur, si compact, si uni, si imperméable à l’air et a la lumière, mais il me semble qu’à ces fines sensations doivent répondre des sentiments analogues dans Pâme des indigènes. Quel tendre respect doivent imprimer les parures d’une aïeule ou d’une mère, lorsque la jeune fille en hérite dans ces boîtes inimitables! Combien de souvenirs délicats doivent éveiller l’écharpe d’une femme, ses robes brochées d’or et de soie ou brodées bleu sur bleu, son peigne en ivoire, ses épingles à cheveux, sa ceinture, ses petites pantoufles, lorsqu’on les trouve renfermés dans un de ces légers coffres où s’épanouissent des pivoines et des chrysanthèmes, où marchent des cigognes élégantes, où volent des grues de longévité!
LAQUES
Aucune nation, il faut en convenir, n’a poussé aussi loin que les Japonais l’art de faire admirer, de faire aimer les moindres ustensiles du ménage, les moindres objets dont se compose le menu mobilier d’une maison, l’art de rendre une bonbonnière plus séduisante, même pour un enfant, que les bonbons qu on y a mis, et de donner à une simple boîte tant de beauté, tant de richesse, tant de prix, qu’on ne sait si l’on ne doit pas préférer le contenant aux trésors qu’il est censé contenir.
Oui, M. 1 hiers avait raison : aucune partie de l’univers n’est absolument déshéritée. Chaque peuple est parvenu, dans son genre, à un degré de perfection que les autres n’ont pu atteindre. Ainsi les nations, devenues tributaires les unes des autres, ont été forcées de se reconnaître tour à tour inférieures et supérieures en tel ou tel produit de l’industrie humaine. Dans ce concours universel, personne n’a disputé aux Chinois le premier prix de la céramique, ni aux Japonais le premier prix du laque.
La collection Thiers renferme les plus belles sortes de laques, qui sont le laque aventurine, le laque noir, le laque d’or et le laque usé, le laque burgauté. La seule espèce qui ne s’y trouve point est le laque rouge ciselé de la Chine, auquel les amateurs attachent beaucoup moins de prix qu’aux autres. Nous définirons ces divers genres de laque au fur et à mesure qu’ils se présenteront dans ce catalogue.
LAQUE AVENTUH1NE
La pierre qu’on nomme aventurine est une variété de quartz, d’un ton jaune brun, et parsemée de points brillants comme des paillettes d’or. Par analogie, on a donné le nom d’aventurine à un semé d’or sur un fond plus ou moins coloré, et le nom de laque aventurine à un laque qui est poudre d or et d un ton bai dont la nuance varie. On dit le laque sablé (I or lorsque 1 or y est seme a gros grains, et poussière cl’or quand l’or y est répandu comme un nuage de poussière. Les laques aventurines sont
LAQUES
ceux dont il se fait le plus. 11 y en a d’ordinaires, il y en a de choix. Dans les premiers, l’aventurine présente une substance perméable à la lumière et qui laisse voir le fond métallique. Dans les laques de choix, 1 or, plus pressé, fait disparaître presque entièrement le brun du fond. De toute manière, en nommant laques aventurines les laques dont je parle, on les distingue des laques noirs, rouges et autres, bien que ceux-ci puissent être partiellement aventurinés.
382. BOUTON lenticulaire, en laque aventurine, décoré de bambous et muni d’un petit anneau. — Diamètre, 0,055.
383. BOITE à parfums, de forme lenticulaire, en laque du Japon, pailletée d’or et décorée d’arbustes et de feuillages. Sur le couvercle est représenté un coffre qui sert à renfermer des armes. — Hauteur, 0,027 ; diamètre, 0,087.
Le coffre qui est ici représenté en or est une sorte d’armoire portative quatre laces et portant sur quatre pieds. Cette armoire renfermait les armes; quand on allait en guerre, on l’emportait sur les épaules au moyen de bretelles, comme un chiffonnier emporte sa botte, et c’est là ce que signifient les deux courroies que l’on voit pendre, attachées à l’entrée de
la serrure.
Sur la face antérieure
apparaissent par moments des bandes
d un azur très pâle , comme si le panneau était couvert d’une étoffe de soie. Nous retrouvons sur d’autres objets le dessin d’un pareil coffre.
384. BOITE formée de deux boites carrées conjuguées (rentrant Tune dans l’autre). I.a première de ces boîtes, celle que Ton voit tout entière, est décorée sur le couvercle de la vue d une \ille bâtie au bord de la mer ; la seconde, celle qui est pénétrée par la première, est oi nee dune poule et d un coq sur fond d’or et rehaussée de couleurs. — Diagonale, 0,010; côté de chaque boîte, 0,078; hauteur, 0,050.
La ville qui est ici représentée est la capitale du Japon, bâtie sur le gobe de Yedo. Cette ville s’appelait aussi Yedo; mais elle a changé de nom, et on la nomme aujourd’hui Tokio, de même que l’ancienne Lutèce s’appelle maintenant Paris. L’interprète de l’ambassade japonaise
LAQUES
a parfaitement reconnu les principaux édifices de la capitale , notamment le palais du Taïkoun, qui est le lieutenant de l’empereur ecclésiastique, du Mikado. Au premier plan, sur le quai, passent des portefaix et des mariniers; sur le golfe naviguent des barques chargées de marchandises et des bateaux de plaisir. Ces figurines et les constructions de Tokio sont en or d’un très léger relief. Dans le lointain du paysage, on aperçoit le Fouzi-hama, qui est l’Etna du Japon. Ce volcan n’a pas fumé depuis quatre-vingts ans. Il se détache sur un fond noirâtre constellé d’or. Sur la boîte, dont on ne voit que les trois quarts, le coq et la poule sont fort bien dessinés. L’artiste a détaillé leur plumage, et il a coloré d’un rouge rose la crête et les caroncules.
385. — TRÈS PETITE BOITE rectangulaire, à angles arrondis, en laque aventurine; le dessus est décoré de deux insectes, un bourdon et une variété de sauterelle dont les ailes sont légèrement azurées et niellées. — Hauteur, 0 .030 ; longueur, 0,050; largeur, 0,040.
386. — BOITE quadrangulaire à angles arrondis, à décor d’or. Sur le couvercle est représenté un hibou perché sur une clôture de jardin; le pourtour de la boite est orné de feuillages et de fruits; sur des bâtons de bambou sont suspendues des calebasses. Hauteur, 0,1105 longueur, 0,160; largeur, 0,095.
On remarquera que dans tous les objets qui ont la forme d un parallélogramme, les angles sont rabattus et arrondis. M. Humbert, qui a lait le voyage du Japon, et dont la relation est si intéressante, observe aussi tpie l’ouvrier japonais a horreur de l’angle aigu. La vérité est que lorsque la figure se dessine seulement à angles droits, il en émousse toujours les angles. Je dis que le hibou, qui semble si étonné de se trouver figé en or, est perché sur une clôture de jardin, parce qu’en effet ce qui a d’abord ici l’apparence d’un mur est une de ces nattes encadrées de bois et dont le dessin imite une construction de briques inclinées et s’adaptant l’une à l’autre par le petit côté, à peu près comme dans l’appareil dit en point de Hongrie. La crête du mur est une traverse de bambou.
LAQUES
387. — BOITE RONDE et plate, en laque aventurine, décorée sur le couvercle d'arbustes et de rochers en relief. — Hauteur, 0,021; diamètre, 0,081.
388. — BOITE HEXAGONE, en laque du Japon, imitant un bois qui ressemble au palissandre; elle est décorée de médaillons variés de formes et de décors, fleurs, arbustes, éventail, hérons en or de relief. Les oiseaux sont laqués d'or vif. Par places, l’or est bronzé et certains détails présentent des reflets d’acier. — Hauteur, 0,021 ; diamètre, 0,085.
389. — PETITE BOITE, en forme de casque japonais, en laque imitant le bronze. Le casque est muni d’une large visière et il se compose de deux bourrelets inégaux, divisés en branches et cloutés. — Hauteur, 0,000; diamètre de la visière, 0,080.
La teinte de ce laque, les clous à tête saillante dont il est garni, les filets d’argent dont il est incrusté, lui donnent un aspect métallique. Sur le devant du casque, au-dessus du front, est ciselée une tête de chimère cornue et diabolique, mais d’un style italien-français, qui fait un effet singulier dans un ouvrage de l’extrême Orient.
390. — BOITE à parfums, de forme lenticulaire, en laque du Japon, sablé d’or et décoré d’un bouquet de fleurs en or de relief. Le fond brun transparaît sous une poudre clairsemée. — Hauteur, 0,030; diamètre, 0,090.
Parmi ces boîtes que nous appelons boîtes à parfums, il doit y en avoir quelques-unes qui sont des boites à fard, des boîtes à or. Nulle part, en effet, les femmes ne font plus usage qu’à Nippon de pâtes tinctoriales, de blanc de céruse, de faux incarnat. Les plus jeunes, les plus fraîches Japonaises , celles qui pourraient le mieux se passer de rose, de pommade, de mouches et de poudre de riz, on les voit se promener dans les parcs de Yedo peintes à plusieurs couches. A ces habitudes de coquetterie mal entendue se joint une mode inventée sans doute par la jalousie des maris, qui imposent à leurs femmes l'obligation de se laquer les dents en noir d’ébène, pour qu’elles soient ainsi moins jolies. « Les Japonaises, dit Mm0 Durand-Fardel, ont cependant la permission de se teindre les lèvres en rouge vif et de se plâtrer la peau avec une épaisseur fantastique de blanc et de rose; mais cela ne
LAQUES
peut, leur rendre le charme d’un rire aux dents blanches, et le trou noir qu’on voit s’ouvrir quand elles vous parlent leur enlève les trois quarts de leur beauté. Heureusement que les constants rapports du Japon avec l’Europe commencent à faire tomber cette coutume en désuétude. Pour ce qui est des sophistications permises, la principale consiste à se mettre sur les lèvres un certain or qui ne rougit que lorsqu’il est mouillé. Aussi voit-on les coquettes du Japon se passer à tout instant la langue sur les lèvres pour changer l’or en incarnat. »
391. — BOITE rectangulaire, en laque aventurine du Japon, décorée de branches de fleurs et d’oiseaux en or et burgau. Elle renferme un plateau décoré d’un oiseau fantastique à queue flamboyante. Des mouchetures de burgau sont disséminées le long de l’écorce d’un tronc d’arbre; T aventurine de cet objet est variée : ici, à gros grains; là, semée avec des intermittences de vide. — Hauteur, 0,132; longueur, 0,181; largeur, 0,125.
392. — BOITE oblongue, à angles arrondis et rentrants, en laque aventurine, à trois compartiments superposés et à couvercle en recouvrement, évidé sur deux côtés et à découpures. Elle est décorée de fleurs au pourtour, et sur le couvercle est représenté un coffre à renfermer des armes, semblable à celui du n° 383. Ce coffre est rehaussé de quelques incrustations de burgau dont la teinte dominante varie du vert émeraude au vert turquoise. — Hauteur, 0,060 ; longueur, 0,090; largeur, 0,085.
393. - — PETITE BOITE carrée et plate à recouvrement, en laque du Japon, décorée de fleurs de prunier en relief. La doublure du recouvrement est aventurinée, à nuages semés d argent et ornée des mêmes fleurs en or mat. Des mouchetures d’or bruni y sont jetées connue au hasard. L’intérieur de la boîte est aventuriné à nuages et rehaussé de fleurs, mais sans argent et sans taches d’or. — Hauteur, 0,020 ; mesure des côtés, 0,095.
394. — PLATEAU OBLONG, angles arrondis et rentrants, en laque aventurine, décoré de médaillons de formes diverses représentant des sujets variés et des armoiries en or de relief. Hauteur, 0,030; longueur, 0,270 ; largeur, 0,207.
Elle est inépuisable la fantaisie du décorateur japonais. Non seulement il varie constamment ses inventions, mais il sait aussi varier de vingt manières le même motif. Sur ce plateau il a jeté dans un coin deux tableaux fictifs de paysages, l’un couvrant à demi l’autre, puis des fragments de rouleaux sur lesquels sont peints des arbustes et des fleurs,
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puis des rubans épais; ensuite deux autres tableaux également peints, dont l’un représente un sujet tout à fait semblable à la Charité romaine. C’est une jeune femme allaitant un vieillard, en présence d’un petit enfant qui semble étonné de cette action et jaloux du lait qu’on lui dérobe. Enfin, dans le sens diagonal du plateau, sont répétées trois fois les armoiries de famille du Mikado, celles qui sont en Heur de chrysanthème et qu’on appelle guik-mon. Je dis les armoiries de famille, parce que l’empereur a des armoiries officielles , dites kiri-mon : ce sont celles dont la forme est empruntée du paulownia imperialis, appelé kiri. Le guik-mon est tour à tour en or clair et en or sombre; ici presque plat, là bombé près de la circonférence et creux dans le centre. Voilà un plateau que l’on peut présenter vide, car il est déjà plein des choses délicates et précieuses dont il est décoré.
395. — TRÈS PETIT CABINET OBLONG, en Laque du Japon, s’ouvrant et se fermant par une porte munie d’une petite serrure à boutons en argent. Il renferme six tiroirs, dont cinq n’occupent que la moitié du cabinet, laissant vide l’autre moitié, celle de droite. Le sixième tiroir est placé tout en bas, et celui-là mesure toute la largeur du cabinet. Au-dessus des cinq tiroirs, dans un compartiment qui occupe aussi toute la largeur, se trouve un plateau. La décoration consiste en paysages et oiseaux. Sur les côtés, des canetons barbotent au bord d’un bassin. Au-dessus, les petits oiseaux représentés ressemblent à des faisandeaux. Le cabinet est garni de ses poignées en argent. — - Hauteur, 0,125; longueur, 0,145; largeur, 0,085.
Pour ne pas multiplier les divisions et sous-divisions de ce catalogue, nous avons rangé sous la rubrique des laques aventurines quelques ouvrages qui sont laqués sans être aventurinés, tels que boîtes et cabinets en ivoire ou en écaille, parce que ces ouvrages étaient en trop petit nombre pour faire l’objet d’une classification à part.
396. TRÈS PETITE BOITE en écaille. Elle est carrée, à angles arrondis et décorée sur le couvercle d’une figure de femme laquée en relief et dont la face est rapportée en ivoire, tandis que ses vêtements sont d’un ton gris de fer. Travail japonais. — Hauteur, 0 ,0 î 4 ; longueur, 0,045.
C’est le propre des artistes de l’extrême Orient que d’avoir un insatiable désir d’orner tout ce qu’ils touchent et d’ajouter le luxe de leurs
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décorations même aux objets qui pourraient le mieux s’en passer. L’écaille est une assez belle substance de sa nature pour n’avoir pas besoin qu’on la décore. Et pourtant voici une petite boîte à laquelle suffiraient pour notre plaisir ses colorations nuancées, sa transparence, sa surface polie et douce au toucher. Eh bien, l’artiste japonais n’a pu se défendre d’y joindre le charme d’une figure laquée, et cette figure, qui est celle d’une femme, jolie pour lui, pour nous inexpressive, — il a fallu encore qu’il lui fit des joues en ivoire et qu’il lui donnât un baiser, le baiser de l’art !
397. — BOITE de forme cubique allongée, à angles arrondis, en ivoire laqué. Elle est décorée d’oiseaux, d’arbustes et d'insectes, exécutés en laque incrustée de nacre, de corail et autres matières précieuses. Travail japonais. — Hauteur, 0,120; longueur, 0,070 ; largeur, 0,060.
Les insectes que le laqueur mosaïste s’est complu à rendre avec une finesse indicible sur le dessus de la boîte sont : une coccinelle, autrement dit une bête à bon Dieu; une mouche, une araignée, une cigale et un perce-oreille. La coccinelle est tachetée de rouge sanguin au moyen d’incrustations de corail; la mouche a des ailes dont la transparence est exprimée par une couche impondérable d’argent finement veinulé, et son corsage, qui d’abord paraît noir, est légèrement bleui. L’araignée est, sous le ventre, d’un gris plus clair que celui du dos, et cela se voit à ses flancs, (pii semblent éclairés par un reflet. La cigale paraît vivante et chantante. Le perce-oreille se tortille, et le laqueur a rendu en imitateur passionné les segments distincts de son corps articulé et noir, ses antennes, ses longues pattes repliées et sa queue qui se termine en tenaille. Gomme dit le respectable Boileau, voilà un insecte redouté et venimeux, <pii « par l’art imité » peut enchanter les yeux. Sur l’une des faces latérales on remarque un faucon qui s’est abattu sur un arbuste, et un moineau qui s’enfuit à la Mie de l’oiseau de proie.
398. — BOITE de fo rme cubique allongée, en laque du Japon, avec couvercle à recouvrement, contenant quatre tiroirs et décorée de rosaces d’or en relief. Quatre ouvertures,
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découpées sur les faces verticales du recouvrement, permettent de voir quatre médaillons ornés d’oiseaux et de fleurs en or sur fond noir. La surface du couvercle est grenue, elle présente en légère épaisseur des rosaces régulièrement séparées par un quatre-feuilles. — Hauteur, 0,140; largeur, 0,116; épaisseur, 0,116.
399. — TRÈS PETIT CABINET en ivoire laqué, or et couleurs. Il contient trois tiroirs; il est garni d’écoinçons en argent, et il est décoré de poissons. Travail japonais. — Hauteur, 0,060 ; longueur, 0,075 ; épaisseur, 0,050.
Les brochets et les carpes qui décorent cet objet d'une délicatesse inappréciable sont imités à ravir. Ils ont le ventre argenté, le dos cinabré, les yeux en émail. Ils sont accompagnés de moules et de coquillages. Je disais un jour à M. Thiers : « C’est à peine si un de ces tiroirs pourrait contenir le déjeuner d’un oiseau-mouche », et cela le fit sourire.
400. — NÉCESSAIRE rectangle, en laque aventurine, à recouvrement un peu bombé et à angles arrondis. Il renferme un compartiment mobile, et il est sablé d’or avec des intermittences de nuages. Le dessus est décoré d’une fleur qui se retrouve souvent dans les ornements japonais. La doublure du recouvrement est ornée de pins et de branches de prunier en or de relief. — Hauteur, 0,105 ; longueur, 0,415 ; largeur, 0,325.
Dans les catalogues d’objets de curiosité qui sont rédigés par des experts, les boîtes du genre de celles que nous venons de décrire sont appelées boîtes à papier; mais ce sont plutôt des nécessaires, à en juger par leur dimension et par le compartiment mobile, dont on ne voit guère l’utilité dans une boîte à papier. M. Souzouki, qui a eu la bonté de m’aider de ses lumières dans la rédaction du présent catalogue , en ce qui touche les curiosités japonaises, a tout de suite nommé nécessaires cette grande boîte et deux autres du même genre qui se trouvent dans le cabinet Thiers. Celle-ci est magnifique, opulente, saupoudrée d’une aventurine nuageuse, travaillée avec un soin religieux, comme un objet qui serait destiné au culte.
401. — NÉCESSAIRE en laque aventurine du Japon, avec recouvrement; il est de forme rectangle, mais à angles arrondis, et décoré de pins et de branches de prunier en or de relief; il renferme un compartiment mobile. — Hauteur, 0, 160 ; longueur, 0,425; largeur, 0,328.
Il en est de ce nécessaire comme de celui qui précède. Il est si beau,
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si richement orné, si délicatement fini, qu’après avoir passé des heures à le regarder on pourrait encore n’y avoir pas tout vu. L’or est tellement prodigué sur cette boîte qu’on la prendrait, au premier coup d’œil, pour un laque d’or. Cette boîte m’a toujours attaché, à cause d’une idée singulière qui me vint dès le premier jour que je la vis. J’imaginai qu’elle avait jadis appartenu à quelque jeune princesse de la cour du Daïri, qui était retenue prisonnière dans une tour, comme la fille d’Acrisius, roi d’Argos. Sans doute un prince amoureux d’elle avait pénétré dans cette tour (peut-être « de porcelaine fine »), après avoir fait tomber une pluie d’or sur la Danaé de Yedo, au moment où elle cherchait dans une hoîte remplie de ses nippes de soie et de ses joyaux. La boîte avait été ainsi dorée par cette pluie d’aventure. La belle, exposée sur le rivage de la mer en punition de sa faute, avait été portée par les Ilots dans une des Cyclades de l'archipel japonais, île rocheuse, hérissée de pins comme la terrasse représentée ici en or de relief. « Il y a des larmes dans les choses, » disait le poète antique; il y a aussi des poèmes dans les belles substances quand l’esprit et la main de l'homme y ont laissé leur empreinte.
402. — PETITE BOITE rectangulaire à recouvrement, en laque du Japon. Elle est décorée sur les faces latérales de rosaces et de quadrillés qui sont cernés de lignes ondoyantes. Le dessus du recouvrement représente des jeux d'enfants dont les figures se détachent en or de relief sur un fond d’aventurine verdorée; le dessous ainsi que l’intérieur de la boite sont aventlU'inés à l’ordinaire. — Hauteur, 0,026; longueur, 0,086; largeur, 0,038.
Les jeux d’enfants qui décorent cette boîte sont finement observés et d’un dessin dont la naïveté apparente est pleine de malice. Un des enfants, coiffé d’un bonnet en forme de mitre, frappe avec un petit bâton sur un instrument qui ressemble à une raquette divisée en deux dans le sens de sa longueur ; un autre monte un cheval de bois dont on ne voit que la tête et l’encolure; un troisième porte un petit drapeau en or bruni, dont la hampe se termine par trois roues sans jantes; un quatrième enfant joue le souverain. Trois de ces enfants sont nu-tête, et
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leurs cheveux sont teintés en noir. Tout cela forme un ravissant tableau de genre. La manière dont la poussière d’or a été semée sur le fond vert-pomme du couvercle, comme par une main tremblante, est tout à fait remarquable et fait exception parmi les variétés connues de l’aventurine.
403. — BONBONNIÈRE de forme sphérique, en laque du Japon, coupée dans son milieu horizontalement, la partie supérieure formant couvercle. La sphère est supportée par les feuilles d’une branche de néflier en bronze doré. Elle est décorée par la représentation d’un bras de mer, duquel émergent des rochers , des plantes marines , des coquillages , astéries , oursins , huîtres d’or. Les pustules de l’oursin et les aspérités des coquillages sont rendues par des pointillés d’or en relief. Le dessous de la boule est légèrement aventuriné. L’intérieur est sablé d’or. La décoration extérieure est variée par les divers tons de l’or, qui est tour à tour vert, jaune, bronzé, cuivreux. — Hauteur avec le support, 0,13; diamètre, 0,09.
Idée charmante que celle de choisir pour une bonbonnière la forme d’une planète baignée par les flots de la mer et dont les continents sont poussiérés d’or! U semble qu’après avoir feint de donner une leçon de géographie imaginaire à une jeune tille de Yedo, à quelque brune Anadyomène, l’artiste lui ouvrira le globe terrestre pour lui offrir des douceurs dans l’hémisphère austral, en lui disant ce que dit le poète à Thérèse la blonde :
0 vous, belle Thérèse, à qui je donnerais,
Si j’étais roi, Paris, si j’étais Dieu, le monde.