‹ Collection de chroniques, mémoires et autres documents pour servir à lChapitre 17 sur 28 · BATAILLE NAVALE DE LA ROCHELLE · texte numérisé non relu

BATAILLE NAVALE DE LA ROCHELLE

En 1371, le prince de Galles, accablé par k maliadic et presque mourant, s'embarqua pour TAngleterre : il laissait dans TAquitaine le duc de lÂncastre. Celui-ci s'embjBrqua , à son tour, en 1372 : il abandonnait , en attendant l'arrivée du comte de Pembrocke , le gouvernement des provinces anglaises aux barons de Gascogne , de Poitou et de Sainionge. Charles V , qui avait des intelligences en Angleterre , savail que leccNnle de Pembrocke devait amener dans le Poitou de très-grandes forces. C'est pourquoi il résolut de s'opposer au débarquement des Anglais. Ses traites avec Henri de Castille avaient mis à sa disposition nne flotte considérable : il donna ordre aux capitaines espagnols » qui commandaiei^ les vaisseaux , de surveiller les Anglais, et, s'Us le pou* vaient, de les arrêter. La flotte de dan Henri se plaça devant la Rochelle: c'est là qu'elle livra bataille au comte de Pembrocke.

GomU^nt U roi d'Angleterre ordonna le comte de Pennebroch , gouverneur et souvenùnde tout le paysde Poitou. (Liv.I, part. Il, Cbap, 337.)

Tout cel hiyer se portèrent ainsi les besognes en Angleterre; et y eut plusieurs conseils et imaginations entre les seigneurs sur Tétat du pays , à savoir comment ils se maintiendraient sur réte qui venait. Et avaient les Anglais intention de faire deux voyages, Tun en Guyenne et l'autre en France par Calais ; et acquerraient amis de tous lès ce qu'ils pourraient , tant en Allemagne comme es marches de TËmpire, où plusieurs chevaliers et écuyers étaient de leur accord. Avec tout ce, ils faisaient le plus grand appareil et de toutes choses nécessaires pour un ost , aussi grand comme on eut vu de grand temps faire. Bien savait le roi de France aucuns des secrets des Anglais,

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et sur quel état ils étaient, et quelles choses ils se proposaient à faire. Si se conseillait et avisait sur ce, et £adsait pourvoir ses cités , villes et châteaux, moult gronement, en Picardie, ^ tenait partout en garnisons grandïoison de gens d'armes , par quoi le pays n&fiàt surpris de nul^e maie aventure;

Quand Pété fut venu^ et le roi d'Angleterre eut tenu sa fête et solemnité de Saint-Georges au ehâtel^e Windesore, ainsi qu'il avait d'usage chacun an de Mre,etque messire Guichart d'Angle y fut entré comme confrère , avec le roi et ses enfants et les barons d'Angleterre ^qui se nommaient en confraternité les chevaliers du Bleu-Jaretier , le dit roi s'avala à Londres en son palais de Westmoustier; et là eut grand conseil et parlement de rechef sur les |)esognes du pays. Et pourtant que le duc de Lapcastre devait celle saison passer en .France par les plains de Picardie , et le comte de Cantebruge son firère avec lui, le roi ordonna et institua , à la prière de monseigneur Guichart d'Angle et des Poitevins, le comte de Pennebroôh à aller en Poitou , pour visiter le pays et faire guerre aux Français de ce côté. Car les Gascons et Poitevins avaient prié et requis au roi d'Angleterre , par lettres et par la bouche de monseigneur Guichart d'Angle , que si il était si conseillé que nul de ses enfants ne fit en cette saison ce voyage , il leur envoyât le comte de Pénnebroch , i}ue moult aimaient et désiraient à avoir : car ils le sentai^t bon chevalier et hardi durement. Si dit le roi d'Angleterre au comte de Pénnebroch , présenta plusieurs barons et chevaliers qui là étaient assemblés au conseil : « Jean , beau fils, je vous ordonne et institue que vous alliez en Poitou , en la compagnie de monsei^ur Guichart ; et là serez gouverneur et souverain de toutes les gens d'armes que vous y trouverez, dont il y a grand'foison, si comme de ce je suis informé, et de ceux aussi que vous y mènerez. »

Le comte de Pénnebroch s'agenouilla devant le roi, et dit : «Monseigneur, grands merds delà hautç honneur que me faites; je serais volontiers, es parties delà, un de vos petits maréchaux. » Ainsi sur cel état se départit cil parlement , et retourna le dit roi à Windesore, et emmené messire Guichart avec lui, auquel il parlait souvent des besognes de Poitou et de Guyenne.

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Messire Guieiiart lui disait : « Monseigneur, maiâ que notre ca. pitaine et meneur le comte de Pennebroeh ^it arrivé par delà , nous ferons bonne guerre; car nous y trouverons en tour quatre ou cinq mille lances qui tous obéiront à vous , mais qu'ils soient payés de leurs gages. » Lors répondit le roi : « MessirêGdichart, messire Guicliart,ne vous souciez point d'avoir or et argent pour faire pardelà bonne guerre; car j^n ai assez; et si Temploirai volonliers.en telle marcliandise, puisqu'il metouche , et les besognes de mon royaume. »

Comment le comte de Pennebroeh se partit d'Angleterre poar venir en Poitou : et comment lesEspaignols an havre de la Rochelle daremeot le pombattiient. ^ (-Chap. 338. )

Ainsi et de plusieurs autres paroles s'ébattait souvent en par^ lant le roi d'Angleterre au dit monseigneur Guichart , que moult aimait et créait; c'était bien raison. Or, fut le comte de Pennebroeh tout appareillé, et la saison vint et ordonnance qu'il dût partir : si prit congé au roi, qui lui donna liem^t et à tous ceux qui en sacompagniedevaient aller ; et mesemble quemessire Othe de Grantson, d'outre la Saône, y fut ordonné et institué d'y aller. Le comte de Pennebroeh n'eut mie adonc trop grands gens eu sa compagnie , fors ses chevaliers tant seulement, sur l'information que monseigneur Guichart avait faite au roi ; mais il emportait en nobles et en florins telle somme de monnaie que IK>ur payer trois mille combattants un an.

Si exploitèrent tant les dessus dits, après le congé pris du roi qu'ils vinr^t à Hantonne. Là séjournèrent-ils quinze jours , en attendant vent, qui leur était con^airé. Au seizième, ils eurent vent à volonté. Si entrèrent en leurs vaisseaux et se partirent du Havre, et se commandèrent en la^rde de Dieu et de saint Georges, et puis cinglèrent devers Poitou.

Le roi Charles de France, qui sayait la greigneur partie des consaulx d'Angleterre, mie ne sais comment ni par qui ils étaient révélés , et comment monseigneur Guichart d'Angle et ses compagnons étaient allés en Angleterre et sur quel état , pour impétrer au roi qu'ils eussent un bon meneur et capitaine , et jà

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savait ^e le comte de Pennebroch y était ordonné de venir et toute sa charge; si était le dît roi de France avisé sur ce, et avait secrètement mis sus une armée de gens d'armes par mer, voire à sa prière et requête ; car ses gens étaient au roi Henry de Castille, lesqueb il lui avait envoyés , parmi les alliances et confédérations que ils avaient ensemble. Et étaient ces Espaignols d'une flotte quarante grosses nefe et treize i>arges bien pourvues et bretesehées, ainsi que nefs d^Espaigne sont. Si en étaient patrons ei souverains quatre vaillants hommes, Ambroise de Bouquenegre (1) , Cabesse de Vake (2) , dan Ferrant de Pion (3) , et Radigo le Roux (4).

Si avaient ces Espaignols un grand temps ancré sur mer , en attendant le retour des Poitevins et la venue du comte de Pennebroch ; car bien savaient qu'ils devaient venir en Poitou , et s'étaient mis et ancrés devant la ville de la Roclielle. Or, avint ainsi que, le jour devant la vigile Saint-Jean-Baptiste que on compta Tan mil trois cent soixante douze, le comte de Pennebroch et sa route durent arriver au havre de la Rochelle ; mais ils trouvèrent les dessus dits Espaignols au devant, qui leur destourbèrent le rivage, et furent moult lies de leur venue. Quand les Anglais et les Poitevins virent les Espaignols , et que combattre les conviait, si se confortèrent en eux-mêmes combien qu'ils ne fussent mie bien partis tant de gens comme de grands vaisseaux ; et s'armèrent et ordonnèrent ainsi que pour tantôt combattre , et mirent leurs archers au-devant d'eux; et puis les nefs espaignoles vinrent, qui bien étaient pourvues et guéritées; et dedans grand'foison de gens d'armes et de brigands qui avaient arbalêtres et canons ; et les plusieurs tenaient grands barreaux de fer et plommées de plomb, pour tout effondrer. Tantôt furent approchées en démenant grand*noise et grand'huée. Ces grosses nefis prirent le vent d'amont pour prendre leur tour sur ces nefs anglaises, que' peu doutaient et prisaient, et puis s'en vinrent fondant à plein voile sur eux. La eut à ce commencement grand' traierie des uns aux autres , et s'y portaient les Anglais moult bien. Là fit le comte de. Pennebroch aucuns de ses écuyers clievaliers , pour honneur. Là eut grand'bataille et dure , et eurent

(1) Ambrosio Boccanegra. (3) Heroando de Lion?

(2J Cabezade Vacu. (4) Rui Dia« de Rojas.

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les An^is bien h quoi «itendre; car ces Espaignols qui étalent en leurs grands vaisseami, qui se montraient tout dessus ces vaisseaux d'Angleterre , tenaient grands barreaux defer et pierres, et les jetaient et lançaient contre val pour effondrer les nefe anglaises , et blessaient gens et hommes d'armes moult malemmit. Là était entre les chevaliers d'Angleterre at de Poitou chevalerie remontrée et prouesse très grandement. Le comte de Pennebroch se combattait et requérait ses ennemis moult fièrement , et y fit ce jour phisieurs grands appertises d'armes ; et aussi firent messire Othe de Grantson et messire Guichart d'Angle , le sire de Poiane et tous les autres chevaliers.

Comment ceux de la Rochelle ne vonldrent secourir le comte de Penne» broch, et comment le sénéchal de la Rochelle et trois autres ohevaliert le vinrent secourir. — (Ghap. 339.)

A ce que j'ai ouï recorder à ceux qui furent à celle besogne devant la Roi^helle^ bien montrèrent les Anglais et les Poitevins, qui là étaient, qu'ils désiraient moult à eonquerre et à avoir grand prix d'armes : car oncques gens ne se tinrent si vaillamment , ni si bien ne se combattirent. Car ils n'étaient que un petit au regard des Espaignols, et en menus vaisseaux ; et se pouvaiton émerveiller comme tant duraient : mais la grand'prouesse ^ chevalerie d'eux les reconfortait et tenait en force et en vigueur. Et si ils eussent été pareils de ne£5 et de vaisseaux, les Espaignols ne l'eussent mie eu d'avantage : car ils tenaient leurs lances acérées , dont ils lançaient les horions si grands que nul ne les osait approcher, si ils n'étaient trop bien armés et pavoises; mais le trait et le jet qui venaient d'amont , de pierres , et de plommées de plomb et des barreaux de fer , les grevait et tempêtait durement; et navra et blessa de leurs chevaliers etécuyers ce premier jour plusieurs.

Bien véaient les gens de la RocheHe la bataille ^ mais point ne s'avançaient d'aller ni de traire celle part pour conforter leurs gens qui se combattaient si vaillamment, ainçois les laissaient convenir. En tel estrif et en celle riote furent-ils jusques à la nuit, qu'ils se départirent les uns des autres et se mirent à l'an-

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cre : mais les Aaglais perdirent ce premier jour deux barges de pourvéanoes , et fiirent tous ceux mis à mort qui dedans étaient. Toute celle miit fut messire Jean de Harpedane» qui pour le temps était sénéchal de la RochpUe, en grands prières envers ceux de la ville, le maieur , sire Jean Chauderon , et les autres, que ils se voulsissent armer et faire armer la communauté de la ville , et entrer en barges ^ en nefs qui sur le kay étaient , pour aller aider et conforter leurs gens qui tout ce jour si vaillamment s'étaient combattus. Ceux de la Rochelle, qui nulle volonté n'en avaient, s'excusai^t , et disaient qu'ils avaient leur viUe à garder, et que ce n'étaient mie gens de mer, et que combattre ne se savaient sur mer, ni aux Espaignols ; mats si la bataille était sur terre , ils iraient volontiers.

Si demeura la chose en tel état, ni oncques il ne les put amènera ce , pour prières qu'il sût faire , qu'ils y voulsissent aller. A ce jour étaient dedans la Rochelle le sire de Tonnai-Bouton , messire Jacques de Surgières, messire Maubrun de Linières, qui bien s'acquittèrent aussi de prier avec le dessus dit ceux de la Rochelle. Quand ces quatre chevaliers virent qu'ils ne pourraient rien exploiter, ils s'armèrent et firent armer leurs gens, ce qu'ils en avaient; ce n'était point foison; et entrèrent en quatre barges qu'ils prirent sur le kay ; et au point du jour , quand le flot fut revenu , ils se firent nager jusques à leurs compagnons , qui leur surent grand gré de leur venue; et disaient bien au comte de Pennebroch et à monseigneur Guichart d'Angle que de ceux de la Rochelle ils ne seraient point secourus ni confortés , et que sur ce ils s'avisass^t. Et ceux qui amender ne le pouvaient, répondirent qu'il leur convenait la merci Dieu et l'aventure attendre , et que un temps viendrait que ceux de la Rochelle s'en repentiraient.

Gomment le comte de Pennebroch fut pris des EspaignoU et tous ceux qui avec loi étaient, morts ou pris.— (Ghap. 340. )

Quand ce vint au jour que la marée fut revenue , et que plein flot était , ces Espaignols se désancrèrent en démenant grand' noise de trompettes et de trompes , et se mirent en bonne ordon-

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nance , ainsi que le jour devant ; et arroutèrent toutes leurs grosses nefs , pourvues et armées grandement , et prirent l'avantage du vent pour endorre les nefs des Anglais, qui n'étaient point grand toison au regard d'eux ; et étaient leurs quatre patrons , qui ci-dessus sont nommés , tout devant en bonne ordonnanee. Les Anglais et Poitevins , qui bien véaient leur convine, s'ordonnèrent selon ce et recueillirent tous ensemble ; et ce qu'ils avaient • d'archers ils les mirent tous devant. Et puis vinrent les Espaignols à plefh voile, Ambroise Bouquenegre, Gabesse de Vake, dan Ferrant de Pion et Radigo le Roux , qui les gouvernaient, et commencèrent bataille félonnesse et périlleuse.

Quand ils furent tous ensemble, les Espâîgnols jetèrent grands crochets et chaînes de fer, et se attachèrent aux Anglais, par quoi ils ne se pouvaient départir; car ils les comptaient ainsi que pour eux. Avec le comte de Pennebroch et messire Guicfaart d'Angle avait vingt-deux chevaliers de grand' volonté et de bon hardement , qui vaillamment se combattaient de lances , et d'épées et d'armures qu'ils portaient. Là furent encel état un grand temps , lançant et combattant l'un à l'autre ; mais les Espaignols avaient trop grand avantage d'assaillir et de défendre envers les Anglais , car ils étaient en grands vaisseaux plus grands et plus forts assez que les Anglais, parquoi ils lançaient d'amont barreaux de fer, pierres et plommées , qui moult travaillaient les Anglais. En cel estrif et en celle riote, combattant et défendant, lançant et traiant l'un sur l'autre, furent-ils jusques à heure de tierce que oncques gens sur mer ne prirent si grand travail que les Anglais et Poitevins firent là : car il en avait le plus de leurs gens du trait et du jet des pierres et fondes d'amont , blessés , et tant que messire Aimery de Tarste , ce vaillant chevalier de Gascogne , y fut occis, et messire Jean de Lantonne, qui était chevalier du corps du comte de Pennebroch.

Au vaisseau du dit comte étaient arrêtées quatre nefs espaignoles, desquelles Gabesse de Vake et dan Ferrantde Pion étaient gouverneurs. En ces vaisseaux , ce vous dis , avait grand'foison de dures gens; et tant au combattre , au traire et au lancer travaillèrent le comte et ses gens, qu'ils entrèrent en leur vaissel , où Ton fit mainte grand'appertise d'armes et là fut pris le dit

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comte , et tous ceux morts ou pris qui étaient en son vaissel. Tout premièrement de ses chevaliers pris, messire Robert Tinfort, messire Jean Tourson et messire Jean de Ornières; et morts, messire Sy mon Housagre, messire Jean de Mortaing et messire Jean Toùchet.

Comment les Espaignob se partirent do bavre de la Roctielte atout leurs prisonniers ; et comment ce propre jour le captai arriva à la RocheUe. — • (Chap.341.)

D*autre part, se combattaient lès Poitevins, messire Guichart d'Angle , le sire de Poiane , le sire de Tonnai-Bouton et aucuns chevaliers de leur route , et en une autre nef messire Othe de Grantson à Ambroise de Bouquenegre et à Biidigo le.Roux. Si avaient plus que leur faix, et tant que iceux chevaliers furent tous pris des Espaignols, ni opcques nul n'en échappa qu*il ne fût mort ou pris , Anglaki ni Poitevins, et toutes leurs gens au danger des Espaignols , de prendre onde occire. Mais quand ils eurent les seigneurs et ils en furent saisis , depuis ils ne tuèrent nuls des varlets; car les seigneurs en prièrent que on leur laissât leurs gens , et qu'ils fineraient bien pour tous.

Qui se trouve en tel parti d'armes que le comte de Pennebroch et messire Gutebart d'Angle et leurs gens se trouvèrent devant la Rochelle^ ce jour devant nommé, il faut prendre l'aventure en gré telle que Dieu ou fortune lui envoie. Et sachez que pour ce jour , combien que les barons et chevaliers et écuyers , qui là furent morts ou pris , le comparassent, le roi d'Angleterre y perdit plus que nul ; car par celle déconfiture se perdit depuis tout le pays, si comme vous orrez avant en l'histoire.

On médit que la nef anglaise où la finance était , dont messire Guichart devait payer les soudoyers en Guyenne , fut périe, et tout l'avoir qui dedans était, et ne vint à nul profit. Tout ce jour , qui fut la vigile Saint- Jean-Baptiste, et la nuit, et le lendemain jusques après nonne, se tinrent les Espaignols ancrés devant la Rochelle, en démenant grand'joie et grand revel, dont il en ebéy bien à un chevalier de Poitou qui s'appelait messire Jacques de Surgières ; car il parla si bellement à son

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maître , qu'il fut quitte parmi trois cents francs que il paya là tous appareUlés, et vint le jour de la Saint-Jean dîner en la ?ille de la Rochelle. Par lui sut-on comment la besogne avait lors allé , et lesquels étaient morts oi^ pris. Plusieurs des bourgeois de la ville remontrèrent, par semblant, qu'ils en étaient courroucés , qui tous joyeux en étaient ; car oncques n'aimèrent naturellement les Anglais. Quand ce vint après nonne, ce jour de la Saint- Jean-Baptiste , que le flot fut venu , les Ëspaignols et desancrèrent et saehèrent les voiles amont, et se départirent , en démenant grand'noise de trompes et de trompettes, de muses et de tambours. Si avaient dessus leurs mâts grand estrannières à manière de pennons , armoyés des armes de Gastille , si grands et si longs que les bouts bien souvent en frappaient en la mer, et était grand'btôuté à regarder. En cel état se départirent les. dessus dits , et phr^t leur tour de la haute met pour cheminer devers Galice.

En ce propre jour que on dit le jour Saint-Jean, au soir, vinrent en la ville de la Rochelle grand'foison de gens d'armes. Gascons et Anglais , lesquels encore de celle avenue n'avaient point ouï parler ; mais bien savaient que les Ëspaignols gisaient et avaient géu un temps devant la Rochelle» Si venaient celle part pour ceux de la ville reconforter, desquels gens d'armes étaient capitaines messire Bérard de la Lande , messire Pierre de Landuras , monseigneur le Soudich , messire Bertrand du Franc; et des Anglais, monseigneur Thomas de P^rcy , messire Richard de Pont-Chardon, monseigneur Guillaume de Ferritonne, monseigneur d'Angouse, monseigneur Baudoin de Frainidlle , monseigneur Gautier Huet et monseigneur Jean d'Évreux. Quand ces seigneurs et leurs routes , où lûen avait six cents hommes d'armes , furent venus en la Rochdle, on leur fit grand'chère de bras ; car on n'en osait autre chose faire.

Adonc furent-ils informés par monseigneur Jacques de Surgières , de la bataille des Ëspaignols comment elle avait allé , car il y avait été, et lesquels y étaient morts ni pris. De ces nouvdles furent les barons et les chevaliers trop durement courroucés, et se tinrent bien pour infortunés quand ils n'y avaient été; et regrettèrent durement et longuement le comte

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de Pennebroch et monseigneur Guichart d* Angle , quand ils avaient ainsi perdu leur saison. Si se tinrent en la Rochelle , ne sçais quants jours , pour avoir avis et conseil comment ils se maintiendraient , ni quelle part ils se trairaient.

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