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Sur ces Costes, elle y est presque continuelle

d'entrer, elle fut si épaisse que nous fûmes obligés pour ne nous pas aborder, de faire des signaux continuels avec le fusil, le canon, la cloche, et la caisse ; a l'entrée de la nuit, on revira de bord faisant le Sud Est d'un petit frais d'Ouest Sud Ouest.

Le 24. a la pointe du jour, le tems étant clair, la mer belle, l'horizon fin, le Commandant mit en panne, et fit les signaux pour aller a l'ordre, il demanda si dans la flotte, il n'y avoit personne qui eut navigué sur ces cotes, et qui les connussent. Il ne se trouva aucun françois, ^ mais un anglois qui étoit prisonnier a bord du Diament, fit offre que si on vôuloit luy rendre son vaisseau et la liberté, il répondoit sur sa tête, d'entrer l'Escadre, dans quelque Baye de l'Acadie qu'on voudroit. M. Destourmel fit venir cet homme a bord de luy, et après l'avoir beaucoup questionné, il accepta sa proposition, en sorte qu'il fut décidé, qu'au premier tems clair qu'il feroit, on entreroit ou l'on pourroit pour faire du bois, et de l'eau, et que si l'on n'avoit aucune nouvelle de M. Le Duc d'Enville, et du reste de la flotte, L'on retourneroit en France.

La nuit du 24. au 25. le Commandant fit deux fois les signaux, de revirer de bord, et que nous n'entendimes pas bien, parceque nous étions au vent de la flotte, de sorte que le matin, dans un instant de clarté qu'il fit, nous n'aperçûmes que le Léopard et le Diament, ce dernier ayant fait chapelle pensa nous aborder, mais sa bonne manœuvre, et la notre nous sauvèrent.

Ne voyant point l'Escadre nous passâmes la nuit du 25. au 26. en panne jusqu'à la pointe du jour, que nous en eûmes connoissance au vent a nous, nous tirâmes pour lors nombre de coups de canons, et elle arriva grand large, peu de tems après, nous vimes sous le vent un petit bâtiment, qui nous parut ennemy, j'en fis faire 2 les signaux au Commandant qui nous fit ceux de chasse. Dans l'instant nous mismes tout dehors, et fimmes porter dessus, ayant Pavillon et flâme angloise, pendant ce tems on prépara les batteries, faisant Branle bas, et le soldat prit les armes, mais soins inutils, car après quelques coups de canon de part et d'autres, il se rendit, nous mismes canot a la mer, et ï'amarinâmes sur le champ. 3 Sa cargaison étoit en souliers, tafiat, et tabac. Il avoit a bord de luy 73. moutons et 100. Poules, l'on peut juger de quel secours, nous fut une pareille prise.

1. Avant de partir de France on n'avoit pas eu seulement la précaution de prendre des pilotes costiers de l'Acadie, et loraque &c. (Sic.)

2. Par un Pavillon rouge au baston d'enseigne qui s'amenoit et se hissoit autant de fois que l'on apercevoit des Batimens.

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