‹ Collection de documents inédits sur le Canada et l'AmériqueChapitre 131 sur 292 · L'ÈRE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

L'ÈRE CHRÉTIENNE

Toutes les nations chrétiennes ont adopté l'époque de la naissance de Jésus-Christ comme point de départ de leur chronologie: hommage bien juste rendu à Celui qui est comme le foyer central du monde, et en qui tous les événements historiques trouvent leur raison d'être.

L'ère chrétienne, dont la plus ancienne détermination connue est due à un moine du 6^ siècle, Denys le Petit, fut d'abord adoptée à Rome; elle était suivie en France sous Pépin et Charlemagne ; et, vers le 10® ou 11® siècle, toutes les autres chronologies lui avaient cédé la place, dans l'étendue du monde chrétien. Mais si tous s'accordent désormais à compter les années à partir de la naissance du Sauveur, on est loin de s'entendre sur la véritable année où Jésus-Christ vint au monde, et on convient même généralement qu'elle ne correspond pas exactement au <îommencement de l'ère vulgaire ou dionysienne. C'est la recherche de cette date précise de la Nativité de l'Homme- Dieu <iui fera l'objet du présent travail.

Nous voudrions donner une idée de la nature des difficultés qui entourent une question d'apparence si simple et montrer les raisons qui nous font regarder comme la plus probable l'une des solutions qu'elle a reçues.

Malgré la grande divergence d'opinions qui s'est produite dans le cours des siècles sur l'époque de la naissance du Sauveur, les exégètes s'accordent, à peu d'exceptions près, à la placer entre l'année 747 et l'année 754 de la fondation de Rome, d'après la chronologie de Varron i. C'est à cette dernière année que Denys

1. Sur la date de la fondation do Rome, il y a deux opinions principales : Yerrius Flaccus fixe cette époque à la fin de la 4» année de la 6e Olympiade (on sait que les Olympiades comprenaient chacune l'espace de 4 ans et qu'elles datent de l'année 776 A. G. : c'est l'époque où furent institués ces

i'eux devenus si fameux au'on célébrait tous les ans à Olympie, en Grèce), j'autre opinion, plus célèbre et consacrée par la plupart des monuments anciens, est celle de Varron, qui rattache l'origine de Rome à l'année précédente, c'est-à-dire à la fin de la 3e année de la 6e Olympiade, et par consé< quent à l'année 753 Â. C.

550 QUAND A COMMENCÉ l'ÈRE CHRÉTIENNE

le Petit Ta attachée ; Jules l'Africain et le vénérable Bèdepartagent son sentiment. L'année 753 a été proposée par Tostat, Génébrard, Labbée et autres ; l'année 752, par S. Hippolyte de Porto, S. Epiphane, Eusèbe de Césarée, Paul Orose, etc. ; l'année 751, par Tertullien, Clément d'Alexandrie, S. Jérôme, S. Jean Chrysostome, Cassiodore, et, parmi les modernes, Baronius, Scaliger, Vossius, etc. ; l'année 750, par Sulpice Sévère, Nicetas, Nicéphore Calliste, et de nos jours, par Wieseler, dans une dissertation très savante; l'année 749, par le P. Decker, le P- Petau, le cardinal Noris, Lancelot, Noël Alexandre, Tillemont, Graveson, Trombelli, Wouters, Bergier, Rorhbacher, Aberle, Schegg, Fillion, etc. ; Wieseler regarde aussi cette date comme probable à côté de celle de 750. L'année 748 est assignée par Capel, Bollandus, Henschenius, Papebrock, Schelstrate, Kepler^ Pagi et quelques autres. Enfin, dans les temps modernes, bon nombre de savants se sont prononcés en faveur de l'année 747, entre autres, les auteurs de VArt de vérifier les dates^ Sancle-^ mente, Ideler, le P. Patrizzi, Sepp, Weigl, Wallon, Chevallier, Dumas, Mémain.

De toutes ces dates, qui se disputent la gloire d'avoir marqué la naissance de l'Enfant-Dieu, quelle est celle qui oflfre les meilleurs titres ? De nos jours, ce sont les années 747 et 749, principalement, qui se partagent les suffrages. Après un mûr examen de la question, nous allons essayer de prouver que c'est à l'année 749 qu'il faut donner la préférence.

Dans une première partie, nous établirons que la naissance de Jésus-Christ doit être placée avant le printemps de l'an 750 ; nous montrerons ensuite qu'il n'est guère possible de la reculer au-delà de 749, en nous appuyant sur 4 arguments, tirés de l'époque l"* du baptême de Notre-Seigneur, 2"* de la reconstruction du temple d'Hérode, 3' du massacre des Saints Innocents, 4* dela paix universelle, qui marqua l'avènement du Messie. Ces preuves n'auront pas toutes la même valeur ; mais, si nous ne nous trompons, on ne pourra nier que leur ensemble forme un argument imposant en faveur de notre thèse. Une seconde partie sera consacrée à la discussion des arguments mis en avant par les advei'^aires, et spécialement par les partisans de l'année 747.

' Et d'abord, il paraît certain que la naissance de Notre-Seigneur doit être placée avant le printemps de 750, D'après l'Evangile, il vint au monde, reçut la visite des Mages et fut transporté en

Egypte sous le règne d'Hérode-le-Grand ^. Or, il semble hors de doute qu'Hérode mourut au printemps de 760. Etablissons solidement ce point qui a échappé à la diligence d'un si grand nombre d'auteurs.

Voici ce que dit' l'historien juif, Josèphe, écrivain contemporain d'Hérode, dans les " Antiquités juives " 1. XVII, c. VIII : ** Hérode mourut 5 jours après avoir fait tuer son fils Antipater. Son règne fut de 34 ans, à partir de la mort d'Antigone, et de 37, à dater du temps où il fut déclaré roi par le Sénat." On lit la môme chose au 1. I, c. XXXTII de la " Guerre des juifs ". Or, d'après le même historien, la déclaration du Sénat romain en faveur d'Hérode eut lieu sous le consulat de C. Domitius Calvinus pour la seconde fois, et de C. Aànius PoUion 2, c'est-à-dire en l'an 714 R. C. ; et la prise de Jérusalem, suivie de la mort d'Antigone, arriva sous le consulat de Marc Agrippa et de Caninius Gallus, pendant la solennité du jeûne ' (fête des Expiations), c'est-à-dire par conséquent l'an 717, le 10 du mois de Tisri (octobre). Le cardinal Noris et le P. Magnan ont aussi clairement établi que le royaume de Palestine n'a pu être octroyé à Hérode par un sénatus-consulte avant le commencement de septembre 714 *. D'après l'usage des Juifs, qui comptaient les années de leurs rois du premier mois * (Nisan) de l'année sacrée, où ils étaient montés sur le trône •, il faut donc dater la première année d'Hérode du 1^^ jour de Nisan 714 ou 717, selon que l'on aura en vue sa nomination ou la mort d'Antigone ; et par conséquent il commençait sa 37® année à partir de sa nomination et sa 34® à partir de la mort d'Antigone, en l'an de Rome 760, le premier jour du mois de Nisan. Il s'agit maintenant de prouvei^ qu'Hérode n'atteignit point l'année 751, et même qu'il dut mourir quelques jours seulement après le commencement de Nisan 750.

Page 1