‹ Collection de documents inédits sur le Canada et l'AmériqueChapitre 182 sur 292 · R. Biddle, Memoir, ... p · texte numérisé non relu

R. Biddle, Memoir, ... p

3. R. Biddlo {Memoir.. . p. 56) s'appuie sur R. Hakluyt {Voyaqes Navi(j. .. III, p. iioS),et se tromoe. Hakluyt donne en titre ** Of the Islanid called St. John ", mais dans le récit, il parle d'un cap : ** we sight of

a capo cjf land, that from Cape Royal lieth southwest about 35 leagues,

we named it Cape S. John." Ce cap est aujourd'hui le Cap à VAiufuiUe.

4. Winsor {Nar. and Ont. Hist . ., IV, p. 95) reproduit la carte d'Ortelius, 1670(Theatruni orbis terraruni,)Antwerp, et dit (I, 34) qu'Abraham Ortelius avait 30 ans lorsque Séb. Cabot mourut. Il était allé en Angleterre, où il avait pu le rencontrer.

Cependant, toute la démonstration de Biddle pèche par la base. L'argument principal, le seul à vrai dire, celui qui est tiré de la carte d'Ortelius, n'a plus aucune valeur. En effet, !<> cette carte n'a pas été calquée sur celle de Sébastien Cabot, mais plutôt sur celle de Gérard Mercator, publiée en 1569 ; 2"" Biddle a choisi arbitrairement, sans donner aucune preuve, une île St Juan par 56° lat., tandis que Ortelius, dans sa mappe-moïide, place une autre Ile S. Juan à l'est du Cap-Breton, comme Mercator. Pourquoi Biddle agit-il ainsi ? c'est que, dans sa carte spéciale d'Amérique, Ortelius donne le nom de *' Juan de Sump" " à l'île appelée Juan Estevan sur la carte de Mercator, et située à l'est du Cap-Breton. Or Biddle était sûr que ce n'était pas là l'île trouvée par Jean Cabot; mais, en jetant les yeux à l'ouest du Cap-Breton, Biddle a pu y voir une autre île, sans nom, laquelle correspond parfaitement à l'île du Prince- Edouard. *' Cartier, dit Biddle, l'appela Ile S.- Jean en 1534 ", et, là-dessus, sans se douter que son assertion est fausse, il ne lui reste plus qu'à appliquer le nom de S. Juan à l'île du 56® degré de latitude sur les côtes du Labrador. Biddle s'est donc appuyé sur des données fausses.

Si nous admettons l'authenticité de la carte de Sébastien Cabot 1 (et il est difficile de la nier), la '' tierra primùm vista " est marquée, non pas au Labrador, mais à la pointe septentrionale du Cap-Breton, et l'on ne voit aucune raison pour ne pas accepter cet endroit comme celui du débarquement. Ulle de S. Jean est tout à côté, ** en face ", avec l'inscription ^* Y de S, Jtian " ; c'est l'île du Prince-Edouard, bien marquée entre le 45® et le 50 degré de latitude, et qui, sans aucun doute, reçut son nom de Jean Cabot.

En effet, lorsque Sébastien prépara sa carte en 1544, il ne lui fut pas possible de s'aider des relations ou des cartes françaises, car les relations n'en disent rien avant l'année 1556, époque où parurent celles des voyages de Cartier, publiées dans le 3°^e volume de Ramusio ; et, d'un autre côté, Sébastien est le premier cartographe qui fasse mention des découvertes de Jacques Cartier. La '' Cosmographie " du pilote Jean Alphonse ne parut que l'année suivante, 1545. De plus, Cartier ne vit pas l'île du Prince- Edouard : il aperçut les îles Brion et de la Madeleine, et continua sa course à l'ouest. Donc Sébastien n'a pu apprendre par Jacques Cartier le nom d'F. de S. Juan, S'il marque les Iles

1. Winsor (Nar mid Crit H,, III p. 22) reproduit cette carte et admet son authenticité.

de la Madeleine, l'Ile S.-Paul, pour faire voir qu'il connaît bien le golfe, il donne aussi à l'île du Prince-Edouard, tout à côté de Tieira lyrimùm vista^ le nom de Y. de S, JuaUy pour indiquer précisément celle qu'il a visitée le 24 juin avec son père.

Dans une autre carte, de 1514 ou 1520, celle de Portolano, portugais, nous lisons dans la légende, à propos du Cap- Breton : ** Tera que foij descuberta per Bertomas ", '' Terre qui fut découverte par les Bretons ", i-e. par les Anglais, car s'il ne désigne pas ainsi les découvertes anglaises, qu'il devait connaître,— il y avait déjà des cartes portugaises qui les rapportaient avant lui, — il se trouverait à n'en pas dire un mot, ce qui est peu probable.

Une carte anglaise faite en 1542 par John Rotz (un français, flamand de nom), porte sur le N.-Brunswick, la N«"®-Eco8se et le Cap-Breton, ces mots: " The new fonde Islande " ^. Michael Locke, dans une carte de 1582, copiée sur celle de Verarzanus, crut devoir ajouter, sur le Cap-Breton et les terres situées au sud, '' J. Gabot, 1497 ". (J. Winsor, Nar.and Crit. JET., III, 39.)

Quant aux grandes chasses à l'ours, elles pouvaient tout aussi bien se faire au Cap-Breton qu'au Labrador, en 1497.

Il faut donc conclure que Jean Cabot vint aborder à la côte nord du Cap- Breton, un peu vers l'ouest, à peu de distance de l'Ile S. -Jean.

Quant au nom de '' Tierra primùm vista ", ou ** Prima Vista ^ " donné au lieu du débarquement, il est bien écrit sur la carte de Sébastien ; il faut admettre que c'est l'appellation donnée par les chroniqueurs pour préciser l'endroit vu et msité en premier lieu par le découvreur. Jean Cabot l'appela peut-être en anglais *' First seen ", expression que Sébastien ou ses copistes traduisirent en espagnol en 1544, puis en latin en 1549 3.

Cependant convenons avec R. Biddle que, dans les chroniques et les conversations attribuées à Sébastien, l'on se sert du

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