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RÔLE POLITIQUE DE MGR DE LAVAL

Pour terminer le différend, le roi chargea l'archevêque de Paris et le père de la Chaize d'examiner et de décider la question. Ils jugèrent que l'évêque était dans son droit, qu'il avait agi avec sagesse et piété, et que les autorités civiles et ecclésiastiques devaient prohiber également la vente de l'eau-de-vie, comme étant la ruine spirituelle et temporelle de la colonie. Il y eut une ordonnance du Roi qui appuya ce jugement; elle fut envoyée à M. de Frontenac, à qui il fut expressément enjoint de la faire exécuter. L'évêque avait de son côté engagé sa parole de réduire le cas réservé aux termes dans lesquels l'ordonnance était exprimée.

Ce ne fut pas la seule fois que la prudence et la sagesse de Mgr de Laval triomphèrent du mauvais vouloir des hommes politiques et de M. de Frontenac en particulier. Ce gouverneur, pour taquiner le clergé et surtout les jésuites, avait exigé que les missionnaires prissent des passe-ports quand ils partaient pour leurs courses apostoliques : bien plus, ils ne pouvaient envoyer aucune lettre en France, sans qu'elles lui fussent auparavant soumises. Mgr de Laval s'en plaignit sans doute à la Cour ; car Frontenac reçut du ministre du Roi l'injonction suivante : " Vous devez laisser à tous les ecclésiastiques la liberté " d'aller et venir dans tout le Canada, sans les obliger de pren- " dre aucun passe-port, et en même temps leur donner une ** entière liberté pour leurs lettres, les laissant dans leur séjour " ordinaire sans les obliger de venir à Québec, si ce n'est pour " des raisons indispensables qui doivent être rares. "

Voilà quel- fut le grand et beau rôle politique de Mgr de Laval au Canada ; voilà quels furent ses rapports avec les différents gouverneurs qui se succédèrent à Québec, depuis la fondation du Conseil Souverain : de Mésy, Courcelles et Frontenac. Il eut souvent à lutter avec eux, et ne le fit pas toujours avec le succès qu'il aurait désiré ; mais il sut toujours sauvegarder, autant qu'il était en son pouvoir, les droits et la dignité de l'église du Canada. Les rapports qu'il eut avec M. de Denon ville, qui gouvernait le pays, lorsqu'il donna sa démission comme évêque de Québec, furent ceux d'une véritable et sincère amitié.

L'abbé A. -H. Gosselin.

HOMMAGE aux fondateurs de la revue

A Porient, là-bas, dans des blancheurs d'aurore, Une lueur plus vive annonce le soleil ; La brume se disperse, et monte, et s'évapore, Le pic altier des monts lentement se colore, Bientôt va sonner le réveil.

Tout est silence encore ; un murmure semblable Au souffle doux et lent d'une vierge qui dort . Souriante, perdue en un rêve adorable, Met seul assez de vie en ce calme admirable Pour le distinguer de la mort.

Soudain l'astre paraît. Des voix, des voix sans nombre, Vibrantes de jeunesse, et de joie, et d'amour, S'élèvent par degrés, comme disparaît l'ombre, Et la dernière étoile enfin s'efface^et sombre Au fond des cieux qu'emplit le jour.

Tout ce qui vit acclame en un transport superba Celui qui donne à tout force, grâce, ou beauté : Les mers^ les bois, les nids, l'insecte et le brin d'berlia Chantent ; le moissonneur offre l'or de sa gerbe A Dieu l'Etre, à Dieu la Clarté.

Spectacle ravissant ! ô nature I ô merveille I Que ta .voix est touchante, et que ton hymne est beaul Mais il est plus puissant et plus doux à l'oreille L'hosanna triomphant d'un peuple qui s'éveille Et sort vivant de son tombeau.

Un peuple s'est levé I Longtemps, dans la tourmente, Faible, isolé, n'ayant qu'un but, ne pas périr, Il lutta. L'ennemi l'entourait d'épouvante, Et, bien souvent, lassé de la mêlée ardente, Il crut n'avoir plus (^u'à mourir.

Dans ses plus sombres jours pourtant, une espérance. Rayonnement divin formé d'un souvenir, Le ranimait : sentant'parfois la défaillance L'étreindre, il murmurait le doux nom de la France, Et s'élançait vers l'avenir.

L'avenir ! oh ! combien fut rude sa conquête ! Que de braves tombés sur l'aride chemin, Disant aux survivants, en redressant la tête : " Courage, amis, voici la fin de la tempête, Le soleil brillera demain."

Et demain ramenait à l'horizon livide Un de ces jours' où rien n'éclaire, ni ne luit. On marchait cependant en phalange solide, Et le temps s'enfuyait dans cette ombre perfide. Hélas I c'était toujours la nuit.

Mais, dans le ciel obscur, on voyait la bannière Aux mains du plus vaillant fièrement se dresser Invincible, et portant un nom fait de lumière. Tous alors, sans jamais regarder en arrière, Criaient : '' C'est là qu'il faut passer I"

Et ces braves x)assaient, passaient, luttant sans cesse, Leurs hauts faits éclatants n'ayant d'autre témoin Qu'un ennemi forcé d'avouer sa faiblesse Devant tant de labeurs, de force et de prouesse. Mais le jour semblait encor loin.

EniSn, ces longs efforts eurent leur récompense ; Après tant de douleur, de deuil, d'anxiété. On vit — plus qu'une aurore, et plus qu'une espérance — Se lever dans le ciel de la Nouvelle-France Le soleil de la liberté.

L'écho n'est pas éteint qui, du haut des collines, Dans l'air rasséréné, frémissant répondit Au cri vainqueur sorti de toutes ces poitrines Pour saluer enfin l'astre aux splendeurs divines. L'univers entier l'entendit.

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