PRÉFACE
J*ai mis à profit, comme on le verra , toutes tes éditions de Froissart. Toutefois, je me hâte de le reconnaître, j'ai suivi de préférence, et presque constamment, celle de M. Buchon. C'est le texte de cette dernière édition que j'ai adopté.
On a dit que le dernier et savant éditeur de Froissart avait altéré les documents du moyen âge, en appliquant à notre vieille langue les règles de l'orthographe moderne. Ce reproche est-i^ fondé? M. Buchon a fait valoir à l'appui de sou système de très-fortes raisons (1). Je les rappellerais ici, s'il ne me suffisait d'un mot pour ma propre justification. Je ne me suis pas proposé , dans les premiers volumes de ce recueil 9 d'être utile aux hommes prof(mdément versés dans les questions de philologie, mais uniquement à ceux qui, dans un but littéraire ou par goût de l'histoire , veulent connaître les plus beaux récits de nos vieux chroniqueurs. J'ai donc pu , sans la moindre hésitation , accepter tout ce qui , suivant moi, devait rendre facile la lecture des morceaux que j'avais choisis. Ici , pour les chroniques de Froissart , le texte de M. Buchon — où l'on ne rencontre point ces petites inutilités qui trop souvent, dans les transcriptions servîtes de nos manuscrits, arrêtent les yeux et gênent l'esprit — répondait à mes vues. Je Tai pris ; et, toujours dans la pensée de soustraire les lecteurs à ces efforts d'attention qui produisent à la longue la fatigue et l'ennui, je lui ai fait subir encore de légers changements. *J'étais convaincu d'ailleurs que la prose du quatorzième siècle, ainsi modifiée dans sa partie la moins
(I) Chroniqaet de FroiMart, t« Ili, p. 406, éd. du Panthéon littéraire. CBR. DE FROISSART. I