‹ Collection de documents inédits sur le Canada et l'AmériqueChapitre 221 sur 292 · A M. STANLEY— VERS · texte numérisé non relu

A M. STANLEY— VERS

MÉMOIRE à présenter à M, de Stanley, ministre du Roy de la Grande

Bretagne à la cour de France Par VAbbé de UIsle-Dieu,

vicaire général du dioche de Québec.

A l'effet de savoir : de Son Excellence si sa cour permettroit qu'on lui fit les représentations qui vont être cy -après exposées et qui se réduisent à trois objets.

1. '* Copie du Mémoire remis à M. de Stanley à son départ de France pour se rendre à la Cour — 1756." — Archives de la Marine — Paris.

Cette note se trouve en marge, au commencement du manuscrit. Mais la date 1755, qu'elle contient, est évidemment erronée, comme le contexte le fait voir clairement. Cet écrit est de 1761, et au plus tôt de la fin de 1760.

Le premier concerne un missionnaire qui est détenu à l'ile et au Château de Jersey depuis 1756, et si étroitement qu'il ne lui est permis d'écrire à qui que ce soit qu'à un correspondant qu'il a à Londres (M. P. Simon) et par qui on lui fait tenir les secours et l'argent nécessaire pour son entretien et sa subsistance.

Le second regarde un autre missionnaire que le gouvernement d'Angleterre vient de renvoyer de l'Acadie et de faire repasser en France après l'avoir retenu quelque temps prisonnier dans la rade de Portsmouth abord du vaisseau La Royalle Anne, sans qu'on lui ait rien dit n'y communiqué des raisons et motifs de son enlèvement et de sa détention pendant le cours de l'un et de l'autre.

Le troisième et dernier objet de ce mémoire interesse enfin les Acàdiens françois qui restent encore aujourd'hui dans l'Acadie, sous le gouvernement anglois et à qui le libre exercice et le culte extérieur et public de la religion ont été accordés non seulement par les différentes capitulations de Louisbourg, de Québec et de Montréal, mais par leur traité particulier de pacification et de neutralité qu'ils ont signé avec leurs missionnaires et les nations sauvages qui leur étoient alliées.

Quant au premier objet qui regarde le missionnaire qui est à l'isle et au château de Jersey depuis 1755 sans qu'on lui ait rien dit jusqu'à présent des raisons et motifs de sa détention, ni sur quel pied il y est regardé.

Si c'est comme simple passager, pris sur un vaisseau marchand dans la traversée de Québec en France on convient du fait ; mais ce n'est pas un crime que d'avoir voulu repasser de Québec en France puisqu'il n'étoit pas encore question de déclaration de guerre, et qu'il étoit muni des passeports nécessaires et à lui accordés par la seule puissance qui put alors les lui donner.

Il est également vrai que ce missionnaire (nommé Louis Després Le Loutre) fut d'abord conduit à Portsmouth, abord du vaisseau l'Oxford, où il fut étroitement resserré et ensuite à Plistmouth à bord du vaisseau Le Royalle George, où il fut également gardé à vue sans pouvoir obtenir la permission de descendre à terre, sous quelque caution qu'il put alors offrir et sans que les chefs de l'amirauté ayent même crû devoir repondre à aucune des différentes requêtes qu'il prit alors la liberté de leur faire présenter, pour savoir les charges qui pouvoient être contre lui, offrant par ses différentes requêtes de se présenter et repondre à l'examen qu'on jugeroit à propos de lui faire subir ; et pour toute réponse on le fit transférer de Plistmouth à l'isle et au château de Jersey, où il est depuis plus de 5 ans.

DOCUMENTS SUR l'ACADIE 49

Si contre toute vraisemblance ce missionnaire est regardé comme prisonnier de guerre, il semble qu'il étoit dans le cas de réchange, ou d'être renvoyé sur sa parole, et sous telle caution qu'on auroit jugé à propos de lui demander. Cependant rien de tout cela ne s'est tait jusqu'à présent en faveur de ce missionnaire dont on prolonge et on perpétue lu détention, sans lui en dire ni les raisons ni les motifs.

Si enfin ce missionnaire est regardé comme prisonnier d'état, il semble que 6 ans sont plus que suffisants pour acquérir la preuve des faits et charges qu'on peut lui imputées et dont il lui seroit aisé de se justifier, si on vouloit lui en fournir l'occasion et lui en donner la permission, qu'il auroit d'autant plus lieu d'attendre et d'espérer que dans tout gouvernement policé et subordonné à des .lois justes et équitables il est contre le droit naturel déjuger et de condamner quelqu'un sans l'entendre et plus encore de lui faire subir la peine d'un jugement qu'on n'a pas encore porté contre lui, mais voici ce qui paroît encore plus étonnant et dont peut être le gouvernement et le ministre d'Angleterre ne sont point instruits.

En supposant contre toute apparence et toute vraisemblance que le missionnaire dont il s'agit seroit regardé comme prisonnier d'état, il semble qu'il ne devroit pas paroître juste que ce fut à ses dépens et qu'il fut obligé de se fournir lui-même ou par ses amis et ses bienfaiteurs à son entretien et sa jouissance. . . ^ C'est cependant un fait dont il seroit d'autant plus aisé d'administrer la preuve que c'est par un banquier de Londres qu'on lui a fait fournir jusqu'à présent et depuis bientôt 6 ans tout ce qui lui a été nécessaire ; mais voici ce qui doit paroître encore plus surprenant au ministre d'Angleterre (si jusqu'à présent il a ignoré) c'est le prix exorbitant et disproportionné qu'on exige de ce missionnaire pour sa pension qui jusqu'à lors a été de 1200 liv. (argent de France) et c'est sur cela qu'on supplie M. de Stanley de vouloir bien dire s'il croit que sa cour trouvera bon qu'on lui fit de simples et respectueuses représentations de la part de ce missionnaire.

A l'égard du second missionnaire (nommé M. de Manachs) depuis 1750 en Acadie et qui vient d'être arrêté, ensuite conduit en Angleterre et enfin renvoyé en France, après un temps de détention et de prison dans la rade de Portsmouth, à bord du vaisseau La Royalle Anne il est vrai que son sort a été moins malheureux que celui du premier qu'on retient depuis bientôt

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