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Le Clocester de 74. canons

6. Depuis le commencement de la guerre, il avoit pris seize batimens aux Anglois tous richement chargés.

tôt que l'on ^ hissoit pavillon et flamme angloise, ils arrivoient sur nous, ne pouvant pas s'imaginer qu'il y eut des françois dans ces mers.

Aux calmes plats qne nous avong trouvés succédèrent des brumes, qui empêchoient de se voir de quatre pas sur le Pont, ©t pour peu que le temps s'éclaircit, nous étions presque certains d'essuyer des tourmentes de vent terribles.

Ce qui nous causoit alors le plus d'inquiétudes, c'est l'eau dont plusieurs vaisseaux n'avoient point, d'autres, ou on y étoit réduit a un verre par jour; a bord du ^ Northumberland que montoit M. Le Duc d'Enville, l'on n'étoit point exempt de cette calamité. L'on peut juger de ce que dévoient souffrir nos malades brûlés par le feu qu'allume dans le corp le scorbut, aussy dans la flotte en jettoit on plus de cinq'te par jour à la mer.

Septembre. — Dans les premiers jours de septembre, nous sondions exactement ; mais nous ne trouvâmes fond que le dix, l'on commençoit pour lors a être fort embarrassé, l'on approchoit des Costes dont on n'avoit aucune pratique, et dont on ne connoissoit pas précisément la latitude ; la frégatte la Renommée qui avoit quitté l'Escadre le 29. de juillet ne paroissoit point. Elle K devoit venir au devant de nous ; la saison étoit extrêmement avancée, la Peste étoit a bord de plusieurs ^ vaisseaux, beaucoup plus de malades que de gens en santé, ni alimens, ni vivres, ni remèdes a leur donner, L'inquiétude de nos Généraux ne se pouvoit cacher, et ils étoient forcés de la faire éclater dans toutes leurs manœuvres.

Le 12. il fut décidé dans un Conseil de guerre, que si les vents le lendemain étoient bons, l'on coureroit droit attaquer la terre, dont on ne devoit pas être a plus de 20. lieues par l'estime de nos pilotes, et par la longitude du Cap nègre, mais une grande brume nous empêchât d'effectuer ce projet, car toute la flotte se «eroit perdue sur * l'Isle de Sable que nous croyons bien derrière nous et dont nous étions fort près ; a une heure après midy, nous sondâmes par les 45. brasses d'eau, fond de sable gris, et péchâmes quantité de Morues.

1. A la mer on ne porte ni pavillon ni flamme, a moins que l'on veuille se faire connoitre ou user de ruse.

2. Vaisseau de 76. canons pris en 1744. par M. de Sérier et de Conflans.

3. On avoit grande attention qu'ils fussent toujours sous le yenU

4. Isle située par les 43. degrés 30. minutes de latitude, elle est extrêmement mauvaise et il y perrit tous les ans nombre de vaisseaux, elle n'est point habitée par cequ'il n'y a point d'eau douce.

82 LE CANADA-FBANÇAIS

Le 14. la Brume s'étant dissipée, il souffla un petit frais de Sud Est, a cinq heures du matin, le vent augmentât si considérablement qu'a neuf heures, nous ne pûmes plus porter que nos deux basses voiles, et l'artimon, a midy les vents furent Sud, l'on mit a la Cap, le tems etoit extrêmement noir, on n'auroit pas pu lire sur le Pont a deux heures, il ne fut plus possible de porter de la voile, les coups de mer commencoient a nous abimer, nous n'eûmes pas la peine de carguer notre mizaine, car un coup de mer, qui nous embarquât au moins dix barils d'eau, nous l'emportât avec trois matelots qui se trouvèrent sur le gaillard ^'avant.

Le tems devenoit plus affreux de moment a autre, les éclairs, le tonnere qui se fit rudement entendre sur les quatre heures, rendoient la tempête effroyable, et déconcertoient tous nos marins.

Plusieurs vaisseaux étant abimés d'un bord mirent sur l'autre,

de sorte que ne courant plus tous sur le même bord, il étoit très

dangereux de s'aborder, ce qui arrivât a un vaisseau de transport

\ qui ayant touché U Amazone fut a l'instant coulé bas, sans en

\ avoir pu sauver un mousse. La mer s'elevoit plus haut que les

y mats, et a quatre heures et demi l'on n'avoit de clarté, que celle

/ des éclairs. L'on n'étoit plus occupé, qu'a couper les mats, les

manœuvres, et a jetter a la mer tout ce qui tomboit sous le vent.

Le Prince i d^ Orange sur lequel j'etois embarqué, fut engagé

pendant cinq minutes, mais il arriva dans le tems que nous

étions prêt de jetter a la mer notre batterie de bas bord, nous

fismes pendant un tems vent arrière, ensuite pour ne pas perdre

la flotte, nous nous remimes tribord amur.

J'ay eui'honneur de vous dire, Madame, que le 13., nous ne nous faisions qu'a vingt lieues de terre. Jugés de notre état dans I une tempête ou le vent nous chargeoit en Coste, malgré cela, ^. nombre de vaisseaux, ne pouvant prêter le côté a la mer, furent obligé de faire vent arrière, d'autres démastés de tous mats, rendoient les meilleurs Pilotes inutils. Un vaisseau de guerre passa si près de nous, que nous crûmes être abordé, je ne pu distinguer, 2 lequel c'etoit, tellement nous étions attentifs a notre manœuvre, et a faire observer le silence, j'aperçus cependant, qu'il luy manquoit son beaupré et son grand mats de hunne, ce

1. Vaisseau de 40. canons pris sur les Auglois en 1745, par M. de Kersin. qui commandoit la Betiommée,

2. J'ai sçu depuis que c'etoit le Caribou vaisseau de 54. canons, commandé par M. de MarKesaque.

dernier etoit tombé sous le vent, et ne tenoit plus que par quelques aubans, qui n'étoient pas encore coupés.

Nous restâmes toute la nuit dans cette situation, l'on ne craignoit plus les abordages, la flotte étoit trop dispersée.

Le Lendemain 15. nous n'aperçûmes plus que cinq i Voiles, les vents étoient toujours très forts, beaucoup moins cependant que la veille, mais nous ne pouvions pas encore porter de la voile a midy, nous parvînmes avec beaucoup de difficulté a border l'artimon, et sur, les trois heures du soir, les vents qui etoient Ouest Sud Ouest, et de beaucoup diminués, nous permirent d'amurer la mizaine, et la grande voile. Beaucoup de vaisseaux s'étoient ralliés et j'en comptai pour lors Trente un •

A quatre heures, nous aperçûmes sous le vent a nous un navire qui tira cinq coups de canon de distance en distance, a cinq heures on fit vent arrière, pour aller le joindre, jugeant quil demandoit du secours, il se trouva que c'etoit 2 Le Mercure qui démâté de son petit mats de Perroquet, battoit la mer pour découvrir par ordre de M. Destourmel le reste de la flotte, il marqua la route pour aller joindre ce Commandant, faisant le Sud d'un grand frais d'Ouest Sud Ouest.

Le 16. a 7. heures du matin, nous vimes Le DiamerU qui après les signaux de reconnoissance vint se ranger sous l'Ecoute du ^ Borée, qui pour lors avoit pris le Commandement de la flote, car nous n'avions plus aucune nouvelle de M. Le Duc d'Enville, a huit heures Le Mercure passa a poupe de nous, il nous apprit la mort de notre amy commune Le Chevalier de Bec de Lièvre que je regrette infiniment et nous dit avoir eu la veille connoissance de ^ L^ArgonaïUe, du ® Trident, du Léopard, de VAlcide, et du Mars, Ce dernier coulant bas d'eau a eu ordre nous ajoutât il de M. Desjiourmel de faire voile pour la Martinique, et de se faire suivre par VAlcide et un autre vaisseau de transport a trois heures la "^ Parfaitte passa auprès de nous, et un de nos Messieurs me bailla, qu'ils n'avoient plus que pour trois jours d'eau, et avoient trois cent dix malades sur les quadres, que depuis plus

1. On compte le nombre des v'x. par les voiles en sorte qu'on dit d'une Escadre qui est de 20. vaisseaux elle est de 20. voiles.

2. Vaisseau de guerre arme pour servir d'hôpital a la flotte, il a été pris a son retour par les An^^lois ayant a bord trois Compagnies du Régiment de Ponthieu.

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