ASSASSINAT DU CONNÉTABLE DE CLISSON
Pierre de Cfaon, dit Froissart, était un chevalier de France ^ de la nation d'Anjou et de Bretagne, et moidt gentilhomme et de noble extraction (i). Il se mit d'abord au service du duc d* Anjou; mais, s'il faut ajouter foi aux accusations des contemporains, il se montra ser<\ viieur déloyal, et il profita de la mort du prince pour dérober une partie de ses trésors. Pois il vint à Paris, où il fut favorablement accueilli, à l'hôtel ^aint-Paul, par le roi Charles VI et par" le duc de Touraine (a). Il devint le compagnon inséparable de ce dernier et le confident de ses nombreuses amours. Ce fut pour les avoir divulguées , suivant Froissart, et peut-être aussi parce que Clisson, le connétable, avait découvert ses intrigues secrètes avec le duc de Bretagne, qu'il fut exclu tout à coup du service et de Thôtel du roi (3).
Honteux et irrité de l'affront qu'il avait reçu , il quitta Paris et se retira auprès du duc de Bretagne , son parent. Celui-ci haïssait mortellemmit le connétable. Il entretint donc le chevalier offensé dans des idées de vengeance; et il arrêta sans doute avec lui le plan de l'audacieux attentat que Froissart va raconter.
Comment messire Pierre de Craon , par haine et mauvais aguet, battit messire Olivier de Cliçon , dont le roi et ses consaulx furent moult courroucés. — (Uv.IV, chap.28.)
Vous avez bien ici-dessus ouï parler et proposer comment messire Pierre de Craon, lequel était un chevalier en France de grand lignage et affaire, fut éloigné de l'amour et grâce du roi de France et du duc de Touraine, son frère, et par quelle achoi-
(1) Chfxmiquei, liv. IV, chap. 21. venant de la booehe da roi. que on n'a-
(2) Le dac de Tooraine , frère du roi, vait pins que faire en l'hôtel du roi de prit en I30I le titre de duc d'Orléans, «on service, et que il quist ailleurs son II fut assaskinè , comme on sait, en 1407, mieqx. Pareillement messire Jean de par Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Beuilet le sire d'Erbaos, sénïctial de Ton-
(3) « Ce propre jour, fat dit à messire raine, lui dirent ainsi. » Chron,, Ut. IV, Pierre de Craon , de par le seigneur de cb. 21 .
la Rivière et messire Jean le Mercier,
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son. Si cause y avait d'avoir courroucé si avant le roi et son frère, ce fut mal fait. Et si avez bien ouï recorder comment il était venu en Bretagne de lès le duc, et lui avait dit et conté toutes ses raescliéances ; le duc y avait entendu par cause de lignage et de pitié, et lui avait ainsi dit que Olivier de Gliçon lui avait tout promu et brassé ce contraire.
Or, peuvent aucuns supposer que de ce il l'avait informé et enflammé , pour tant que sur le dit connétable il avait trèsgrand'haine, et ne le savait comment honnir ni détruire; et messire Pierre de Craon étant de lès le duc de Bretagne, souvent ils parlaient ensemble et devisaient de messire Olivier de Cliçon , comment ni par quelle manière ils le mettraient à mort; car bien disaient que s'il était occis par quelque voie que ce frtt, nul n'en ferait guerre ni contrevengeance. Et trop se repentait le duc de Breta^qe qu'il ne l'avait occis , quand il le tint à son aise au chastel de l'Ermine de lès Nantes. Et voulsist bien que du sien il lui eût coûté cent mille francs, et il le tînt à sa volonté.
Ce messire Pierre de Craon , qui se tenait de lès le duc et considérait ses paroles , et comment mortellement il béait Cliçon , proposa une merveilleuse imagination en soi-même, car par les apparences se jugent les choses. Il s'avisa, comment quéoe fdt, que il mettrait à mort le connétable, et n'entendrait jamais à autre chose, si l'aurait occis de sa main ou fait occire ; et puis on traiterait de la paix. Il ne doutait ainsi que néant Jean de Blois qui avait sa fille, ni le fils au vicomte de Rohan qui avait l'autre ; avecques l'aide du duc et de son lignage il se chevirait bien contre ces deux : car ceux de Blois étaient encore trop fort affaiblis , et si avait le comte Guy de Blois vendu l'héritage de Blois, qui devait retourner par succession d'hoirie à ce comte de Paintieuvre, Jean de Blois, et viendrait au duc de Touraine; là lui avait-il montré petite amour et confidence, et alliance de lignage. Et si ce fait était advenu, et Cliçon mort, petit à petit on détruirait tous les marmousets du roi et du duc de Touraine , c'est à entendre le seigneur de la Rivière, messire Jean le Mercier , Montagu, le Bègue de Vilaines, messire Jean de Beuil et aucuns autres de la chambre du roi, lesquels aidaient à soutenir l'opinion du connétable ; car le duc de Berry et le duc de Bourgogne
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De les aimaient que un petit, quel semblant qu'ils leur montras* sent. Advint que il persé^^a en sa mauvaiseté; et tant considéra le dit messire Pierre de Craon ses besognes et subtilla sus , par mauvais argu et Tennort de Tennemi qui oncques ne dort, mais veille et réveille les cœurs des mauvais qui à lui s'inclinent, et jeta tout son fait devant ses yeux avant qu'il osât rien entreprendre, en la forme «t manière que je vous dirai ; et si il eut justement pensé et imaginé les doutes , les périls et meschefs qui par son fait pouvaient venir et descendre, et qui depuis en descendirent, raison et attrempance y eussent eu en son cœur autrement leur lieu que elles ne eurent ; mais on dit , et il est vérité, que le grand désir que on a aux choses que elles adviennent estaint le sens, et pour ce sont les vices maîtres, et les vertus violées et corrompues. Car pour ce par espécial que le dit messire Pierre de Craon avait si grand'affectiort à la destruction du connétable, il s'inclina et accorda de tous points aux consaulx de outrage et de folie ; et lui était avis, en proposant son fait, mais quesauvement il pût retourner en Bretagne devers le duc, le connétable mort, il n'aurait jamais garde que nul ne le vînt là querre, car le duc le aiderait à délivrer et à se excuser; et au fort, si la puissance du roi de France était si grande que il en voulsist faire fait, et le vînt quérir en Bretagne, sur une nuit il se mettrait en un vaissel, et s'en irait à Bordeaux, à Bayonne ou en Angleterre. Là ne setait-il point poursuivi , car bien savait que les Anglais le béaient mortellement, pour les grandes cruautés qu'il leur avait faites et consenti faire , depuis les jours que il s'était tourné Français ; car au devant il leur avait fait plusieurs beaux et grands services^ si comme ils sont contenus et devises notoirement ici-dessus en notre histoire.
Messire Pierre de Craon, si comme vous orrez, pour accomplir son désir, avait de longtemps en soi-même proposé et jeté son fait, et à nullui ne s'en était découvert. Je ne puis savoir si oncques il en avait parlé au duc de Bretagne. I^es aucuns supposaient que oil, et les autres non. Mais la cause de la supposition de plusieurs est pour tant que, le délit fait par lui et par ses complices, le plus tôt comme il put et par le plus bref chemin , il s'en retourna en Bretagne, et s'en vint comme à sauf garant et
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à refitge devers le duc de Bretagne ; et outre, en devant le fait, il avait rendu et vendu ses châteaux ci héritages qu'il tenait en Anjou au duc de Bretagne > et renvoyé au roi de France son hommage; et se feignait, et disait qu'il voulait voyager outre mer. De toutes ces choses je me passerai brièvement, mais je vous éclaircirai le fait ; car je, auteur et proposeur jde cette histoire , pour les jours que le meschef advint sur le connétable de France messire Olivier de Gliçon , j'étais à Paris. Si en dus par raison bien être informé , selon Tenquéte que je fis.
Vous savez, ou devez savoir, que pour ce temps le dit messire Pierre de Craon avait en la ville de Pans, en la cimetière que on dit Saint- JeaB, un très-bel hdtel , ainsi que plusieurs grands seigneurs de France y ont, pour là avoir à leur aise leur retour. Cet hôtel, ainsi comme coutume est, il le faisait garder par un concierge. Messire Pierre de Craon avait envoyé, dès, le Carême- Prenant, à Paris, aujdit hôtel, de ses varlets qui le servaient pour son corps, et par iceux fait Thôtel pourvoir bien et laidement de vins et de pourvéances, de farines, de chairs, de sel, et de toutes choses qui appartiennent à un hôtel. Avec tout ce il avait écrit au concierge que il lui achetât des armures, cottes de fer, gantelets, eoiffettes d'acier et telles choses, pour armer quarante compagnons; et quand il en serait pourvu, il lui signifiât et il les envolerait quérir, et que tout ce il fit secrètement.
Le concierge, qui nul mal n'y peasait, et qui vouls^it obéir au commandement de son maître, avait quis, pourvu et acheté toute cette marchandise. Tout ce terme pendant et ces besognes faisant, se tenait encore en Anjou, en un chastel de son héritage , bel et fort, que on clame Sablé ; et envoyait compagnons forts , hardis et outrageux, une semaine deux, l'autre trois, l'autre quatre, tout secrètement et couvertement à son hôtel à Paris. A. ieur département M ne leur disait pas pourquoi c'était faire, naais bien leur enditait : « Vous venus à Paris, t^ez-vous des lûens de mon hôtel tout aises ; et ce qui vous sera métier demandez-le au concierge , vous l'aurez tout prêt ; et point ne vous montrez pour chose qui soit. Je vous ensonnierai un jour tout acertes, et vous donnerai bons gages. » Ceux, sur la forme et état qu'il leur disait, ouvraient et venaient à Paris ; et y entraient de nuit ou de
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matin, car pour lors les portes de Paris nuit et jour étaient ouvertes. Tant s'y amassèrent que ils furent environ quarante compagnons hardis etoutrageux. D'autres gens n'avait le dit messire Pierre que Mre ; et de ce il y en avait plusieurs que, si ils eussent sçu pourquoi c'était faire, là ils n'y eussent entré; mais de découvrir son secret il se gardait bien.
Messire Pierre de Craon, environ la Pentecôte en les fêtes, il vint secrètement à Paris et se bouta en son hôtel, non en son état, mais ainsi que les autres y étaient venus. Il manda le varlet qui gardait la porte : « Je te commande , sur les yeux de ta tête à crever, dit messire Pierre de Craon, quand il fut venu en son hôtel, que tu ne mettes céans homme ni femme , ni laisses issir aussi, si je ne te le commande. » Le varlet obéit, ce fut raison ; aussi 6t le concierge qui avait la garde de l'hôtel. La femme du concierge, ses enfants et la chambrière on faisait tenir en une chambre, sans point issir. Il avait droit; car si femmes ou enfants fussent allés sur les rues, la venue de messire Pierre eût été sçue , car jeunes enfants et femmes par nature cèlent envis ce que ils voient et que on veut celer. En tel état et arroi que je vous conte, furent-ils là-dedans cet hôtel enclos jusques au jour du Saint-Sacrement. Et avait tous les jours, ce devez-vous croire et savoir , ce messire Pierre ses espies allant où il les envoyait, et retournant vers lui, qui épiaient sur son fait, et lui rapportaient la vérité d# ce que il voulait savoir. Et n'avait point encore le dit messire Pierre, jusques à ce jour du Sacrement, vu son heure, dont il s'en ennuyait bien en soi-même.
Or, advint que, ce jour du Saint-Sacrement, le roi de France , en son hôtel de Samt-Pol à Paris, avait tenu de tous les barons et seigneurs , qui pour ce jour étaient à Paris , cour ouverte; et fut ce jour le roi en très-grand soûlas, et aussi fut la roine et la duchesse de Touraine. Et pour les dames solacier et le jour persévérer en joie, après dîner, dedans le clos de l'hôtel d&Saint- Pol (1) à Paris, les jeunes chevaliers et écuyers montés sur coursiers et tous armés pour la joute, la lance au poing, étaient là
(I) L'emplacement de l'hôtel Saint- pnla la rue Saint-Paul jusqu'aux fossés Paul s'étendait depuis la rue Saint-An- de l'Arsenal et de la Bastille, Dnlaure , toinc jusqa'aa cours de la Seine , et de- Histoire de Paris, U 111, p. 358.
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venus, et avaient jouté fort et roidement; et furent ce jour les joutes moult belles , et volontiers vues du roi, de la roine, des dames et des damoiselles, et ne cessèrent point jusques au soir. Et eut le prix, pour le mieux joutant, par le record des dames , premièrement delà roine de France, de la duchesse de Touraine et des héraults à ce ordonnés du donner et du juger, messire Guillaume de Flandre, comte de Namur. Et donna le roi le souper à Saint-Pol à tous les chevaliers (juiy vouidrent être. Et après ce souper on dansa et carola jusques à une heure après mie-nuit. Après ces danses on se départit; et se trait chacun en son logis, ou à son hôtel sans doute et sans guet, Tun çà et l'autre là. Messire Olivier de Cliçon, connétable de France pour lors, se départit tout dernier. Et avait pris congé au roi et s'en était revenu par la chambre du doc de Touraine, et lui avait demandé : « Monseigneur, demeurez-vous ici, ou si vous retournerez chez Poullain? » Ce Poullain était trésorier du duc de Touraine,.et demeurait à la Croix du Tiroy assez près de l'hôtel, au Lion d'argent. Le duc de Touraine lui avait répondu et dit : « Connétable, je ne sçais encore lequel je ferai du demeurer ou de retourner. Allezvous-en ; il est meshui bien heure de partir pour vous. » Donc prit à celle parole le connétable congé au duc de Touraine, eu disant : « Monseigneur, Dieu vous doint bonne nuit! » Et se départit sur cel état, et vinten la place devant l'hôtel de Saint-Pol , et trouva ses gens et ses chevaux qui le attendaient. Et tout compté il n'y en avait que huit et deux torches , lesquelles les varlets allumèrent sitôt que le connétable fut monté ; et les torches portées devant lui se mirent au chemin parmi la rue pour entrer en la grand'rue Sainte-Catherine.
Messire Pierre de Craon avait ce soir si bien épié que il savait tout le convenant du connétable , et comment il était demeuré derrière , et de ses chevaux qui l'attendaient. Si était parti et issu ht>rs de son hôtel , et ses gens tous armes à la couverte , et tous montés sur leurs chevaux , et n'y avait de ceux de sa route pas six qui sçussent encore quelle chose il avait en propos, de faire. Et était venu le dit messire Pierre sur la chaussée au carrefour Saihte-Catheriiie ; et là se tenait-il et ses gens tous cois, et attendaient le connétable. Sitôt que le connétable fut issu hors
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de \a rue Saint-Pol et tourné au carrefour de la graiul'rue, et que il s'en venait tout le pas sur son cheval, les torches sur son lès pour lui éclafrer, et janglait à un écuyer ; et disait : « Je dois demain avoir au dîner chez moi monseigneur de Touraine, le seigneur de Coucy, messirc^ Jean de Vienne, messire Charles d'Hangiers , le baron d'Ivery et plusieurs autres; or, pensez que ils soient tous aisés, et que rien n'y ait épargné; » ces paroles disant, véez-cy messire Pierre de Graon et sa route qui s'avancent, et premièrement ils entrèrent entre les gens du connétable, qui étaient sans lumière,, sans parler, ni sans écrier.
Tout premier on prit les torches, et furent éteintes et jetées contre terre. £n les prenant , le connétable avait parlé tout bas et dit ainsi , pour tant que quand il sentit Teffroi des chevaux qui venaient derrière, il cuidaitque ce fût le duc de Touraine qui s'ébattait à lui et à gens : « Monseigneur, par ma foi , c'est mal fait , mais je le vous pardonne, car vous éles jeune; si sont tous revaux et jeux en vous. » A ces mots dit messire Pierre de Craon , en tirant son épée hors du feurre : « A mort, à mort, Cliçon ! si vous faut mourir! » — « Qui es-tu , dit Ciiçon , qui dis telles paroles? » — « Je suis Pierre de Craon, votre ennemi. Vous m'avez tant de fois courroucé, que ci le vous faut amender. Avant 1 dit-il à ses gens ; j'ai celui que je demande et que je vueil avoir. » Et en disant ces paroles, il ûertet lance après lui. Ses gens tirent épées, et lancent après lui. Coups commencent a voler et à croiser sur le connélable , et il , qui était tout nu et dépourvu, et ne portail fors un coutel , espoir de deux pieds de long, trait le coutel et commence à estreniir. Ses gens étaient tous nus et dépourvus ; si se effrayèrent, et furent tantôt ouverts et épars. Les aucuns des hommes de messire Pierre de Craon demandèrent : « Occirons-nôus tous .^ » — «Oil, dit-il, ceux qui se mettront à défense. » La défense était petite , car ils n'étaient que eux huit et sans nulle armure , et tous entendaient au connétable occire et aterrer ; ni messire Pierre de Craon ne demandait autre chose que le connétable mort. Et vous dis , si comme aucuns connurent depuis qui à cet assaut et emprise furent, les plusieurs, quand ils eurent la connaissance que c'était le connétable qu'ils assaillaient, furent si eshidés que, en férant sur
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lui ou contre lui , leurs coups n'avaient pointde puissance ; et aussi ce qu'ils faisaient, ils le faisaient paoureusement; car en trahison faisant nul n^est hardi. Le connétable contre les coups se couvrait de son bras, et croisait de son badelaireen soi défendant vaillamment. Sa défense ne lui eût rien v^u , si la grâce de Dieu ne Feût gardé et défendu. Et toudis se tenait sur son cheval , et tant qu'il fut féru sur le chef d'une épée à plein coup moult vaillamment, duquel coup il versa jus de son cheval , droit à rencontre de rhuis d'un fournier, qui jà était découché pour ordonner ses besognes et faire son pain et cuire , et au devant il avait ouï les chevaux frétiller sur la chaussée, et plusieurs des paroles qui y furent dites; et avait le dit fournier un petit entr'ouvert son huis , dpnt trop bien en prit et chéy au seigneur de Cliçon de ce que l'huis était entr'ouvert ; car au cheoir que il lit contre l'huis il s'ouvrit, et le connétable chéy du chef par dedans la maison. Ceux qui étaient à chevaine purent férir dedans, car rhuisn'était pas trop haut ni trop large, et si faisaient leur fait paoureusement. Vous devez savoir, et vérité est , que Dieu fit adonc grand'grâce au connétable ; car si il fût aussi bien chéy dehors l'huis comme il fit par dedans , ou que l'huis eût été fermé, il était mort, et l'eussent tout défroissé et pietellé de leurs chevs^ux ; mais ils n'osèrent descendre. De ce coup du chef duquel il était chéy, cuidèrent bien les plusieurs, messire Pierre de Craon et ceux qui «ur lui féru avaient , que du moins ils lui eussent donné le coup de^a mort Si dit messire Pierre de Craon : « Allons, allons, nous en avons assez fait SU n'est mort, si mourra-t-il du coup de la tête , car il a été féru de bon bras. « A cette parole ils se recueillirent tous ensemble , et se départirent de la place, et chevauchèrent le bon pas, et furent tantôt à la porte Saint- Antoine ; et vidèrent par là, et prirent les champs ; car pour lors la porte était tout ouverte , et avait bien été dix ans au devant , que le roi de France retourna de la bataille de Rosebecque, et que le connétable dont je parle ôta les maillets de Paris, et en châtia au corps et de leur chevance les plusieurs , si comme j'en traite ci-derrière en noire histoire.
Ainsi fut messire Olivier de Cliçon en ce parti laissé comme homme mort chez le fournier, qui fut moult ébahi quaiid il vit
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et côQDUtque c'était le connétable. Les gens du connétable auxquels on fit moult petit de mai, car tous avaient entendu au connétable occire , se remirent ensemble du mieux et du plus tôt qu'ils purent, et descendirent devant Thuis du fournier, et entrèrent en la maison, et trouvèrent leur seigneur et leur maître blessé, navré, et le chef durement entamé, et le sang qui lui couvrait le viaire. Si furent tous ébahis, ce fui raison. Là y eut grands pleurs et grands cris, car du premier ils cuidèrent bien qu'il fût mort.
Tantôt les nouvelles en vinrent à l'hôtel de Saint-Pol, et jusques à la chambre du roi. Et fut dit au roi tout effrayement, et sur le point de l'heure qu'il devait entrer dedans son lit : « Ha! sire, nous ne vous osons celer le grand meschef qui est présentement advenu à Paris. » — « Quel meschef? » dit le roi. « De votre connétable , répondirent-ils , messire Olivier de Cliçon , qui est occis. » — « Occis! dit le roi , et comment? Qui a ce fait? » — a Sire, nous ne savons; mais ce meschef est advenu sur lui et bien près d'ici, en la grand'rue Sainte-Catherine. »> — « Or, tôt , dit le roi , aux torches ! aux torches I je le vueil aller voir. >> On alluma torches ; varléts saillirent avant. Le roi tant seulement vêtit une houpelande. On lui bouta ses souliers aux pieds. Ses gens d'armes et huissiers, qui ordonnés étaient pour faire le guet et garder la nuit l'hôtel de Saint-Pol, saillirent tantôt avant. Ceux qui couchés étaient, auxquels les nouvelles vinrent, s'ordonnèrent pour suivir le roi, qui issit de l'hôtel Saint-Pol sans nul arroi , ni attendit homme fors ceux de sa chambre. Et s'en vint le bon pas , les torches devant lui et derrière. Et n'y avait de ses chambellans tant seulejnent que messire Guillaume Martel et messire Hélion dé Lignac En cet état et arroi s'en vint jusques à la maison du fournier, et entra dedans. Plusieurs torches et chambellans demeurèrent dehors.
Quand le roi fut venu, il trouva son connétable presque au parti que on lui avait dit, réservé que il n'était pas mort. Et l'avaient ses gens jà dépouillé, pour tâter, savoir et voir plus aisément les lieux où il était navré et les plaies comme elles se portaient. La première parole que le roi dit, ce fût : « Connétable, comment vous sentez- vous? » Il répondit : « Cher sire.
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petitefnent et faiblement. » — « Et qui vous a mis en ce parti? » dit le roi. « Sire ,' répondit-il , Pierre de Craon et ses complices , traîtreusement et sans nulle défiance. » — « Connétable, dit le roi , oncques chose ne fut si comparée comme celle sera , ni si fort amendée. Or, tôt , dit le roi , aux médecins et surgiens ! » FA jà les était-on allé quérir ; et venaient de toutes parts , et personnellement les médecins du roi. Quand ils furent venus, le roi en eut grand'joie, et leur dit : « Regardez-moi mon connétable, et me sachez à dire en quel point il est ; car de sa navrure j'en suis moult dolent. » Les médecins répondirent : « Sire, volontiers. » Si fut par eux tâté, visité, regardé et appareillé de tous points à son devoir; et toujours le roi, qui trop fort était courroucé de cette aventure, demanda aux surgiens et médecins : « Dites-moi , y a-t-il nul péril de mort? » Ils répondirent tous d'une sieute : » Certes, sire, nennil; dedans quinze jours nous le vous rendrons chevauchant. » Cette réponse réjouît grandement le roi , et il dit : « Dieu en soit loué! ce sont riches nouvelles. » Et puis dit au connétable : « Connétable, pensez de vous, et ne vous souciez point de rien , car oncques délit ne fut si cher comparé ni amendé sur les traiteurs, comme cil sera; car la chose est mienne. » Le connétable répondit moult faiblement : a Sire, Dieu le vous puisse rendre, et la bonne Visitation que faite m*avez ! » A ces mots prit le roi congé au connétable, et s'en retourna à Saint-Pol ; et manda incontinent le prévôt de Paris , et sans séjourner vint à Saint-Pol ; et jà était-il jour tout clair. Quand il fut venu , le roi lui cx>mmanda : « Prévôt , prenez gens de toutes parts bien montés et appareillés , et poursuivez par clos et chemins ce traître Pierre de Çraon , qui traîtreusement a navré, blessé et mis en péril de mort notre connétable. Vous ne nous pourrez faire service plus agréable que le trouver, le prendre et le nous amener. » Le prévôt répondit et dit : « Sire, j'en ferai toute ma puissance. Mais quel chemin peut-on supposer qu'il tienne? » — « Informez-vous , dit le roi, et si en faites bonne diligence. »
Pour le temps de lors les quatre souveraines portes de Paris étaient tondis nuit et jour ouvertes ; et avait celle ordonnance été faite au retour de la bataille qui fut en Flandre , où le roi de
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France déconfit les Flamands à Rosebecque, et les Parisiens se vouldrent rebeller, et que les maillets furent restorés , et pour mieux aisément à toute heure châtier et seigneurir les Parisiens. Messire Olivier de Cliçon avait donné ce conseil de ôter toutes les chaînes des rues et des carrefours de Paris, pour aller et chevau(!her de nuit. Partout furent ôtées hors des gonds des souveraines portes de Paris les feuilles , et là couchées. Et furent en cel état environ dix ans ; et entrait-on à toute heure dedans Paris. Or, considérez comme les choses adviennent et comment les saisons payent. Le connétable avait cueilli la verge dont il fut battu ; car si les portes de Paris eussent été closes et les chaînes levées , jamais messire Pierre de Craon n'eût osé avoir fait ce délit et outrage qu'il lit; car il ne pût avoir issu de Paris. Et pour ce qu'il savait bien qu'il istrait de Paris à toute heure , s'avisa-t-il de faire ce maléfice. Et quand il se départit du connétable , il le cuidait avoir laissé mort. Mais non fit , si comme .vous oyez dire ; dont depuis il fut moult courroucé.
Quand il issit de Paris, il était une heure après mie-nuit; et issit par la porte de Saint- Antoine^ et disent les aucuns qu'il passa la Seine au pont à Gharenton , et depuis il prit le chemin de Chartres; et les aucuns disent que à l'issir de Paris il retourna devers la porte Sain t-Honoré dessous Montmartre, et vint passer la rivière de Seine au Ponçon. Par où qu'il passât la rivière , il vint sur le point de huit heures à Chartres , et aucuns des siens les mieux montés; car tous ne le suivirent pas, mais se désassemblèrent pour faire le moins de montre et pour les poursuites. Au passer il avait ordonné jusques à vingt chevaux et laissé chez un chanoine de Chartres , lequel était un de ses clercs et l'avait servi , dont mieux lui voulsist que oncques ne l'eût connu , quoique de ce délit et forfait le dit chanoine ne sçût rien. Messire Pierre , quand il fut venu à Chartres , but un coup et se renouvela de chevaux; et se partit de Chartres tantôt et prit le che-min du Maine, et exploita tant et si bien qu'il vint en un fort chastel qui encore se tenait pour lui^ et que on dit Sablé; et là s'arrêta et rafreschit , et dit qu'il n'irait plus avant, si aurait appris des nouvelles.
Vous devez savoir que ce venredi dont le jeudi par nuit ce
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délit fut fait par messire Pierre de Craon cl^ ses complices , Il fut grandes nouvelles pannl Paris de cet outrage; et moult grandement en fut blâmé messire Pierre de Craon. Le sire de Coucy, qui se tenait en son hôtel , sitôt qu'il sçut au matin les nouvelles, monta à cheval, et se partit lui cinquième tant seulement , et vint à Thôtel du connétable derrière le Temple où on Tavait rapporté, car moult s'entre-aimaient, et s*appelaî^t frères et compagnons d'armes. La Visitation du seigneur de Coucy lit au connétable grand bien. Aussi tous autres seigneurs à leur tour le venaient voiri Et par espédal avecques le roi, son frère le duc de Touraine en fut grandement courroucé, et disaient bien les deux frères que Pierre de Craon avait fait ce délit et outrage en leur dépit, et que c'était une chose faite et pourpensée par traitour, et pour troubler le royaume. Le duc de Berry, qui pour ces jours était à Paris, s'en dissimula grandement; et à ce qu'il moptra il n'en fit pas grand compte ; et je, auteur de cette histoire , fus adonç informé que de cette aventure il n'eût rien été , s'il voulsist, et que. trop clairement eût brisée et allé au-devant; et je vous déclarerai et dirai raison pourquoi et comment. Ce propre jour du Sacrement, était venu au duc de Berry un clerc, lequel était familier au dit messire Pierre de Craon, et lui avait dit ainsi et révélé en secret : « Monseigneur, je vous ouvrirais volontiers aucunes choses qui ne sont pas bien convenables , mais taillées de venir à très-povre conclusion; et vous êtes mieux taillé de y pourvoir que nul autre. » — « Quelles choses.' » avait dit le duc » Monseigneur, avait répondu ce clerc , je mets bien en termes que je ne vueil point être nommé; et pour obvier au grand meschef et eschever le péril qui peut venir de la ma- . tière , je me découvre à vous. » — « Dis hardiment , avait répondu le doc de Berry; je t'en porterai tout outre. >» Donc avait parlé et dit le clerc ainsi : « Monseigneur, je me doute trop grandement de messire Pierre^ dé Craon que il ne fasse murdrir ni occire monseigneur le connétable ; car il a amassé en son hôtel, en la cimetière Saint- Jean, grand'fbison de compagnons, et les y a tenus couvertement depuis la Pentecôte ; et si il faisait ce délit, le roi en serait trop grandement courroucé , et trop grand trouble au royaume de France en pourrait advenir; et pourtant.
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monseigneur, je le vous remontre ; car je même en suis si eshidé ; que quoique je sois clerc secrétaire à monseigneur Pierre de Craon et que j^ aie mon serment à lui, je n'ose passer cet outrage : car si vous n'y pourvéez , nul n'y pourvoiera pour le présent ; et de ce que je vous dis^t remontre , je vous supplie humblement que il vous en souvienne, si il me besogne; car, sur Tétât où je vois que messire Pierre veut persévérer pour éloigner et fuir, je ne vueil plus retourner vers lui. »
Le duc de Berry très-bien eu soi-même avait glosé et entendu ces paroles , et répondit au clerc et dit : « Demeurez de lès moi me^uî, et demain de matin j'en informerai monseigneur; il est meshui trop haut jour, je ne vueil pas troubler le roi ; et de matin sans faute nous y pourvoierons , puisque messire Pierre de Craon est en la ville ; je ne lui savais point. «> Ainsi se déporta le duc de Berry de cette chose et négligea , et cependant le mes* chef advint en la forme et manière que vous avez ouï recorder.
Le prévôt du Châtelet de Paris , à plus de soixante hommes à cheval tous armés , issit hors de Paris par la porte Saint-Honoré, et suivit au pas lesesclos de messire Pierre de Craon; et vint à CSienevières passer outre au Ponçon la rivière de Seine, et demanda au pontonnier si du matin nul était passé. Il répondit : « Oil , environ douze chevaux ; mais je n'y vis nul chevalier ni homme que je connusse. » — « Et quel chemin tiennenti-ils? » demanda le prévôt. — « Sire, répondit le pontonnier, le chemin d'Évreux. » — « Ha! dit le prévôt, il peut bien être; ils s'en vont droit à Chierbourch. »
Adonc entrèrent-ils en ce chemin , et laissèrent le chemin de Chartres , et par cette manière perdirent-ils la juste poursuite de messire Pierre de Craon ; et quand ils eurent chevauché jusques au dîner le chemin d'Èvreux , il leur fut dit par un chevalier du pays qui chassait aux lièvres, à qui ils en demandèrent, qu'il avait vu environ quinze hommes à cheval du matin traverser les champs; et avaient, selon son avis, pris le chemin de Chartres. Donc entrèrent le prévôt et sa route au^chemin de Chartres, et le tinrent jusques au soir; et vinrent là au gîte, et sçurent la vérité, que messire Pierre de Craon, sur le point de huit heures, avait là été chez le chanoine, et s'était déjeuné et renouvelé de
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chevaux. II vit bien que il perdrait sa peine de plus poursuivir, et que messire Pierre s'était trop éloigné. Si retourna le samedi à Paris.
Pour ce que on ne savait au vrai, ni savoir on ne pouvait, quand le dit messire Pierre de Craon issit hors de Paris , quel chemin il tenait, le roi de France et le duc de Touraine, qui trop grand*affection avaient à ce que messire Pierre fût attrapé , Orent partir et issir hors de Paris messire Jean le Barrois des Barres à plus de soixante chevaux. Et issirent hors par la porte Saint- Antoine; et passèrent la rivière de Marne et de Seine au pont à Gharenton ; et tournèrem tout le pays, et vinrent devers Étampes ; et finablement, le samedi au dîner, ils furent à Chartres, et en ouïrent les vraies nouvelles. Quand le Barrois sçut que messire Pierre était passé outre , si vit bien que en vain il se travaillerait de plus poursuivir, et qu'il était jà trop éloigné. Si retourna le dimanche vers Paris, et recorda au roi tout le chemin que il avait tenu; et tout aussi avait fait le prévôt du Châtelet de Paris.
Le samedi au matin, furent trouvés des sergents du roi, qui poursuivaient les esclos en un village à sept lieues de Paris, deux écuyers , hommes d'armes , et un page des gens messire Pierre de Craon ; et étaient là arrêtés , et n'avaient pu suivir la route , ou ne voulaient. Toutefois ils furent pris par les dits sergents et amenés à Paris et boutés en Châtelet, et le lundi ils furent décolés. Et premièrement , où le délit avait été fait ils furent amenés , et là leur trancha-t-on à chacun le poing; et furent désolés aux halles et menés au gibet, et là pendus.
I.e mercredi ensuivant, le concierge de l'hôtel messhre Pierre fut aussi exécuté et décolé. Et disaient plusieurs gens que on lui faisait tort; mais pour ce que point il n'avait révélé la venue de messire Pierre de Craon , il eut cette pénitence ; aussi le chanoine de Chartres , où messire Pierre de Craon était descendu et rafreschi et renouvelé de chevaux , fut accusé , pris et mis en la prison de l'évêque ; on lui ôta tout le sien et ses bénéfices , et fut condamné en chartre perpétuelle au pain et à l'eau ; ni excusation qu'il montrât ou dît ne lui valut rien ; si avait-il renommée en la cité de Chartres d'être un vaillant prud'homme.
DE FBOISSABT. 469
Trop fut courroucé messire Pierre de Craon qui arrêté s'était au chastel de Sablé, quand les nouvelles véritables lui vinrent que messire Olivier de Cliçon n'était point mort et n'avait plaie nr blessure, dont dedans six semaines il laissât à chevaucher. Lors s'avisa-t-iV, tout considéré , que en ce chastel de Sablé il n'était pas trop sûrement; et quand on saurait la vérité, sur le pays et en France, que il se serait là enclos et bouté, on l'enclorrait de tous points, tellement qu'il ne s'en départirait pas quand il voudrait. Si le rechargea à aucuns de ses hommes , et puis en isslt secrètement et couvertement, et chevaucha tant par ses journées qu'il vint en Bretagne el trouva le duc au Suseniot^e duc le recueillit, qui jà savait toutes les nouvelles du fait, et comment le connétable n'était point mort. Si dit ainsi à messire Pierre d5 Craon : « Vous êtes un chétîf , quand vous n'avez sçù occire un homme duquel vous étiez au-dessus. » — « Monseigneur, répondit messire Pierre, c'est bien diabolique chose : je crois que tous les diables d'enfer, à qui il est, l'ont gardé et délivré de mes mains ; car il y eut sur lui lancé et jeté plus de soixante coups que d'épées et de grands couteaux. Quand il chéy jus du cheval, en bonne vérité je cuidais qu'il fût mort; et la bonne aventure que il eut pour lui de bien cheoir, ce fut de rhuis d'un fournier qui était entr'ouvert; et parce que il chéy à rencontre , il entra dedans , car si il fût chu sur les rues , nous l'eussions partué et défoulé de nos chevaux. » — « Or, dit le duc, pour le présent il ne sera autrement; je suis tout certain que j'en aurai de par le roi de France prochainement nouvelles-, et aurai pareillement la guerre et la haine que vous aurez ; si vous tenez tout coiemeut de lès moi , car la chose ne demeurera pas ainsi ; et puisque je vous ai promis sauf garant à tenir, je vous le tiendrai. »
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