‹ Collection de chroniques, mémoires et autres documents pour servir à lChapitre 16 sur 28 · SIÈGE ET PRISE DE LIMOGES · texte numérisé non relu

SIÈGE ET PRISE DE LIMOGES

Les incidents très-variés de la. guerre que Charles T. fit aux Anglais occupent une large place dans l*œuvre de Froissart. Nous emprunterons au chroniqueur quelques-uns des épisodes de cette guerre sans grande bataille, qui se fit de tous côtés, et qui procura enfin aux Français, en quelques années , des avantages considérables. Us reprirent , en effet , peu à peu, les provinces et les villes que les Anglais leur avaient enlevées. Charles V, qui se souvenait de Crécy et de Poitiers, ne voulait poiut user, en une seule fois , toutes ses forces. Il disséminait dans les aifiFérentes provinces les soldats dont il pouvait disposer, et il recommandait aux chefs, qui chaque jour se battaient par petites troupes, d- éviter les grosses affaires avec l'ennemi. Quand les Anglais , en grand nombre, faisaient nne descente, le joi ne mettait pas obstacle à leur chevauchée ; il les laissait pakser et s'épuiser. Son conseil lui disait : « Laissez-les aller; par fumières ne peuvênt'ils venir à votre héritage. Il Uw ennuiera^ et iront tous à néant. Quand un orage et une tempête se appert à la fois en un pays^ si se départ depuis et se aégdte de soi-même ; ainsi adviendrat'il de ces gens anglais. » Ajoutons encore que Charles Y vint souvent en aide à ses capitaines par ses négociations. Ce fut ainsi qu'il gagna Limoges. L'évêque traita avec le duc de Berri , et la ville , suivant l'expression du temps» se tourna française.

Comment le prince se partit de Congnac, et alla mettre le siège devant la cité^ de Limoges et la commanda à miner.— ( Liv. I, part. U, ch. 3t5. )

Quand les nouvelles vinrent au prince de Galles que la cité de Limoges était tournée française , et que l'évêque du dit lieu , qui était son cotnpère, en qui il avait eu du temps passé grand*liance , avait été à tous les traités et Tavait aidée à rendre , si ep fut durement courroucé, et en tint moins de bien et de Compte des gens d'Église, oit il ajoutait en devant grandtbi. Si jura rame de son père, que oncques il ne parjura, qu'il n'enten-

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(trait jamais à autre chose si la r'aurait, et aurait aux traîtres fait comparer leur forfait clièrement. Quand la plus graud'partie de ses gens furent venus , on les nombra à douze cents lances, chevaliers et écuyers, mille archers et trois mille hommes de pied. Si se départirent de la ville de Gongnac. Avec le prince étaient ses deux frères , le duc de Lancastre , le comte de Gantebruge et le comte de Peonebroch, qui s'appelait aussi leur frère ; messire Thomas de Felleton et le captai de Buch étaient demeurés à Bergerac pour garder la frontière contre les Français et les Gompagnies qui se tenaient sur le pays; Avecques le prince était messire Guicbard d'Angle, messire Louis de Harecourt, le sire de Pons , le sire de Partbenay , le sire de Poiane , le sire de Toimai-Bouton , messire Percevaux de Gologne, messire Geoffroy d'Argenton, Poitevins : et Gascons, le sire de Montferrant , le sire de Ghaumont , le sire de Langueren , messire Aymery de Tarste, le sire de Pommiers, messire Hélie de Pommiers, le sire de Mucideqt , le sire de TEsparre, le soudich de FEstrade, le sire de Gondon, messire Bemardet de Labreth, seigneur <le Géronde, et plusieurs autres : Anglais, monseigneur Thomas de Percy, le sire de Ros, monseigneur Guillaume deBeauchamp, messire Michel de la Poule, monseigneur Etienne de Gousenton , messire Richart de Pont^Ghardon, messire Baudouin de Fran ville, messire Simon Burlé, monseigneur d'Angouse , messire Jean d'Évreux , messire Guillaume de Neville; et des autres que je ne puis mie tous nommer : et Hannuyer , messire Eustache d*Aubrecicourt : et des Compagnies , monseigneur Perducas de Labreth , Naudon de Bagerant , Lamit , le Bourg de TEsparre, le Bourg de Breteuil , Espiote, Bemardet de Wist, et moult d'autres. Si se mirent toutes ces gens d'armes au chemin , en grand'ordonnance , et tinrent les champs , et commença tout le pays à frémir contre eux. Dès lors ne pouvait le prince chevaucher ; mais se faisait mener et charrier en litière par grand'ordonnance. Si prirent le chemin de Limosin pour venir devant Limoges ; et tant exploitèrent les Anglais qu'ils y parvinrent. Si se logèrent tantôt et sans délai tout autour ; et jura le prince que jamais il ne s'en partirait, si Taurait-il à sa volonté. L'évéque du lieu et les bourgeois de la ville

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Sentaient bien qu'ils s'étaient trop forfaits et qu'ils avaient grandement courroucé le prince , de quoi ils se repentaient moult; et si n'y pouvaient remédier ,, car ils n'étaient mie seigneurs ni maîtres de leur dté. Messire Jean de Yillemur, messire Hugues de la Roche et Roger de Beaufort qui la gardaient , et qui capitaines en étaient , reconfortaient grandement les ^ns de la ^ille, quand ébahir les véaient, et disaient : « Seigneurs, ne vous effrayez de rien; nous sommet forts et gens assez pour nous tenir contre la puissance du prince ; par assai|t ne nous peut-il prendre ni grever; car nous sommes bien pourvus d'artillerie. « Au voir dire, quand le prince et ses maréchaux eurent bien imaginé et considéré la circuite et la force de Limoges, et ils surent le nombre des gentilshommes qui dedans étaient, si dirent bien que par assaut ils ne l'auraient jamais : lors jouèrentils d'un autre métier. Et menait par usage le prince toujours avec lui en ses chevauchées grand'foison de hurons qu'on dit mineurs. Iceux furent tantôt mis en oeuvre , et commencèrent à miner efforcément et à faire leur ouvrage. Les chevaliers qui étaient dedans connurent bien que on les minait ; si commencèreat à fossoyer à rencontre pour briser leur mine

Comment le prince de Galles et ses gens prirent la cité de Limoges, et com- * ment les trois capitaines de ladite cité firent grands appertises d'armes. —- (Chap. 516.)

Environ un mois, non plus, fut le prince de Galles devant la cité de Limoges; et oncques n'y fit assaillir ni escarmoucher , mais toujours embesogner de mine. Les chevaliers qui dedans étaient et ceux de la ville, qui bien savaient que on les minait, firent miner aussi à rencontre, pour occire les mineurs anglais : mais ils foillirent à leur mine. Quand les mineurs du prince, qui, tout ainsi comme ils minaient, étayaient et étanchaient l'eau de leur mine , furent au-dessus de leur mine et ouvrage , ils dirent au prince : « Monseigneur , nous ferons renverser quand il vous plaira un grand pan de mur dedans les fossés , parquoi vous entrerez dedans la cité tout à votre aise sans danger. » Ces paroles plurent grandement au prince : « Oil , dit -il ,

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je vueil que demain, à Theure de prime, votre ouvrage se montre. » Lors boutèrent ces mineurs le feu en leur mine quand iJs surent que point fut. Au lendemain , ainsi que le prince Tavait ordonné, renversa un grand pan de mur qui remplit )es fossés à cet endroit où il était chu. Tout ce virent les Anglais volontiers ; et étaient tous armés et ordonnés sur les champs pour entrer en la ville.

Ceux de pied y pouvaient bien entrer par là tout à leur aise , et y entrèrent *, et eoururent à la pcNrte , et coupèrent les fléaux et rabattirent par terre, et toutes les barrières aussi ; car il n'y avait point de défense. Et fut tout ce fait si soudainement que les gens de la ville ne s'en donnèrent de garde. Et puis, veci le prince, le duc de Lancastre, le comte de Gantebruge , le~ comte de Pennebroch , messire Guichard d*Angle et tous les autres , et leurs gens , qui entrèrent dedans , et pillards à pied qui étaient tous appareillés de mal faire et de courir la ville, et de occire hommes et femmes et enfants ; et ainsi leur était-il commandé. Là eut grand'pitié : car hommes et femmes, et enfants , se jetaient à genoux devant le prince,' et criaient : « Mercy , gentil sire ! » Mais il était si enflammé d'ardeur que point n*y entendait : ni nul ni nulle n'était ouïe, mais tous mis à Fépée quant que on trouvait et encontrait , ceux et celles qui point coupables n'en étaient. Ni je ne sais comment ils n'avaient pitié des pauvres gens qui n'étaient mie taillés de faire nulle trahison ; mais ceux le comparaient et comparèrent plus que les grands maîtres qui l'avaient fait. Il n'est si dur cœur que , s'il fût adonc en la cité de Limoges, et il lui souvînt de Dieu, qui n'en plorât tendrement du grand meschef qui y était; car plus de trois mille personnes, hommes et femmes et enfants, y furent délivrés et décalés celle journée : Dieu en ait les âmes; car ils furent bien martyrs.

En entrant en la ville, une route d'Anglais s'en allèrent devers le palais de l'évéque : si fut là trouvé et pris aux mains , et amené sans conroy et sans ordonnance devant le prince, qui le regarda moult fellement ; et la plus belle parole qu'il lui sut dire, ce fut qu'il lui ferait trancher la tête, par la foi qu'il devait à Dieu et à saint Georges; et le fit ôter de sa présence.

Or, parlerons des chevaliers qui laiens étaient , messire Jean

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de Villemur , messire Hugues de la Roche , Roger de Beaufort , fils ao comte de Beaufort , capitaines de la cité. Quand ils virent la tribulation et la pestillence qui ainsi cQorait sur eux et sur leurs gens, ils dirent : « Nous sommes tous morfcs : Or, nous vendons chèrement, ainsi que chevaliers doivent faire. » Là dit messire Je^n de Villemur à .Roger de Beaufort : « Roger , il vous faut être chevalier. » Roger répondit et dit ; « Sire , je ne suis pas encore si vaillant que pour être chevalier, et grand merci quand vous le me ramentevez. » Il n'y eut plus dit. Si sachez qu'ils n'avaient mie bien loisir de parler longuement ensemble. Toutefois ils se recueillirent en une place et accostèrent un vie! mur ; et développèrent là leurs bannières messire Jean de Villemur et messire Hugues de la Roche , et se mirent ensemble en bon état. Si pouvaient être tous rassemblés environ quatre vingts. Là vinrent le duc de Lanc^stre et le comte de Caiitebruge , et leurs g^:is , et mirent tantôt pied à terre, comme ils les virent, et les vinrent requerre de grand'volonté. Vous devez savoir que leurs gens ne durèrent point planté à rencontre des Anglais; mais furent tantôt ouverts, morts et pris.

Là se combattirent longuement main à main le duc de Lancastre et messire Jean de Villemur , qui était grand chevalier , et fort , et bien taillé de tous membres ; et le comte de Gante bruge, et messire Hugues de la Roche; et le comte de Pennebroch^ et messire Robert de Beaufort, qui était lors écuyer; et firent ces trois contre trois plusieurs grands appertises d'armes, et les laissaient tous les autres convenir : mal pour ceux qui se fussent traits avant. Proprement le prince en son charriot vint cette part , et les regarda moult volontiers , et se rapaisa , et adoucit, en eux regardant, grandement, son mautalent; et tant se combattirent que les trois Français d'un accord , en regardant leurs épées, dirent : « Seigneurs , nous sommes vôtres, et nous avez conquis : si ouvrez de nous au droit d'armes. » — « Par Dieu , messire Jean , ce dit le duo de Lancastre , nous ne le voudrions pas autrement faire , et nous vous recevons comme nos prisonniers. » Ainsi furent pris les trois dessus dits, si comme je fus informé depuis.

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Gomment la cité de .Limoges fat tout arse et détruite , et comment r^véqut du dit lieu fut délivré de mort à la prière du pape. — ( Chap. 317.)

On ne cessa mie atant; mais fut la <!ité de Limoges courue , pillée et robée sans déport,' et toute arse et mise à destruction ; et puiâ s*en partirent les Anglais » gui emmenèrent leurs conquêts et leurs prisonniers, et se retrairent vers Gongnac, où madame la princesse était; et donna congé le prince à toutes ses gens d'armes ; et ne fit pour cette saison plus avant : car il ne se sentait mie bieniiaitié ,et tous les jours aggrevait ; dont ses frères et ses gens étaient tout ébahis. Or, vous dirai de Févéque de Limoges comment il fîna , qui fut en grand péril de perdre la tête. Le duc de Lancastre le demanda au prince , qui lui donna et accorda , et fit délivrer à faire sa volonté. Lé dit évéque eut amis sur le chemin , et en fut le pape Urbain informé, qui nouvellement était venu de Rome en Avignon : dont trop bien en chéy au dit évéque : autrement il eût été mort. Si requit le dit pape au duc de Lancastre par si douces paroles et si traitables qu'il lui voullist donner, que le dit duc ne le voult point escoadire ; si lui octroya et envoya : dont le pape lui sut grand gré*

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