TROISIÈME COMPARTIMENT
J'ai exposé ailleurs les motifs qui m'empêchèrent de (aire connaître mes instruments lithotriteurs, ayant d'en avoir
fait publiquement l'application sur l'homme vivant.
On pense bien que les instruments que j'exhibai pour la première fois, le 13 janvier 1824, n'étaient pas sortis spontanément de ma trousse, au moment même de L'opération. Bien des essais avaient précédé cette première application. J'avais consacré six années consécutives aux travaux préliminaires, c'est-à-dire à l'invention et au perfectionnement des moyens applicables au traitement des calculeux par la nouvelle méthode. Cette période expérimentale de la lithotritie était indispensable (1). A partir de 1824*, toutes mes recherches furent dirigées vers les applications de la nouvelle méthode. Dès cette époque,, mes instruments suffisaient aux besoins de la pratique; ils avaient atteint un haut degré de perfection. J'ai cependant tenu compte des changements introduits ou proposés par mes confrères; je les ai même expérimentés (2).
Mes premières pinces étaient à quatre branches. Je renonçai de bonne heure à m'en servir. Mais, lorsqu'on eut réussi. en 1827 et 1828, à persuader à quelques chirurgiens que les pinces à quatre ou à un plus grand nombre de branches méritaient la préférence, je repris mon quadrilabe pour expérimenter de nouveau ; je le comparai avec ceux que l'on proposait, et qui différaient en quelques points, et mes expériences me conduisirent à abandonner ces instruments. J'en
(!) Voir mon premier ouvrage et mes Lettres sur la lithotritie. — Rapport de Percy, présenté à l'Académie des sciences en 1S24, et Traite de la lithotritie, p. 392 et suiv. (1847).
(2) Voir dans l'ouvrage cité, Y Histoire de la lithotritie* p. 404.
dirai autant des pinces à branches mobiles et indépendantes.
J'ai exposé ici quelques modèles de ces instruments sans importance, que j'ai fait connaître d'ailleurs en temps opportun (1). Je m'appliquai avec plus de soin à l'examen des forets nouveaux, dits à développement, sur lesquels on fondait de grandes espérances. Ils devaient servir à perforer la pierre, à l'évider, à l'excaver, à la réduire à une véritable coque. Avec ces préliminaires, l'écrasement n'était qu'un jeu, suivant les auteurs.
On crut un moment avoir atteint le but. La déclaration en fut faite à l'Académie, et l'auteur de ce perfectionnement reçut une forte récompense. Je n'en continuai pas moins mes expériences qui me prouvèrent, en définitive, qu'on s'était trop hâté de donner comme certain un résultat illusoire.
J'ai publié les détails de ces expériences. On voit ici divers modèles d'instruments dont je m'étais servi, et qui furent abandonnés comme tous les autres. Je revins aux forets simples, à tète plus ou moins excentrique, dont l'emploi est consacré par l'expérience.
Les modèles de forets courbes et simples que je présente ici résument toutes les variétés auxquelles j'ai eu recours dans ma pratique.
L'emploi des perforateurs les plus excentriques me conduisit à donner une courbure à la partie du trilabe qui ne rentre pas dans la gaine. J'ai conservé trois modèles de ces trilabes courbes, que j'ai dû abandonner, malgré l'avantage qu'ils m'offraient d'attaquer la pierre sur une large surface. Lorsque la pierre n'est pas arrondie, l'extrémité du foret, dans son mouvement de rotation, heurte contre les branches. C'est le même inconvénient qui a rendu inutile l'ins-
(1) Voir la 2e Lettre sur la lithotritie et la planche; Traité de la lithotritie, p. 6; fig. 1.
pATALOGUE M I
trament appelé mandri/n à virgule^ sur 1 * •< p 1 * *1 l'on avait fondé de si grandes espérances (1).
L'observateur remarquera les perforateurs excentriq dont la surface dentée présente une pointe oblique, qui dirige l'action rotatoire de l'instrument; de manière à agrandir plus sûrement le diamètre de la perforation.
J'ai conservé le modèle d'un stylet à pointes de diamant, dont je proposais l'emploi dans le cas où une balle de ï>-v se serait présentée à l'explorateur dans la vessie.
N° 6. — Modèle d'un instrument fabriqué en 1822, et appelé brise-pierre. Il est à deux branches très-fortes, agissait sur la pierre par pression et par glissement, au moyen d'une crémaillère et d'une combinaison mécanique, qui immobilise l'une des branches (2). Je renonçai à cet instrument à cause de la difficulté que j'avais à saisir la pierre. ( >n l'a reproduit plusieurs fois sans plus de succès.
Les pierres placées entre les branches des instruments litliotriteurs à deux ou trois branches mettent, pour ain>i dire sous les veux, les détails de la manœuvre opératoire. On voit, par exemple, en faisant tourner au devant de la pierre le lithotriteur à tète excentrique, comment le trou produit par la perforation est trois fois plus large que le diamètre du perforateur.
La position des crochets du trilabe sur la pierre, bien ou mal placée entre les branches de la pince, fait comprendre l'utilité de cette disposition de l'instrument. Il faut qu'un opérateur soit bien maladroit, pour ne pas saisir la pierre avec un instrument ainsi construit.
Saisir la pierre est la condition essentielle , et le trilabe la remplit parfaitement. C'est un instrument de précision. Les
(1) Voir 3* lettre, p. 102-107.
[2] Voir Traite de le lithotriiie, p. 401.
doctrines erronées, dont quelques chirurgiens persistent à prendre la défense, ne résisteront pas à ces preuves démonstratives.