‹ Collection de documents inédits sur le Canada et l'AmériqueChapitre 175 sur 292 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

D'après la lettre des deux rois, on peut raisonnablement croire que Jean Cabot venait d'arriver en Angleterre pour faire part de ses projets à Henri VII, comme l'avait fait Christophe Colomb par l'entremise de son frère. Puebla ne sachant quelle attitude prendre, signale la présence de Cabot dès la fin de janvier. Il aurait agi de même si quelque tentative antérieure eût été faite. — Les lettres patentes, accordées le 6 mars, sont une preuve que le projet était conforme aux goûts du roi, puisque un mois avait suffi pour régler l'affaire. Aussi la réponse des rois arriva- t-elle trop tard pour que l'ambassadeur espagnol pût faire échouer l'entreprise. Que fit Puebla? Adressa- 1- il quelques remarques à la cour ? Probablement. Le retard d'une année futil dû à son influence ?... On ne sait, mais il est certain que Jean Cabot ne partit que l'année suivante, 1497. L'année se passa à recruter l'équipage et à intéresser les citoyens de Bristol dans cette entreprise.

Enfin Jean Cabot leva l'ancre au commencement de mai, probablement le 2, 1497. Il montait un petit navire, le " Mathew ", portant 18 hommes d'équipage, parmi lesquels devait se trouver Sébastien, le second de ses fils. L'abbé Baimondo, de Soncino envoyé du duc de Milan près la cour d'Angleterre, dit que l'équipage se composait d'anglais choisis à Bristol, à l'exception d'un bourgtdignon et d'un génoiSy et remarque que les chefs étaient grands navigateurs. ^

Voici le précis du voyage :

Après une course de 700 lieues, à l'ouest, Cabot découvrit la terre qu'il supposa " partie du territoire du Grand Khan ". On était au 24 juin, fête de S. Jean-Baptiste.

Jean Cabot prit possession de cette côte au nom du roi, selon la teneur des lettres patentes, par l'érection d'une croix portant les armes d'Angleterre et de la République de St-Marc. Il n'y vit pas d'êtres humains, d'où il conclut que ces terres étaient inha^ bitées. Au retour, il aperçut, à tribord, deux grandes îles^ mais il ne put s'y arrêter faute de vivres. L'expédition rentra au port de Bristol au commencement d'août, le 6 probablement.

Avant de voir les résultats de la découverte, il est important de traiter plusieurs questions qui surgissent d'elles-mêmes à l'occasion de ce voyage.

]. Lettre du 18 dëc. 1497. Winsor, Nar. andCrii. Hid.^ III, 54.

D'abord l'auteur de VHistoire ginéraie des Vogagea ^ émet certains doutes sur ce voyage. " Les Lettres Patentes de Henri VII, qui subsistent encore dans les collections anglaises, dit-il, ne laissent aucun doute que le premier Voïage des Cabots n'ait été entrepris pour la.découverte d'un passage aux grandes Indes, par le Nord-Ouest de T Amérique. Il paraît certain que Jean Cabot partit de Bristol dans cette vue, au printemps de l'année 1497 avec un petit Vaisseau équipé aux dépens du Roi, et trois ou quatre petits Navires frétés par quelques marchands de la même Ville."

Et précédemment ^ , l'auteur fait les remarques suivantes, à propos du permis de Henri VII.

'* Plusieurs écrivains, se fondant sur la date de ces Lettres, qui est l'onzième année du règne de Henri, font partir Jean et ♦Sébastien Cabot dès l'an 1497, leur font reconnoître alors l'Isle de Terre-Neuve et la terre de Labrador, et supposent qu'ils s'élevèrent jusqu'au cinquantième degré de latitude du Nord. Mais d'autres raisons portent à croire que ce Voïage ne fut entrepris que plusieurs années après, et qu'il est postérieur à celui de Corte-Réal." En marge, on lit " Leurs découvertes sont douteuses ".

Voici les preuves sur lesquelles il s'appuie :

"" 1» Les patentes de Henri VII ne contiennent que la permission vague de partir et de faire des découvertes ; et ce prince n'y joignit que deux ans après, celle de prendre un certain nombre de vaisseaux dans les Ports d'Angleterre. Hakluyt rapporte aussi cette seconde permission.

*' 2» Pierre Martir, Gomara et Ramusio, qui parlent du premier voyage de Sébastien Cabot, ne marquent point l'année, et ne nomment point son père.

*' 3° Sébastien Cabot même, dans un discours que Ramusio (II Tome de son recueil) rapporte de lui à Galeas-Butrigarius, Légat du Pape en Espagne, avoue que ce fut après la mort de son père, et lorsqu'on sçût en Angleterre que Christophe Colomb avoit découvert les côtes de l'Amérique, qu'il fut envoie par Henri VII pour trouver un Chemin au Cathay par le Nord. A la vérité il ajoute que, " ai sa mémoire ne le trompe point, ce fut en

J. Didot, Paria, 1759, XV, 92.

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