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L'Organisation du travail, cb. III

légiés dans les termes de l'article 2101 du Code civil les fonds déposés dans une usine à titre de dépôts d'épargne, ou de primes d'assurances, ainsi que toutes sommes nécessaires pour assurer des retraites ou des indemnités en cas d'accident, dues ou promises par le chef de l'usine.

Il faut observer seulement que ces interventions de l'Etat, quand elles se multiplient, ne témoignent pas d'une constitution sociale bien saine. Ce sont des remèdes que la maladie peut rendre nécessaires, mais dont il vaudrait mieux n'avoir pas trop souvent besoin. Il est à désirer qu'on soit de moins en moins obligé d'en faire usage. Si ces mesures sont prises avec intelligence, elles ne gêneront en rien les patrons consciencieux. Elles leur seraient plutôt utiles, en les protégeant contre le trouble temporaire que peut causer à leurs ateliers une concurrence déloyale et désordonnée. De ces observations on pourra, si l'on veut y réfléchir, déduire plusieurs conséquences pratiques.

C'est une vieille erreur, qui malheureusement n'est pas entièrement déracinée, surtout en France, de croire la liberté du travail incompatible avec la liberté d'association. " Il est rare, écrivait Adam Smith ^, que les gens de métier se trouvent réunis même pour quelque partie de plaisir ou pour se distraire, sans que la conversation finisse par quelque conspiration contre le public ou par quelque machination pour faire hausser les prix ". Dans le préambule de l'édit de 1776, Turgot s'attaquait non seulement aux abus réels des corporations de son temps, mais à la liberté même d'association. '* La source du mal, disait-il avec assurance, est dans la faculté même accordée aux citoyens d'un même métier de s'assembler et de se réunir en corps ". L'Assemblée Constituante s'inspire des mêmes doctrines. Dans la célèbre nuit du 4 août 1789 elle acclame la réformation des jurandes. Elle établit, par la loi du 17 mars 1791, la liberté du travail et l'impôt des patentes. Elle supprime la liberté d'association par le décret du 14-17 juin 1791. Le rapporteur de cette mesure, Chapelier, la résume ainsi : ** Il ne doit pas être permis aux citoyens de certaines professions de s'assembler pour leurs prétendus intérêts communs; il n'y a plus de corporations dans l'Etat ; il n'y a plus que l'intérêt particulier de chaque individu et l'intérêt général... C'est à la nation, c'est aux officiers publics, en son nom, à fournir des travaux à ceux qui en ont besoin pour leur existence et des secours aux infirmes ". C'est seulement la

1, Richesne des fiatiotu, chap. X.

loi du 21 mars 1884 qui a reconnu en France dans une large mesure la liberté des associations professionnelles.

Combien d'esprits qui se croient libéraux demeurent encore empêtrés dans ces anciens préjugés I II est sans doute nécessaire de protéger efficacement la liberté des dissidents, des travailleurs isolés. Puis il convient de réprimer les sociétés qui sont secrètes ou qui ont un but illicite: on pourrait imposer à toutes l'obligation de rendre publiquement compte de leur gestion financière. Mais que FEtat, dans sa jalousie de tous les groupements indépendants, ne condamne pas la société affaiblie à un individualisme forcé. Comment organiser alors l'assistance, la prévx)yance, la vie à bon marché, l'enseignement professionnel ? Il faut confier ces services au gouvernement ; et la liberté du travail^ qu'on prétendait sauvegarder, est sacrifiée. Il est clair aujourd'hui que l'avenir appartient aux nations chez lesquelles les lois et les mœurs favorisent le développement des associations libres.

Les malentendus qui faussent la notion de la liberté du travail dissipés, il faut se demander quels avantages on trouverait à la sacrifier.

Quelle pourrait être l'organisation nouvelle ? Personne, en dehors des vrais socialistes, ne l'a définie plus nettement qu'un membre distingué de la Chambre des seigneurs de Vienne, l'un des orateurs les plus autorisés du parti conservateur, le prince Aloys de Lichtensteiu. Dans la discussion qui a précédé le vote de la loi de 1883, il a expliqué que le travail n'est pas une affaire privée, que c'est une fonction déléguée par la société à l'un de ses membres, que l'ouvrier est une sorte de fonctionnaire, qu'il doit avoir un avancement hiérarchique (apprenti, compagnon, maître) et une retraite au bout de sa carrière. Les applaudissements de la majorité ont accueilli ces déclarations. La paix, la sécurité et la dignité qu'on espère ainsi garantir aux travailleurs sont certainement de très grands biens. Mais sur la méthode qu'il convient de suivre pour les conquérir, on se fait d'étranges illusions.

Les corporations du passé avec leurs anciens traits ne peuvent évidemment être rétablies. Leur principal objet à l'origine et leur raison d'être, c'était de procurer la sécurité à leurs membres, avantage inappréciable dans ces temps troublés. Les Etats modernes se chargent de ce service. Elles avaient un caractère

nettement local, qui convenait alors à l'état des ateliers et des marchés, et qui s'expliquait bien par la manière dont ces organismes s'étaient formés. On peut y voir l'une des plus intéressantes manifestations de cette vie communale, si intense au moyen âge. Certains métiers se trouvèrent naturellement constitués en services municipaux. Partout où le pouvoir central, dans un but de police ou de fiscalité, entreprit de transformer en système général, ces organisations particulières, il n'y introduisit guère que des abus. Enfin la confrérie était l'âme de la corporation. La communauté des convictions religieuses qui unissait alors tous les artisans, maîtres, compagnons et apprentis, était absolue ; elle n'existe plus malheureusement dans la plupart des sociétés contemporaines.

C'est à l'Etat qu'il faudrait aujourd'hui confier la direction suprême des ateliers, si on la retirait aux individus indépendants. On doit se rendre compte de cette conséquence fatale. Les socialistes seuls sont logiques, quand ils attaquent la liberté du travail. Mais ceux qui prétendent s'engager dans cette voie, sans compromettre les droits essentiels consacrés par la civilisation moderne, oublient quelles sont aujourd'hui les conditions de la vie économique et de la vie publique.

Examinez comment se produisent et circulent les richesses dont nous viyons. C'est un mécanisme d'une puissance merveilleuse, mais très délicat et très compliqué. Les capitaux qui s'accroissent de jour en jour et qui cherchent partout les meilleurs emplois développent sans cesse la productivité du travail. Ils permettent à l'industrie de fabriquer en grand et par suite moins chèrement. Mais ils sont perdus pour les imprudents qui les engagent dans des entreprises mal conçues. Les découvertes scientifiques, avec les améliorations techniques qu'elles rendent possibles, modifient à tout instant les conditions de la production. Les conditions de l'échange subissent aussi de perpétuelles transformations. Une solidarité de plus en plus étroite tend à s'établir entre les divers marchés. La concurrence nationale et internationale active le progrès et fait profiter le consommateur de la réduction du coût de production. La liberté et la responsabilité individuelles permettent à cette machine perfectionnée de fonctionner. L'Etat serait incapable de la conduire : sa lourde main pourrait seulement la briser.

On se rend compte de la complexité de ces opérations, et des difiScultés qu'elles entraînent pour les législateurs. On croit trouver une solution dans la réglementation internationale du travail.

Quand les ententes de cette nature réussissent, c'est, dit très justement M. Claudio Jannet \ qu'elles règlent ^* soit des questions de police et de législation qui dans chaque pays sont absolument sous l'action de l'Etat, soit des opérations de transport d'une simplicité très grande " (conventions monétaires, postales, télégraphiques, protection de. la propriété littéraire^ artistique, industrielle, régime des transports par chemins de fer). Les peuples civilisés pourraient encore s'unir pour faire disparaître des abus révoltants, qui sont un défi jeté à la conscience humaine, tels que l'esclavage. Pourquoi les gouvernements ne se concerteraient-ils pas afin de favoriser la sainte croisade qui a le cardinal Lavigerie pour inspirateur et l'Afrique pour théâtre?

Quant au régime intérieur des ateliers, les conç^entions internationales qui prétendraient l'améliorer n'auraient guère de chance d'être observées, que si elles consacraient des progrès déjà réalisés dans la pratique générale. La réglementation doit varier avec les besoins et les circonstances ; elle ne saurait être Uniforme. Et puis les apôtres de cette réforme supposent toujours qu'un industriel qui améliore la condition de ses ouvriers se met dans une condition d'infériorité vis-à-vis de ses rivaux. C'est une idée très contestable. Il arrive souvent que, la durée du travail étant réduite, l'ouvrier fournit la môme besogne. Si l'on apercevait que les intérêts des salariés et des patrons sont généralement solidaires, l'intervention de l'Etat paraîtrait moins nécessaire.

Quels sont les gouvernements qu'on prétend charger de cette mission délicate? Quelles garanties de compétence et d'impartialité présentent- ils ? Les envahissements de l'Etat, qui se proclame investi d'un pouvoir illimité par le peuple souverain, et dont la toute-puissance ne connaît guère de tempérament dans certaines sociétés démocratiques, constituent certainement l'un des plus grands dangers de l'heure présente. Croit-on qu'il soit sage, dans de pareilles conditions, d'appeler sans cesse les pouvoirs publics à intervenir entre les patrons et les ouvriers ? Si vous faites des travailleurs des fonctionnaires, vous ne les empêcherez pas de réclamer et d'obtenir sans cesse des augmentations de traitement. Ceux qui sollicitent un mandat politique semblent souvent prendre à tâche d'exciter les mauvaises passions des électeurs, de les nourrir d'illusions décevantes. Il faut tenir compte du dangereux état d'esprit entretenu par les politiciens.

1. Rapport sur l'intervention de l'Etat dans le régime du travail.

Puis on doit compter parmi les effets les plus inportants et les plus certains d'une loi les espérances qu'elle fait naître, les revendicationB ultérieures qu'elle autorise. Pourquoi donner à penser qu'on peut supprimer la pauvreté avec des textes de loi ? Il faut renoncer à ces rêves chimériques, qui produisent un mal très réel.

Ainsi le régime du travail qui respecte la liberté et la responsabilité individuelles convient seul à nos sociétés modernes. Il ne supprime pas toutes les souffrances dont s'irrite l'impatience de nos contemporains. Mais il permet de les diminuer progressivement, autant que le comporte la condition de l'humanité. Il favorise, mieux que toutes les organisations artificielles, les améliorations morales et les perfectionnements techniques, qui constituent seuls les vrais progrès.

La séparation de l'atelier et de l'Etat, de la vie publique et de la vie privée, est un résultat naturel du développement social. Cette spécialisation des fonctions ne produit tous ses heureux effets que si l'Etat remplit passablement le rôle qui lui incombe, que si les patrons et les ouvriers sont doués d'une dose suffisante d'intelligence et de vertu. Ce n'est pas une panacée souveraine, ni une formule uniformément applicable. Mais le régime de la liberté du travail sera, pour les peuples qui savent le pratiquer, un élément précieux de supériorité.

Voilà pourquoi son avenir ne me semble pas sérieusement compromis. La division de l'humanité entre diverses nations indépendantes, est un grand bien, malgré l'antagonisme ruineux qui en est trop souvent le triste résultat. Je ne connais pas de plus puissant instrument de reforme sociale, de plus solide rempart contre toutes les sortes de socialisme.

JxjLEs Angot des Rotodrs.

HISTOIRE m DROIT CANADIEN'

La scienœ légale semble à beaucoup de gens une étude peu attrayante, aride même, et à laquelle les hommes de loi seuls peuvent se résoudre. On reconnaît assez volontiers qu'elle est nécessaire, puisque les temps sont passés où les règles naturelles de l'équité suffifiai^it à concilier toutes les opinions : âge d'or qui, sans doute, ne connaissait ni plaideurs, ni tribunaux. Mais on n'admet pas aussi facilement que cette science puisse offrir des charmes à ceux qm ne sont point initiés aux secrets intimes des lois. Pour le grand nombre, le Droit n'est que l'inflexible ligne droite, l'inexorable syllogisme de la logique judiciaire ; et l'histoire du Droit, une aride chronologie des lois et des phases de la législation.

Il n'en est pourtant pas ainsi : les grands travaux publiés sur le droit romain, le droit germanique, le droit français, le droit anglais, etc., ont depuis longtemps prouvé combien ces études offrent d'intérôt indistinctement à tous ceux qui s'occupent de travaux sérieux.

L'histoire du Droit, considérée comme tableau des modifications successives de la législation d'un peuple, est, sans doute, indispensable à tous ceux qui se destinent plus particulièrement à l'étude et à la pratique de la science légale. Pour juger en effet les lois modernes, en saisir l'ensemble, l'esprit, les motifs, il faut bien avoir étudié par quelles phases elles ont passé, et connaître leurs rapports avec les mœurs des diverses époques qui les ont produites. Sans cette connaissance, on ne peut guère comprendre que la lettre de la loi, sans en saisir l'esprit et la portée véritable.

Mais là ne se borne pas l'horizon de la science légale ; ses limites sont beaucoup plus éloignées lorsque la philosophie de l'histoire, lui prêtant ses enseignements, l'élève au niveau des sciences sociales les plus importantes.

La législation d'une époque en réfléchit toujours fidèlement les mœurs, en même temps qu'elle fait voir le degré de stabilité dont y jouissent les grands principes religieux et politiques, nécessaires au bon fonctionnement d'une société bien constituée. Quelqu'un'a dit que l'histoire du Droit est l'âme des siècles : ce

1. Hmtovre du Droit canadien, pur Edkond Larbau.— l«r vol., in-8, Montréal, 1888.

ne peut être qu'en ce Bens que Thiatoire philosophique du Droit doit faire comprendre combien la liberté et la vie dTile sont intimement unies dans le Droit avec la religion, la justice et le progrès social. C'est donc à l'histoire du Droit bien comprise qu'il appartient de rechercher les éléments qui, dans la succession des temps, ont concouru à assurer et garantir aux peuples la stabilité de leurs institutions ; c'est à elle à faire voir comment le maintien des grands principes de l'union de la foi et de la raison, de l'Eglise et de l'Etat, a contribué à assurer la mar* che progressive des nations vers la prospérité. Considérer ainsi l'histoire du Droit, c'est étudier celui-ci à la lumière de l'enseignement religieux, de la saine philosophie et de l'histoire civile et politique d'un peuple. Alors l'histoire du Droit s'élève, devient une science sociale de la plus haute valeur, ayant un objet défini, et des lois certaines pour y parvenir.

L'histoire du Droit canadien en est encore à sa période de formation, celle de la collection des matériaux épars qui serviront à la constituer plus tard. Des travaux considérables ont déjà été faits dans ce sens, tant par les sociétés historiques que par des écrivains distingués canadiens et étrangers.

M. Lareau, déjà avantageusement connu par diverses œuvres de droit, et sa collaboration avec feu M. Gonzalve Doutre à un premier travail de ce genre, entre aujourd'hui résolument dans l'arène. Son dernier ouvrage, dont nous voulons dire quelques mots, montre un grand esprit de travail, d'études et de recherches. La poussière de nos vieu^ bouquins, la multitude de nos documents épars dans les archives publiques, dans les greffes de nos tribunaux, n'effraient pas notre laborieux auteur. Aussi, sommes-nous heureux de reconnaître en son œuvre un mérite incontestable, et de lui offrir une cordiale bienvenue.

V Histoire du Droit caruidien de M. Lareau peut être considérée à deux points de vue.

Au point de vue légal, cet ouvrage est particulièrement intéressant en ce qu'il ouvre les voies à la jeunesse studieuse, qui ignore assez souvent les sources où elle peut aller puiser des renseignements sur ces matières. L'auteur divise son travail en deux parties, suivant l'histoire du pays : droit sous la domination française, droit sous le régime anglais. Le premier volume, le seul qui ait encore paru, comprend la première partie. Le recueil des Edits et Ordonnances, nos archives si nombreuses et si peu connues, les registres des cours de justice, ont été surtout la mine féconde exploitée par l'auteur, et il a su y trouver les renseignements les plus précieux. Les anciens auteurs, nos

HISTOIBE DU DROIT CAliïADIEN r675

.écrivains canadiens les plus accxédités, Garneau, Bibaud, Ferland, Faillon, Lafontaine, Lorainger, Beaudry^saos compter ceux qui vivent encore, ont aussi été mis amplement à contribution.

La science légale ne peut que s'enrichir par des. travaux de ce genre, et à ce point de vue Touvrage de M. Lareau mérite les éloges de tous ceux qui s'intéressent au développement de la science parmi nous. Nous sommes heureux d'y Joindre notre humble voix. Mais comme nous l'avons dit, l'histoire du Droit ne se borne pas à la simple énumération des mesures législatives successivement en vigueur chez un peuple ; sa sphère est plus étendue. Elle est appelée à faire ressortir Les, grands principes conservateurs des sociétés. M. Lareau l'a compris, et parallèle* ment à la chronologie légale, il recherche la discussion de ces principes lorsque l'occasion s'en présente. Cette étude l'oblige à pénétrer sur le terrain historique et religieux. Comme il est ici moii^s sûr de ses moyens, M. Lareau nous permettra quelques réserves dans l'examen qu'il nous reste à faire de son ouvrage, à ce point de vue.

M. Lareau, disons-nous, ne se borne pas à faire l'histoire du Droit, mais il embrasse quelquefois celle des faits, et il les apprécie en dehors des questions de droit. Alors n'étant pas sur le terrain qui lui est familier, il se ressent de l'insuflasance de ses données historiques et quelquefois aussi de ses préjugés, car en dépit de sa bonne volonté évidente, M. Lareau n'a pu se défendre de quelques préjugés.

Ainsi, à propos de l'appel comme d'abus, il ne se contente pas de faire Vhistoire de ce droit d'appel, mais il l'associe à celle des libertés gallicanes, dont il semble épouser la cause et qu'il essaie de défendre en s'appuyant sur les fameux quatre artidea de 1682. M. Lareau ici n'est pas suffisamment au courant de l'histoire, ou il oublie que la question des quatre articles est une question maintenant jugée et dans un sens différent de celui qu'il semble adopter.

Les prétendues libertés gallicanes ne comprenaient pas seulement d'anciennes constitutions canoniques et des usages nationaux, indifférents en soi, et que l'Eglise a toujours respectés, pas moins en France que dans les autres pays du monde ; mais elles comprenaient aussi de vrais abus de juridiction, qu'on a pu vouloir décorer du nom de libertés, en les opposant à la jurisdiction universelle du St-Siège, mais qui n'en étaient pas moins de vraies servitudes par rapport à l'autorité royale. Par exemple, la

prétention de soumettre les constitutions apostoliques à Vapprohaiion du clergé gallican, ou, ce qui est encore pire, à celle du roi de France ou du Parlement, pour qu'elles eussent la force d'obliger les catholiques français, était, quoiqu'on en dise, un abus et une servitude. Le grand Bossuet n'était pas d'un autreavis ; et, s'il a prêté son concours à la rédaction des quatre articles, c'est parce qu'il a cru pouvoir aller jusque là pour éviter un schisme ; mais son adhésion a été plus matérielle que formelle, comme le prouve son célèbre mot abeat quo libuerit, en parlant de cette déclaration du clergé de France. Disons cependant que M. Lareau constate que le clergé de France, de gallican qu'il était, est devenu enfant soumis de l'Eglise romaine, centrede l'unité catholique : c'est reconnaître que la France avait eu tort de se montrer enfant récalcitrant.

Si M. Lareau s'en fût tenu à Vhistoire du Droit canadien, il pouvait constater qu'en effet, en dépit de tous les efforts du St-Siège et de Mgr de Laval lui-même, le droit coutumier français relatif aux appels comme d'abus et aux prétentions des rois de France sur les libertés de V église gallicane^ passa au Canada. On n'en a que trop d'exemples sous tout le régime français dans la Nouvelle-France, où une foule d'actes purement du ressort ecclésiastique ne pouvaient se faire sans l'intervention du Roi.

Si, de plus, M. Lareau, en partant de ce Jait^ eût cherché à établir quelle était la portée civile de cette introduction, ou la légalité civile à laquelle, de gié ou de force, devaient se soumettre tous les intéressés jusqu'à ce qu'intervint une modification en forme légale, ainsi que Ta fait M. le juge Beaudry pour nos lois actuelles, il eût rendu un véritable service historique, que son incontestable érudition légale lui permettait de rendre. Aussi, espérons-nous que, dans une seconde édition, M. Lareau comblera cette lacune et fera disparaître les quelques taches que nous prenons la liberté de lui signaler. En attendant, dans l'édition actuelle, au lieu de cette étude, M. Lareau, après avoir essayé, comme nous venons de le dire, d'étayer les soi-disant libertés de l'église gallicane, s'est contenté, en se proposant d'écrire l'histoire du droit canadien, de citer un certain nombre de différents qui sont survenus entre les autorités ecclésiastiques et civiles, sous forme d'appels comme d'abus.

Or la manière dont ces faits sont racontés ne me paraît pas en harmonie avec une œuvre de ce genre. On n'en voit pas ressortir le point de droit précis en question, non plus que la modification introduite ou non par le jugement final. Mais on

y voit une foule de petits détails, calculés^ oe semble, pour jeter du ridicule sur les personnes ou les questions en litige. Il est regrettable que le aayant légiste s'en soit ainsi tenu à la surface, et n'ait pas pénétré plus au fond pour bien saisir la vraie portée de ces débats.

Quand il s'agit de personnages tels que des évêques, des gouverneurs, des intendants... luttant entre eux, il ne faut pas à la légère prononcer le mot ridictUe, à moins d'en bien préciser le sens. Une prétention peut être ridicule en ce sens qu'elle est sans aucun fondement ; mais le motif qui la fait soutenir n'est pas nécessairement ridicule, et peut comporter même une grande importance, qui explique l'action contraire des opposants.

M. Lareau, par exemple, jette une teinte de ridicule sur les longs e| malheureusement fréquents débats relatifs aux préséances. Mais est-ce que les questions de préséances ne sont pas aussi vivaces de nos jours qu'il y a deux siècles? Et les questions actuelles comportent-elles des intérêts aussi graves qu'à l'époque de Mgr de Laval, du marquis de Mézy et du comte de Frontenac ? Dans certains cas lee prétentions d'alors pouvaient être ridicules, mais le démêlé qui s'en suivait était loin de l'être. Nous aurions aimé que M. Lareau eût fait ressortir la question d^empiitement qui se trouvait au fond de ces tristes débats, et montré où se trouvait le droit, sans s'arrêter à ces petits et tristes détails qui résultent de l'humeur ou du caractère des contendants, et dont nos modernes cours de justice et nos législatures ne sont pas plus exemptes, malheureusement, que celles de cette époque reculée.

M. Lareau ne s'est pas non plus assez déâé de cette tendance qui porte à empiéter, sans être suffisamment au courant, sur un terrain qui n'est pas le sien, et qui l'a exposé par suite à des méprises que nous devons signaler.

Ainsi, à propos de la dîme, M. Lareau met S. Thomas et Bellarmin en contradiction avec le concile de Trente, sur la question de savoir si la dîme est de droit divin ou de droit positif I II suffisait d'y penser quelque peu pour être bien sûr que Bellarmin, qui connaissait le concile de Trente, ne se serait jamais mis en contradiction avec lui.

Du reste, rien de plus facile que de concilier S. Thomas, Bellarmin et le concile de Trente. Ce qui est de droit divin et même naturel, c'est que le clergé en exercice soit soutenu par les fidèles, et c'est ce qu'a dit le concile de Trente ; quant au

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mode, que ce soit par la dîme, ou par des contributions volontaires, ou par une subvention de l'Etat, ceci est de droit positif, et c'est ce qu'a soutenu Bellarmin avec S. Thomas, sans aucune contradiction avec la doctrine du concile.

Il peut se faire que M. Lareau ait une idée n^tte de ce qu'il veut dire quand il parle de l'indépendance absolue des deux pouvcÂrs, temporel et spirituel, même se mouvant chacun dans sa spère; mais cela ne ressort pas clairement de son exposition. Car enfin il y a indépendance et indépendance. Les qualités respectives de c&râi«n et de ato^^ se superposent dans chaque homme ; or un même homme ne peut pas se scinder en deux. Il n'y a en lui qu'une seule personne, qui est à la fois chrétienne et citoyenne. Et comme le moyen doit être subordonné à la fin, et que la vie temporelle n'est qu'un moyen pour ari^ver, bon gré, mal gré, à la vie éternelle, il s'en suit que le citoyen doit Uyvôoura agir en chrétien, c'est-à-dire que c'est au chrétien à diriger le citoyen. Sans doute c'est le citoyen qui exerce le négoce ou une autre profession quelconque ; mais, comme chrétien, ce citoyen doit éviter la fraude et observer toutes les prescriptions de la morale, voire même les lois de l'Eglise, qui, pour lui, sont obligatoires comme les autres. De même c'est le citoyen qui, comme homme d'état, fait les traités «vec les puissances voisines, et décrète la paix ou la guerre; mais, en tant que chrétien, cet homme d'état doit garder la foi jurée, observer les lois de la justice, même à l'égard des ennemis, et reconnaître les droits de l'Eglise, vu que celle-ci a reçu sa commission d'en haut. Il y a donc des points de contact inévitables et, par suite, une subordination nécessaire. Or, quand ces circonstances se présentent, ce n'est pas l'Eglise qui doit obéissance à l'Etat, mais c'est l'Etat qui doit se montrer heureux de suivre les enseignements de l'Eglise.

Voilà ce qui ne ressort pas assez clairement de la partie de son ouvrage où M. Lareau se trouve amené à parler des rapports de l'Eglise et de l'Etat au Canada.

Nous aurions bien encore quelques autres incorrections à relever, en particulier au point de vue historique, où se sont glissées plusieurs inexactitudes i. Mais nous pensons qu'il suflSt d'avoir montré à M. Lareau qu'il y a, dans son ouvrage, des points obëcurs ou insuffisamment définis, ou même inexacts, et quelques

1. Entre autres, M. Lareau fait consacrer Mgr de Laval à Borne.

desiderata, pour que, dans une seconde édition, il n'y ait aucune restriction à faire.

Pour le moment, ces réserves faites, nous croyons" que M. Lareau est à encourager dans l'œuvre importante qu'il a entreprise ; et nous espérons qu'il prendra en bonne part ces observations, que nous avons faites avec franchise, parce que nous le respectons assez pour penser qu'il aimera mieux une loyale cri-, tique dont il puisse profiter, qu'une fade approbation ou même le simple silence.

C'est de nos jours un long espace de temps qu'un trimestre 1 Que d'événements se poussent, se culbutent les uns sur les autres dans cet intervalle ; que de gens peuvent faire, défaire et refaire leur fortune politique ; enfin que de soufflets ne se donne pas à elle-môme cette souveraine, d'humeur si changeante, qui s'appelle l'opinion publique !

L'empereur Frederick avait, au moment de notre dernière revue, un mieux qui donnait encore quelque espoir de guérison, au moins celui d'un répit de quelques mois ; le Gana.da-Fbanca.is n'était pas encore distribué à ses abonnés que le télégraphe nous apprenait la mort du fils de Guillaume et l'accession au trône de son petit-fils. Depuis ce temps, que de discours n'a point prononcé ce jeune souverain, si pressé d'arriver; à combien d'interprétations et de commentaires ses paroles ainsi que ses royales périgrinations n'ont-elles pas donné lieu !

De même, le général Boulanger était à cette époque encore dans une certaine veine de popularité ; depuis il est descendu de son piédestal, et au moment où nous écrivons, malgré les prédictions que l'on faisait il y a quelques jours à peine, il semble à la veille d'y remonter ! Jamais les paroles de l'Ecriture sur la vanité des choses humaines n'ont mieux trouvé leur application !

Une des plus frappantes est dans ce court règne de Frederick III, pendant lequel un empereur mourant avait trouvé cependant assez de force et de courage pour saisir le sceptre et résister vaillamment aux volontés du véritable maître de l'Allemagne. Quel grand et funèbre épisode dans la curieuse histoire des HohenzoUern que ces deux fins de règne ! Un empereur parvenu à l'extrême limite de l'âge, ayant réussi à venger sa famille et sa nation précisément sur cette dynastie Napoléonnienne dont le chef avait tant humilié l'une et l'autre voyant son fils saisi d'un mal implacable, s'étant résigné à transmettre directement à son petit-fils le fruit de ses travaux et de ses victoires; et avec tout cela précipité lui-même dans la tombe. Puis le fils, faisant des miracles de courage et d'énergie pour accomplir la difficile mission que la Providence lui envoyait contre toutes prévisions, luttant avec plus de succès contre le mal physique, lorsque l'anxiété, la responsabilité et la tension morale devenaient plus grandes ; ayant d'un côté pour le soutenir la sympathie de

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sa mère et de son* aïeule la reine d'Angleterre, les encouragements civils de sa noble et courageuse épouse, et de l'autre pour le contrarier, les embûches et les dédains de ce Méphistopbeles qui a nom Bismarck, et la conduite peu filiale et môme peu décente de son propre fils : quel tableau et, pour courte qu'ait 4té la représentation,, combien dramatique et combien fatale ne semblera-t-elie pas aux yeux de l'histoire !

A peine ce roi de quelques mois avait-il rendu le dernier soupir, que les médecins nombreux qui n'avaient cessé d'emplir les journaux de leurs bulletins, les remplissaient de leurs querel- ' les. Soit pour faire triompher la science allemande de la science anglaise, soit pour faire plaisir aux adulateurs du nouveau règne, les médecins allemands tombaient tous sur le D^ Mac- Kenzie, et le jeune empereur lui-même refusait de donner audience à celui qui avait prolongé la vie de son père. La reine Victoria, ennuyée d'ailleurs des tracasseries que son petit-fils faisait à s fille, a protesté contre le mauvais vouloir allemand .«n comblant d'honneur le D^* MacKenzie. La mésintelligence qui existe évidemment entre la cour de St- James et celle de Ber* lin, aura-t-elle quelqu'influence sur le dénouement du drame politique si compliqué qui se joue en Europe depuis une dizaine d'années ? La chose est peu probable, car lord Salisbury paraît •entretenir des sentiments très favorables à l'Allemagne, et la reine, n'étant pas encouragée par lui dans sa mauvaise humeur bien légitime, en reviendra bientôt à ses prédilections germaniques. Il en serait peut-être autrement si M. Gladstone revenait au pouvoir.

Le nouvel empereur est parti pour une grande tournée royale qui ressemble un peu aux voyages des compagnons du tour de France, ou,, comme on l'a dit plus plaisamment -encore, il se fait le commis voyageur de M. de Bismarck. La Russie, le Danemark, l'Autriche, ont vu le prince errant, et c'est maintenant au tour de l'Italie. Ici se présentent des complications. Il n'y a aucun prétexte de parenté, comme pour la Russie ; et M. Crispi, qui se croit l'héritier diplomatique du comte de Cavour, a fait une grande maladresse en soulignant le sens de cette visite au point de vue de Rome, capitale du royaume •d'Italie. Le prince de Bismarck, s'il aime bien à voir M. Crispi se compromettre pour lui contre la France, n'aime pas autant à sç voir compromis par lui contre le Vatican, dont il croit encore avoir besoin.

Les remarques que fait M. Waternau dans la Bévue du Monde Latin trouveront ici leur place.

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^' L'écheô de Sangninetti a été TiT^ment senti en Italie, et dans la Intte diplomatique qne le gouTernement italien a engagée contre le nôtre, il n'est pas resté le bon marchand. Les théories de M. Orispi, inacceptables an x>oint de vue du droit international, ont été' facilement réfutées en deux notes d'une clarté parfaite par notre ministre ded' affaires étrangères. La Russie a* adopté notre façon de voir, la Turquie a énergiquement protesté^ la Grèce a manifesté les sentiments les plus hostiles', l'Angleterre et l'Autriche ont gardé un silence méprisant et dédaigneux. L'Italie s'est donc trouvée isolée, et le sentiment public en a été fâcheusement impressionné.

^^ C'est alors que M. de Bismarck est interveau en faveur de son protégé. Pour rendre à M. Crispi une autorité qui commençait à lui faire défaut, il n'a rien trouvé de mieux que d'affirmer publiquement les bons sentiments de l'Allemagne à son endroit, en l'appelant auprès de lui à Friederichsruhe, puis en obligeant le comte Kalnocky à aller en personne le saluer au passage à Egger. Qu'accessoirement, ainsi que l'écrit le Mfmiteur de Rome^ * toujours bien informé en pareille matière, on ait traité des modalités de la visite de l'empereur d'Allemagne à Rome et causé de la France, c'est fort probable ; mais le but principal de l'entrevue a été de rassurer l'Italie, inquiète des prévenances de la chancellerie allemande à l'égard du Vatican, sur l'amitié de l'Allemagne et le concours de l'Autriche.

-" Nous sommes à un instant psychologique dans l'histoire de r Allemagne : De quel côté aiguillera l'Empire ? Le pôle conservateur et chrétien dans le monde germanique sera-t-il à Berlin ou à Vienne ? Grave question sur laquelle nous donneront peutêtre quelques lueurs les élections prochaines au Landtag prussien. Comme on l'a dit bien souvent, et avec justesse, l'esprit public au Nord et au Sud de l'Allemagne chemine toujours en sens inverse : c'est une vieille loi de son histoire ''.

Précisément, le télégraphe nous annonçait ces jours derniers que l'empereur d'Autriche allait ajourner son voyage à Rome, afin de ne pas s'y rencontrer avec l'empereur d'Allemagne et ne pas aggraver la situation générale en ce qui concerne l'antagonisme du Vatican et du Quirinal.

Ceci confirme parfaitement ce que dit la Rmme du mondé Latin,

Il a été question, en commençant, des péripéties nombreuses de la fortune de cet étonnant personnage, le général Boulanger. Expulsé de l'assemblée, ou, si l'on veut, résignant avant de l'être ; puis blessé grièvement, lui militaire, par le premier ministre Floquet dans un duel qui est bien une des choses les plus extraor»

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dinaires de notre époque et donne une bien triste idée du respect que les autorités ont pour lès lois ; conspué et ridiculisé, puis regagnant soudainement du terrain, assez même pour être élu simultanément dans trois collèges électoraux après avoir été battu dans celui où il semblait surtout' devoir triompher ; enfin d'improbable devenu impossible, puis dlmpossible redevenant tout à coup probable, il est bien le plus bel exemple de la mobilité de Pesprit public en France. La donna l mobile doit surtout se dire de cette damé quînteuse et volage entre toutes, qui s'appelle la trosième république!

Voici comment la dernière chronique politique de la Revue des Deux Mondes rend compte des récents succès du général.

** Oui certainement, ce qui fait le succès de ces candidatures multiples, voyageuses, bruyantes, est clair comme le jour. Les élections de M. le général Boulanger réussissent, non parce qti'elles sont l'œuvre d'un parti, comme on le dit, ou parce que celui qui en est le héros inspire une vraie confiance ; mais parce qu'elles sont l'occasion toute trouvée d'une protestation spontanée, peut-être même parfois assez irréfléchie, contre tout ce qui existe. Elles offrent une issue aux mécontentements accumulés, aux espérances trompées, aux irritations et aux révoltes intimes qui se rallient, un jour de scrutin, autour d'un nom plus ou moins retentissant. Elles n'ont pas d'autre signification ; mais elles ont cette signification-là. Elles sont la rançon et l'expiation d'une série d'erreurs et d'entraînements dont la nation française a été la première victime. Les républicains de toutes les nuances, qui se sont succédé à la direction des affaires depuis dix ans, ont eu à peu d'exceptions près cette idée passablement arrogante que, puisqu'à leur tour ils refprésentaient l'état, ils pouvaient tout se permettre pour étendre et assurer leur règne. Ils se sont tout permis effectivement. Ils n'ont su en réalité qu'abuser de tout, épuiser les forces morales et matérielles du pays, fatiguer la France de persécutions et de dépenses ruineuses, donner à leur gouvernement le caractère d'une domination de parti à la fois violente et impuissante. Ils ont mis le déficit dans les budgets, le trouble dans les consciences, la désorganisation dans l'état, l'incohérence et l'instabilité dans les lois, les vexations les plus irritantes et les plus minutieuses dans l'administration. "

Plus loin, le même écrivain donne aux conservateurs de toutes les nuances des conseils, dont il est à peine permis d'espérer qu'ils profitent :

*' Certes, la cause monarchique a trouvé ces jours derniers encore de brillants et vaillants défenseurs : M. le duc d'Audif-

fret Pasquier, M. Bocher, qui ont. prononcé de très éloquents discours, Tup dans un banquet à Paris, Tautre à Pont-Lévêque dans une réunion des agriculteurs.de la vallée d'Ange. Il y a deux parties dans ces discours. Il y a la partie accusatrice : M. d'Audîiffret Pasquier, avec sa nerveuse et éloquente parole, avec son autorité persuasive et émouvante, a retracé une fois de plus cette histoire d'une politique — la politique des dernières années qui ne s'est manifestée que par des dépenses ruineuses, par des passions exclusives de parti, par une désorganisation universelle. La seconde partie est ce que l'on pourrait appeler l'exposé des motifs d'une restauration monarchique universelle. C'est la stabilité héréditaire opposée aux instabilités radicales. Il y a longtemps que le procès se plaide devant la France à travers les agitations et les révolutions. Qu'en serat-il? La question, M. le duc d'Audiffret Pasquier en est plus persuadé que d'autres, n'est point aussi simple qu'on le croit, et il y aurait sans doute quelque péril à braver, pour l'honneur du principe, des crises où se rencontreraient, dès le premier pas, tant de compétitions diverses où les conservateurs commenceraient par se diviser. Ce qui arrivera dans un avenir que personne ne peut calculer est inconnu; mais en attendant il y a pour les conservateurs prévoyants et désintéressés quelque chose de plus pratique, c'est de se prêter à ce qui est possible, de lutter ensemble contre une politique de faction, '^ contre ses passions, ses desseins subversifs, ses prétendues réformes, qui ne sont que des œuvres de destructions et de ruines ". C'est, s'il le faut, " de servir la république contre elle-même ". Le plus pressé, dût la république en profiter, M. Bocher l'a dit en sage, c'est de songer avant tout à la patrie, de servir avant tout la France, pour lui rendre un peu de liberté et de crédit dans les affaires toujours fort troublées de ce monde ".

Et dans cette situation si grave, Paris ne trouve rien de mieux à faire que des grèves, des émeutes comme celle qui a eu lieu à propos de l'enterrement du général communard Eudes, des duels, des scandales comme le livre d'Alphonse Daudet " l'Immortel ". Mais en revanche Paris et toute la France se peuplent de statues. Si chaque homme, a dit Mirabeau, avait un droit imprescriptible à un tombeau, il ne resterait bientôt plus de terre à cultiver, et il faudrait déposséder les morts pour nourrir les vivants. La citation manque peut-être d'exactitude, mais nul n'osera dire qu'elle manque d'à-propos.

Le plus remarquable, quoique pas le moins discutable de ces monuments, est celui élevé à Gambetta ; on ne saurait dire que

c'est la statue d'un Uluatr^ încQiyiu. A l'ii^ug[U|ation il y a eu force discours, de qui conveâait- bien, ditî M* 1 ictor Fournel dans le Correspondant^ à un homme qui n'a laissé derrière lui que des phrases.

*' J'allais oublier, dit M. Fournel, le bouquet de la cérémonie; les stances de M. Sully-Prudhomme lues par M. Mounet-SuUy, Ce n'était pas trop de deux Sully pour rendre hommage à l'homme d'Etat de la troisième république. Hélas I l'oubli eût été clément pour le poëte. Qu'allalt-il faire dans cette galère ? Jamais M. Sully n'a été plus Prudhomme qu'en cette circonstance. Jamais sa muse, volontiers pédestre, n'a marché d'un pas plus laborieux et plus pénible. "

Il y a plus d'une honorable exception à faire, à un autre point de vue, dans cette génération posthume de bronze et de marbre, qui menace d'envahir tout le sol de la France : il n'y a point que des inconnus et des hommes trop connus : il se trouve de véritables bienfaiteurs de la France et de l'humanité.

Au premier rang figure le prédicateur éloquent qui a ressuscité en France l'ordre de saint Dominique. L'inauguration de la nouvelle statue du Père Lacordaire à Sorèze — il en avait déjà une à Flavigny — a été surtout remarquable par le discours du duc de Broglie et par la bénédiction transmise par le Père commun des fidèles.

Depuis que l'ordre des Frères Prêcheurs a été rétabli en France, il s'est implanté au Canada, où il possède maintenant un couvent régulier et deux missions.

Peu de semaines après la fête commémorative de Sorèze, un canadien, qui avait été l'un des premiers à revêtir le froc de saint Dominique, s'est éteint doucement au monastère de Saint- Hyacinthe.

Se rappelle-t-on encore à Québec ce jeune homme laborieux et modeste que l'Institut Canadien de la vieille cité couronnait dans un concours d'éloquence, et qui, le lendemain, partait pour l'Europe, et allait malgré sa santé déjà périclitante, se dévouer à la science et à la religion dans le noviciat de Flavigny ?

C'était en 1876, et après douze ans de travaux, qu^l n'a interrompus que quelques semaines avant sa mort, le Père Fortier a rendu sa belle âme à Dieu à l'âge de trente-six ans, et a été le second Père canadien inhumé dans le petit cimetière attenant au premier couvent de l'ordre des Frères Prêcheurs dans notre pays.

PlERRE-J.-O. ChAUVEAU.

Montréal, 19 septembre 1888.

De Québec aux Antilles. Notes de voyage, par M. l'abbé Théophile MorUminy:— 1 vol. in-12.— Québec, J.- A. Langlais, 1888.

Ouvrage intéressant et utile, dans leouel le lecteur voyage de Québec a la Trinité, la principale et la nlus méridionale des Petites- Antilles. L'auteur expose aiftsi, dès le début, l'idée et le plan de son ouvrage : ** Je désire tout simplement satisfaire la légitime curiosité de mes amis, et me rendre utile aux personnes qu'une santé délabrée force quelquefois de fuir nos neiges et nos glaces, pour aller chercher ailleurs un climat réparateur et bienfaisant Combien de malades se posent cette

question: Où irons-nous? .Voulez-vous éviter tous les inconvénients? Eh bien ! partez pour les Indes Occidentales. Vingt heures vous séparent de New- York. Vous trouverez dans ce magnifique port américain de superbes paquebots, qui vous transporteront aux Bermudes en cinquante-cinq heures. Arrivés

dans cette île, vous êtes en plein pays des tropiques A

Hamîlton, vous trouverez un bon hôtel pour une piastre de pension par jour. S'il arrive que vous succombiez à cette mélancolie que l'on désigne sous le nom de nostalgie, et que vous ne puissiez résister à l'envie qui vous dévore, malgré les jouissances réelles que vous éprouverez dans ces parages, vous pourrez revenir au pays quand il vous plaira, car tous les jeudis, un bateau fait voile pour New- York ".

Manuel d'Hygiène a l'usage des Ecoles et des Familles, par Sévérin LachapdUy M. D. — In-12 — Montréal, Cadieux & Derome, 1888.— Prix, 26 centins.

Ce petit ouvrage, avec figures dans le texte^ a été rédigé conformément aux instructions du Conseil d'Hygiène de la province de Québec. Il est muni de VirrvpHmaiuT de Sa Grandeur Monseigneur l'Archevêque de Montréal.

Kempli de notions utiles, ce petit manuel ne peut que populariser les mesures hygiéniques si propres à prévenir un très grand nombre, pour ne pas dire la plupart, des maladies.

Bien qu'il ne soit pas toujours facile de suivre à la lettre tout ce que conseille le manuel cCHygiine^ on ne saurait trop encourager la vulgarisation d'un idéal vers lequel on doit s'efforcer de tendre autant que les circonstances particulières peuvent le permettre.

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Le DiTBOiT ET LA BAIE p'HuDSON, par C.-F. BaiUàirgi, députéministre des Travaux publics au Canada. Petite brochure in*24 de 54 pages, 1888. En vente au bureau de VEtudiant et du Couvent à Juliette. Prix, 10 centins.

Ce n'est pas une œuvre littéraire, mais on y trouve beaucoup de renseignements utiles sur une contrée qui nous intéresse autant qu'elle est peu connue. On -peut aussi se procurer cette brochure à Québec chez M. Garant, libraire, 8 rue St-Jean, et à Montréal, chez MM. Cadieux et Derome.

Ajnnuaire de l'Institut Canadien de Québec, 1888. — I^* 12. In-8, Québec.

Ainsi que ses aînés, cet Annuaire est très intéressant. Outre les statistiques ordinaires, qui font voir l'état de plus en plus prospère de notre Institut Canadien, cette livraison renferme les conférences faites à l'Institut dans le courant de l'année, par MM. N. Olivier (Crémazie), J.-E. Prince (l'ancien barreau de France), J. Frémont (Pompéï, et notice sur M^'® de Verchères).

Ce qui donne un prix tout particulier à cette livraison, c'est la reproduction de la Èelation de la défense du fort de Verchères par M"e de Verchères, jeune héroïne de quatorze ans, et racontée plus tard par elle-même.

Enfin, l'Annuaire publie Vadresse présentée par l'Institut à Son Excellence le lieutenant-gouverneur de la province de Québec, et la réponse de l'honorable M"" Angers. Cette dernière, comme toutes les réponses de Son Excellence aux différentes adresses qu'EUe a reçues, se distingue par un merveilleux à-propod, parla délicatesse des sentiments et par un cachet littéraire tout à fait exquis.

Réminiscences of the late Hon. and Right Rev. Alexandér Macdonell, first catholic bishop of Upper Canada. Brochure in-12 de 56 pages, par Mr W.-J. Macdonell. — Toronto, 1888.

L'auteur regrette de n'avoir pas été mis en demeure, quarante ans plus tôt, de faire ce travail. Il eût pu alors se procurer beaucoup de matériaux authentiques qui lui eussent permis de faire une histoire plus complète et plus satisfaisante. L'auteur a donc été obligé de faire largement appel à ses souvenirs personnels, et il s'en excuse. Ce n'est pourtant pas un défaut, pour une biographie, que de pouvoir invoquer les réminiscences de l'intimité personnelle ; aussi ce n'est pas ce qui ôtera du ' mérite au trop modeste ouvrage de M. Macdonell.

Cette brochure renferme, sous une forme concise, les faits les plus intéressants, au point de vue religieux, et souvent au point de vue politique, des quarante premières années du XIX^ siècle dans le Haut-Canada. Elle insiste naturellement sur le zèle admirable, le dévouement sans borne, les fatigues presque sans relâche de la vie de missionnaire errant, que fut obligé de mener l-'illustre prélat qui a été le premier évêque catholique de

Kingston, à une époque où sa jnrisdietioD s'étendait à toute la province actuelle a'Ontario.

Si abrégées que soient ces Réminiscmces, elles sont une bonne œuvre et détermineront probablement une histoire plus complète de ce digne pontife.

L'auteur termine sa préface par cette traduction libre d'un ancien auteur latin: '^ Cet ouvrage aurait été fait par n'importe qui mieux que par moi; mais peut*étre vaut-il mieux que je raie fait que de ne le voir fait par personne "» Nous livrons ces paroles, empreintes de la çlus grande modestie, à la méditation de toutes les personnes qui ont en main des matériaux quelconques utiles à l'histoire, et spécialement de Messieurs les Curés^ qui ont, dans les archives de leurs fabriques, tous les documents nécessaires pour des monographies très intéressantes de leurs paroisses respectives.

Ajoutons que ce petit travail se vend au profit de la conférence de la Société de St- Vincent-de-Paul de Toronto.

Saint Maurice et la légion thébéennb, par M. le chanoine J, Bernard de Montmélian. — Deux vol. in-8. — E. Pion, Nourrit et Cie, Paris, 1888.— Prix, 15 francs.

Ce magnifique ouvrage n'est pas seulement une étude historique sur un grand capitaine et une légion célèbre dans les fastes du martyre ; c'est en même temps une haute leçon d'héroïsme et de sacrifice. On y trouve aussi une histoire détaillée du culte de saint Maurice et de ses dignes compagnons dans le passé et dans le présent.

Cette page sublime, écrite avec le sang des plus héroïques soldats ae Kome, renferme, dit l'auteur, "la solution du redoutable problème qui agite nos sociétés modernes : l'homme doitil se soumettre à l'homme avant de se soumettre à Dieu? Quelle est l'origine et quelles sont les limites de tout pouvoir humain ? "

De savants critiques, tels que les bénédictins dom Piolin et dom Lévêque, ont dit déjà, dans les Revues de France, que cette histoire, qui a valu à son auteur la bénédiction apostolique et le titre de chanoine de St-Maurice, n'est pas une simple hagiographie, mais " un véritable monument élevé à la gloire des héros thébéems morts pour l'indépendance de leur âme et la liberté de leur foi."

'' Cette belle et bonne œuvre, écrit un évêque à l'auteur, mérite l'appui de quiconque aime la science, les saints, et la gloire de l'Eglise."

Mgr Fava, évêque de Grenoble, engage vivement ses ecclésiastiques et tous les amis de l'Eglise à se procurer et à répandre '* cette publication si opportune à l'heuro présente... Ne faut-il pas, dit-il, encourager les bons à l'héroïsme et stimuler ceux que le sacrifice effraye ? "

En voilà assez, croyons-nous, pour faire apprécier la haute pensée qui a guidé l'auteur dans ce magnifique sujet.

Grammaire hébraïque élémentaire, par le P. Senepin, S. J,, professeur d'Ecriture sainte et d'hébreu. — Grand in-12 de VIII- 104 pages. — B. Herder, libraire-éditeur, Fribourg en Brisgàu (Allemagne). — Prix, broché, 2 francs.

Toute» les grammaires d'une langue travaillent sur un même fonds, et ne diffèrent que par la disposition des matières et par une étendue plus ou moins grande, suivant qu'elles sont destinées à des élèves plus ou moins avancés.

L'hébreu, au Canada, n'a pas beaucoup d'adeptes. Il y en a cependant. Leur petit nombre est une raison pour qu'ils aient intérêt à bien choisir leur grammaire. — Celle que vient de publier la librairie Herber se recommande par son côté pratique, résultat de l'expérience d'un long enseignement de l'hébreu aux commençants. — L'auteur y a ajouté des appendices ayant

Eour objet d'initier les élèves à l'usage des dictionnaires et des ibles hébraïques.

Jacques Cartier's First Voyage, by W.-F. Oanong,A. M. —

Nos compatriotes anglais s'occupent beaucoup, depuis quelques années, à élucider les points obscurs de notre histoire. Les Mémoires de la Société Royale du Canada en font foi.

Nous sommes en présence d'un important travail de ce genre, qui fait partie du dernier volume de ces Mémoires et qui a été reproduit à part. L'auteur, Monsieur W.-F. Ganong, s'est proposé de déterminer l'itinéraire du premier voyage de Jacques Cartier. Son travail est accompagné d'une excellente carte.

La relation de Cartier présente bien des lacunes, que les érudits essaient de combler. Beaucoup de personnes y ont déjà travaillé, entre autres, Laverdière, dont le tracé a été reproduit sur la carte de la Nouvelle- France pour servir à Vhistoire du Canada, dessinée par Mr P.-M.-A. Genest.

Le tracé suggéré par M. Ganong diffère notablement de celui de Laverdière, et, ce nous semble, d'une manière moins probable. Et d'abord nous voyons que M. Ganong est le premier à faire rendre Jacques-Cartier des Iles de la Madeleine à Vîle du Prince- Edouard, tandis que les autres le font aller directement à la terre ferme, sans probablement voir l'île du Prince Edouard. Mais passons. Parvenu à la pointe de Gaspé, M. Ganong fait diriger Cartier sur l'île d'Anticosti, dont il lui fait faire le tour par le sud-est, longeant ensuite sa rive nord jusqu'à la pointe ouest, et retournant de là tout le long de la côte du Labrador.

Quand on sonce que Jacques Cartier entrait dans toutes les baies (baie des Chaleurs, baie de Gaspé) pour constater probablement s'il n'y avait pas quelque passage à T ouest pour aller à la Chine, est-il bien probable qu'à l'aspect de la vaste entrée du St- Laurent, qui présentait l'apparence d'une mer tournant à l'ouest, Cartier se soit décidé à laisser la terre pour se diriger

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vers le nord sans savoir ce ciu'il y rencontrerait ? — Laverdière, au fcontraire, fait suivre la nve sud du 6t- Laurent, puis croiser de la rive sud à la rive nord, et de la rive nord à la rive sud jusque vis-à-vis la Pointe des Monts. C'est de oe dernier point qu^il le fait retourner en suivant les côtes du Labrador.

Jacques Cartier, dans ce premier voyage dut voir l'île d'Anti-

. costi à distance, mais non Z'escamintfr en détail, comme le suppose

M. Ganong. Ce qui rend cette hypothèse plus probable, c'est

. que Cartier ne décrit pas l'île d'Anticosti dans la relation de son

premier voyage, tandis qu'il le fait au long, et lui donne un

nom (l'Assomption), à son second voyage :

Il y a donc encore lieu à discussion. Gouriige, Messieurs les antiquaires ! Des essais comme celui de M. Ganong ne peuvent que contribuer à l'avancement de la science historique.

EVBOPE

Nouvelle Revue Théologique, ou série d'articles et de consultations sur le Droit Canon, la Liturgie, la Théologie morale,etc.

Elle paraît tous les deux mois, à Paris, librairie internationalecatholic^ue, rue Bonaparte, 66. Pour le Canada, 2 piastres.

Principaux articles de la dernière livraison : Encyclique du Souverain-Pontife relative à son Jubilé, ** Quod anniversarius Sacerdotii nostri ". — Où les élèves des collèges doivent-ils faire leur première communion ? — Dissertation sur l'excellence de l'étude de la divinité. — La confession par téléphone ; suite de la discussion.

Revue de la Suisse catholique, organe de la Société Helvétique de Saint-Maurice. Recueil mensuel, Pribourg, 13 Grand'rue.

Déjà parvenue à sa dix- neuvième année, cette revue traite les questions religieuses, historiques, sociales et scientifiques, qui

.intéressent particulièrement les catholiques de la Suisse. Elle publie aussi les principaux documents du Souverain Pontife,

.ainsi que les Lettres Pastorales de Mgr Mermillod, évêque de Lausanne et Genève.

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Bulletin de l'œuvbe des Facultés catholiques de Lille. — A Lille, Boulevard Vanban, 66. Revue mensuelle. — Prix, 3 francs par année.

On sait qu'en France les catholic[ue6 avaient réussi, en dépit des plus grands obstacles et au prix de luttes très vives, à conquérir la liberté de l'enseignement et même à établir plusieurs universités catholiques. On n'ignore pas non plus ce qui arriva ensuite sous le régime de la troisième république, qui pourtant semblait promettre et aurait dû produire tout autre chose. Des lois restrictives furent édictées, par lesquelles plusieurs des privilèges dont avaient été dotés ces établissements, et leur nom même, leur furent enlevés. Ils continuent néanmoins à fonctionner et même à prospérer, grâce à l'initiative privée et à la libéralité des catholKjues.

C'est pour maintenir et accélérer ce mouvement bienfaisant et généreux que les Facultés catholiques — c'est maintenant leur nom officiel — publient chaque mois des bulletins dans lesquels se trouvent tous les renseignements désirables. Voici quelques titres d'articles empruntés au dernier bulletin de l'année académique 1888 pour les Facultés de Lille : Rapport sur les Prix et concours de l'année ; thèse de doctorat de M. l'abbé Bourgeat ; compte rendu de la fête de saint Joseph, patron des Facultés catholiques de Lille; huitième liste des souscriptions du clergé et des laïcs de la circonscription de Lille, Arras et Cambrai.

A ce propos, pourquoi l'Université Laval n'aurait-elle pas elle aussi son Bulletin mensuel ? Que de choses intéressantes qui la concernent et qui restent enfouies dans les archives, faute d'un semblable organe I

Le Peopaqatbue de la dévotion a sainte Philomène au Canada, revue mensuelle, sous la direction deM' l'abbé A.-C.-EH PAqaet^ curé de Sainte-Pétronille, Ile d'Orléans. — Léger Brousseau, 9, rue Buade. — 20 centins.

Lorsque Fourvière à lui faut gravir, ^

la gracieuse thaumaturge de Mugnano. Sainte Philomène est pour ainsi dire la portière de la très sainte Vierge; le pèlerin s'arrête un instant pour prier et prendre ses lettres d'introduction et ensuite il poursuit son ascension.

Le pèlerinage de sainte Philomène à Sainte-Pétronille de Beaulieu ofifre quelque chose d'analogue. Inauguré par M' l'abbé Paquet, curé de la paroisse, il attire déjà bon nombre de fidèles qui s'y rendent directement et tout exprès pour honorer la thaumaturge du XIX« siècle, comme l'on disait lorsque son corps fut

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découvert et placé sur l'autel. Mais on y voit aussi s'y arrêter fréquemment les pèlerins qui se rendent par la voie du fleuve à la Bonne-Sainte- Anne.

C'est pour populariser ce pèlerinage que M. l'abbé Paquet publie le Propagateur de la dévotion à savnte Pkilomine. Chaç^ue fascicule renierme des articles très propres à édifier, aussi bien qu'à nouirir la dévotion envers la glorieuse martyre. On y trouve de pieux et intéressants récits des gr&ces spirituelles et temporelles obtenues par sa puissante intercession.

Annales de la Bonne Sainte Anne de Beaupré. Publication mensuelle, par MM. les directeurs du Collège de Lévis. S'adresser au rév. C.-E. Carrier, gérant, au Collège de Lévis. — 16^* volume. — 36 contins.

' Personne n'ignore en Amérique l'ancienneté du sanctuaire de Sainte-Anne de Beaupré, ni la popularité dont il jouit. C'est

Sar centaines de mille que les pèlerins s'y rendent chaque année e toutes les parties du Canada et des autres pays de l'Amérique, pour rendre leurs hommages à la grande thaumaturge et pour implorer sa puissante protection. Ce concours n'est pas inférieur à celui de Sainte- Anne d'Auray. en Bretagne, car, si le j our de la fête de sainte Anne — le grand rardon — l'affluence des pèlerins est plus grande à Auray qu'à Sainte-Anne de Beaupré, ici, les pèlerinages se poursuivent pendant Tannée entière. Les Annales ne contribuent pas peu à soutenir et à développer cette dévotion.

La Semaine religisuse de Québec, avec l'autorisation de Son Eminence le Cardinal Archevêque de Québec. — Rédacteur, M. l'abbé Provancher. Administrateur, J.-A. Langlais, libraire, 177, rue St-Joseph, Québec. — ^Une piastre.

*' Presque chaque diocèse en France a sa Semaine Rdigieuae... Le père de famille trouvera dans cette revue des connaissances dont il fera son profit pour élever chrétiennement sa famille j la bonne mère de quoi fortifier sa piété, et la jeune fille de quoi soutenir et raviver sa dévotion. Le jeune nomme y lira des traits de dévouement, des vies de saints qui lui diront comment l'homme qui marche droit devient grand sur la terre, recom-

mandable aux ]p^eux de Dieu Enfin, le ministre des autels

y trouvera aussi de quoi nourrir sa piété et souvent aussi des aliments tout préparés pour servir à son peuple. " * (Extrait de la première livraison.)

TABLE DES MATIÈKES

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