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C'est ce qu'on a vu, et la Providence divine a pu permettre tant d'erreurs pour montrer une fois de plus que l'intelligence, le travail, la droiture même de l'&me, ne suffisent pas toujours à préserver l'esprit humain, trop avide dHnnover^ des égarements auxquels sa faiblesse originelle l'entraîne.
Quoiqu'il en soit, on ne saurait s'empêcher d'admirer la haute prudence et l'esprit équitable de l'Eglise en toute cette affaire. De quelles sages lenteurs, de quelles sollicitudes et de quelles recherches n'a-t-elle pas fait précéder ses importantes décisions I Autant elle a déployé de zèle contre les fausses doctrines, autant elle a montré de charité à l'égard des personnes. ^' Rome, selon la belle parole d'un écrivain catholique, Rome unit, ne divise pas ". Quand elle censure et condamne, c'est pour sauvegarder l'unité de la foi, pour mieux assurer aussi la fraternité de tous les chrétiens. L'histoire du passé nous l'avait suffisamment appris ; le présent nous en offre une preuve non moins douce et non moins consolante. Dans une lettre adressée aux prêtres de sa Congrégation, le Supérieur Général de l'Institut de la Charité proteste en termes soumis de son adhésion pleine et entière au jugement de Rome, et exhorte du fond du cœur lésais spirituels de l'abbé Rosmini à entrer dans les mêmes sentiments. Nul doute que ce noble exemple sera suivi, et que tous les rosminiens, reconnaissant leur tort, s'empresseront de donner au monde l'édifiant spectacle d'une docilité sans réserve aux enseignements de l'Eglise.
En même temps que la vraie foi, triomphe dans cette condamnation une vérité dont l'oubli a fait pendant des siècles la force et la joie de l'erreur : il s'agit de l'importance des hautes études, d'après l'esprit et les traditions de la philosophie et de la théologie catholique.
Nous avons dit déjà quelle influence eût pu avoir sur la formation rationnelle de l'abbé Rosmini un commerce éclairé avec les Docteurs du moyen-âge, et de la scolastique. L'ignorance presque complète de cette philosophie aussi sûre que profonde le perdit. Loin du drapeau traditionnel qui ombragea tant d'illustres fronts, il se crut en droit d'arborer le sien, et ce fut, nous le savons, pour marcher en tête de l'erreur.
Ce qui manquait à l'auteur du rosmianisme, quelques-uns de ses contradicteurs surent bientôt le comprendre, et il est digne de remarque que les doctrines d'abord si populaires de cet homme célèbre ont peu à peu perdu de leur crédit, à mesure que s'accentua dans les esprits le retour aux principes de la scolastique.
Dans un récent article sur la question rosminienne, la Oivittà *
Oattolica ^ n'hésite pas à dire que si les œuvres de l'abbé Rosmini, soumises dès 1851 au j ugement de l'Index, ne furent pas condamnées alors, c'est que l'état de la philosophie à cette •époque ne permettait point d'en démontrer avec certitude tout le danger. On n'en était, en effet, qu'aux pénibles et obscurs commencements d'une restauration. Grâce à l'initiative d'hom- . mes zélés et courageux autant que distingués, grâce aussi à la pro* tection de l'Bglise, ce progrès si nécessaire des sciences rationnelles gagna bientôt du terrain. Le branle était donné. On appro* fondit davantage les questions, on pénétra, plus avant dans les replis de l'erreur. Le rosminianisme, étudié à la faveur de cette logique pénétrante, ne pouvait tarder à laisser voir le carac* tère anti- philosophique et anti-catholique de ses principes. Il fut dénoncé de nouveau, mais cette fois avec une vigueur d'argumentation et une évidence de preuves qui ne permettaient plus de doutes sérieux. Ce sont ces preuves, ces démonstrations solides et péremptoires qui préparèrent sans doute, sous l'action de la Providence, le jugement définitif du Saint-Siège. Car il est bon de le rappeler, quoique assistée par Dieu dans ses déclarations dogmatiques, l'Eglise cependant n'a garde de rejeter le concours dès. lumières de l'esprit humain ; au contraire. De même que l'ordre surnaturel suppose l'ordre naturel et s'en fait un point d'appui, ainsi l'autorité ecclésiastique, soit qu'elle définisse la foi, soit qu'elle porte condamnation contre ce qui s'y oppose, sent le besoin d'emprunter au travail de l'homme les raisons qui motivent et justifient ses décisions. C'est à diriger ce travail, pour en faire jaillir le triomphe des vérités religieuses, que consiste d'ordinaire l'assistance divine.
Honneur donc aux champions de la science sacrée, dont les écrits marqués au sceau de la grande et pure doctrine de S. Thomas, ont servi d'iiiatruments entre Jes mains de Dieu pour démolir l'erreur I Ils ont apporté à l'Eglise le secours de leurs lumières, la coopération de leurs travaux : c'est là, sans contredit, la plus noble des gloires, la plus enviable couronne qui puisse tomber ici-bas sur le front du génie.
Parmi ces hommes d'un si rare mérite, plaçons au premier rang Leurs Eminences les Cardinaux Pecci et Zigliara, les RR, PP. Liberatore et Cornoldi de la Compagnie de Jésus, et Mgr