‹ Collection de chroniques, mémoires et autres documents pour servir à lChapitre 28 sur 28 · DE LA MORT DU ROI RICHARD D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

DE LA MORT DU ROI RICHARD D'ANGLETERRE

Rn 1399, Richard II, roi d*AnglcteiTt*, fui déposé (3o septembre), puis enfermé au ebàteau de Pootefraot. Dans les preniers jours du mois de j[«Qyier de l'année 1400 (t); il fut tué dans sa prison, par ^rdre de^enri de Lancaslre, qui s'était emparé de la couronne, Froisa^rl ne connaît pas ou ne veut pas raconter les circonstances du meurtre : La cause comme cefutf ni par quêiie imeid^nce, point Je ne le savais an jour que j'escripsis ces chroniques. « Seulenient il nionttonift le fait avec un sentiment de tristesse qui chez lui n'est pas habituel Richard était le fils du prince Noir Je petit-fils d'Edouard III de glorieuse mémoire , et de madame Philippe de Hatnaut , cette noble reine qui avait encouragé et largement récompensé les premif ra easaia du chromqiie«ir. Froissartf dans la fleur da l*âge et au milieu des poippes de la cour de Bordeaux, avait vu nalire, en 1367, celui dont la vie et le régne venaient d'avoir une fin si tragique. O souvenir de jeunesse, qu'il se plaît à rappeler, donne (ce qui n« sa r^œontre pas aillmirs dans ses i^cits) une teinte de mélancolie à la pa^e que nous allons citer (2),

De la mort du roi Richard d'Angleterre. — ( Liv. IV, chap. 82.)

Depuis ne demeura longs jours que reuomméd vér'xWÉb cou> rait parmi Londres que Bidbard de Bordeaux était mort. La cause comme ce fut , ni par quelle incidence , point je ne le savais au jour que j'escripsis ces chroniques. Le roi Richard de Bordeaux mort, il fut couché, sur une litière, sur un char couvert de beaudequin tout noir ; et étaient quatre chevaux tout noirs attelés au char, et deux valets vêtus qui les chevaux menaient, et quatre chevaliers venant derrière, vêtus de noir, suivaient le

(I) Le jour des Rois, soiTant une (2) C'est la dernière des Chroniques» relatioD manuscrite citée par M. Buclion.

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ehar ; et se départit ainsi de la Tour de Londres où mort était , et fut ameué tout au k)ng de Londres et tout le petit pas jusques en la grand*rue de Cep , où tout le retour de Londres est ; et là emrai la rue s'arrêtèrent le ehar, les charretiers et les chevaliers; et y furent deux heures; et vinrent plus de vingt mille personnes , hommes et femmes, voir le roi Richard qui là gisait, le chef sur un noir oreiller, à viaire découvert. Les aucuns en avaient pitié qui le véaient en cel état, et les autres non, et disaient que la mort , et de grand temps , il avait bien acquise.

Or, considérez, seigneurs, rois, ducs, comtes, prélats, et toutes gens de lignage et de puissance , comment les fortunes de ce monde sont merveilleuses et tournent diversement. Le roi Richard régna roi d'Angleterre vingt- deux ans en grand'prospérité, tant que de tenir états et seigneuries; car il n'y eut oncques roi en Angleterre qui dépendît autant , à cent mille florins par an pour son hôtel seulement et son état tenir, que fît le roi Richard de Bordeaux. Car moi, Jean Froissart, chanoine et trésorier de Chimay , le vis et considérai , et fus un quart d*an en son hôtel; et me fit très-bonne chère, pour la cause de ce que, de ma jeunesse, j'avais été clerc et familier au noble rpi Edouard, son tayon, et à madame Philippe de Hainaut, roine d'Angleterre, sa taye ; et quand je me départis de lui , œ fut à Windesore ; à prendre congé, il me fit par un sien chevalier, lequel on nommait messire Jean Bouloufre , donner un gobelet d a rirent doré d^or , pesant deux marcs largement , et dedans cent nobles , dont Je valus mieux depuis tout mon vivant. Et suis moult tenu à prier de lui , et envis escripsis de sa mort ; mais pourtant que j'ai dicté, ordonné et augmenté à mon loyal pouvoir celle histoire , je Tescripsis pour donner connaissance quelle chose il devint.

En mon temps je vis deux choses qui furent véritables, quoiqu'elles convertirent en grand différent. A savoir est que j'étais en la cité de Bordeaux , et séant à table, quand le roi Richard fut né, lequel vint au monde par un mercredi , sur le point de dix heures. Et à celle heure que je dis , vint messire Richard de Pont-Chardon, maréchal, pour ce temps, d'Aquitaine , et me dit : « Froissart , escripsez et mette? en mémoire

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que madame la princesse est accouchée d'un beau fils , qui est venu au monde au jour des Rois ; et si est fils de roi , car son père est roi de Galice; le roi dam Piètre lui a donné, et s'en va son père, conquérir le dit royaume. £t si vient l'enfant de royale lignée. Si que par raison il sera encore roi. » Le gentil chevalier de Pont-Chardon ne mentit pas, car il fut roi d'Angleterre vingt-deux ans; mais au jourqu'il me dit ces paroles il ne savait pas la conclusion de sa vie quelle elle serait ; et ce sont choses à imaginer, et sur lesquelles j'ai moult pensé depuis. Car le premier an que je vins en Angleterre, et au service du noble roi Edouard et de la noble roine Philippe et tous leqrs enfants, qui pour lors avaient été à Berquamestede , un manoir du prince de Galles séant outre Londres trente milles , et pour prendre congé au prince et à la princesse qui s'en devaient aller en Aquitaine , ainsi qu'ils firent , là ouïs dire un ancien chevalier qui se nommait messire Bétremieus de Bruwes, qui parlait et devisait aux damoiselles de la roine, lesquelles étaient de Hainaut, et disait ainsi : « Nous avons un livre en ce pays qui s'appelle le Brut; et devise que jà lé prince de Galles, ains-ué fils du roi, ni le duc de Clarence, ni le duc de Lancastre, ni le duc dTorch, ni le duc de Glocestre, ne seront point rois d'Angleterre ; mais retournera le royaume en l'hôtel de Lancastre. » Or, dis-je, moi, auteur de celle histoire, considérant toutes ces choses, que les deux chevaliers, c'est à savoir messire Richard de Pont-Chardon et messire Bétremieus de Bruwes, curent chacun raison; car je vis, et aussi fit tout le monde, Richard de Bordeaux vingt-deux ans roi d'Angleterre ; et, lui vivant, retourner et venir la couronne d'Angleterre en l'hôtel de Lancastre. Ce fut quand le roi Henri , par les conditions dessus dites, fut roi (^'Angleterre. Et point ne pensait à lajcouronne, ni n'eût pensé , si Richard se fût porté familièrement et amiablement devers lui ; et encore le firent les Londriens roi pour eschever les grands domhiages de lui et de ses enfants , dont les Londriens eurent pitié.

Quand le char, et Richard de Bordeaux sus, eut été en Cep plus de deux heures , il se partit de là ; et charrièrent les charretiers avant, et les chevaliers tous quatre derrière. Quand ils

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furent au dehors de Londres, les quatre chevaliers montèrent à cheval , car là ils trouvèrent leurs varlets; et puis cheminèrent fort avant, et Grent tant qu^ils vinrent en un village où il y a le manoir 4u roi et de la roine que on dit l'Anglée ; et sied à trente milles de Londres. Là est le roi Richard de Bordeaux enseveli. Dieu lui fasse merci à Tâme !

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